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LES LETTRES ET LES ARTS

La langue.— Avanl d'être refoulée dans l'Armorique, la langue nationale continua longtemps encore a rire parlée dans les bourgs et dans les campagnes; mais le latin ouvrait seul l'accès aux fonctions publiques; il étail seul employé devant les tribunaux, dans les écoles, dans les églises; c'esl ru latin que se rédigeaient tous les actes de la vie publique. Ces avantages, joints sans doute à la richesse d'un vocabulaire déjà fixé, assurèrent le triomphe du lalin.

L'enseignement. - C'esl par l'école que, dès les premières années de la conquête, la civilisation romaine se répandit en Gaule. L'enseignement comportait trois degrés : primaire, secondaire et supérieur. Il comprenait pour les enfants de cinq à dix ans la lecture, l'arithmétique et la grammaire.

Après le latin, le grec. L'école d'Athènes jouissait alors d'un immense prestige en Gaule comme eu Italie. La connaissance de la langue de Sophocle et de Démosthène était considérée comme le complément obligé de toute éducation. Elle formait le fond de l'enseignement, avec le latin, pour 1rs élèves de dix à dix-huit ans. On leur apprenait à lire et à expliquer les ailleurs classiques, de

préférence Homère et Virgile. Cette explicati îtail en somme u\\

cours encyclopédique où le texte était commenté à tous les points de vue. Enfin, dans 1rs (lasses supérieures de chaque école, le principal exercice était la déclamation. Le maître s'attachait à développer avanl tout, la mémoire el l'imagination chez les (levés, presque tous futurs employés de I État, a leur faire connaître l'an de la composition oratoire, de la diction et du e.esie : aussi les premiers Gaulois lettrés furent-ils des rhéteurs, dcsavocals, des panégyrisles.

L'enseignement supérieur était donné dans les grandes écoles [auditoria) successivement ouvertes à Bordeaux, Toulouse, Vienne, Lyon, Trêves, Marseille et Autun. Ces deux dernières, véritables universités, furent particulièrement célèbres. Marseille avait la spécialité du grec : Homère y était l'objet d'un culte fervent. Autun était l'école latine par excellence où, de tous les points de la Gaule, les descendants des vieux Celtes 'accouraient se faire initier aux secrets des belles périodes cicéroniennes et de la poésie virgilienne. Dans toutes on trouvait des chaires de droit et de philosophie, qui rivalisaient avec celles d'Athènes, de Rome et d'Alexandrie. L'école de médecine de Marseille jouissait d'une grande renommée. L'école de Bordeaux comptait à elle seule, au iue siècle, 2 000 étudiants. Chaque auditorium avait à sa tète un rector. Les professeurs, choisis par la ville el agréés ensuite par le gouvernement impérial, recevaient, en dehors de leur traitement officiel, une rémunération de leurs auditeurs. C'est parmi eux que l'empire recrutait ses plus hauts fonctionnaires : tel le poêle Ausone qui, après avoir occupé une chaire à l'école de Bordeaux, devint successivement questeur, préfet des Gaules et consul.

Les bibliothèques étaient nombreuses; au iv" siècle, on n'en comptait pas moins de vingt-huit, dont la plus riche était celle de Trêves.

La littérature. — Dans les derniers temps de la République ou sous Auguste et ses successeurs immédiats, quelques Gaulois s'étaient illustrés dans les lettres ou au barreau : Valerius Coto, de Vienne, grammairien et poète, qui vécut au temps de Sylla; Cornélius Gallus, de Fréjus, l'ami et le rival de Virgile (66 av. J.-C), auteur d'élégies que l'on comparait pour leur suavité à celles du poète mantouan; Volienus Montauus, de Narbonne, orateur renommé à Rome; Domilius Afer, de Nîmes, qui fut le maître d'éloquence de Quintilien et que celui-ci met au premier rang des oraleurs romains; Terenlius Vairon, né dans la Narbonnaise, mort en .'17, auteur d'A rgonautiquvs qu'Ovide estimait, et d'une épopée nationale, De Bello sequanico, où il chantait la résistance des Séquanes à César; l'historien Troguc- Pompée, que Pline traite d'auteur très exact, severissimum auclorcn), et dont Justin a dit que son style rappelait l'éloquence antique. Mais ce fut surtout au ivu et au Ve siècle que cette littérature néo-latine brilla d'un vif éclat avec Lactance, né à Trêves, t'iioi. oary. mort en 325, l'auteur des Institutions divines et

