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Quatrième croisade. — Navires des croisés devant, Constnntinople. (Miniature d'un man isi is de la Bibliotli gue
Les murailles byzantines de Constantinople ; murs de Manuel Comnène ^XII* siècle)
un pareil projet, et le roi d'Angleterre se contenta de signer une trêve avec Salah ed Din. Les chrétiens conservaient la faculté de visiter librement le Saint-Sépulcre (1192).
Un siècle après le concile de Clermont, les croisés, par suite de leurs dissensions, ne possédaient plus de leur royaume de Jérusalem que la côte de Tyr à Jaffa, avec Saint-Jean-d'Acre comme capitale, et, au nord, ils ne gardaient que la principauté d'Antioche, très réduite. 11 faut considérer toutefois que Richard Cœur de Lion avait conquis Chypre, qui devint, aux mains des Lusignan, un royaume latin prospère, et que le royaume chrétien de la Petite-Arménie (voir p. 149) avait été fondé en Cilicie au grand avantage des Latins. Cependant, la mort de Salah ed Din dès 1193 vint leur rendre quelque espoir.
Avant de revenir en Europe, il s'efforça pourtant de mettre fin aux rivalités personnelles qui avaient si fortement contribué à affaiblir les croisés. Le litre de roi de Jérusalem avait été disputé pur Guy de Lusignan et Conrad de Montferrat. Celui-ci ayant été assassiné par des émissaires du Vieux de la Montagne (1), Richard se déclara pour son neveu Henri de Champagne, qui épousa la veuve de Conrad, et Guycle Lusignan fut mis en possession de l'île de Chypre.
A son retour en Europe (1192), Richard Cœur de Lion fut fait prisonnier par le duc d'Autriche, Léopold, et ne recouvra sa liberté qu'en 1194, au prix d'une rançon considérable et après s'être reconnu le vassal de l'empereur Henri VI.
Quatrième Croisade (1202-1204). L'Empire latin de Constantinople. — La délivrance de la Terre sainte fut l'objet principal de la politique du pape Innocent III, qui donna à Foulque, curé de Neuilly-sur-Aisne, la mission de prêcher de nouveau la croisade en Occident (1201). Aucun roi chrétien n'y prit part, mais
(1) Le Vieux de la Montagne et les assassins. — Le « Vieux de la Montagne » était le chef de la secte des ismaïliens, vulgairement appelés assassins, qui étendirent leur domination tyrannique sur une partie de la Perse et de la Syrie et firent trembler les princes francs. Il s'appelait Hassan Sabbâh et résidait à Alamout. On dit qu'il surexcitait par le haschisch le fanatisme déjà farouche de ses sicaires qui, de ce fait, auraient été dénommés haschischins ou assassins, mais cette étymologie n'est pas acceptée par tous les arabisants. Le mot arabe assis (pluriel assassin, signifie en effet « garde du corps », et les assassins de Hassan seraient tout simplement ses gardes.
des barons allemands, italiens et français, notamment Thibaut II de Champagne, Baudouin de Flandre, Bonifacc de Montferrat, chef de l'expédition, partirent pour l'Orient.
C'est l'Egypte, devenue le centre de la puissance musulmane, que le pape se proposait pour objectif, mais la croisade manqua son but par la faute des Vénitiens, désireux de ménager leur situation commerciale dans la vallée du Nil et de ne pas laisser à d'autres le bénéfice du transport de l'armée chrétienne. De plus,, les croisés allemands étaient à la l'ois les adversaires du Saint-Siège et les ennemis des Byzantins. Enfin, les Latins étaient désireux de se venger des Grecs, dont ils prétendaient avoir à se plaindre. Les chefs de la croisade, voulant faire le trajet par mer, chargèrent Geoffroi de Villehardouin, maréchal de Champagne, d'obtenir des vaisseaux de Venise. Ne pouvant s'acquitter en argent, les croisés consentirent à faire une diversion sur la ville chrétienne de Zara, qu'ils enlevèrent au roi de Hongrie pour le compte de la République [1202] (1). Puis, le doge Dandolo leur persuada de secourir l'empereur Isaac l'Ange qui avait été détrôné. Profitant des désordres qui déchiraient l'empire grec, ils s'emparèrent de Constantinople, qu'ils incendièrent (12 avril 1204), se mêlèrent aux factions qui déchiraient l'empire d'Orient, finirent par détruire l'empire grec et fondèrent un einjdrc latin (1204), dont le premier souverain fut le comte Baudouin de Flandre, et qui fut gouverné par des princes français (2).
