LE ROI, LA COUR ET L ADMINISTRATION
Caractère de Henri IV. — Dès le jour où, roi de Navarre, il prit part aux guerres civiles, le fils de Jeanne d'Albret s'était fait remarquer par celte vaillance audacieuse, cet esprit aventureux, celte belle humeur dans le danger, cette gaieté dans l'infortune qui donnent tant de charme à sa physionomie et qui l'ont rendu si populaire. Au courage du combattant s'unissait chez lui la science d'un homme de guerre très en avance sur les capitaines de son temps.
Doué d'une intelligence supérieure, d'une merveilleuse variété d'aptitudes, d'une perspicacité très pénétrante, d'un jugement très droit, d'un bon sens ferme et pratique, d'une volonté forte qui ne fut jamais de l'entêtement et qui savait fléchir, capable de réflexion mais aussi de prompte résolution, il fut à la hauteur de sa tâche dans les travaux de la paix comme il l'avait été sur les champs de bataille et il sut restaurer la richesse publique, établir la liberté de conscience, concevoir à l'extérieur une politique vraiment nationale. Ses conseillers le secondèrent efficacement et avec dévouement parce qu'ils trouvèrent en lui un chef de taille à les comprendre et digne de les diriger.
Il avait, avec l'intelligence des besoins de son temps, la passion du bien public, comme cela ressort avec évidence de la lecture de ses lettres : « Si on ruine mon peuple, qui me nourrira? Qui soutiendra les charges de l'Etat? Qui payera vos pensions? C'est lui qui nous fait tous vivre. » — « L'impression au monde que je crains le plus qui entre dans le cœur de mes sujets est que je me gouverne par autre chose que par la raison. » -- Je suis né et élevé dedans les travaux et périls de la guerre. Là se cueille la gloire, vraie pâture de toute âme vraiment royale, comme la rose dedans les épines. Mais je me suis bien lassé des calamités et misères que mon peuple endure par icelle. » — « Quand je travaille pour le public, il me semble que c'est quitter Dieu pour Dieu même. » — « Je suis bien marri, répond-il à un homme de qualité qui lui demandait grâce pour son neveu coupable d'assassinat, que je ne vous puis accorder ce que vous me demandez; il vous sied bien de faire l'oncle, et à moi de faire le roi. J'excuse votre requête, excusez mon refus. »
Aux qualités solides qui firent de lui un administrateur de premier ordre s'unissaient chez Henri IV les grâces captivantes de l'esprit et d'une bonhomie souriante. « A la sagesse des hommes pratiques, à cet instinct qui va droit à l'utile et au possible, qui prend ou rejette sans prévention et sans passion, au commandement le plus absolu, il joignait la séduction des manières et une grâce de propos inimitable. » (Aug. Thierry.)
Ce portrait du premier roi bourbon ne serait toutefois qu'un panégyrique si l'on n'y apportait quelques retouches. Les contemporains ont insisté sur l'ingratitude du Béarnais envers beaucoup de ceux qui s'étaient sacrifiés à sa cause, sur son avarice dont il ne se départissait que lorsque ses passions étaient en jeu, sur les scandales de sa vie privée qui coûtèrent si cher au Trésor; même après sa conversion, sa moralité ne s'amenda jamais sérieusement. «Les impétuosités d'un tempérament débordant de sève; l'influence corruptrice de la cour des derniers Valois, où il passa une partie de sa jeunesse; la licence universelle et inouïe qu'atteignit, lors des guerres civiles du xvie siècle, cette vie des camps que, durant vingt années, dut mener le Béarnais, toutes ces causes expliquent, sans cependant l'excuser, le scandale permanent des honteuses fai-
Henri IV et sa famille (Collection Hennin).
blesses dont Henri IV ne se corrigea pas. » 'Yves dk la Bri'êre.) Mais ces travers, qui l'ont empêché de réaliser sur le trône l'idéal du monarque français, n'ont pas obscurci sa gloire, et l'on peut souscrire au jugement d'Augustin Thierry : •• Ses liantes vertus mêlées d'étranges faiblesses ont l'ait de lui un type unique de roi à la fois aimable et imposant, profond de sens et léger de goûts, plein de grandeur d'âme et de calcul, de sympathie pour le peuple et d'orgueil de race, el toujours, et avant tout, patriote admirable. »
Henri IV vivait avec ses courtisans sur le pied d'une véritable camaraderie; il soufflait qu'ils en usassent de même avec lui et ils ne s'en faisaient pas faute, lui décochant plus d'un Irait: le maréchal de Bassompierre se distinguait en Ire luu s par son esprit d'à-propos et sur ce terrain tenait souvent tête au roi, qui n'était pas d'ailleurs en peine de lui répondre. Les mots célèbres du Béarnais sont innombrables, et l'on ne compte pas davantage ses jeux de mots, ses réparties ironiques, ses réflexions narquoises.
