CHARLES IX
Charles IX (1) n'avait que dix ans et demi à la mort de son frère. Il aimait surtout les armes, l'équitation, la chasse, la guerre, et Catherine de Médicis allait être toute-puissante sur l'esprit de cet
enfant maladif et sans volonté.
Catherine de Médicis. —
Née à Florence en 1519, Catherine, fille de Laurent de Médicis, neveu du pape Léon X et
Marie Touchet en 1570, par Jean de Court.
(1) Charles IX, fils de Henri II et de Catherine de Médicis, né à Saint- Germain-en-Laye le 27 juin 1550, épousa Elisabeth d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien, née et morte à "Vienne (155'i-1592). Il en eut une fille, Marie-Élisabelh, née et morte à Paris (1572-1578).
De Marie Touchet, il eut un bâtard, Charles de Valois, duc d'Angoulème (1573-1650), marié (1591) à Charlotte, fille aînée du connélahle de Montmorency. Marie Touchet épousa (1578) François de Balzac d'Entraguesj à qui elle donna deux filles, dont l'aînée, Hemùelte, favorite de Henri IV, fut faite marquise de Verneuil.
Charles IX en 1570, par François Cloïïet.
Elisabeth d'Autriche, par Jean Clouiîi.
Sceau de Charles IX.
Monnaie de Charles IX.
duc d'Urbin, avait épousé en 15351e dauphin Henri, plus tard Henri IL Elle vint donc en France sous le règne de François Ier, dont elle gagna les sympathies. Pendant le règne do Henri II, l'influence de Diane de Poitiers la fit écarter des affaires; mais, sous François II, elle inaugura sa politique de bascule, se rejetant tour à tour du côté des Guise ou du côté du roi de Navarre. Habile, rusée, superstitieuse(l), placée entre les catholiques et les Bourbons, elle fut indifférente entre Rome et Genève; elle s'efforça d'user les deux partis l'un par l'autre dans l'intérêt de sa seule autorité, menacée par la guerre civile, et transporta dans la politique l'intrigue, la fourberie, la déloyauté qui faisaient le fond de son caractère, recourant aux plus tristes expédients pour conserver son influence et se servant de son « escadron volant » de filles d'honneur comme d'un moyen de gouvernement. C'est pour tenir tête aux princes lorrains qu'elle soutint d'abord la politique tolérante du chancelier de L'Hospital.
États généraux et ordonnance d'Orléans (1560). — Les
États généraux, dont la mort de François II avait retardé la réunion, s'assemblèrent à Or-
(1) Catherine avait amené d'Italie l'astrologue florenlin Cosimo Ruggieri, qu'elle consultait sur tout, à qui elle lit construire un observatoire et qu'elle donna comme professeur d'italien au duc d'Anjou pour être tenue au courant des menées des politiques. Impliqué dans le procès de La Molle et Coconasso (voir p. 377), en 157'i, il fut condamné aux galères, d'où Catherine le tira par terreur superstitieuse. Arrêté de nouveau comme ayant lancé contre Henri IV lout ce dont il disposait de maléfices (1598), il fui remis en liberté. Il reparut à la cour et publia annuellement de 1604 à 1615 des almanachs qui eurent une grande vogue. Sur son lit de mort, il refusa l'assistance des capucins et le peuple ameuté traîna son corps sur la claie.
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Buste de Charles IX, par Germain Pilon (Louvre).
LA RÉFORME EN FRANCE ET LES GUERRES DE RELIGION
léans le 13 décembre 1360, et Michel de [/Hospital y prononça un discours où il préconisa l'utilité des Etats généraux, critiqua les torts respectifs des partis, lil un éloquent appel à la conciliation et, après avoir exposé le mauvais état des finances, engagea les députés à exposer sans crainte leurs doléances.
■ Aucuns, dit-il, ont douté s'il était nécessaire, utile et profitable aux rois de tenir les États, disant que le roi diminue autant de sa puissance de prendre l'avis et conseil de ses sujets, n'y étant obligé ni tenu; et aussi qu'il se rend trop familier à son peuple, ce qui eng e n d r e m é p r i s et abaisse la dignité et majesté royale. Ces opinions me semblent avoir peu .de raison :
premièrement, je dis qu'il n'y a acte tant digne de roi, tant propre à lui, que tenir les Etals, que donner audience générale à ses sujols et taire justice à chacun. Les rois ont été 'dus premièrement pour faire justice, et est moins acte royal de l'aire la guérie que de faire justice; car les tyrans et mauvais rois font la guerre autant que les bons et bien souvent le mauvais la fait mieux que le bon.