du traité De la mort des persécuteurs, d'une latinité si pure qu'elle rappelle le grand siècle de la littérature romaine; Euinène, d'Autun (né en 260), qui professa la rhétorique dans sa ville natale et à Rome, et devint le secrétaire de Constam e Chlore (on ade lui des panégyriques éloquents : Pant- (jijrique de Constantin, Panégyrique de Constance, etc.); saint Hilairc, évèque de Poitiers (310-367), d'une éloquence rare et entraînante, auteur d'un livre d'hymnes, de Commentaires sur les Psaumes, d'un Traité de lu Trinité; Ausone, de Bordeaux (mort vers 385), le meilleur poète de son temps, chez qui la mémoire fait tort à l'imagination, car il excelle, sachant par cœur tous les poètes latins, à composer des pièces de vers faites d'hémistiches empruntés à Ovide, a Virgile (ce que l'on appelle des centons); mais cette poésie ingénieuse et frivole est amusante, et le petit poème de La Moselle est d'une rare fraîcheur descriptive. Les Gaules peuvent encore revendiquer, au ivc siècle, l'illustre évèque de Milan, saint Anibroise (né à Trêves vers 340) : dans ses hymnes (il n'y en a que quatre qui soient reconnues authentiques par les érudits : Dcus creator omnium...; jElcrne rerum Conditor...; Jàm surgit hora tertia...; Vcni, Rcdemplor genlium...), il observe encore les règles de la prosodie latine, qui bientôt allaient cire abandonnées pour les pratiques de la mesure et de la rime. Le premier il régla les formes du chant sacré, el sa réforme est encore en usage en Italie sous le nom de « rit ambroisieu ».

L'Art. Avec sa langue et sa littérature, Rome filconnaitre aux Gaulois les lui nies diverses de l'art latin. Les Romains ne se contentèrent pas de sillonner le pays de larges routes empierrées, dont les puissanls vestiges subsistent encore en maint endroit, et de jeter des ponts sur les lleuves puiir faciliter le déplacement rapide des lirions, partout ils construisirent des thermes, des temples, des aqueducs, des arènes, des théâtres, des villas.

LA GAULE

L'architecture gallo-romaine est surtout remarquable par 1rs grands

travaux d'utilité publique, les Humains ayant rarement séparé le beau de l'utile. Tels sont les ponts île Trêves, de Saintes, le beau pont Flavien, àSainl-Chamans; les aqueducs d'Arcueil, de Doubet (Charente-Inférieure), de Jouy, près .Metz, de Lùynes (Indre-et-Loire .

île Lyon ou du Mont-Pilal, enfin celui du Gardon, dit pont du Gard, près Mines, le jilus célèbre de tous.

A ces grands travaux d'édililé, il faut joindre les thermes de Sanxay, ih' Mines, de Fréjus, d'Aix-en-Provence bains de Sextius), de Lulèce i Thermes ou l'alais de Julien); les arènes ou amphithéâtres de Nîmes, d'Arles, de Vaison, de Lulèce (rue Monge), de Trêves, de Saintes, de Tinliniac (Corrèze), de Périgueux, de Sanxay, de Senlis; le théâtre d'Orange, le plus parfait en ce genre, ceux d'Arles, de Vienne (Dauphiné), de Lillebonne.

L'art des architectes gallo-romains apparaît plus complet encore e! plus raffiné dans les palais, les temples, les arcs de triomphe, les portes monumentales, créations «le

