LE CHRISTIANISME EN GAULE
Le pont de Saint-Chamas (Bouches-du-Hhône).
Les martyrs. — Dans la seconde moitié du 11e siècle, des chrétiens partirent de Syrie sous la conduite d'un vieillard de soixantedix ans, nommé Potliin, et, débarquèrent dans la Gaule méridionale. Us s'établirent les uns à Lyon, les autres à Vienne (Isère), et ils y firent de nombreux adeptes, parce que la religion nouvelle apportait des principes nouveaux de justice et de charité. Potliin fut reconnu pour chef de l'Église de Lyon.
En la dix-septième année du règne de Marc-Aurèle, le peuple rendit les chrétiens responsables des dangers qui menaçaient l'empire et demanda à grands cris le maintien du culte national. Lyon, capitale de la Gaule romaine, « était le centre de ce grand culte de Home et d'Auguste, qui était comme le ciment de l'unité gauloise et la marque de sa communion avec l'empire ». Aussi les chrétiens y furent-ils promptement, au nom de la loi romaine, soumis aux plus violentes persécutions. On leur interdit de paraître en public; puis, un légat impérial ouvrit contre eux une instruction, qui s'étendit à leurs coreligionnaires de Vienne.
« Selon l'usage dans les grandes instructions criminelles, dit Ernest Renan, on arrêta les esclaves en même temps que leurs maîtres; or, plusieurs de ces esclaves étaient païens. Les tortures qu'ils voyaient inlliger à leurs maîtres les effrayèrent; les soldats leur souillèrent ce qu'il fallait dire pour échapper à la question. Rs déclarèrent que les monstrueux récits que l'on faisait de l'immoralité chrétienne n'avaient rien d'exagéré.
« L'indignation du public fut alors à son comble. Jusque-là les fidèles, qui étaient restés libres, avaient trouvé quelques égards chez leurs parents, chez leurs proches, chez leurs amis; maintenant, tout le monde ne leur témoignait que du mépris. On résolut de pousser l'art du tortionnaire à ses derniers raffinements pour obtenir des fidèles aussi l'aveu des crimes qui devaient reléguer le christianisme parmi les monstruosités à jamais maudites et oubliées. Effectivement, les bourreaux se surpassèrent, mais ils n'entamèrent pas l'héroïsme des victimes. »
Parmi ceux qui périrent ainsi dans les supplices les plus raffinés, l'histoire religieuse a retenu les noms du diacre de Vienne, Sanclus, de la servante Blandine, âgée
l.V r.Al'LF.
de dix-sept ans, du vieil évèque Potliin. Les malheureux furent battus, livrés aux bètes, torturés, en présence d'une assistance nombreuse qu'exaspérait ce spectacle sanglant. Cependant, sons la direction d'Irénée, compagnon de Potliin, l'Église de Lyon, loin de mourir, reprit comme une nouvelle vie.
Au m6 siècle, d'autres chrétiens vinrent de Rome pour évangéliser la Gaule : Paul à Xarbonne, Trophime à Arles, Martial à Limoges, Catien à Tours, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris. Presque tous furent suppliciés et saint Denis fut décapité au village de Catulliacus. Voir p. 47, note 1.)
Les persécutions ne prirent lin qu'au ive siècle lorsque l'empereur Constantin eut embrassé le nouveau culte (312) et que le christianisme fut devenu la religion de l'État. A la lin du ive siècle, l'Église avait triomphé non seulement dans la Gaule, mais dans l'empire tout entier. L'empereur, autrefois chef de la religion païenne, était devenu le chef de la religion chrétienne. Alors les églises remplacèrent les temples romains, et saint llilaire de Poitiers, saint Martin de Tours, saint Didier de Langres, etc., assurèrent, par leurs vertus, le triomphe du christianisme.
La nouvelle religion se répandit d'abord dans les villes. Elle pénétra plus lentement dans la campagne, et le même mot, paganus, désigna le païen et le paysan. Ses progrès furent d'abord assez lents, et l'Église ne parvint à sa complète organisation qu'au ve siècle.
Organisation de l'Eglise. Les Evèques. Les Conciles. —
L'Eglise avait adopté les divisions mèmesde l'empire coin circonscriptions ecclésiastiques. Elle plaça un évêque dans chaque cité'; celui qui résidait au chef-lieu ou métropole do la province prenait le titre de métropolitain. Dans les campagnes, les églises étaient rares; les paroisses et le clergé' paroissial ne se constituèrent que beaucoup plus tard à l'état indépendant.
L'évèque, élu par le clergé, par la curie et, par le peuple, devait être continué par le métropolitain et par les autres évèques de la province. C'était lui qui nommait les prêtres et conférait les ordres majeurs et mineurs. Les prêtres formaient le clergé séculier, c'est-à-dire celui qui vivait, avec les fidèles, dans le siècle.