Combien de pauvretés, d'injures, de violences ou d'injustices se font aux peuples, qui sont cachées au roi, qu'ils peuvent ouïr et entendre tenant les États!... Souvenons-nous de la maxime de nos pères : lue foi, une loi, un roi. N'innovons rien légèrement; tlélibérons longtemps devant et instruisons-nous. Voyez et prenez garde qu'il n'y ait autant de façons et manières de religions qu'il y a de familles et d'hommes. Tu dis que ta religion est la meilleure, je défends la mienne : lequel est le plus raisonnable, que je suive ton opinion ou toi la mienne? ou qui en jugera, si ce n'est un saint concile? Aussi le roi met-il tous ses soins à hâter celte
convocation. A tous ces mots diabor __T__^TOT-T™WTT__
liques : factions, séditions, lutlié- ' ''''^'^t!a 'ê^'i^
riens, huguenots, papistes, substituons le beau nom de chrétiens. En
Oratoire portatif de Catherine de Médicis, orné d'émaux (Musée de Cluny).
attendant cette précieuse union, que les prélats résident dans leurs diocèses, que le clergé multiplie les œuvres de charité pour ramener par la douceur et non par la rigueur ceux qui sont dévoyés, que le peuple des villes, armé pour la conservation de la paix publique, dispense les cités de garnisons coûteuses, que la noblesse garde le plat pays et serve fidèlement le roi, et ces efforts com- ^ binés rétabliront le
calme et la concorde générale. »
Le tiers état, joua dans l'assemblée d'Orléans un rôle considérable et ses cahiers témoignent d'un grand sens politique autant que d'un sentiment très éclairé de l'intérêt public. Divisés sur beaucoup de points, les trois ordres furent d'accord pour ne consentir aucune taxe nouvelle sans que la situation financière eût été exposée aux États provinciaux. 11 fut effectivement décidé ([Ue les assemblées locales nommeraient, pour chacun des treize gouvernements, un député de chaque ordre et que les élusse réuniraient à Melun avant le 1er mai; mais le jour même où fut close la session des Étals généraux, c'est-àdire le 31 janvier 1561, le chancelier lil rendre la célèbre ordonnance d'Orléans que le Parlement n'enregistra qu'après une longue opposition (1). Elle s'inspirait surtout des vœux du tiers état et prétendait rétablir par des réformes administratives la paix civile de plus en plus chancelante. Le même mois, la déclaration de janvier, donnée le 17 janvier 1561 à Saint-Cermain-en-Laye, reconnut aux réformés le droit de s'as-
(1) Une ordonnance additionnelle, dite édil de Roussillon (1563), disposa (art. 3!)) que désormais l'année commencerait le premier jour de janvier, et il en l'ut ainsi à partir du 1er janvier 1565.
Catherine de Médicis en 1561.
Etats yénéraux tenus a Orléans en 15U0 (Kecucil de Tortorel et I'eiTÏiisiu).
sembler de jour, hors dos villes, « pour faire leurs prêches et autres exercices de leur religion ».
Catherine, craignant de voir [es Etats confier la régence au roi de Navarre, avait, avant leur convocation, habilement réglé les pouvoirs respectifs de la reine mère et des Bourbons. Pour en finir avec les prétentions renaissantes des princes du sang, elle investil le roi de Navarre des fonctions de lieutenant général du roi (27 mars 1561),
liberté du culle réformé, et Médit de juillet i'6(î\ défendit en son article 4, « sous peine de confiscation de corps et de biens, tous convenlicules et assemblées publiques, avec armes ou sans armes, ensemble les privées où se feroient presches et administration de sacremens en autre forme epae selon l'usage reçu et observé en l'Église catholique ». L'Uospital ne put que prescrire aux magistrats de « n'abuser de l'exécution. du contenu en ces présentes »•
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Le « Colloque de Poissy » (1561), par J.-N. Robert-Fleury.
réhabilita le prince de Condé et accorda aux calvinistes la liberté de fait. Antoine de Bourbon renonça formellement à ses droits sur la régence et ses frères se portèrent garants de sa renonciation.
