‹ Histoire de France illustréeChapitre 2 sur 182 · NOTICE PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

NOTICE PRELIMINAIRE

La Gaule avant les Gaulois

es premiers documents écrits concernant l'histoire de notre pays ne sont pas antérieurs à la conquête de la Gaule par César.

Le premier maître <le la Gaule fut en même temps son premier historien; et ce que nous savons de plus précis, de plus clair sur les mœurs et les institutions politiques de nos ancêtres nous esl révélé par les Commentaires. Vouloir, par une curiosité d'ailleurs Légitime, connaître les rares et les formes de civilisation qui onl précédé la domination romaine, '-'est renoncer à la certitude de l'histoire pour faire appel aux données, moins localisées dans le temps, de l'archéologie préhistorique, ainsi qu'à l'interprétation large des légendes ethniques que nous trouvons éparses à travers les ouvrages des écrivains de L'antiquité.

H I S T o I II i: h E P II A n c e .

Les Ages préhistoriques. — C'est seulement de nos jours que les savants, grâce aux progrès constants de l'anatomie comparée cl à la multiplicité des découvertes préhistoriques, onl pu reconstituer, d'une manière satisfaisante, la succession des civilisations humaines sur le sol de l'Europe occidental*, et particulièremenl sur l'antique sol gaulois. Ce n'esl pas que les débris des anciens âges n'eussenl depuis longtemps frappé les esprits. Jadis, les Grecs el les Romains avaienl donné aux haches de silex-, qu'ils trouvaient en Couillanl le sol, le nom de céraunies pierres de foudre ; du grec / ton

nerre . La légende assurait que ces pierres lombaienl du i iel, el elle leur attribuait de toutes-puissantes vertus; les céraunies ■ i vaient d'amulettes et les guerriers en ornaienl leurs casques. Les pointes de flèches en silex, trouvées dans les mêmes conditions que les haches, furent longtemps aussi l'objel d'une superstition ten on conserve au musée de Nancy une de ces pierres Grand Turc à François de Lorraine, évêquc de Vi l'dun. xvin0 siècle on commence à douter de h <n' vertu magiqu , el

Menali n'hésite pas à attirue-r qi sont là les outil ayant

servi à l'homme a m e époqu i [< mi taux I encore

inconnus. En 172:5, Antoine de Jussieu porte le dernier coup aux céraunies en soutenant, dans une communication à l'Académie des sciences, que les outils rapportés do l'Amérique du Nord et provenant de peuplades primitives sont identiques aux céraunies.

Dès lors, les découvertes vont se précipiter, à mesure que l'on explore les couches géologiques récentes et les abris, grottes, cavernes des hommes primitifs. Si Cuvier n'admet pas l'existence de l'homme antédiluvien, Boucher de Pcrthes, en 1838, recueille des pierres taillées dans les environs d'Abbeville. Albert Gaudry découvre des haches parfaitement en place dans le diluvien, presque en contact avec des ossements d'animaux fossiles. En 18G3, 15 ou cher de Perthes trouve, dans les mêmes graviers d'Abbeville, une demi-mâchoire inférieure humaine. Vers la même époque, Lartet explore les grottes d'Aurignac (186U) et de Massât.

De toutes ces découvertes une conclusion jaillit : chez nous, comme dans d'autres, pays, l'humanité a passé par des « âges » que l'on distingue par les outils dont l'homme se servait. L'humanité n'a pas toujours connu l'usage des métaux ouvrés. Tout

d'abord, pendant l'âge de lu pierre, elle n'eut à sa disposition que des armes et des outils en silex, et cet âge se divise en deux périodes (période de \a..pierre taillée et période de l& pierre polie) dont chacune se subdivise à son tour en époques, tirant respectivement leurs noms des principaux sites préhistoriques.

Période de la pierre taillée ou paléolithique. — La période paléolithique correspond à un état de notre sol profondément différent du régime géographique actuel. Notre pays, qui n'avait peutêtre pas encore été affecté par les troubles de la période glaciaire, •'tait peuplé d'espèces animales aujourd'hui disparues ou émigrées vers d'autres climats. L'éléphant, le mammouth ou éléphant à longs poils, le rhinocéros à narines cloisonnées, le grand hippopotame, l'ours des cavernes, le grand chat-tigre des cavernes, !<• grand cerf d'Irlande vivaient sur les bords de la Somme, à côté du chamois et du bouquetin (retiré sur les montagnes), du renne, du bison d'Europe ou aurochs, du lueur musqué et du lion, qui ne se rencontrent plus rhez nous. Dès celle époque reculée, le cheval, la chèvre, le bœuf, le cerf étaient acclimatés dans notre pays.

