I. — L'ÉGLISE, LES HÉRÉSIES ET LES CROISADES
ORGANISATION DE l'ÉGLISE
L'autorité pontificale. — Au xne siècle, l'Église étendait son autorité spirituelle sur toute l'Europe féodale. Elle l'avait acquise par le soin jaloux qu'elle avait apporté à conserver son unité dogmatique et par la discipline qu'elle avait introduite dans la hiérarchie ecclésiastique.
Centre et tête de cette grandiose organisation, la papauté, par la bouche d'Innocent III (1198-1216), revendiqua la domination suprême en déclarant « que le pouvoir sacerdotal était aussi supérieur au pouvoir séculier que l'âme de l'homme l'est à son corps », et ce pape luimême se proclama le << vicaire du Christ, l'oint du Seigneur, placé à mi-chemin entre Dieu et les hommes, moindre que Dieu, plus grand que les hommes : celui qui les juge tous et qui n'est jugé par aucun ».
Depuis Alexandre III (1159-1181), le pape était élu par les cardinaux réunis en conclave. Les archevêques et les évoques étaient devenus ses agents actifs dans tous les pays, où il envoyait d'autre part ses légats, soit pour remplir auprès des souverains des fonctions diplomatiques (légats missi ou dati), soit pour représenter sa personne même dans un lieu ou une région déterminée, avec les pouvoirs les plus étendus; ces derniers, dits légats a lalere, étaient toujours pris parmi les cardinaux.
Au xiii° siècle, les archevêques et les évèques étaient élus par les chapitres des cathédrales, mais la confirmation du roi ou d'un seigneur à demi indépendant et celle du pape rendaient souvent l'élec-
Un cortège pontifical au moyen âge Tableau de Benjamin Con
tion illusoire, et Rome était le tribunal auquel pouvaient faire appel les candidats en cas d'élection multiple. Au concile de Latran (1139), Innocent II, appliquant à l'Église . les règles du système féodal, avait déclaré que toutes les dignités ecclésiastiques étaient reçues et tenues du pape comme autant de fiefs : c'est en vertu de ce principe que le Saint-Siège put intervenir dans l'administration des églises et des monastères particuliers et dessaisir la juridiction de l'ordinaire, c'est-à-dire de l'évêque.
En assumant une autorité aussi étendue, les papes s'imposèrent des charges excessives. Ils durent déployer une magnificence en rapport avec leur puissance, multiplier le nombre des dignitaires de leur cour, organiser, sous le nom de chancellerie, une nombreuse bureaucratie, soutenir parfois leurs décisions et leurs intérêts par la force, et par suite entretenir des armées comme les souverains laïques. Le budget considérable destiné à faire face à ces dépenses était alimenté par des sources fort diverses, dont les principales étaient les revenus des biens du Saint-Siège et le denier de Saint-Pierre accordé par un certain nombre d'États.
Les assemblées délibérantes réunies pour décider des questions de doctrine et de discipline portaient le nom de Conciles. On distinguait les conciles généraux ou œcuméniques, auxquels le pape convoquait tous les évêques de l'univers catholique, et les conciles particuliers, dits nationaux ou provinciaux, selon qu'ils comprenaient les évêques de toute une nation ou ceux de toute une province. La réunion des principaux bénéficiers séculiers d'un diocèse {synode diocésain), convoquée par l'évêque, constituait une assemblée simplement consultative.
Le clergé séculier. — Au premier rang de la hiérarchie ecclésiastique en France se trouvaient l'archevêque et l'évêque, administrateurs et juges de tous les clercs de leurs diocèses. Un chapitre ou collège de chanoines servait de conseil aux prélats et les aidait dans l'administration spirituelle et temporelle (1). C'est à lui qu'était ail ri buée en droit l'élection de l'évêque.
Après avoir vécu en communauté avec l'évêque, les chanoines s'étaient séparés de lui au xne siècle et les biens affectés au chapitre avaient été répartis entre les chanoines sous le nom de prébendes (2). On distinguait, parmi ces dignitaires, le doyen, primicier ou prévôt, qui présidait les assemblées câpitulaires; les archidiacres, auxquels l'évêque déléguait ses pouvoirs pour les visites diocésaines et qui, dans les églises importantes, étaient à la tète d'un certain nombre de diacres du diocèse, divisé à cet effet en archidiaconés ; le chancelier, qui délivrait les actes émanés de l'évêque, et le custode, qui avait la garde du trésor de l'église cathédrale; le camérier ou chambrier, chargé de l'administration du temporel du chapitre; ïécoldtre,
Phot. Provost.
(Entrée du pape Urbain II à Toulouse).
stant (Capitole de Toulouse).
(1) Emile Gebiiart, L'Italie du XVe siècle {Journal des Débats des 13 mars et 10 avril 1001).
(1) Certaines églises avaient un chapitre de chanoines sans avoir de siège épiscopal : on les appelait églises collégiales ou simplement collégiales.
(2) L'usage s'introduisit de donner le titre et la prébende de chanoine à de .simples tonsurés. Les chanoines honoraires, qui avaient le titre et les insignes de chanoine sans remplir les fonctions ni toucher les émoluments, pouvaient être laïques, et le titre était parfois héréditaire; c'est ainsi que les rois de France étaient chanoines honoraires héréditaires de Saint-Martin de Tours.
LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AU MOYEN AGE
auquel incombait la direction desécolesétablies près descathédrales. Par la suite, sous le nom d'official, les évêques instituèrent dans leurs diocèses une sorte de ministère public qui les représentait devant les officialitês, tribunaux connaissant des affaires concernant les clercs et des causes matrimoniales. (Voir p. 129.) Les curés de chaque paroisse, primitivement appelés doyens, recteurs, prieurs, chapelains, étaient choisis par les évêques, mais généralement présentés par des patrons, qui jouissaient de ce droit parce qu'ils prenaient à leur charge les dépenses d'entretien du prêtre paroissial. Les archipretres exerçaient une surveillance générale sur les ecclésiastiques de leur ressort.
Le clerg-é rég-ulier.
— Outre le clergé séculier,
l'Église de France, comme
celle des autres Etats chrétiens, comprenait encore un nombreux
clergé régulier, c'est-à-dire des religieux groupés dans les abbayes
pour y vivre suivant une règle dont les deux éléments essentiels
étaient le renoncement au monde et la pratique de la pénitence.
En Erance, les plus anciennes abbayes sont celles de Ligugé et de Marmoutier (le grand monastère, majus monasterium), fondées au ive siècle par saint Martin, évoque de Tours; de Lérins, fondée au ve siècle par saint Honoré ou Honorât, évèque d'Arles; de Saint-Victor, près Marseille, fondée vers la même époque par saint Cassien. (Voir p. 33.)
Bénédictins. — C'est la règle de saint Benoit de Nursie qui organisa véritablement le monachisme en Occident; c'est d'elle que date la constitution de l'abbaye au milieu de la société barbare.
Aux règles simplement ascétiques de saint Gésaire et de saint Cassien, d'abord suivies dans les monastères d'Occident, à la suite de la fondation du monastère du mont Cassin (529), se substitua la règle bénédictine, qui faisait dans la vie religieuse une part considérable à la culture intellectuelle et artistique et qui prit même bientôt le pas sur la règle que saint Colomban avait donnée aux monastères anglais. Sous le règne de Charlemagne, elle fut imposée à tout l'empire par le concile d'Aix-la- Chapelle. (788 , et elle devint obligatoire au ix" siècle. Dès lors, l'abbaye fut en quelque sorte une institution bénédictine.
Les abbayes bénédictines demeurèrent indépendantes les nies des autres. Les prieurés • i mut subordonnés aux abbayes, mais il arrivait souvent qu'un prieuré, prenant de l'importance, était élevé au rang d'abbaye et soustrait à l'autorité
Phot. Giraudon.
Trois évêques (Statues de la cathédrale de Bordeaux).
Phot, Ctiraudon.
Un archevêque, un diacre et un pape (Statues de la cathédrale de Chartres).
de la maison dont il avait dépendu d'abord.
Les bénédictins convertirent l'Angleterre et la Germanie et jouèrent en même temps un rôle économique et social. Autour des abbayes se bâtirent des villes (Augsbourg, Saint- Quentin, etc.). Dans les bibliothèques de l'ordre, les moines conservaient les chefs-d'œuvre de l'antiquité, les copiaient sans cesse et les communiquaient à de nombreux disciples. Ils écrivaient l'histoire de leur temps. Enfin, ils cultivaient la musique qui, grâce à eux, fit de grands progrès.
La règle de saint Benoît reposait sur la pratique de l'amour divin, du travail et du silence. « Chacun, y était-il dit, a le don et la grâce particulière qu'il a reçus de Dieu , l'un d'une manière, l'autre d'une autre, et c'est pourquoi nous avons quelque scrupule et quelque peine à régler le vivre d'autrui ; toutefois, ayant égard à la faiblesse des infirmes, nous croyons qu'une hémine de vin (un quart de litre) par jour suffira à chacun. S'il s'en trouve à qui Dieu donne la grâce et la force de s'en abstenir entièrement, qu'ils s'assurent d'en recevoir une récompense particulière. Mais si la nécessité du lieu, ou le travail, ou l'ardente chaleur de l'été, demandent qu'on
augmente cette mesure, le supérieur pourra le faire s'il le trouve bon, pourvu qu'il prenne bien garde que la gourmandise ou l'ivrognerie ne s'y glissent. »
Et plus loin : « L'oisiveté est l'ennemie de l'âme; c'est pourquoi les religieux doivent s'occuper durant quelque temps aux ouvrages des mains, et dînant certaines heures à la lecture des saints livres... Et que l'on ait un soin particulier de choisir un ou deux des anciens pour faire la revue du monastère, aux heures où les frères s'occupent à la lecture, et prendre garde s'il ne se trouve point quelque lâche et paresseux qui soit oisif et Camuse à badiner au lieu de s'appliquer à lire, et qui non seulement perde le temps à ne rien faire, mais le veuille faire perdre aux autres en les détournant de leur ouvrage... Quant aux frères faibles et délicats, qu'on leur ordonne un ouvrage ou un métier qui soit proportionné à leurs torées et qui leur fasse éviter l'oisiveté, de peur (pie, s'ils étaient accablés par la \ iol du travail, ils ne se portassenl à tout quitter et à s'enfuir.
quoi l'abbé doil a^ is :r, eu réglant leurs exercices selon la faiblesse de leur corp ■... Nous; dressé cette rè ;le, dit en!
dernier chapitre, afin pratiquanl dans : res,
nous témoignioi - [u'il y ;i pai nu nous quelque honnêteté de vie