Le triumvirat. Ëdits d'avril et de juillet (1561). — En
somme, la reine mère inclinait très nettement vers le calvinisme. Un soir que l'évêque de Valence, Jean de Monluc, prêchait le carême à la cour dans un sens très indulgent pour les doctrines nouvelles, le connétable de Montmorency, blessé dans sa foi, descendit aux cuisines, où un Jacobin prêchait pour les gens de service, et il y rencontra le duc de (luise et le maréchal de Saint- André, avec lesquels il forma une association catholique qu'on appela le triumvirat en souvenir de l'antiquité romaine (6 avril 1561). Aux États d'Orléans le roi de Navarre avait fait demander la restitution des sommes illicitement perçues sous les règnes précédents, e! si L'Uospital avait fait écarter une proposition qui visait indirectement Montmorency et le cupide Saint-André, ceux-ci n'en demeuraient pas moins intéressés à faire échec aux Bourbons, lies considérations personnelles autant que leur foi les rapprochèrent donc du duc de Guise.
Véditdu I!) avril 1561 répondit à la formation du triumvirat : il reconnaissait aux réformés le droil de prier à huis clos dans leurs logis. Cependant, sur les instances du cardinal de Lorraine et du clergé, Catherine de Médicis convoqua (23 juin 1561] une assemblée du Parlement, à laquelle se joignirent lesprinces, les grands officiers de la couronne et le conseil privé, dans le but de fixer la jurisprudence à l'égard des protestants el des dissidents accusés d'hérésie. Malchancelier de L'Uospital, le Parlement, à trois voix Je majorité, se prononça contre la
Le maréchal (Collection T
Assemblée de Pontoise. Colloque de Poissy (1561). — Les députés s'assemblèrent au mois d'août 1561, non à Melun, mais à Pontoise, où siégèrent seuls les commissaires des deux ordres laïques, tandis que les élus du clergé assistaient au synode ecclésiastique tenu à Poissy sous le nom de colloque. Pour éteindre la dette publique, les représentants du tiers proposèrent d'aliéner au profit du roi tous les biens du clergé, qui recevrait en retour des pensions viagères, n ais les députés de cet ordre s'engagèrent à payer en six ans le fers de la dette, qui s'élevait à plus de 175 millions de francs de notre monnaie, au moyen d'une taxe imposée à tous les membres de leur ordre. (Contrat de Poissy.)
L'assemblée de Pontoise demanda la refonte complète de l'organisation administrative, la convocation périodique des États, enfin le plein et libre exercice du culle protestant.
Simultanément se réunissait le colloque de Poissy, où les docteurs des deux communions avaient été admis à une discussion solennelle. Le cardinal de Lorraine espérait mettre les calvinistes de France et de Genève en désaccord avec les luthériens d'Allemagne, semer entre eux des germes de division et détourner les protestants d'outre-Rhin de' venir prêter main-forte à leurs coreligionnaires de France.
Le roi de Navarre, chef du parti protestant, avait appelé à Poissy pour y plaider la cause dit la Réforme deux des plus célèbres calvinistes de l'époque, Théodore de Bèze, le lieutenant de Calvin, et le fameux ('migré florentin Pietro Verniiglio, dit Pierre Martyr, un des organisateurs de l'Église réformée d'Angleterre, alors chef de l'Église de Zurich. Il les opposa aux orateurs du catholicisme, le cardinal de Lorraine et Claude Despence, docteur en Sorbonne. La première conférence publique eut lieu le 1) septembre 1561.
de Saint-André iiiibal, Louvre).
LA RÉFORME EN FRANCE ET LES GUERRES DE RELIGION
Le synode se composait, du côté des catholiques, de six cardinaux, de trentè-six archevêques et évêques el de nombreux docteurs. Bèze et Vermiglio avaient avec eux onze ministres el vingt-deux gentilshommes députés par les principales Églises réformées de France. Le roi en personne ouvrit la séance. L'Hospital prit ensuite la parole, exposa le but et l'objet de l'assemblée et remontra que, la réunion d'un concile œcuménique paraissant peu probable, il appartenait aux membres de l'assemblée de Poissy, réunis en concile national, à porter remède aux discordes religieuses qui troublaient le royaume et à prescrire la réforme des abus. Catherine et le chancelier s'avisèrent d'aboucher les plus modérés des théologiens protestants avec les principaux catholiques, afin qu'ils pussent arrêter en commun un formulaire capable de satisfaire l'un et l'autre parti sur la doctrine de l'eucharistie.