L'homme contemporain du mammouth et du rhinocéros ignorait

Mammouth trouvé en Sibérie, en 1804, et restauré.

la culture des céréales et des plantes textiles, et il n'avait domestiqué encore aucun animal. Il vivait de pèche et de chasse et se servait d'outils en os, en corne ou en pierre. Comme il taillait ces oui ils par éclats, on a appelé âge de la pierre taillée ou paléolithique cette première période préhistorique, qui se subdivise en deux phases : 1° l'époque des alluvions (1), pendant laquelle l'homme vit

côte à côte, comme nous l'avons dit, avec les grands animaux; 2° l'époque des cavernes ou du renne, pendant laquelle l'homme cherche dans les cavernes un refuge habituel contre les intempéries et contre les fauves, et chasse surtout le renne, qui fournit à la plupart de ses besoins, comme chez les Lapons de nos jours. Les os du renne, servaient à fabriquer des grattoirs pour épiler les peaux, des poinçons pour les percer, des aiguilles pour les coudre, et ainsi furent confectionnés les premiers vêtements.

Bien qu'on sût battre le briquet, on cuisait rarement la viande. On se souciait peu de la propreté, mais non du luxe :

les tatouages, les pendeloques, les ornements divers étaient en grande faveur. Enfin, on gravait sur la pierre, les bois de cerf ou de renne, les os, des dessins naïfs et expressifs. La période paléolithique (temps quaternaire) a été divisée en plusieurs époques : chelléenne, acheuléennc, moustérienne, solutréenne, magdalénienne, tourassienne.

L'époque chelléenne (Chelles [Seine-et-Marne]) est caractérisée par un outil, dit coup-de-poing, en forme d'amande.

L'époque ackeuléenne lire son nom des découvertes faites à Sainl- Acheul, près d'Amiens, d'une assez grande quantité de silex grossièrement taillés et dont la longueur ne dépasse pas 0m,25. Ces silex se retrouvent partout dans les mêmes terrains : en Espagne, en Angleterre, en Egypte, en Australie, etc.; ils constituaient probablement les seules armes utilisées par l'homme; on les retrouve mélangés à des os de mammouth et de rhinocéros à narines cloisonnées. A l'époque moustérienne, où les glaciers s'étendent, où le climat devient plus froid, l'homme doit se défendre contre les intempéries, c'est-à-dire s'abriter et se vêtir; il se réfugie donc dans les grottes naturelles formées par les rochers. La grotte du Moustier, dans la vallée de la Vézère (Dordogne), semble le mieux caractériser cette époque. Outre les types de haches de Sainl-Aehoul, nous trouvons ici, en grande quantité, une pointe de lance toute spéciale : « Assez large pour faire de grandes blessures, dit Broca, assez mince pour pénétrer aisément dans les chairs, ce silex constituait une arme bien plus terrible que la hache de Sainl-Acheul. Emmanché au bout d'un épieu, il pouvait mettre à mort les plus grands mammifères. » Outre ces silex, taillés sur une seule face, les fouilles ont mis à jour des aiguilles en os, des scies, des racloirs présentant un bord épais, pouvant être tenu à la main, tandis que l'autre, formant tranchant, (Hait taillé en biseau. Ces instruments devaient servir à confectionner des vêtements rudimentaires fails de fourrures. Les grottes ou stations du Pecq (Seine-et-Oise), de Montguillin (Oise , de la Martinière (Oise), etc., en ont fourni un grand nombre. — Les crânes de Néanderthal (près Dusseldorf), le squelette de Spy (près Namur , l'homme fossile de La Chapelle-aux- Saints (Corrèze) accusent un front bas et fuyant, des arcades sourcilières très proéminentes, une brièveté remarquable des membres inférieurs, une attitude légèrement fléchie. L'ensemble est toul à fait bestial.

Crâne et bois du grand cerf préhistorique.

i Ainsi appelée parce que les groupements minéraux se localisèrent alors dans les Milices au bord des cours d'eau.

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