Ce qui distingue aussi Henri IV, c'est la simplicité, la familiarité, le dédain de l'étiquette cérémonieuse et raffinée : il ne voulait pas soumettre son entourage aune contrainte qu'il n'entendait pas s'imposer à lui-même. Il se montrait tel qu'il était, avec ses qualilés et ses défauts: il avait horreur du convenu et de l'artificiel. Tout le monde connaît cette anecdote, devenue populaire, du roi recevant l'ambassadeur d'Espagne pendant qu'il joue avec ses enfants devant Marie de Mcdicis et les promène sur son dos. « Avez-vous des enfants, monsieur l'ambassadeur? — Oui, sire. — En ce cas, je puis achever le tour de la chambre. »
Au point de vue de la vie de société, la cour de Henri IV ne diffère pas sensiblement de celle de Henri II; on y observe les mêmes contrastes, la même persistance des mâles façons du moyen âge, entretenues par la guerre, mais aussi la même recherche de la vie courtoise et polie. Les ballets, les concerts, la comédie italienne alternent avec les exercices violents, la grande chasse surtout, et déjà la fréquence des duels provoque la publication de plusieurs édits. Les mœurs sont fort relâchées; le roi donne l'exemple et l'exemple est trop bien suivi. Les bâtards sont élevés avec l'héritier du trône et partagent ses jeux. Henri IV « aimoit tous ses enfants, légitimes et naturels, avec une affection pareille, mais avec différente considération. II ne vouloit pas qu'ils l'appelassent monsieur, nom qui semble rendre les enfants étrangers à leur père, et qui marque la servitude et la sujétion, mais qu'ils l'appelassent papa, nom de tendresse et d'amour ». (Pébéfixe.) « Les vies les plus nobles, les plus grands règnes, les plus beaux livres, les aventures les plus glorieuses ont leurs taches. En liberté de langage et de mœurs, la cour de Henri IV dépasse celle des Valois, qui ne pouvait passer pour une école de vertus. Il faut bien le reconnaître, le torrent rabelaisien, que Louis XIII contiendra à grand'peine, charrie sous ce règne d'étranges impuretés. Pas plus que dans les mots ou dans les gestes la pudeur ne réside dans les actions. » (Victor du Bled.)
Les mariages du roi. Les favorites. — Henri IV avait épousé en premières noces, le 18 août 4572 (voir p. 375), Marguerite de Valois, fille de Henri II et de Catherine de Médicis, née à Saint- Germain-en-Laye le 14 mai 1553.
Née avec les dispositions les plus heureuses, d'un esprit vif et cultivé, cette princesse se plut, malheureusement, dans les plus singuliers désordres. Le Béarnais ne l'épousa pas volontiers, et de son côté Marguerite céda plutôt qu'elle ne consentit, ayant donné
LA REFORME EN FRANCE ET LES (.FERRES DE RELIGION
La belle Corisande.
son cœur au duc de Guise. Ce fui une union déplorable et la vie privée îles tleux époux fut égalemenl scandaleuse.
Du Guast, La Molle, Bussy d'Amboise, le vicomte de Turenne, furent particulièrement distingués par la jeune reine de Navarre, qui pourtant servit les projets de son mari et du duc d'Alençon. Elle rejoignit Henri à Nérac en 1578, et tous les deux vécurent quelque temps sous le même toit sans aucun égard l'un pour l'autre. Elle reparut au Louvre en 1582 : ce fut la période la plus regrettable de sa vie. Insultée par son frère en plein bal, elle retourna en Béarn, où Henri lui fit si froide mine qu'elle repartit presque
aussitôt; retirée dans l'Agcnois, rebelle à la fois contre son mari et contre son frère, elle fut réduite, à la tète d'une poignée de fidèles, à la vie aventureuse d'une princesse de roman. Rejetée dans l'Auvergne, elle fut internée à Cariât d'abord, puis dans le château d'Usson (1587), où elle vécut dix-huit années dans une demicaptivité et où elle écrivit ses Mémoires. L'avènement de Henri au trône de France ne changea rien à la destinée de Marguerite; elle se plaignait peu, du reste, de l'abandon où elle vivait, et, après avoir séduit le vieux gouverneur du château, Canillac, elle réussit à le chasser de l'imprenable forteresse, où elle vécut en souveraine jusqu'en 1605.
