LA VIE EN FRANCE. — VI. LES TEMPS CAROLINGIENS
IIiSTuittE lie France. — I.
Planche VI.
LA VIE EN FRANCE. — VI
Les Temps carolingiens.
Fig. 1. — Vue panoramique de Paris en 885. — Le spectateur est supposé placé au-dessus de l'emplacement occupé par le palais du Louvre actuel en 885, date du siège de Paris par les Normands.
Il y avait vingt-quatre ans que Paris n'avait été assiégé par les Vikings quand, à la fin de novembre 885, les habitants virent tout à coup la Seine couverte, sur une étendue de plus de deux lieues, de sept cents navires à voiles et à rames.
Au premier plan de notre reconstitution, on voit un camp retranché en construction, qui servira aux assiégeants à renfermer leur butin (1).
A gauche, en remontant la Seine, la basilique de Saint- Germain-le-Rond, que les Normands ont fortifiée et entourée de fossés.
Plus haut, le nouveau pont de Charles le Chauve, occupant l'emplacement du pont au Change actuel et, à l'entrée du pont, la tour de Bois destinée à en défendre l'accès.
En remontant encore le fleuve, les piles de l'ancien Grand Pont, rompu en 861 par les Normands, lors de leur dernière incursion.
Traversons la Seine et pénétrons dans la Cité en passant sous la voûte de la nouvelle porte. A gauche, l'ancien palais gallo-romain remanié par les rois mérovingiens qui l'habitèrent et par les Capétiens; Louis le Gros y mourut. Louis le Jeune y fît un séjour prolongé.
Le jardin du palais est défendu par les remparts de la Cité, qui se prolonge jusque-là et se termine à la pointe occidentale, où se trouvait une haute tour.
En remontant la Seine au delà du palais, nous nous trouverons dans la partie centrale de la Cité, qui renfermait le quartier commercial et industriel de la ville, mais dont le centre était occupé par le monastère de Saint-Eloi.
Plus haut, sur le petit bras du fleuve, le Petit Pont (2) est défendu par une tour de bois, qui était à la fois porte de Paris et tète du pont.
En 886, le 6 février, après deux mois de siège, les eaux de la Seine, grossies par les crues de la Marne, débordèrent subitement et emportèrent la partie du Petit Pont contiguë à la rive gauche, qui se trouva ainsi isolée de la Cité.
A gauche et plus haut que le Petit Pont, nous voyons l'église de Sainte-Marie, qui fut incendiée par les Normands en 857, et près de 'à, à gauche, la basilique de Saint-Etienne, que l'évèque Enée put racheter du pillage et de l'incendie.
Sur la rive gauche, en face du camp retranché des Normands, on voit l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dévastée et brûlée par les Normands; plus haut, les restes des jardins du palais des Thermes, puis le palais et ses dépendances; ensuite, en remontant toujours, le faubourg couronné par la basilique de Saint-Pieive et Saint Paul, bâtie par Clovis. Cette basilique était entourée d'un portique qui régnait sur la façade et sur les deux faces latérales; elle était décorée de peintures représentant les saints de l'ancienne et de la nouvelle loi, les patriarches, les prophètes, les martyrs et les confesseurs.
Fie. 2. — Incendie de la basilique de Saint-Vincent. — Cet édifice, construit par Childebert et restauré par saint Germain en 558, était de forme cruciforme, soutenu par des colonnes de marbre, percé de nombreuses fenêtres et couvert d'un lambris doré. Des peintures à fond d'or embellissaient /es murs. Une riche mosaïque formait le pavé et des lames de cuivre doré composaient la toiture; cette dorure jetait un si vif éclat qu'on nomma plus tard l'édifice Saint- Germain-le-Doré.
En 1887, des fouilles pratiquées dans le square qui sépare l'église Saint-Germain-des-Prés du boulevard Saint-Germain ont mis à découvert, en partie, les substructions de la basilique de Saint-Vincent.