Dans un conseil composé de patriciens de Venise et de chevaliers français, il fut procédé au partage des terres conquises. Les Vénitiens, s'adjugeant la meilleure part, établirent des comptoirs sur toutes les côtes de la péninsule. Le royaume de Thessalonique fut accordé à Boniface de Montferrat, Jacques d'Avesnes devint seigneur deNégrepont, Louis de Blois fut investi du duché de Nicée (Bitbynie). Bientôt, Hugues de Cbamplitte, de la maison de Champagne, vint
(1) La diversion des croisés sur Zara et Constantinople a été différemment expliquée par les historiens. Sur les théories en présence, voir Ang. Molinikr, Les Sources de l'histoire de France, tome 111, pp. 27 et 39.
(2) Chronologie de l'Empire latin. — Maison des coudes de Flandre : Baudouin Ier, 1204-1206; Henri 1", sou frère, 1206-1216. Maison de Courtenay : Pierre de Courlenay, beau-frère de Henri Ier, 1216-1219 , Yolande, sa veuve, 1219-1221; Robert de Courlenay, son fils, 1221-1228; Baudouin II, frère de Robert, 1237-1261. Maison de Brienne : Jean de Brienne, 1228-1237.
LA SOCIETE ET LA CIVILISATION AU MOYEN AGE
prendre part à la conquête, débarqua à Patras et, de concert avec Geoffroi de Villehardouin, neveu du maréchal, fonda la principauté d'Achaïe. Les nouveaux États lurent organisés d'après les règles du droit féodal, et les principaux chefs reçurent des ti très empruntés au cérémonial des cours d'Occident ou même de la cour de Byzance. Notre langue devint celle des transactions politiques et commerciales: le nom de Francs fut appliqué à tous les Occidentaux. Mais les empereurs lalins usèrent leurs forces à lutter contre les Bulgares. Michel VIII Paléologue s'empara en 1261 de Constantinople et rétablit l'empire byzantin.
Cinquième et sixième Croisades (1219-1221 et 1228-1229). — La fondation de l'empire latin de Constantinople avait détourné de l'Asie une force considérable. Innocent III et son successeur Ilonorius III n'en ordonnèrent pas moins une cinquième croisade 1219-1221), qui fut dirigée par le légat Pelage, entreprise par le roi de Hongrie, André III, et poursuivie par Jean de Brienne, roi titulaire de Jérusalem. Ils s'attaquèrent au prince musulman le plus puissant d'alors, le sultan
d'Egypte Aladil. Les croisés prirent Damiette (1), mais, surpris par la crue du Nil, durent bientôt évacuer l'Egypte.
La sixième croisade 1228-1229) eut pour chef l'empereur Frédéric II, héritier du trône de Jérusalem par son mariage avec Marie-Yolande, tille de Jean de Brienne. L'empereur, au lieu de se battre, négocia avec le sultan d'Egypte et obtint pour dix ans la cession de Jérusalem, de Bethléem et de .Nazareth, mais moyennant des concessions telles que le pape l'excommunia et mit son royaume en interdit. 11 revint en Europe après avoir signé une trêve de dix ans.
Cette trêve expira en 1239, et, à la faveur îles troubles qui suivirent la mort d'Aladil, les chrétiens voulurent reprendre l'offensive. Méfaits à Gaza 1239 , ils ne purent empêcher le pillage de Jérusalem, qui fut ultérieurement, et cette fois pour toujours, reprise par les Turcs Kharismiens, envoyés par le Soudan d'Egypte (1244).
