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V. — LES CLASSES SOCIALES

Condition des personnes. — Les hommes libres n'étaient pas tous dans la même condition. On distinguait parmi eux deux catégories : les /murs/tores et les humilions. Les /murs/tares formaient une véritable noblesse, surtout une noblesse de fonctionnaires comportant des degrés et comme une hiérarchie. Les curiales occupaient le rang inférieur; au-dessus tVcwx venaienl les hauts fonctionnaires de l'empire et les membres de l'ordre sénatorial. Chacune de ces classes de personnes était distinguée par une épithète de dignité spéciale : il y avait les illustres, les sprctabiles, les clarissimi, les perfectissimi, les egngii.

Les honestions jouissaient de quelques privilèges; par contre, ils étaient soumis à certains impôts spéciaux.

Les humilions comprenaient le reste de la population libre, c'està-dire les peiits propriétaires fonciers possessores), les marchands, artisans et industriels, les colons et toute la masse des proléla vivant du travail de leurs bras.

Il y avait encore des esclaves, mais leur situation s'étail améliorée, surtout, sous l'influence du christianisme. Ils étaient principalement employés aux travaux domestiques ou agricoles. Aux anciennes d'affranchissement, Constantin avail ajouté la simple déclaration faite dans l'église, en présence de l'évèque el d< d

La villa gallo-romaine. Les conditions de la vie dans la Gaule romaine témoignent de la prospérité générale du pays el des

bienfaits de la « paix romaine ». Les riches habitaient d'ordinaire les grandes villes, qui n'avaient pas tardé à se développer : Arles, la Rome des Gaules, centre d'un vaste commerce; Toulouse, qu'enveloppaient de vastes murailles de briques; Nîmes, Orange, embellies de monuments divers; Marseille, « la maîtresse des éludes»; Autun, Bordeaux, Poitiers, Lyon, Besançon, célèbres par leurs écoles d'éloquence. C'est là qu'entre les huttes en torchis de la plèbe s'élevaient de riches habitations en pierres et en briques dont le plan et les dispositions étaient calqués sur la maison romaine.

Les grands domaines ruraux, dont chacun avait l'étendue d'un village, portaient le nom de villx.

Une villa contenait généralement des terres de toute nature, champs, vignes, prés, forêts. Des hommes de toutes les conditions sociales y habitaient : esclaves, tenanciers, affranchis, colons, hommes libres. Le terrain y était divisé en deux parts, l'une qui était aux mains des tenanciers, l'autre que le propriétaire

gaulait dans sa main et faisait cultiver par le groupe servile ou familia avec l'aide dos tenanciers. Le propriétaire retirait de son domaine un double revenu : d'une part les récoltes et les fruits de la partie qu'il se réservait, de l'autre les redevances des tenanciers.

La villa se divisait en villa urbaine (habitations du maître avec ses dépendances el en villa rustique (logements des esclaves avec les dépendances nécessaires à la culture, habitations des petits tenan-

Phot. Montagnon.

La Porte d'Arroux, à Autun (Saône-et-Loire).

Arc de triomphe et mausolée dj Saint-Rémy (Bouches du -Rhône)

ciers, pressoirs, granges, moulins, ateliers). On pressent, dès celte époque, le château et le village du moyen âge. Les villas reçurent généralement les noms de leurs propriétaires : par exemple, le village actuel de Juilly est ainsi appelé parce que le propriétaire

romain primitif s'appelait

Julias.

L'agriculture et les colons. — Comme l'a fait remarquer Slrabon, le premier bienfait de la conquête romaine fut la mise en œuvre des meilleures ressources de la Gaule, le rapide développement de l'agriculture. On entreprit le dessèchement des marais et le défrichement des forêts. L'étendue des terres arables s'accrut d'autant : elles furent ensemencées en blé, millet, orge, et la Gaule ne tarda pas à devenir l'un des principaux greniers de l'empire romain. De nombreuses plantations de figuiers et d'oliviers s'élevèrentdans toute la région méridionale. A cette époque, la vallée du Rhône et l'Auvergne produisaient en abondance du lin et du chanvre; dans le Nord et dans l'Ouest s'étendaient de vastes pâturages propres à l'élevage du gros bétail et des chevaux. Par contre, les prairies artificielles étaient rares; la luzerne n'était cultivée que dans certains districts du Midi. Les forêts servaient de pacage à des bandes de porcs énormes.

Grâce à l'adoption des procédés culluraux préconisés par Caton et Columelle, « le sol se raviva et devint un vaste jardin », dit un contemporain. Les terres étaient fumées avec de la chaux et de la

marne, et produisaient d'abondantes récoltes de blé et de millet; l'usage du lléau n'étant pas connu, on faisait fouler les gerbes par des chevaux et des bœufs pour égrener les épis.

