III. — PHILIPPE AUGUSTE ET LOUIS VIII
Philippe II Auguste ^1180-1223] (2). — Le fils de Louis VII, Philippe II, surnommé Auguste, fut un des plus grands rois de France et le véritable fondateur de la monarchie. La Grande Chronique de Tours fait de lui le portrait suivant : « Philippe était un bel homme bien découplé, d'une figure agréable, chauve, avec un teint coloré et un tempérament très porté vers la bonne chère. Il était large envers ses amis, avare pour ceux qui lui déplaisaient, fort entendu dans l'art de l'ingénieur, catholique dans sa foi, prévoyant, opiniâtre dans ses résolutions. Il jugeait avec beaucoup d'autorité et de droiture. Aimé de la fortune, craintif pour sa vie, facile à émouvoir et
Sceau de Philippe Auguste.
Monnaie de Philippe Auguste et Roger, évêque de Laon.
à apaiser, il était très dur pour les grands qui lui résistaient et se plaisait à nourrir entre eux la discorde. Jamais cependant il n'a l'ait mourir un adversaire en prison. Il aimait à se servir de petites gens, à se faire le dompteur des superbes, le défenseur de l'Église et le nourricier des pauvres. -
La fermeté de sou caractère, son habileté remarquable à profiter des fautes de ses ennemis, l'esprit de sa politique froide et calculée, en même temps que guerrière, lui donnèrent une grande supériorité sur les mis anglais, ses rivaux.
Philippe Auguste gouverna, d'abord sous la direction du comte de Flandre, Philippe d'Alsace, dont il épousa la nièce Isabelle de Hainaut (1180). Comme Baudoin, père de la jeune reine, prétendait descendre de Charlemagne, les contemporains virent dans cette alliance, l'union des races rai ■ulingieime r\ capétienne. Isabelle mourut en 1190, à l'âge de vingt ans, laissant un fils qui devait régner sous le nom de Louis VIII.
l Louis VII, qui avait épousé en secondes noces Constance de Castille (1154 , se remaria une troisième fois (1160) à Alix ou Adèle de Champagne, quatrième fille de Thibaut IV et mère de Philippe Auguste, n6 en 1165.
(2) Philippe, surnommé Auguste parce qu'il naquit au mois d'août (1165), était fils de Louis Vil et d'Alix de Champagne. 11 épousa en premières noces (11X0 Isabelle, fille de Baudouin V. comte de Hainaut, laquelle lui apporta en (loi l'Artois et mourut en 1190; en secondes noces 1 193 , Ingchiirge, princesse de Danemark; en 1196, Agnès, fille du duc Berthold de Méranie (Tyrol). D'Isabelle, il eut, entre autres, un fils né en 1187 et qui lui succéda sous le nom de Louis VIII; d'Agnès, un fils, Philippe dit Ilurepel, comte de Clermont.
Philippe d'Alsace était intelligent, adroit et ambitieux. Philippe Auguste, qui de tout temps avait suivi ses conseils, lui accorda d'abord une confiance sans bornes, mais ne tarda pas à se brouiller avec lui. Le comte de Flandre fut soutenu par la haute féodalité; mais, faisant preuve d'une énergie, d'une activité et d'une habileté surprenantes pour son âge, Philippe Auguste battit ses adversaires et, non seulement réduisit le comte de Flandre à la paix, mais l'obligea à lui céder l'Amiénois et une paille du Vermandois [1185] (1).
Bientôt commença la lutte de Philippe Auguste contre l'Angleterre, lutte qui remplit presque tout son règne et qui aboutit à la ruine de la puissance des Plantagenèts sur le continent.
