‹ Histoire de France illustréeChapitre 133 sur 182 · Scène de la Saint-Barthélémy (Collection Hennin · texte numérisé non relu

Scène de la Saint-Barthélémy (Collection Hennin

LAuxerrois, voisine du Louvre, donnèrent le signal de l'extermination. L'aube se levait, mais les rues étaient encore plongées dans l'obscurité, et le massacre commença à la lueur des torches. Coligny fut une des premières victimes. Les assassins pénétrèrent dans son hôlel; un Allemand de la Bohème, au service des Guise, nommé Besme, le frappa de son épée, et ses compagnons le jetèrent dans la cour, où le duc de Guise poussa du pied le cadavre, qui fut piétiné par les assassins.

Au Louvre, le massacre commença vers cinq heures. Les malheureux désignés comme victimes furent surpris un à un, désarmés, abattus. » Leurs Majestés ne purent se garder de peur dans le Louvre, » dit Tavannes, qui pourtant rapporte, mais d'après Brantôme, que les tueries eurent lieu sous les yeux du roi. Les maisons des huguenots avaient été marquées d'une croix blanche. Après les gentilshommes, des bandes de furieux égorgèrent les magistrats, les bourgeois, les artisans accusés d'hérésie. La plupart des protestants sont surpris dans leur lit; on n'épargne ni les femmes ni les enfants; on pille, on vole dans tous les quartiers. « Saignez, saignez! criait Tavannes, la saignée est aussi bonne en ce mois d'août comme en mai. » La boucherie dura trois jours. Après l'ami-

ral, on tua le jeune Téligny, son gendre; le comte de la Rochefoucauld, favori de Charles IX, qui était resté jusqu'à onze heures du soir avec lui à rire et à badiner; le marquis de Pardaillan; Clermont de Piles, défenseur de Saint-Jean-d'Angely; le vieux Brion, gouverneur du marquis de Conti, frère du prince de Condé, que l'on égorgea entre les bras de son élève; le marquis de Reynel, et Lavardin, et Guèrchy, et Groslot, bailli d'Orléans, et le philosophe Ramus, et l'historien La Place Plusieurs gentilshommes catholiques sauvèrent des huguenots, mais il n'y eut guère d'épargnés, parmi les protestants de haut rang, que le jeune Caumont-la-Force, sauvé par hasard, le roi de Navarre et le prince de Condé, qui abjurèrent, le comte de Montgomery et le vidame de Chartres, qui, logés dans le faubourg Saint-Germain, alors en dehors de l'enceinte, eurent le temps de prendre le large. Le nombre des morts est impossible à évaluer : il paraît avoir été de deux mille environ; il ne serait même que de onze cents, d'après l'état des salaires payés au fossoyeur pour avoir enterré les cadavres à Paris et aux environs, mais il faut tenir compte des corps juives de sépulture, ceux par exemple que charriait la Seine.

Le 24 août, dans l'après-midi, le roi voulut arrêter les massacres et en donna l'ordre à l'hôtel de ville. Sully dit dans ses Mémoires que « le roi frémissait malgré lui au récit de mille traits de cruauté » qu'on lui contait. Charles IX voulut rejeter la responsabilité du crime sur le duc de Guise, qui se rebiffa, et, le 26 août, contraint, prenant tout sur son compte, il se rendit au Parlement : assumant la responsabilité de cet acte exécrable, il déclara, dans un lit de justice, que tout avait été fait par son ordre pour prévenir les complots des factieux contre sa vie. L'arrêt de la cour ayant ordonné que Coligny fût pendu en effigie au gibet de Montfaucon, la populace y suspendit les restes de l'amiral. La cour même voulut jouir de cet horrible spectacle (1). De la capitale, le carnage s'étendit aux provinces. « La Saint-Barthélémy, a dit Michelet, ne fut pas une journée, mais une saison. » Le drame sanglant de Paris se répéta à Meaux, à Orléans, à Angers, à Rouen, à Lyon, à Bordeaux, à Toulouse, où le corps mutilé du premier président Duranti fut accroché au pilori avec le portrait du roi placardé dans le dos. Plusieurs gouverneurs refusèrent d'obéir aux ordres sanguinaires qu'ils avaient reçus : le maréchal de Montmorency dans l'Ile-de-France, le duc de Longueville en Picardie, Matignon en Normandie, Saint-Hérem en Auvergne, Monluc lui-même en Guyenne. D'Aubigné publia en 1618 une lettre du vicomte d'Orthe, gouverneur de Bayonne, qui aurait écrit au roi : « Sire, j'ai communiqué le commandement de Vostre Majesté à ses fidèles habitants et gens de guerre, je n'y ai trouvé que bons citoyens et braves soldats, mais pas un bourreau. C'est pourquoi, eux et moi, supplions humblement Vostre dite Majesté vouloir employer en choses possibles, quelque hasardeuses qu'elles soient, nos bras et nos vies, comme estant, autant qu'elles dureront, vostres. » Le bourreau de Troyes refusa de prêter la main à la tuerie, disant « qu'il n'était de son oflice d'exécuter aucun sans qu'il y eût sentence de condamnation ». Le bourreau de Lyon fit de même. Les 3 et 14 septembre, Charles IX écrivit dans les provinces pour arrêter les massacres,

Page 1