LES CROISADES
LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AU MOYEN ACE
mans d'Egypte et ceux de Syrie viendraient à s'entendre pour l'écraser comme clans un étau. Il s'efforça donc de prendre pied dans la vallée du Nil : il n'y lit pas moins de cinq campagnes de 1163 à llo9 et, à la raveur îles révolutions de palais, y chercha même des alliés contre Nour ed Din. Mais ce fut en vain qu'il donna, dans ces circonstances difficiles, des preuves d'une activité inlassable et souvent habile. Lorsqu'il mourut de maladie, en 1174, la situation du royaume latin était, d'autant plus grave que l'autorité des fatémides avait été ruinée par Salah ed Dt n ou Saladin, le plus jeune des émirs de l'armée de Nour ed Din (1171). La principauté de Damas et l'Egypte se trouvant réunies sous une même domination, l'heure allait sonner de la ruine du royaume latin de Jérusalem qui, pris entre les musulmans de Syrie et d'Egypte, n'avait dû son salut qu'aux divisions de ses adversaires.
Le nouveau roi, surnommé le roi lépreux, âgé de treize ans, fut couronné dans l'église du Saint-Sépulcre sous le nom de Baudouin IV, et sous la régence de Raymond, comte de Tripoli. Nour ed Din était mort la même année, laissant un fils de onze ans, Malek Ismaël, et Salah ed Din se trouva dans des conditions exceptionnellement favorables pour faire échec aux chrétiens, enserrés de toutes parts par un même ennemi. La guerre se poursuivit de part et d'autre avec fureur, presque toujours à l'avantage de Salah ed Din, maître de Damas, d'Édesse, de Diarbékir, de Mossoul, d'Alep, reconnu par tous les chefs de la Mésopotamie. Le patriarche Héraclius et les grands maîtres du Temple et de l'Hôpital passèrent en Occident pour solliciter le secours de la chrétienté, sans pouvoir réveiller l'ardeur qui naguère avait soulevé l'Europe. Le patriarche revint à Jérusalem pour assister à la lin lamentable du roi lépreux (1185), au règne éphémère de Baudouin V et àl'avènèmentde Guy de Lusignan (1186). Raymond de Tripoli, furieux d'être évincé, livra Tibériade à Salah ed Din. Rompant la trêve faite avec ce dernier, l'aventureux Renaud de
Chat il Ion, prince d'Antioche, attaque une caravane et la guerre recommence.
Renaud est l'incarnation achevée de la chevalerie errante.
Après seize ans de captivité, il reprend contre les Sarrasins une guerre sans merci sur les routes de la Syrie, en Egypte, ravage les ports de la mer Rouge, menace La Mecque, repousse deux fois Salah ed Din de' son château de Karak. Le chef musulman passe enfin le Jourdain, s'avance dans la Galilée, rejette près de Nazareth les Templiers et les Hospitaliers, prend pour base d'opérations Kahouàné, au débouché du Jourdain, sur les bords du lac, attaque Tibériade, et, par la victoire de Hittin, consomme la ruine du royaume latin (4 juillet 1187). Moins de trois mois après, Jérusalem tombait en son pouvoir; il accorda la vie aux habitants et leur permit de racheter leur liberté. Guy de Lusignan ne recouvra la sienne qu'en abandonnant Saint-Jean-d'Acre.
Troisième Croisade (1189-1193). — Prise de Saint-Jeand'Acre [1191). — On était persuadé que le salut de la foi chrétienne était lié à la conservation de Jérusalem, et la conquête de Salah ed Din répandit la consternation dans tout l'Occident.
Cràre aux efforts du pape Urbain III, une troisième croisade fut prêchée par l'archevêque Guillaume de Tyr. Elle fut dirigée par l'empereur d'Allemagne Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion, dont les forces constituaient un des plus beaux armements qu'ait jamais vus l'Europe féodale, et à qui le Saint-Siège permit de lever le dixième de ions les meubles et de tous les revenus des terres [dîme saladine . Le rendez-vous général fut pris devant Saint-Jean-d'Acre. Les Allemands suivirent la route de terre. L'empereur Frédéric traversa de vive force le territoire grec, remporta une victoire sur les Turcs en Asie Mineure, prit d'assaut Konieh (Iconium), mais se noya dans le Selef, en Cilicie 1190 . Son année, décimée par d'abomi- Dables souffrances, acheva de se disperser,
Les rois de France et d'Angleterre se faisaient la guerre au moment où ils prirent la croix. S'unissant dans un commun effort contre l'infidèle, ils s'embarquèrent le premier à t. mes. le second à Marseille; mais, à peine arrivés en Sicile, ils ne s'entendirent plus, ei Philippe, laissant Richard conquérir l'Ile de Chypre, alla attendre son rival devant Saint-Jean-d'Acre, que t'uy de Lusignan assiégeait
Sceau de Renaud de Châtillon.
depuis deux ans. Sa renommée, sa bravoure, les renforts qu'il amenait à sa suite, changèrent rapidement la face des événements. Des assauts terribles furent livrés à la ville, que Philippe se refusa même à emporter, par un chevaleresque sentiment de courtoisie envers le roi d'Angleterre, qui n'était point encore arrivé. Le bouillant Richard parut enfin, et l'harmonie sembla régner entre les deux souverains, qu'on vit se partager loyalement l'honneur et le danger : lorsque le monarque français attaquait la ville, l'anglais gardait la tranchée ; le jour suivant, Richard conduisait l'assaut, et Philippe pourvoyait à son tour à la sûreté des assiégeants. Mais une rivalité haineuse ne tarda point à les diviser; des dissensions, des troubles éclatèrent plusieurs fois entre Français et Anglais, venus de si loin apporter leur épée au service d'une même cause. Le siège fut poussé avec une vigueur croissante, qui força enfin la ville à ouvrir ses portes aux croisés (20 août 1191). La capitulation portait que les Sarrasins restitueraient la vraie croix, prise à la bataille de Hittin ; qu'ils briseraient les fers de tous les chrétiens prisonniers, et qu'ils payeraient aux deux rois, pour les frais de la guerre, deux cent mille besants d'or. Salah ed Din refusa de ratifier ces humiliantes conditions. Le prince anglais s'en vengea par une cruauté qui était trop dans les mœurs du temps : il fit couper la tète à deux ou trois mille captifs turcs, et n'épargna que les principaux chefs, dont sa cupidité attendait une riche rançon.
Cependant Richard soupçonnait Philippe Auguste de vouloir le trahir, et bientôt en effet le roi de France, prétextant une maladie, revint en France (1191). Malgré ses serments, il s'entendit avec Jean sans Terre pour envahir les domaines du roi d'Angleterre. Richard prolongea une année encore une guerre aventureuse sans pouvoir reprendre Jérusalem, finit par se rapprocher des musulmans et proposa même la main de sa sœur à Malek Adel, frère de Salah ed Din, mais les imans comme les évêques s'élevèrent contre
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