Philippe Auguste et l'Angleterre. Rivalité des maisons capétienne et angevine. Troisième croisade. — Les divisions qui déchiraient la famille du roi d'Angleterre Henri II, dont les fils, encouragés par Je roi de France, se tournaient contre lui, l'appui que Philippe Auguste trouva dans la noblesse anglaise du continent, lurent pour les Capétiens les plus précieux auxiliaires. Par la capitulation d'Azay (juillet 1189), Henri II consentit à se soumettre au « conseil et à la volonté du roi de France ». Il déclara lui faire hommage pour tous ses fiefs français, paya une contribution de guerre, céda le territoire d'Issoudun et renonça à la suzeraineté du comté d'Auvergne. Peu de jours après, Henri II mourait de désespoir en apprenant que son fils Jean sans Terre l'avait trahi.
En 1 190, Philippe Auguste consentit à suivre le nouveau roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, à la troisième croisade (2). Dès le départ, il avait le projet bien arrêté de revenir avant son puissant voisin pour profiter de son absence, et il n'y manqua pas.
Allié avec Jean sans Terre, frère de Richard, il envahit la Normandie pendant que le roi d'Angleterre, au retour de la croisade, était retenu prisonnier parle duc d'Autriche; mais il échoua devant Rouen (1193). L'année suivante, Richard, enfin libre, accourut en France; il battit Philippe à Fréteval (1194) et à Vernon (1198), et construisit, près des Andelys, Château-Gaillard, pour barrer l'accès de la Normandie du côté de la Seine. La guerre ne cessa qu'à la mort de Richard, qui fut tué devant le château de Chalus (Haute-Vienne) en 1199.
Philippe, vaincu, encourut bientôt les foudres de l'excommunication pour avoir répudié Ingeburge, sœur du roi de Danemark Canut IV, et convolé avec Agnès de Méranie. Son royaume ayant été mis en interdit, il consentit à reprendre Ingeburge (1200), mais pour lui imposer la plus dure des captivités.
Richard étant mort sans enfants, son frère Jean sans Terre, insouciant, méprisable et lâche, lui succéda et se trouva seul en face du politique cauteleux et froid qu'était Philippe Auguste. Celui-ci suscita au roi d'Angleterre un rival en la personne d'Arthur de
(1) La réunion au domaine royal des provinces septentrionales a eu lieu aux dates ci-après : Amiénois (1185); Artois (1191) et Saint-Omer et Aire (1211, 1223); Vermandois (1185, 1191, 1213); Valois (1213). L'annexion de l'Amiénois, du Vermandois et du Valois devint définitive en 1213. Voir Borrelli dk Serres, La Réunion des prorinces septentrionales à la couronne par Philippe Auguste (1899).
(2) Voir livre V, chap. ior, L'Église, les hérésies et les croisades, p. 153.
Vue des souterrains de Château-Gaillard creusés en pleine roche de craie.
LES CAPÉTIENS MRÏ-f.TS
Phut. Ncuruein.
Vue des ruines de Chàteau-Caillard et de la vallée de la Seine au Petit-Andely (Eure).
Tombeau de Richard Cœur de Lion (Cathédrale de Rouen).
Bretagne, qui prétendait avoir des clroils au trône comme fils de Geoffroy, frère aîné* de Jean. Parle traité du Goulet (près Gaillon), le roi d'Angleterre prêta aussitôt l'hommage lige au roi de Frana . il lui abandonna le comté d'Évreux et se reconnu! son vassal pour leBerry et l'Auvergne, mais il imposa le mariage de Louis de France avec sa nièce Blanche de Castille i 1200 .
Condamnation de Jean sans Terre. — Sur ces entrefaites, les Lusignan, vassaux de Jean sans Terre, en appelèrent à Philippe Auguste : Jean avail
en effet enlevé Isabelle Tuillefer, fille du
comte d'Angoulê , à Hugues de Lusi
gnan, son liane'-. >~-
Philippe s'empressa d'enjoindre à Jean, :„•■ en sa qualité de duc de Normandie el d'Aquitaine, de venir en Fiance pour y être jugé.
Jean, n'ayanl pas c pai u, fui déclaré
déchu des terres qu'il lenail de son suzerain, el aussi tôl Philippe Auguste vint assiéger Château-Gaillard. Il conduisit les