Henri IV, au plus fort de sa passion pour Gabrielle d'Estrées et au moment où il l'aurait volontiers épousée, essaya d'arracher à Marguerite son consentement à l'annulation de leur mariage; elle s'y refusa obstinément jusqu'au jour où le roi prétendit à la main de Marie de Médicis. Le mariage fut annulé en cour de Rome le 17 décembre 1599. Un peu plus tard, Marguerite reparut à la cour, où elle reprit tout son ascendant. Elle se fit bâtir, rue de Seine, un palais dont les jardins descendaient jusqu'au quai et sur les dépendances duquel elle fonda le couvent des Petits-Auguslins. Elle s'y entoura d'une société de lettrés, de poètes, de philosophes, au milieu desquels elle acheva sa vie. Elle mourut le 27 mars 1615, sans laisser de postérité.
Un roman publié en 1651, les Amours du grand Alcandre, a célébré la liaison de Henri IV et de la.' belle Corisande. Le roi de Navarre, qui s'était successivement épris à Nérac de Dayelle, fille d'honneur de la reine mère, de Mlle Le Rebours, une suivante de Marguerite de Navarre, de « la Fosseuse », fille cadette de Pierre de Montmorency-Fosseux, voua en 1583 un véritable culte à Diane d'Andoins, que sa beauté avait fait surnommer la belle Corisande (1). Élevée avec Catherine de Bourbon, tille de Jeanne d'Albret, elle avait épousé à Pau Philibert de Gramont, fils aîné d'Antoine, seigneur de Bidache et comte de Guiche. Ami d'enfance du roi Henri, Philibert l'accompagna à Paris pour assister à ses noces, s'évada avec lui en 1576, vint à Nérac, puis assista au siège de La Fère, où il trouva la mort (1580 . La jeune veuve attira le Béarnais par ses qualités morales plus peut-l Ire que par son charme physique, qui semble avoir résidé surtout dans un teint éclatant de blancheur. Diane inspira au Béarnais des lettres missives charmantes entre toutes. Après la bataille de Contras, «Alcandre » s'esquive sans presque prévenir personne et va déposer aux pieds de « Corisande » les enseignes et cornettes prises sur l'ennemi. Il songea sérieusement à l'épouser et il s'en ouvrit à d'Aubigné, lui rappelant l'exemple des princes qui avaient élevé jusqu'à eux leurs sujettes. << Sire, lui répondit d'Aubigné, les princes que vous citez jouissaient tranquillement de leurs Etats, et vous combattez pour avoir le vôtre. Le duc. d'Alençon est mort; vous n'avez plus qu'un pas pour monter sur le trône. Vous devez aux Français de grandes vertus et de belles aidions. Ce n'est qu'après avoir subjugué leur cœur el gagné leur estime que vous pourrez contracter un mariage qui aujourd'hui ne recul, que mois avilir à leurs veux. ■• Henri écouta les cunseils de d'Aubigné, comme il écoutera plus tard ceux de Sully, consulté de même au sujet de Gabrielle d'Estrées. En 1589, à. la suite de plusieurs orages dus à l'humeur un peu hautaine de la belle Corisande, une brouille durable sur-
vint, mais le roi conserva de sa compagne des années de lutte le souvenir d'une amie vaillante, l'aidant, de ses conseils el le secourant de ses deniers. De son mariage avec Philibert de Gramont, Diane laissait un fils, Antonin, né en 1568, et que le Béarnais voulut reconnaître, mais le jeune homme déclara qu'il « aimait mieux être gentilhomme que bâtard d'un roi ».
Gabrielle d'Estrées, marquise de Monceaux et duchesse de Beaufort (1573-1599), était fille d'Antoine d'Estrées, grand maître de l'artillerie, et de Françoise Babou de la Bourdaisière. Elle avait deux frères, dont l'un, le marquis de Cœuvres, devint maréchal
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Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, vers 1590.
César, duo de Vendôme, bâtard de Henri IV (Louvre).