A côté du clergé séculier, le clergé- régulier, celui qui vit hors du monde et est astreint à une règle, prit bientôt un grand développement. L'institution des monastères commença en Orient et se répandit de là en Occident.
Le grand apôtre des Gaules fut saint Martin (316-397), né en Pannonie, de parents païens, qui l'obligèrent à se faire soldat. Pendant l'hiver de 338, il rencontra un jour à la porte d'Amiens un pauvre homme à peine vêtu et exposé' aux rigueurs du froid : prenant son épée, il lit deux parts de sa ehlamyde et en donna la moitié au malheureux. Converti depuis longtemps au christianisme, il abandonna la carrière des aunes el se li! le disciple de saint llilaire de Poitiers. Au cours d'un voyage en Italie, il fut en butte aux persécutions des ariens. Revenu en Gaule, il établit à Ligugé, près Poitiers, le premier monastère de la Gaule 360 . et, promu à l'évêché de Tours 371 . il lit bâtir dans son de., èse le monastère de Marmou tiers 372 .
En 4HI saint Honorai fonda l'ai»
Ruines romaines dites « Palais Gallien », a Bordeaux.
baye de Lérins, dans une ile de la côte de Provence. Vers la même époque, Cassien créa celle de Saint-Victor, près de Marseille.
Les évèques se réunissaient en assemblées, appelées inutiles, pour discuter les mlérèis de la chrétienté. Les conciles qui n'étaient composés que des évèques de la province étaient dits conciles provinciaux. Les conciles œcuméniques comprenaient les évèques de l'Église tout entière. Les premiers conciles œcuméniques fuient evux de Nicée (325) et de Conslantinople (381). L'Église avait donc sur les pouvoirs laïques la supériorité que donne la pratique de l'élection el de la discussion publique.
Le but des conciles était de fixer les points obscurs du dogme, de poser les règles de la discipline ecclésiastique, de poursuivie et de condamner les doctrines des hérésiarques.
Au poinl de vue moral, la plus importante des transformations qu'apporta le christianisme fut la proclamation de l'égalité devant
Dieu de tous les hommes, libres ou
esclaves. Au point de vue social et politique, ce fui. l'institution d'uni' (lasse sacerdotale, d'un véritable clergé' qui emprunta les cadres de l'organisai ion impériale.
L'Eglise levait sur les fidèles une contribution régulière, la dime, qui dans la suite, avec l'assentiment du pouvoir civil, devint obligatoire; elle recevait en outre des ablations volontaires. Ses biens immobiliers, dus à la libéralité des particuliers ei de l'Etat, el exempts de l'impôt, lui assuraienl d'immenses revenus.
Ses clercs échappaient à la juridiction impériale el ses tribunaux finirent par statuer, en certains cas, cuire les simples fidèles. L'évèque, comme défenseur de la cité, pouvait faire échec à l'administration civile Enfin, l'Eglise avail à sa dispos i
l'arme leri ible de l'exc nunica-
tion ei de l'interdit. Son influence ne lit que grandir pendant h>ul< la période franque el son rôle dan la société du moj en âge de\ inl peu à peu pré] lérant.
L'enlèvement du Proserpine par Pluton.
mi Haute •',,,
HISTOIRE DH FUANCE
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages à consulter : Consullcr les ouvrages indiques à la fin des chapitres précédents, el, de plus, en ce qui concerne rétablissement du christianisme en Gaule : Ali.auu, Histoire des persécutions (Unis l'Empire romain (1804-1903, 5 vol.).— Boissiiîn (Gaston), La Fin du paganisme (1891, 2 vol.).
— Drogue (de), L'Église et L'Empire romain au IVe siècle (1856, 4 vol.). — Chevalier (abbé Ulysse, Les Origines de l'Eglise de Tours (Tours, 1871).
— Duchesnk (abbé , Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule ->•• éd., 1907-1910 • — Ih illard-Bréholles, Les Origines du christianisme en Gaule 1886).— Lu Bi.ant E , Les Persécutions et les Martyrs aux premiers
siècles île noire ère (1893). — Lecoy de La Marche, Saint Martin (Tours, 1881 ). — Martino I Pierre), Ausone et les commencements du christianisme en Gaule (1906). — Regnikr (Adolphe), Saint Martin (1907). — Renan (Ernest), Histoire des origines du christianisme (1863-1882, 7 vol.). — Sciimiot, Essai historique sur la société cirile dans le monde romain cl sur sa transformation par le christianisme (Strasbourg, 1853J.
La Porte Noire, à Trêves i Germanie).