Fie. 3. — Le pont de Charles le Chauve et la tour de Bois de la rive droite, en 885-88G. — Le spectateur est
( l) C est sur remplacement de ce camp que Philippe Auguste fit construire le château du Louvre en 1204.
(2) La place du Petit Pont occupe exactement l'emplacement de la tour de Bois.
placé dans la Cité, au-dessus de l'.endroit où se trouve actuellement le Tribunal de commerce.
On voit au premier plan le rempart gallo-romain, réparé et consolidé au moyen de tours en saillie sur le mur, par les soins du duc Eudes.
A gauche de ce mur se trouvait la nouvelle porte donnant accès au pont de Charles le Chauve. Au bout de ce pont, sur la rive droite, on voit une tour en construction destinée à défendre l'entrée du pont.
Cette tour, dont le rez-de-chaussée était en pierre et les étages en bois, était entourée d'un fossé profond.
Plus loin, on aperçoit une tour en bois à trois étages, que les Normands ont fait construire dans leur camp. Elle était montée sur seize roues, avait un bélier à chaque étage, et portait soixante hommes. Le 28 janvier, les Normands cherchèrent à l'approcher du fossé, mais les Parisiens tuèrent à coups de flèches ceux qui la faisaient mouvoir. D'autres s'avancèrent avec des béliers, d'autres firent la tortue avec leurs boucliers, d'autres encore s'abritèrent sous des mantelets mobiles qu'ils avaient couverts de peaux fraîches pour les garantir du feu. Arrivés au bord du fossé, ils y jetèrent, pour le combler, des fascines, des arbres, les corps des bœufs, des chevaux et jusqu'aux cadavres des captifs qu'ils égorgeaient sous les yeux des assiégés, puis ils tentèrent l'assaut, au milieu d une grêle de pierres, de flèches et de balles de plomb qui volèrent jusque dans la ville.
En amont du pont, au milieu de la rivière, on voit des barques remplies de matières enflammées, que les Normands dirigent vers le tablier en bois du pont pour l'incendier; mais ces barques viennent s'échouer contre les piles en pierre sans causer aucun dommage.
On combattait ainsi de part et d'autre ai/ec i//j acharnement égal depuis plus de deux mois, lorsque le duc Eudes se décida à aller chercher lui-même du secours auprès de l'empereur Charles le Gros, qui acheta à prix d'argent la retraite des pirates.
Fig. 4. — Navire de la flotte normande (ixe siècle). — Les navires normands destinés à remonter les rivières étaient généralement de petite dimension et d'un faible tirant d'eau, a peu près de la dimension de nos péniches.
L'histoire nous en dit peu de chose, mais les découvertes de l'archéologie nous en apprennent davantage. Les sculptures en creux et en relief que l'on trouve sur les monuments Scandinaves ou sur des rochers permettent d'en reconstituer les traits principaux.
Les sagas Scandinaves leur donnent les noms de drakars ef suekkars (navires dragons, navires serpents). Ces noms leur venaient des figures de fantaisie sculptées à l'avant du navire. La plupart des bateaux n'avaient qu'un seul mât, qui se terminait par une corbeille en fer, destinée à recevoir de l'étoupe et du goudron, pour éclairer la rivière en cas de besoin.
Les navires des chefs se distinguaient par l'éclat des figures dorées ou argentées qui brillaient à la poupe.
Fig. S. — La cérémonie de l'excommunication au ixe siècle. — Pour fulminer une excommunication, on lisait la sentence à la lueur des flambeaux dans le plus sombre appareil ; puis les assistants renversaient leurs flambeaux, et en éteignaient la flamme sous leurs pieds, image de la vie spirituelle qui s'était éteinte dans l'âme du coupable.