(1] Née en 1553 à Hagetmau (Béarn), morte en 1G20. Histoire de France. — I.
d'Estrées, et cinq sœurs, parmi lesquelles la trop célèbre abbesse de Maubuisson, que ses déportements firent déposer en 1618. C'est en 1590, au temps où Henri guerroyait aux environs de Rouen, que Bellegarde fit connaître au roi de Navarre Gabrielle d'Estrées, qui demeurait alors avec son père au château de Cœuvres. « Elle était blanche et blonde, a écrit Sainte-Beuve; elle avait les cheveux blonds et d'or fin, relevés en masse ou mi-crèpés par les bords, le front beau, l'entr'œil (comme on disait alors) large et noble, le nez droit et régulier, la bouche petite, souriante et purpurine, la physionomie engageante et tendre, un charme répandu sur les contours. Ses yeux étaient de couleur bleue et d'un mouvement prompt, doux et clair. Elle était complètement femme dans ses goûts, dans ses ambitions, dans ses défauts mêmes. D'un esprit gentil et gracieux, elle avait surtout un naturel parfait, rien de savant; le seul livre qu'on ait trouvé dans sa bibliothèque était son livre d'heures. »
Henri IV la revit à Chartres en 1592. Jl la maria à Nicolas d' Amerval, seigneur de Liancourt, mais elle abandonna son mari pour venir à la cour. Après la naissance de César, duc de Vendôme, elle obtint de l'ol'licialilé d'Amiens un jugement annulant son mariage.
Son crédit est alors sans limites, le roi l'honore publiquement des plus grands égards, mais les Parisiens la détestent pour son luxe, qui contraste avec la misère des premières années du règne. Henri ne la trouve jamais assez parée. Pour elle, il se fait poète et lui envoie les stances célèbres : Charmante Gabrielle! « Il lui fioit, dit l'historien Mathieu, les avis et rapports qu'on lui faisoil <le ses serviteurs et lui découvroit les blessures de son esprit; elle en apaisoit incontinent la douleur, ne cessant que la cause n'en fût ôtée, l'offense adoucie et l'offensé content; en sorte que la cour confessoit que cette grande faveur, dangereuse à un sexe impérieux, soutenoil chacun el n'opprimoit personne; et plusieurs s'éjouissoient île la grandeur de sa fortune. »
Gabrielle engagea Henri IV à abjurer le protestantisme. Elle n'aspirait à rien moins qu'au trône, et elle espérail que le roi, une fois catholique, obtiendrait l'annulation de son mariage avec Marguerite de Valois. Le 23 juillet 1598, sur le poinl d'abjurer, il lui écrivit de Saint-Denis qu'il ferait, le dimanche 25, le « saut périlleux ».
Gabrielle demeurait alors à l'hôtel d'Estrées, situé rue , in Coq, auprès du Louvre. C'esl là que. le '27 novembre 1594, à son retour d'Amiens, Henri fui frappé par Jean Cbàtel. Il entrait botté dans la chambre de la favorite, au milieu d'une troupe de courtisans, lorsque l'assassin, qui s'était glissé parmi la suite du roi, lui porta
un coup de couteau à la gorge : c me, en ce moment, Henri se
baissait pour saluer les gentilshommes, le coup I itteignit seulement à la lèvre supérieure et ne lui coupa que la gencive. C'esl ù
cette occasion que le zélé huguenot d'Aubigné tint au roi ce propos fameux : « Sire, Dieu, que vous n'avez encore délaissé que des lèvres, s'est contenté de les percer; mais quand le cœur le nniera, il reniera le cœur. » Gabrielle s'écria : «Ah! les belles paroles, mais mal employées! » Si l'intervention de Gabrielle dans les affaires publiques ne fut pas toujours heureuse, en revanche elle contribua puissamment à ramener au conseil des finances le duc de Sully, que ses ennemis, Sancy en tête, en avaient fait sortir. Il est vrai qu'elle le regretta bientôt, parce que Sully voulait bien (pie le roi eût Gabrielle pour amie, « pour confidente, afin de lui pouvoir communiquer ses secrets, ses ennuis et recevoir d'elle une familière et douce consolation », mais se refusait impitoyablement à ce que la favorite devînt rejne de France. Or, Gabrielle gagnait chaque jour du terrain, chaque jour montait un degré du trône, lorsqu'une mort foudroyante l'enleva, le jeudi saint 8 avril 1599, dans l'hôtel du financier Zamet (voir pi. XIX, fig. 4), qui ce jour-là l'avait reçue à dîner. Prise tout à coup d'une attaque que les historiens qualifient d'apoplexie, elle mit au monde le lendemain un enfant mort et expira après trente-deux heures d'affreuses convulsions, qui l'avaient tellement défigurée, assure Sainte-Foix, qu'on ne pouvait plus voir sans horreur ce visage naguère si charmant. Cette mort étrange excita bien des soupçons; Sismondi laisse supposer que Gabrielle fut empoisonnée par le grand-duc de Toscane, oncle de Marie de Médicis, dont on négociait à cette époque le mariage avec Henri IV.