cités riches et luxueuses. Citons, parmi les palais, ceux de Trêves et d'Arles (Constantin), et les ruines dites Palais Galiirn à Bordeaux; parmi les temples, ceux d'Arles, d'Autun, celui de Mercure, sur le Puy de Dôme; de la déesse Tutelle, à Bordeaux; et surtout deux monuments hors de pair : à Nîmes la Maison carrée, à Vienne le temple d'Auguste et Livie, contemporains l'un de l'autre (ier siècle de l'ère moderne^; parmi les arcs de triomphe, celui d'Orange, puis ceux d'Arles, d'Autun (Porte d'Arroux), de Cavaillon, de Fréjus Porte Dorée), de Carpentras, de Saint-Chamas, de Saint-Rémy, île Reims (Porte de Mars), de Besançon (Porte Noire), l'arc de tiermanicus, à Saintes, la Porte de Langres et celle de Trêves Porte Noire). L'architecture militaire est représentée par les beaux spécimens des remparts de Murcens Lot , la Tour d'Auguste, a la Turbie, les restes des anciennes fortifications de Sens. Enfin, parmi les monuments funéraires, il faut citer le Mausolée des Jules, à Saint-Rémy (époque d'Auguste , et la Tour .Magne, à Nîmes. Les ruines découvertes près de Marlres-Tolosane Haute-Garonne permettent d'imaginer ce qu'était une riche villa à l'époque gallo-romaine.

Les architectes gallo-romains ont adroitement reproduit les modèles de l'art hellénique ou de l'art gréco-romain. C'est par Marseille, Narbonne, Nîmes, en relations constantes avec les Grecs, que pénétraient les influences helléniques, et surtout l'inlluence de l'Egypte des Ptolémées, où s'était maintenue florissante la civilisai ion grecque. De même, dans la sculpture, on ne peut savoir si les beaux spécimens de nos musées, la Vénus et le Faune d'Arles, ['Athlète de Vaison, la Vernis de Vienne ne sont pas des œuvres d'artistes grecs ou romains importées en Gaule, ou si leurs auteurs, quoique habitant la Gaule, n'étaient pas des Grecs ou des Romains d'origine. Zénodore de Marseille, qui éleva sur le Pu y de Dôme une statue de Mercure, était, comme son nom l'indique, d'origine hellénique. Quant aux œuvres d'inspiration proprement gauloise, comme les représentalions des divinités indigènes, cl certains bas-reliefs d'autels, elles sont d'une exécution primitive et barbare.

Il est toutefois un art importé de Rome où, comme dans la verrerie et l'orlèvreric,

La Porte de Mars, à Reims (Marne).

saïque (Lillebonne. Nîmes, Aix, Lyon, Trêves, représentant des chasses, des jeux de cirque, des combats de gladiateurs, des portraits de poètes et d'écrivains. Cel art se perpétua longtemps et llorissait encore sous Charlemagne, comme on le voit à ['église de fiermigny, près Saint-Benoît-sur-Loire.

Jugement sur la domination romaine en Gaule. — La

domination romaine a eu pour la Gaule des conséquences importantes : elle l'a initiée à la vie publique el administrative; elle a aidé à son développement intellectuel et économique; elle lui a assuré la paix. Et pourtant, si les institutions publiques de la Home impériale étaient savamment organisées, si l'administration de cel Etat immense constituait « un admirable mécanisme », la vie s'en relirait peu à peu, l'aire .pie toute « liberté en était absente. La liberté' politique, qui implique la participation des citoyens aux affaires publiques, à relie; qui intéressenl l'État (oui entier, avail disparu la première » (1). Les libertés locales elles-mêmes n'avai ml pas persisté au delà du ni6 siècle : l'organisation municipale, jadis si forte, était devenue en fait " un rouage de l'administration impériale, le dernier et le plus important, celui qui était en contact immédiat avec la population el sur lequel portail le pouls de toute la machine ». Les l'ourlions publiques fum Jj rent en quelque sorte immobilisées dans

MA t les mêmes familles et la tutelle de l'Étal

s'exerçait avec mm moins d'omnipotence sur le travail et les travailleurs. Eulin, cet organisme vaste el compliqué, qui entraînait la perception d'impôts très lourds, tuait toute initiative, toul efforl personnel, toute richesse économique.

Les Barbares peuvenl envahir l'empire :

ils ne trouveronl plus devant eux la résistance ardente el efficace des hommes qui ont le sentimenl de la liberté el qui, pour la conserver, défendenl b-ur indépendance, L'armée, jadis si puissante, esl désorganisée; les citoyens, succombant sous le faix de l'impôt, se sonl détachés de la vie publique ; aucune solidarité n'existe entre les diverses parties de l'empire et eilcs sont

isolées du pouvoir rentrai.

les Gallo-Romaius excellèrent : c'est la mo-

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i A. Esmkin, Cours éUinenla oire du

•litnt français, 1 1' nid., rjui>, p. i.

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LES HUNS; ATTILA, tableau do U- Cukca.

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