Les grains étaient ensuite réduits en farine à l'aide de moulins à bras.

Le pain était cuit sous la cendre, sur l'âtre du foyer ou sur une plaque chauffée, recouverte d'un couvercle chargé de cendres brûlantes.

Malgré les ordonnances restrictives de Domitien, motivées par l'insuffisance des terres à blé, la vigne se propagea de plus en plus sur les coteaux, et, au 111° siècle, elle prit un grand essor grâce aux encouragements de l'empereur Probus. Les collines du bassin de Lutèce étaient couvertes de ceps. Les vins de la Moselle et ceux de Bordeaux étaient connus en Italie; mais les plus répandus, tant en Gaule qu'à l'étranger, étaient les vins du Midi et notamment de Béziers, malgré l'habitude qu'avaient les gens du pays de les additionner de poix et parfois d'aloès ou autres sucs amers. Dans la Gaule celtique el dans la Gaule belgique, la boisson ordinaire était la cervoise.

Les colons, libres de leur personne, ne pouvaient abandonner le sol qu'ils cultivaient. Ils avaient une famille légitime et un patrimoine propre, mais ils n'avaient pas le droit de changer de profession ni de rési-

LA GAULE

Le pont du Uard, aqueduc romain près Nimes (Gard).

deace. Ils cultivaient à litre Je locataires, à leur profit et moyennant le payement d'un fermage : en cas de vente, ils passaient, avec tous les accessoires de la terre, au nouveau propriétaire.

L'industrie et le commerce. — Les progrès de l'industrie ne furent pas moins considérables que ceux de l'agriculture. De nombreuses carrières furent ouvertes pour l'extraction des matériaux destinés aux édifices publies et aux maisons de pierre qui tendaient à se substituer de plus en plus à la butte des anciens Gaulois. On exploitait ainsi les carrières de marbre des Pyrénées. Les métallurgistes perfectionnèrent leurs procédés; l'État possédait des fabriques d'armes à Autun, à Màcon, à Soissons, à Reims, à Strasbourg, des ateliers monétaires à Lyon et à Arles.

Reims, Arles, Trêves étaient également renommées pour leur orfèvrerie, la région d'Aulun pour ses émaux, celle d'Agen pour ses tôleries à dessins blancs et noirs. De nombreuses verreries, tuileries et briqueteries étaient disséminées sur tout le territoire.

L'industrie textile était particulièrement florissante. Les Cadurques expédiaient toujours en Italie leurs étoiles de lin, utilisées non seulement comme rideaux, tentures et draps de lit. mais encore pour le rembourrage des matelas. Les chenevières de la vallée du Rhône et du littoral de la mer du .Nord fournissaient du chanvre pour le tissage des toiles à voiles. Vienne, Tournai, et surtout Arias avaient la spécialité de la fabrication des saies «■n drap rouge; Langres et Saintes, celle des mantelets de laine rouge appelés caracalle . el des cueillies ou capotes à capucbon qu [es moines adoptèrent au moyen âge comme vêle-

Reconsl itution de la I our •! < Idi s,

ijui s élevait a Iiuuluijiio - bur- Mor.

ment de dessus. Lyon commentait à devenir célèbre par ses tissus de luxe;lS'arbonne et Toulon possédaient des teintureries importantes. Le commerce était très actif, grâce à la multiplicité des voies de communication. Un vaste réseau de grandes et belles routes empierrées s'étendait jusqu'aux extrémités de la Gaule, franchissant même les montagnes : les Alpesaux cols du Grand et du Petit-Sainl- Bernard, et du mont Genèvre, les Pyrénées au col de Perthus. Arles, Lyon, Trêves, Bordeaux, étaient les quatre centres d'où ces roules rayonnaient vers les frontières. Des canaux avaient été construits par Marins à l'embouchure du Rhône, par Corbulon et Drusus aux bouches de la Meuse et du Rhin.

Les négociants italiens, dès le début de la conquête, formèrent des compagnies pour

l'exploitation c merciale de la Gaule, et se

groupèrent en colonies nombreuses à Bordeaux, Lyon et. Ailes. La Gaule narbonnaise devint la patrie d'élection des banquiers romains.