Fig. 6. — Cloître de l'église du Puy-en-Velay. — Ce cloître a un caractère byzantin très accusé par sa construction même, indiquant nettement l'influence orientale, et par les détails et la décoration bâtie ou sculptée. Les galeries sont couvertes par des voûtes d'arête romames, portant d'un côté sur les murs extérieurs et, du côté de l'aitre du cloître, sur de grosses piles composées d'assises et cantonnées de colonnes monolithes dégagées. Des piles sont reliées par deux rangs d'archivoltes en plein cintre, formées de claveaux alternativement noirs et blancs et dont l'extrados est orné de mosaïques de lave et de briques en losange, qui décorent également les écoinçons de la frise au-dessus de la corniche. La construction primitive du cloître remonte en partie au Xe siècle.
LES CAÎtOLlNGLËNS
entre ses trois fils par l'acte d'Aix-la-Chapelle
(817) : Lot/taire fut associé à l'empire avec la surveillance et l'expectative de l'Italie. Pour ne pas détruire l'unité de l'empire, il fut stipulé que Louis l"\ roi de Germanie 1 , qui eut la Bavière, et Pépin Ier, qui eut l'Aquitaine, devraient obéissance à leur frère aîné 817). Ce partage allait être en grande partie la cause des malheurs de Louis le Pieux. Bernard, roi d'Italie, petit-fils bâtard de Charlemagne, se révolta, mais dut bientôt se soumettre et fut condamné à mort 818 ; gracié' par l'empereur, il eut les yeux crevés et mourut dans d'horribles souffrances. Louis le Débonnaire, accablé de remords, « fit publiquement confession et pénitence en présence de tout son peuple, dans le plaid qu'il tinta Alligny ». (Éginhard, Annales. Il achevait ainsi de perdre le peu de prestige qu'il avait encore conservé (822).
Reliquaire de Pépin d'Aquitaine (.Trésor de Conques).
Abdication de Louis le Débonnaire (833). — Il faut toutefois reconnaître que sa politique à l'égard des Saxons, qu'il mit sur le même pied que les autres peuples de l'empire, et sa conduite ferme envers les Slaves, maintinrent l'autorité franque en Germanie. Mais après la mort dé sa première femme Uermengarde, l'empereur s'était remarié avec Judith de Bavière (819), dont il avait eu un quatrième fils, Charles le Chauve. Sur les instances de Judith, il prétendit donner à ce dernier l'Alemanie, la
se forma aussitôt un parti d'opposition qui réussit (plaid de Compiègne) à l'aire reléguer
dans un cloitre Judit!;, accusée d'adullère, et qui, à l'instigation de Lothaire, revenu d'Italie où il résidait, s'efforça de rendre impossible à l'empereur l'exercice du pouvoir. [}n plaid, opportunément convoqué à Nimègue, condamna les mécontents et Judith rentra triomphante à la cour.
La guerre civile éclata lorsque l'empereur, sans faire sanctionner sa décision par une assemblée, déchira de sa propre autorité l'acte d 'Aix-la-Chapelle et procéda à un nouveau partage (829). Lolhaire vint, en 833, retrouver en Alsace ses deux frères; le pape Grégoire IV, qui l'accompagnait pour négocier la paix sur lès bases do l'acte de 817, parait avoir finalement épousé la cause des rebelles, et son attitude n'aurait pas été étrangère à la défection de l'armée impériale, défection si générale que Louis le Débonnaire, trahi et abandonné près de Colmar, dans le Champ du mensonge, dut consentir à la spoliation de son fils Charles le Chauve et se résigner à abdiquer (833). « Lothaire conduisit son père au palais de Compiègne et là, réuni aux évoques et à plusieurs autres seigneurs, il le persécuta cruel-
Rhétie et une partie de la Bourgogne (829). Au nom du principe de l'unité de l'empire, il
I Louis 1er, roi de Germanie, mourut en 876. 11 eut trois (ils : Carloman, roi de Bavière, mort en 880; Louis II, roi de Saxe, mort en 882; Charles le Gros, mort en sss.