Cinq docteurs catholiques dont deux prélats et cinq protestants rédigèrent une profession de foi, à laquelle plusieurs docteurs catholiques et l'université de Paris substituèrent un autre texte; maisl'ordre du clergé, réuni à Poissy le 13 octobre, défendit aux cinq commissaires catholiques de continuer la conférence, à moins que les calvinistes ne souscrivissent à la doctrine de l'Eglise sur la transsubstantiation. Les ministres protestants rejetèrent à leur tour la définition des sorbonnistes et demandèrent
en vain la continuation du colloque, qui se sépara le 18 octobre 1561. Ainsi avorta cette réunion si célèbre dans l'histoire religieuse des deux partis, mais vouée à l'impuissance parce qu'il s'agissait de points de dogme, non d'une question de discipline.
Édit de janvier. Massacre de Vassy (1562). — Le roi d'Espagne se montrait mécontent et inquiet de la politique de Catherine de Médicis : maître des Pays-Bas, il y redoutait l'influence du protestantisme français et, d'accord avec les Cuise, il reprochait à Catherine ses complaisances pour les réformés.
Le roi de Navarre s'étant, sur ces entrefaites, rapproché des triumvirs, Catherine, de son côté, se rapprocha de Chàtillon et de Condé, et L'Hospital, pour triompher de l'opposition du Parlement de Paris, convoqua à Saint-Germain une commission de magistrats qu'il avait désignés dans les divers parlements provinciaux. Des délibérations de cette assemblée sortit Y édit de janvier (17 janvier 1562 , qui autorisait l'exercice du culte réformé pendant le jour hors de l'enceinte des villes closes, et qui souleva les protestations îles catholiques.
Les triumvirs appelèrent alors François de Cuise à Paris, la guerre civile- leur paraissant imminente. Le duc s'était rendu à Saverne, en compagnie de son frère février 1561 , [jour s'efforcer de gagner à sa cause le duc de Wurtemberg et de priver ainsi les protestants français du secours îles luthériens d'Allemagne. A son retour, se rendant à Paris, il traversait Vassy en Champagne, le Lcr mars, quand ses gens entrèrent dans une grange où, contrairement aux prescriptions de l'édit de janvier, les huguenots s'étaient réunis pour le prêche. Des interpellations, on en vint aux menaces, puis aux voies de fait. Le duc, accouru, fui atteint d'une pierre, et "un officier de sa compagnie d'ordonnance blessé à ses côtés. Aussitôt ses gens se précipitent sur les calvinistes qui, sans armes, ne peuvent se défendre. Vingt-trois d'entre eux sont tués ou étouffés dans le tumulte ; plus de i ent sont blessés.
Ce tragique incident devint le signal de la guerre civile. César a passé le Rubicon -, s'écria le prince de Condé, qui s'éloigna de Paris, résolu à recourir aux armes.
Commencement des guerres civiles I . — Guise lui accueilli à Paris (16 mars) « connue un envoyé de Dieu ». Les triumvirs, maîtres île la capitale, l'étaient aussi de la personne du roi : leurs partisans dominaient dans le nord de la fiance, en Bretagne, en Bourgogne, en Guyenne. Les calvinistes, qui prirent Condé pour leur chef 27 avril 1552) et qui s'emparèrent en quelques semaines de deux cents villes, se recrutaient dans la bourgeoisie, avide de libertés
Le massacre de Vassy (Recueil de Tortorcl et Perrissin). B. Le duc de Guise- — E. Le cardinal de Guise, appuyé sur le mur du cimetière.
politiques, dans la petite noblesse et dans quelques grandes familles désireuses de reconquérir leurs anciens privilèges, entin dans le monde des humanistes. La présence, à leur tête, d'un certain nombre de gentilshommes, jaloux de recouvrer leur indépendance, lui donna un caractère aristocratique. La masse du peuple qui, au début de la Réforme, avait paru incliner vers les idées nouvelles, forma au contraire le gros du parti orthodoxe et plus tard du parti « ligueur », qui reçut le mot d'ordre des jésuites et des capucins.
La guerre se lit des deux côtés avec un féroce acharnement, chaque parti prétendant imposer sa foi à l'autre. Le gouverneur de la Guyenne, Biaise de Monluc, fut particulièrement cruel (2). Dans le Dauphiné, un protestant, le baron des Adrets, se fit une réputation de cruauté qui, même dans ces temps impitoyables, excita l'indignation. On raconte qu'après la prise du château de Monlbrison (16 juillet 1562), il obligea ses prisonniers à se précipiter du haut d'une tour sur la pointe des piques de ses soldats, et, si
I; Chronologie des guerres civiles ou de religion :
Première guerre (1562-1563). — Victoire des catholiques à Rouen el h Dreux. — Siège d'Orléans. — Assassinat de François de Guise.— Paix d'Amboi e
Deuxième guerre (1567-1568). — Bataille de Saint-Denis. — PaixdeLong jumeau.
Troisième guerre (1568-1570). — Victoire des catholiques à Jarnac el a Moncontour. — Victoire des protestants à La Roche-Abeille el à Arnay-le- Duc. — Paix de Sainl Germain.
Quatrième guerre 1572-1573 . — Saint Barthélémy. — Siôge el paix de La Rochelle.
Cinquième guerre (157-1-1576). — Victoire de Dormans gagnée par les pro testants sur Henri de Guise. Paix de Beaulicu.
Sixième guerj'e 1576 1577 , terminée par les Édils de Poitiers et de Berge u
Septième guerre 1588). — Prise de Cahors par Henri «le Navarre. — Traité de Fleix.
Huitième guerre 1586 i >83 . — Batailles de Coulras, de Vimory el d'Auneau. — Journée des Barricades. — Assassinat de Henri III.
- Son fanatisme a cependant été exagéré. C'est un auteur du xviue siècic, d'Auvigny, qui imagina qu'il faisait partoul dresser des polenci i I « marchait toujours suivi de deux bourreaux, ce qui lui (Il donner le nom de « boucher « royaliste ». Voir Paul Couiiteault, Glaise de Monluc historien i
ce n'est là qu*unc légende, on s'explique que sa réputation bien établie de cruauté impassible lui ait donné naissance; après l'édit d'Amboise, des Adrets revint au catholicisme et combattit ses anciens coreligionnaires avec la même ardeur. Ainsi les protestants tuaient comme les catholiques, et ils commettaient dans les cathédrales cl les églises d'affreuses profanations. A Orléans (21 avril 1E362),
Condé et Coligny accourent pour arrêter la dévastation de l'église Sainte-Croix; Condé saisit une arquebuse et couche en joue un homme qui travaillait à jeter bas une statue « Monsieur, lui crie cet homme, ayez patience que j'abatte cette idole, vous me tuerez après! » A Gaillac, à Béziers, à Montpellier, à Nîmes, les catholiques furent massacrés.
Duplessis-Mornay, La Noue furent au nombre de ceux qui eurent la force de ne pas participer à des violences dont Coligny lui-même ne sut pas toujours se garder.
Au cours de ce long et sanglant conflit, marqué de part et d'autre par des excès déplorables, le pouvoir royal fut menacé successivement par les deux partis en présence, qui d'autre part tirent appel à l'étranger, compromettant ainsi l'indépendance nationale en même temps que son unité.
Philippe II, champion du catholicisme, offrit ses troupes aux catholiques; Elisabeth donna les siennes à Condé pour défendre Rouen, et les protestants lui livrèrent Le Havre (traité d'Hamptoncourt, 20 septembre 1562). Il convient de dire à l'honneur du duc de Guise qu'il offrit à Condé la paix et la liberté du culte calviniste pour marcher avec lui à la reprise du Havre, à l'assaut des <• anciens ennemis de la couronne », mais le prince écarta les propositions de son adversaire.
François de Beaumont, baron des Adrets.
Elisabeth d'Angleterre.
Gravure do Henri Homjius.
Carte pour suivre les guarres de religion.
Première guerre civile (1562-1563). — La première guerre civile fut signalée par trois événements principaux : le siège de lîouen, la bataille de Dieux, le siège d'Orléans.
Siège de Rouen (1562). — Rouen était défendu par les huguenots réunis aux Anglais et commandés par Montgomery. Les chefs de la ville reconnaissaient Elisabeth, mais les habitants ne voyaient dans les Anglais que des auxiliaires contre les Guise, et, si les Guise avaient été écartés des affaires, ils se seraient volontairement soumis.
