MER OU NORD
Carte du partage d'Aix-la-Chapelle (817).
LA VIE EN FRANCE
Les Temps carolingiens.
Fig. 1. — Le palais de la Verbrerie, près Compiègne, au ixe siècle. — A la fin du VIIIe siècle, il existait aux environs de Paris six châteaux appartenant au domaine royal : les châteaux de la Verbrerie, près Compiègne, de Chelles, de Noisy, de Braines, d'Attigny et de Palaiseau.
Au commencement du IX' siècle, Charlemagne fit entièrement reconstruire le palais de la Verbrerie, sur l'emplacement de l'ancien château mérovingien. L'architecture des bâtiments participait des diverses influences sous lesquelles on les avait élevés : c'était un mélange de traditions galloromaines et byzantines; les architectes de ce temps, qui furent des moines, semblent en général avoir moins cherché à faire du nouveau qu'à imiter de loin les œuvres de l'antiquité romaine ou celles de l'art byzantin.
A la fin du XVIIIe siècle, on voyait encore le donjon dominant le domaine ainsi que la chapelle du palais, qui conservait encore au XIVe siècle le nom de chapelle Charlemagne.
« Ce palais, dit le P. Cartier, prieur d'Andrézy et auteur d'une histoire du duché de Vaiois, tenait à plusieurs dépendances, qui formaient comme autant de châteaux particuliers, dont chacun avait sa destination... Le palais de Verbrerie avait son aspect au midi; les édifices qui le composaient s'étendaient de l'occident à l'orient sur une ligne de 240 toises. Un corps de logis très vaste, où se tenaient les assemblées générales, les parlements, les conseils, etc., Mallobcrgium, terminait à l'occident cette étendue de bâtiments, de même que la chapelle à l'orient. La chapelle et la salle d'assemblée formaient comme deux ailes, qui accompagnaient une longue suite d'édifices de différentes formes et de différentes grandeurs. Au centre de toute cette étendue paraissait un magnifique corps de logis, d'une hauteur excessive, composé de deux grands étages... J'ai tiré ces »ot/ces, ajoute Cartier, de quelques restes de l'ancien palais et d'un titre du règne de François Ier qui permit la démolition de différentes parties de ce palais. Ces parties de bâtiments avaient été incendiées sous le règne infortuné de Charles VI, un siècle auparavant. »
La grande salle, qui se voit au premier plan à gauche dans notre reconstitution, et la basilique à droite en face de l'entrée, formaient toujours la partie principale du domaine. Entre ces deux bâtiments, on aperçoit une petite construction ronde couverte, en forme de coupole et percée de plusieurs cheminées : c'est la cuisine du palais. Par-dessus le toit de la basilique, on voit le toit de la chapelle, et dans le fond, les bâtiments d'exploitation agricole, des haras, des étables, des bergeries et des granges, constructions de bois élevées avec un certain art et peintes de couleurs brillantes.
Les Carolingiens conservèrent l'usage de vivre dans ces demeures de campagne jusqu'après l'invasion des Normands, où elles furent transformées en forteresses et constituèrent les premiers châteaux féodaux.
Fig. 2. — Intérieur de l'église de Germiny-des-Prés (ixe siècle . — Ceffe église, dite des saints Ginevra et Ger-
iii mus, a été construite en 806, par Théoduphe, évéque d'Orléans; elle est des plus curieuses parce qu'elle a tous les caractères des églises byzantines bâties avant le IX' siècle et qu'elle présente en même temps une grande analogie avec un édifice antique, le prétoire de Mousmieh, clans la Syrie centrale, construit par les Romains au IIe siècle de notre ère.
Elle se compose d'une nef centrale sur un plan carré,
couronnée par une voûte annulaire très légère, maintenue par les murs s'élevant au-dessus pour assurer sa stabilité et recevoir la toiture en charpente.
Autour de la nef, quatre bas côtés égaux forment un carré cantonné par quatre absides. Ces absides sont voiHées en quart de sphère et décorées de mosaïques.
Fig. 3. -- Église latine de Saint-Front, a Périgueux (ixe siècle). — La basilique de Saint-Front a remplacé, vers la fin du XIe siècle, une église à trois nefs, dont il reste la façade vers l'ouest, le porche, ainsi que deux cryptes placées à droite et à gauche du chevet.
Le clocher, qui est remarquable par sa forme étrange et la hardiesse de sa structure, a été élevé par l'évèque F rotai re sur les deux travées de l'église latine et au-dessus de la sépulture de saint Front, dans les premières années du XIe siècle.
Fig. 4. -- Intérieur de l'église de Saint-Front. L'église de Saint-Front parait être la première église de France qui ait été surélevée d'une coupole; sa très grande ressemblance, comme conformation, avec l'église des Saints- Apôtres, bâtie par Justinien, à Constantinople, permet d'affirmer qu'elle en est une imitation. Mais si le plan et la coupole de ces deux églises sont semblables, leur construction est absolument différente.
Saint-Front a été construite selon les principes de la. construction syrienne, que les architectes de l'Aquitaine s'étaient assimilés et que leurs successeurs ont portés à un si haut degré de perfection, en procédant à l'édification du monument par assises léglées, en appareillant les arcs, les voûtes, les pendentifs, les coupoles, et en laissant partout la pierre apparente dans toute la beauté de sa mâle simplicité.
Fig. •). -- Intérieur d'un palais carolingien — Les
palais carolingiens, si l'on en juge par les descriptions que nous ont laissées les auteurs contemporains, devaient être considérables. On y voyait un vestibule; une salle de réception; un consistoire, grande pièce qui servait de tribunal; une sorte de réfectoire; des chambres d'hiver e' d'été; des cuisines; un réservoir; des bains; un gymnase, qui, de même que les établissements semblables de l'antiquité, servait autant à la conversation qu'aux exercices corporels; un hippodrome. Les salles étaient soutenues par des colonnes, et les parois des murs étaient décorées de sculptures représentant les principales scènes de l'histoiie ancienne.
Notre reconstitution représente une réception dans un consistoire, qui rap elle la basilique romaine.
Fig. 6. — Chambre a coucher d'un palais carolingien. - A l'époque carolingienne, le plan des habitations se distingue de celui des âges précédents par l'absence totale d'appartements réservés aux femmes. Les ouvertures sur la rue étaient en plus grand nombre. L'intérieur des chambres était souvent décoré avec soin ; quelquefois, des peintures et des mosaïques ornaient les murs; des tentures dissimulaient les portes.
Les meubles qui figurent dans notre dessin ont été restitués d'après des miniatures de manuscrits des IXe et Xe siècles.
L'ameublement ne se composait guère que d'une armoire, d'un lit et de sièges dont quelques-uns servaient de coffres.