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LA LITTÉRATURE

La langue. — La langue française se transforme pendant le cours du xvie siècle. Les poètes de la Pléiade s'ingénient hardiment à 1' « enrichir » et à 1' « illustrer », mais avec plus de zèle que de goût. Ils empruntent au grec et au latin, ils font appel aux dialectes provinciaux et aux langues étrangères, notamment à l'italien et plus tard à l'espagnol; ils veulent imprimer à la langue une physionomie nouvelle, brusquement, violemment, sans réfléchir que le génie d'un idiome ne se métamorphose pas du jour au lendemain.

La Pléiade, trop servile en son imitation enthousiaste des anciens et des Italiens, trop érudite et aussi trop aristocratique, n'a qu'une conception encore très incomplète de l'esprit classique. L'abus fut tel que l'on vit Henri Estienne, en 1578, protester, dans son Dialogue du langage français italianisé, contre l'envahissement des mœurs et des vocables de l'Italie, et Boileau put, non sans raison, reprocher à la muse de Ronsard de parler « grec et latin en français ».

Tandis que la poésie se développe aux dépens de la clarté, la prose française, au contraire, se clarifie à mesure qu'elle devient plus pratique. Tous ceux qui ont quelque chose à dire s'efforcent de l'exprimer dans une prose lourde encore et maladroite, mais qui prendra bientôt de la consistance et de la netteté. Si remarquables que soient les poètes de cette période, ils le cèdent donc aux prosateurs, à qui la langue française doit les qualités dont elle avait manqué jusqu'alors. Elle finit de s'assagir sous Henri IV, et Malherbe procède brutalement mais heureusement à l'expulsion des éléments étrangers, jetant les bases de l'œuvre d'épuration qui sera parachevée par le xvne siècle.

La poésie. — Clément Marot. — Clément Marot (né à Cahors vers 1496, mort à Turin en 1544), valet de chambre de Marguerite de Valois, puis de François Ier, cultive tous les genres qui florissaient avant lui; il n'innove en rien, mais il donne à sa versification des tournures assez personnelles pour que le style marolique ait eu des imitateurs jusqu'à nos jours. Emile Faguet a dit fort justement : << Il y a eu trois Malherbes de 1500 à 1600 : c'est Marot, Ronsard et Malherbe. » L'œuvre de Marot, très considérable, se compose d'élégies, épîtres, ballades, rondeaux, chants divers, chansons, étrennes, épitaphes, épigrammes, complaintes, églogues, coqà-l'àne, sans compter des traductions en vers des Bucoliques de Virgile, des Métamorphoses d'Ovide, du poème d'Héro et Léandre et des Psaumes de David, traduction aussitôt adoptée dans la liturgie

des calvinistes. S'inspirant généralement de nos vieux poètes, qu'il affectionnait, de Jean de Meung, de Vil- Ion, qu'il édita, il reste, à son époque, le dernier représentant de l'esprit gaulois, mais il incarne aussi son temps et, par la grâce, l'esprit, la sensibilité de ses poésies fugitives, s'oppose à Mellin de Saint- Gelais (1491-1558 qui, avec ses sonnets et ses madrigaux, importa d'Italie un « pétrarquisme •■

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