Rouen fut repris par les catholiques commandés par le roi de Navarre. Le 20 octobre, les assiégeants entrèrent par la brèche dans la place, mais le roi de Navarre fut mortellement blessé. Il laissait pour héritier un enfant de neuf ans, qui devait régner sous le nom de Henri IV.
Bataille de Dreux (1562).
■ — Le prince de Coudé, qui avait pris le gouvernement d'Orléans, espérait n'être pas obligé de rompre ouvertement avec la cour. Il eut des entrevues avec les envoyés de Catherine et se déclara le fidèle lieutenant du roi. Mais, une fois entrés dans Orléans, les protestants saccagèrent les églises, brûlèrent les reliques et les objets du culte, mirent au pillage les maisons et les biens des catholiques. Catherine crut menacée l'autorité de son fils : elle eut recours aux armes.
Condé, avec 7000 Allemands, vint à la rencontre de l'armée royale et se mesura avec elle dans les plaines de Dreux. La rencontre fut indécise : 7000 morts restèrent sur le champ de bataille, et Coligny put se retirer en bon ordre à la tète des huguenots. Les deux généraux en chef furent faits prisonniers : Montmorency par les protestants, Condé par les catholiques; Saint-André fut tué. Le soir de la bataille, Guise partagea son lit avec le prince de Condé et dormit profondément, dit-on, à côté de son plus mortel ennemi. « Si les catholiques avaient été vainqueurs à Dreux, disait Catherine de Médicis, je me serais résignée à prier en français. »
Siège d'Orléans (1563). — Les catholiques vinrent mettre le siège devant Orléans, qui commandait le midi de la France et constituait un des boulevards du calvinisme. Guise, maître du faubourg d'Olivet, allait donner l'assaut (18 février 1563) quand un jeune gentilhomme protestant, paient de La Renaudie, Poltrot de Méré, le tua traîtreusement d'un coup de pistolet. « Monsieur de Guise le Grand» eut une fin pieuse et chrétienne; il pardonna à son assassin et expira à quarante-quatre ans, donnant à son fils aîné, Henri, alors âgé de treize ans, des conseils de sagesse et de modération et disant à son meurtrier : « Or ça je veux vous montrer combien la religion que je tiens est plus douce que celle de quoi vous faites profession. La vôtre vous a conseillé de me tuer sans m'ouir, n'ayant reçu de moi aucune offense, et la mienne me commande de vous pardonner, tout convaincu que vous êtes de m'avoir voulu tuer sans raison. » Témoin du meurtre de son père, Henri de Guise n'en jura pas moins une haine implacable à Coligny, qui n'arma pas le bras de Poltrot de Méré, mais eut le tort de se féliciter publiquement de ladisparition de son rival.
Paix d'Amboise (1563). — La mort de Guise sauva les protestants. Catherine, qui régnait seule depuis que le triumvirat avait disparu, et conseillée d'ailleurs par L'Hospital, conclut avec eux un arrangement qui, moins avantageux pour les reli-
LA REFORME EN FRANCE ET LES GUERRES DE RELIGION
gionnaires que I'édit ( tiques. La convention consacrèrent de célébrer !
anvier, fut néanmoins blâmé par les catho-
l'Isle-aux-Bœufs et le pacte d'Amboise lo
la liberté de conscience était reconnue, l'autorisation
culte réformé accordée dans les faubourgs d'une ville
par bailliage et sur les terres des seigneurs hauts justiciers. Un pardon général l'ut ensuite proclamé, et le gouvernemenl prit à sa charge tous les frais occasionnés par la guerre civile.
Catherine semble avoir contracté ces obligations sans arrière-pensée, et la preuve en est dans le choix qu'elle fit pour le gouvernement d'Orléans, poste délicat et périlleux, de Philibert de Marcilly, sieur de Sipierre, gouverneur de Charles IX, homme droit et juste. Les instructions que la régente remit à son lieutenant étaient empreintes d'un très large esprit de conciliation, et sous l'administration de Sipierre, Orléans retrouva le calme et la prospérité.
Reprise du Havre (1563).
— Condé accepta la paix d'Amboise, et on le vit marcher sous les ordres , de Montmorency pour reprendre Le Havre aux Anglais. La ville, mal défendue, capitula en quelques jours : 28 juillet 1563).