Henri IV et pai
Marie de Médicis
DlII'RÉ.
Il paraît plus probable que Gabrielle succomba à une attaque d'éclampsie (1).
C'est le 9 décembre 1GKU que Marie de Médicis, née à Florence en 1573, épousa Henri IV à Lyon. Grande, grosse, avec des yeux ronds et sans vie, aucune gaieté dans l'esprit, balourde même, d'humeur acariâtre, elle était peu faite pour fixer le cœur volage du roi, qui s'empressa de revenir à son existence de désordres.
Il fit de Henriette d'Entragues une marquise de Verneuil, de Jacqueline de Bueil une comtesse de Moret (2), de Charlotte des Essarts une comtesse de Romorantin. Il se prit, sur le tard, pour la princesse de Condé, fille du connétable de Montmorency, d'une passion platonique, mais aussi ardente que celle que lui avait inspirée naguère Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, dame d'honneur de Marie de Médicis.
Plus par orgueil que par affection, la reine se montrait fort outrée et des querelles extrêmement vives mirent aux prises le ménage royal. « Une fois entre autres, raconte Richelieu dans ses Mémoires, la colère de la reine la transporta jusqu'à un tel point, étant proche du roi, que, levant le bras, il eut si grande peur qu'elle passât outre, qu'il le rabattit avec moins de respect qu'il n'eût désiré, et si rudement qu'elle disait peu après qu'il l'avait frappée. » Les neuf dernières années de Henri IV furent, par sa faute il est vrai, un véritable enfer.
Henri IV avait jadis fait à la belle Corisandeune promesse de ma- A la mort de Gabrielle, il avait fait prendre le deuil à la cour et écrit à sa sœur Catherine de Bourbon : « La racine de mon amour est morte, elle ne rejettera plus. » En jour, il rencontra Henriette d'Entragues et ses serments furent oubliés.
Catherine-Henriette de Bal zac d'Entragues (1579- 1633) était fille de François de Balzac, seigneur d'Entragues, gouverneur d'Orléans, et de Marie Touchet, qui avait été laseule passion de Charles IX.
Le roi la connut au château de Malesherbes, résidence de la famille d'Entragues : il lui assura cent mille écus comptant et une promesse de mariage si elle avait un fils dans un délai déterminé (1er octobre 1599).
Un mois après, en novembre, le roi obtenait l'annulation de son mariage avec Marguerite de Valois; mais
Henri IV vers 1600.
Le grand-duc Ferdinand I" épouse par procuration , à Florence, Marie de Médicis, sa nièce, au nom du roi Henri IV, par Rubens (Louvre).
(1) Henri IV eut de Gabrielle d'Eslrées deux fds : 1° César, duc de Vendôme, né le 3 juin 1594 au château de Coucy, légitimé en 1593, et mort à Paris le 22 octobre 1665. A la suite de ses fiançailles avec Françoise de Lorraine, fille du duc de Mercœur. il reçut le gouvernement de la Bretagne (159S). Il eut de son mariage : Louis, duc de Mercœur, puis de Vendôme (1612-1669), homme de guerre, entré dans les ordres après la mort de sa femme Laure Maucini, et cardinal en 1667 ; — François de Vendôme, duc de Beaufort, surnommé pendant la Fronde le roi des Halles (1616-1669); — Elisabeth, femme de Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours, morte en 1664; — 2° Alexandre, dit le chevalier de Vendôme, né à Nantes en 1598, légitimé l'année suivante, grand prieur de l'ordre de Malte, mort à Vincennes en 1629, dont le baptême fut célébré à Saint-Germain avec les honneurs réservés aux enfants de France; — 3° une fille, Catherine-Henriette, duchesse d'Elbeuf, et qui était née à Rouen lorsque Henri IV venait de tenir en celte ville l'assemblée des notables.
(2) Il légitima en 1608 Antoine de Bourbon, comte de Moret, né à Fontainebleau en 1607.