Les deux plus importants commerces étaient ceux du drap et du vin. Lyon était le centre de ce dernier : une puissante corporation, les négociants en vin [vinarii , y fut constituée. A Lutèce, une autre compagnie célèbre lui formée dès le rr siècle de l'ère chrétienne : celle des Nautx parisienses ou entrepreneurs de transports par eau, ancêtres «le la hanse parisienne ou des •■ marchands de l'eau ". Il y avait aussi îles corporations de bateliers sur la Saône, le Rhône, la Durance, la Loire.

Le rôle de métropole commei i iab avail peu à peu passé de Marseille à Lyon L< ïiuln i enti es pi ni' ipaux i laienl \ 1 1 ■ ■ • ' Nai bonne, alors acce lihle aux grands navires; le port

nisroi ii n: de fiîance

Tombeau chrétien (Musée lapidaire d'Arles).

des Santons (Brouage); Corbilo, sur la côle occidentale, près de Saint-Nazaire; enfin, sur la Manche, le port de Boulogne, qui devait son importance à ses relations actives avec l'île de Bretagne : l'empereur Caligula y avait élevé un phare gigantesque connu au moyen âge sous le nom de 7\mr d'Odre et qui ne disparut qu'en 1645.

Artisans et marchands. — Les artisans (artifices) étaient nombreux et habiles : une loi de Constantin énumère jusqu'à trente-cinq corporations d'arts et métiers. Esclaves ou libres, les artisans étaient organisés en collegia (corporations), à la tète desquels était placé un défenseur. Tous ceux qui exerçaient le même métier dans une même ville étaient astreints à former un de ces collèges dont chacun se subdivisait en petits groupes, eenturies ou décuries. Les corporations se recrutaient par l'apprentissage; le jeune apprenti allait vivre chez son patron, qu'il devait servir un certain nombre d'années. Les ouvriers des manufactures

de l'État (monnaies, orfèvrerie, armes et étoffes pour les armées, transports, salines) étaient des esclaves, des affranchis, des malfaiteurs condamnés, des hommes libres; véritables serfs, ils ne pouvaient plus quitter l'atelier, où ils étaient, pour la moindre faille, solidaires les uns des autres; on les marquait au bras avec un fer rouge et, plus tard, on leur imprima le nom de l'empereur dans la main. Quiconque donnait asile à un ouvrier fugitif devenait luimême ouvrier.

Parmi les artisans, il en était dont la profession faisait l'objet d'une réglementation toute spéciale, parce que leur travail était considéré comme nécessaire à l'État ou aux cités. C'étaient entre autres les bateliers (navicularii), qui apportaient les céréales par mer; les boulangers (pistores) ; les marchands et conducteurs de troupeaux, qui fournissaient la viande nécessaire à l'alimentation. Ils étaient regardés comme assurant un service public et, pour ce motif, exemptés de quelques-unes des charges ordinairement imposées aux citoyens. Mais, d'autre part, on les avait obligés à se grouper en corporations (collegia), et, pour beaucoup d'entre eux, la profession avait été rendue obligatoirement héréditaire. Les autres métiers jouissaient de plus de liberté, sans pouvoir toutefois échapper à la réglementation corporative.

Beaucoup de ces associations étaient très riches. Les nautes, c'està-dire les entrepreneurs de transport par eau, étaient parmi les plus considérés; ceux du Rhône et de la Saône avaient quarante places réservées dans l'amphithéâtre de Nîmes; ceux de la Seine

firent d'abord toute l'importance de Lutèce : le navire qui figure dans le? armes de Paris en conserve le souvenir.

Régime de la propriété. — C'est le régime de la grande propriété qui dominait dans la Gaule indépendante, et ce système persista pendant la période romaine, sauf dans la Narbonnaise et dans la région du Nord, où la teire fut distribuée par petits lots aux colons romains. Deux causes amenèrent l'extension de la

grande propriété : l'exagération de la fiscalité, qui écrasait les petits propriétaires, et l'insécurité de ceux-ci à côté de voisins puissants. Les grands propriétaires cherchaient à accroître leurs domaines (latifundia) en y joignant des parcelles voisines ou enclavées ; tantôt ils s'en emparaient par des envahissements violents; tantôt ils forçaient les petits propriétaires à vendre leurs terres à des conditions qu'ils dictaient.

Beaucoup de petits propriétaires aimaient mieux descendre à la condition de colons. Souvent aussi ils allaient se mettre sous le patrocinium, c'est-à-dire sous la protection d'un grand propriétaire de la contrée; ils lui abandonnaient leur terre en propriété, mais celui-ci la leur concédait à titre de précaire, leur vie durant. Les grands propriétaires prenaient déjà ainsi la position de seigneurs; ils en arrivèrent à établir la police sur leurs terres et à rendre la justice entre ceux qui s'y étaient fixés.

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