L'Hospital profita de cette victoire et de la trêve des
partis pour venir avec Catherine faire reconnaître, au Parlement de Rouen, la majorité du jeune roi.
Entrevue de Bayonne (1565). — Catherine de Médicis ne tarda pas à être inquiète de l'influence de Condé comme elle l'avait été de l'influence des Guise. Elle songea'à se réserver, le cas échéant, l'appui des États catholiques, et, dans ce but, elle visita avec le roi les provinces méridionales de la France, vit à Avignon le légat du pape, puis eut une entrevue à Bayonne avec la reine Elisabeth, sa iille, et avec l'implacable duc d'Albe, ministre de Philippe II, au moment où celui-ci recevait la mission de ruiner l'hérésie dans les Pays-Bas. Il proposa à Catherine l'adoption commune de mesures destinées à « porter remède aux choses de la religion », spécialement à abattre les chefs du parti protestant, disant qu' « une tète de saumon vaut mieux que dix mille grenouilles » ; mais Catherine s'y refusa, et celte année même, à la suite d'une assemblée de notables réunis à Moulins, en janvier 1566, sur l'initiative du chancelier Michel de L'Hospital, d'importantes réformes furent introduites, par des décisions de Charles IX, les unes relativement au domaine, les autres en matière de justice.
Édit de Moulins sur le domaine (février 1566). — Cet édit déclara inaliénables, en principe, les biens du domaine de la couronne, c'est-à-dire non seulement les domaines au sens propre du mot, dont le roi avait la pleine propriété, mais encore les droits de souveraineté, les droits régaliens, les droits féodaux. Déjà, sous l'influence du droit romain, s'était introduit en France l'usage de faire prêter serment au roi, lors de son sacre, de ne pas aliéner le domaine : I'édit de 1566 donna à la règle de l'inaliénabilité son expression définitive.
Exceptionnellement, l'aliénation était au-
torisée pour la constitution d'apanages au profit d'enfants de la maison de France et aussi pour les nécessités de la guerre, mais la couronne se réservait le droit de reprendre la partie du domaine aliénée : dans le premier cas, en vertu d'un droit de retour après l'extinction de la descendance mâle de l'apanagiste ; dans le second,
Une charge de la bataille de Dreux (Recueil de Tortorel et Perrissin).
en vertu d'un droit perpétuel de rachat, qu'on exprimait en disant que les biens n'étaient qu'engagés.
Les acquisitions, opérées au profit du roi, qui n'avaient pas été réunies, expressément ou tacitement, constituaient le domaine privé, qui restait dans le commerce et dont le roi pouvait disposer. L'unité nationale pouvant avoir à souffrir de cette règle, I'édit de Moulins spécifia que l'union tacite d'une terre résulterait de la confusion, pendant dix ans, entre les revenus de cette terre et ceux des autres domaines de la couronne. Bientôt s'introduisit la règle que tous les biens possédés parle roi de France à son avènement feraient dès ce moment partie intégrante du domaine de la couronne.
Ordonnance de Moulins sur la réforme de la justice (février 1566)-
— Cette ordonnance, qui résumait toutes les ré' formes judiciaires précédemment réalisées, resta, jusqu'à la Révolution, la loi organique de l'administration judiciaire.
Elle tendait à établir l'unité de juridiction et de procédure, diminuait le nombre des juges et restreignait la compétence des justices privilégiées, tant municipales qu'ecclésiastiques. Elle formula des règles nouvelles en matière de preuves et prohiba désormais la preuve par témoins pour établir la validité des conventions non commerciales dont la valeur excéderait lut) livres.
Ce fut aussi l'ordonnance de Moulins qui admit l'hypothèque judiciaire.
Deuxième guerre civile (1567-1568).
— Bataille de Saint-Denis (10 novembre 1567). Paix de Longjumeau (21 mars 1568 . Si Catherine de Médicis avait écarté les sug-
Le duc d'Albe, par Antonio Mono.
gestions du duc d'Albe, elle n'en avait pas moins paru tendre la main à Philippe II, ei s. m voyage de pacification, loin de calmer les esprits, inquiéta les calvinistes. La situa tion se tendil à nouveau, les incidents se multiplièrent ; Condé el < ioligny tentèi ni d'enlever le roi qui était abus à Monceau