Septième Croisade (1248-1254). - Au retour de sa campagne du Poitou voir p. 99), saint Louis, très dangereusement malade, lit vœu d'aller en Terre sainte. Bien ne put le faire renoncer à ce projet, ni les affaires du royaume, ni les représentations de la reine mère et de l'évèque de Paris. Ce fut la septième croisade 1248-1234 .
Le 28 août 12iS, il s'embarqua à Aiguesmortes, laissant la régence à sa mère, Blanche de Castille, et gagna bile de Chypre dans l'intention de conquérir d'abord l'Egypte, devenue sous les Ayoubites le foyer de l'Islam et dont la possession assurerait celle de la Syrie. Son long séjour dans cette ile, où ses barons n'arrivèrent que successivement, ne fut pas favorable à l'expédition; les approvisionnements s'épuisèrent; une épidémie décima l'armée, qui s'embarqua enfin le 13 mai 1249. Elle arriva devant Damiette et y entra juin 1249) après un combat heureux contre les troupes égyptiennes, qui se retirèrent dans la direction du Caire.
Les croisés franchirent le Nil le 8 février 1230. Le comte Bobert d'Artois, frère du roi, et les Templiers, qui passèrent les premiers,
Th. .t. S.'bah cl Joaillier
Les ruines du château d'Europe et le Bosphore.
l La Croisade des enfants. — Certains chroniqueurs rapportent qu'en lî\s un jeune berger, nommé Etienne, se disant inspiré de Dieu, appela à lui les autres enfants pour les conduire à la croisade. Beaucoup le sui\ irent, et les petits croisés, grossis de gens (|e toute sorte, arrivèrent à Marseille au nombre de près de trente mille. Deux armateurs, Hugues de Fer et Guillaume Porc, s'engagèrent à les transporter graluitemenl en Palestine, les embarquèrent sur sept vaisseaux, donl deux sombrèrent, el vendirenl les survivants aux marchands d'esclaves d' \lexaudrie el de Bougie. Quelques-uns recouvrèrent plus lard la liberté. — Dans le môme temps, en Allemagne, vingt mille enfants, dirigés par l'un d'eux, Nicolas, vinrent s'embarquera Gênes, d'un il- espéraient se rendre à pied jusqu'en Terre sainte, en empruntant le lii de la Méditerranée miraculeusement desséché à leur intention. Les privations el l'es obstacles obligèrent ces malheureux, devenus un objel de risée, à se disperser. Cependant, leur chef parut en 1219 au siège de Damiette. La réalité de ta croisade des enfants a cte mise en doute par plusieurs historiens.
Prise de Damiette (Miniature d'un manuscrit français du xive siècle. [Bibliothèque nationale].)
se laissèrent entraîner à poursuivre les Sarrasins: l'émir Fakhr ed Dinfuttué; mais, dans Mansourah, les chevaliers furent assaillis parles mameluks, et le comte d'Artois, d'autres seigneurs, près de trois cents Templiers, y trouvèrent la mort. Pendant ce temps, le gros de l'armée, avec le roi, avait franchi le canal d'Achmoun, el malgré l'effroi que le feu grégeois portail dans leurs rangs, les chevaliers restèrenl maîtres du champ de bataille. Ils repoussèrent également une attaque du nouveau chef des Sarrasins, l'émir Bibai'S.
Malheureusement, l'armée française, épuisée, ne put ni marcher sur le Caire, ni regagner Damiette, el les Sarrasins ne tardèrent pas à couper aux croisés, décimés par la peste, toute communication avec cette place. Louis IX, tombé malade, décida de la regagner à tout prix. On se mil en marche Ie5avril l2-'iU, mais le roi dut se rendre il avril avec toutes ses troupes; il fui emmené à Mansourah.
Au milieu de calamités de toute nature, désastres militaires* épidémie, etc., il montra autanl de résignation que de calme fermeté. Sa femme, Marguerite, qui l'avait suivi jusqu'à Damiette, ne fut pas moins énergique : en apprenanl les malheurs de l'armée el la captivité du roi, elle lit jurer à un vieux chevalier de la tuer, si les Sarrasins prenaient la \ ille, el de la .sauver ainsi des outrages le l'ennemi.