Sceau de Lothaire V
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D'après un m. mu ,ci il de al [un uatioualo.
imilû d<j la page du manuscrit de Nithord où se trouve lu texte du Sermeut de Strasbourg
liothi 'j"1' uaiiouale).
Histoire uii I'iiancb. — I.
lement. En effet, Les évêques lui ordonnèrent de s'enfermer dans un monastère et d'y passer [e reste de ses jours. Il s'y refusa et résista à leur volonté. Tous les évêques lui lurent ennemis, et surtout ceux qu'il avait tirés d'une condition servile pour les élever aux honneurs. Alors ils choisirent un homme aussi impudent que cruel, Ebbon, évèque de Reims, sorti d'une famille de serfs, pour affliger cruellement le malheureux empereur par les calomnies des autres rebelles. Ils tinrent un langage, ils firent des choses inouïes, chaque jour l'accablant de reproches. Ils lui enlevèrent son épée, et, par jugement de ceux qui n'étaient que ses sujets, ils le couvrirent d'un ciliée (1). » L'empereur dut faire pénitence à Saint- Médard de Soissons et Judith fut reléguée à Tortone.
Rétablissement de Louis le Débonnaire (834); sa mort (840). — Louis le Germanique, indigné, rassemble une armée, se met à la poursuite de Lolliaire, qui n'ose résister, ramène son père à Aix et le rétablit, pendant qu'Ebbon est mis aux fers.
L'empereur s'empresse de constituer un royaume en faveur de Charles le Chauve (assemblée de Kiersy, 838), et, à la mort do Pépin, sur les instances de Judith, un nouveau partage est décidé (acte de Worms, 8.'{'.t!. Louis Je Germanique, mécontent, prend les armes, et le fils de Pépin, dépouillé' de l'Aquitaine, se soulève également. L'empereur se dirigeait vers la Germanie, lorsqu'il mourut, dans une ile du Rhin, en face du château d'Ingelheim, le 30 juin 840. Lothaire lui succéda comme empereur (2)
Les Fils de Louis le Débonnaire de 840 à 843. — Dès que Louis le Débonnaire fut mort 1,840', Louis le Germanique et Charles le Chauve se refusèrent à reconnaître comme empereur leur frère Lothaire, et de là sortit naturellement la guerre. Les armées se rencontrèrent le 2îi juin 8'jl à Fontanet (Fontenoy en Puisaye) et Lothaire fut battu après un combat meurtrier. Il s'enfuit, mais il entraîna les Saxons, les .Normands, les Rretons, et accourut à Aix-la-Chapelle. Alors les vainqueurs se jurèrent, en présence tle leurs armées, amitié et aide réciproque par le serment de Strasbourg (842) qui fut dicté par Louis en langue romane et par Charles en langue ludesque (3) : ainsi, les Germains de la Gaule et les Germains de la Germanie ne se comprenaient déjà plus.
Traité de Verdun; démembrement de l'empire en royaumes (843). Charles le Chauve (843-877). — Après le serment de Strasbourg, Charles et Louis se portèrent au-devant de Lothaire, qui si' replia sur le Rhône. Les trois frères ouvrirent alors à ïhionville (842) des pourparlers, d'où sortit le traité de Verdun (843 . Il y avait eu jusqu'ici un grand État composé de trois royaumes. A partir du traité de Verdun, l'empire carolingien n'exista plus que de nom et trois royaumes indépendants se constituèrent : Lothaire eut, avec le titre d'empereur, VItqlie et une longue bande de territoire entre le Rhin, la Meuse et le Rhône; Louis fut roi de Germanie; Charles le Chauve obtint la partie de la Gaule située à l'ouest de la Meuse et du Rhône, et qui devait ulté-
(1) Thégan, Vie de Louis le Pieux.
(2) Le frère de Lothaire, Pépin I' r. roi d'Aquitaine, était mort en 838; sou lils Pépin II, qui lui succéda, mourut en soi.
(3) Voici le début du serment de Strasbourg: