HISTOIRE DE FRANGE
Phot. nonfil».
Vue de Sidon et des ruines du château de saint Louis.
Le roi captif ne laissa échapper ni un geste d*irapatience ni un mot de désespoir. Le khalife lui ayant envoyé cinquante habits d'une grande richesse pour lui et les seigneurs de sa suite, il refusa de s'en vêtir : « Je suis, disait-il, le souverain d'un royaume plus grand que L'Egypte, et je ne porterai jamais l'habit d'un prince étranger. » Irrité de ce refus, le khalife menaça son prisonnier des plus cruels supplices, mais saint Louis se contenta île répondre : « Je suis le prisonnier du khalife, il peut faire de moi ce qu'il lui plaira. » Il ne recouvra la liberté qu'en restituant Damiette et en payant pour ses chevaliers 800 000 besants d'or 1250).
Après sa délivrance, saint Louis demeura quatre années en Palestine, réparant les places maritimes qui restaient encore aux croisés, entre autres Sidon, intervenant dans les affaires des princes chrétiens, préoccupés de la reprise de Jérusalem. Il offrit même au roi d'Angleterre de lui rendre la Normandie et le Poitou, à la condition que ce prince vînt le rejoindre en Orient avec une armée. Il fallut la mort de Blanche de Castille 1252 pour le décider à revenir en France (1254).
Huitième et dernière Croisade (1270). — L'année 1261 vit la chute de l'empire latin de Gonslantinople et, en Palestine, les
Les fortifications d Aiyuesmortos.
progrès du sultan d'Egypte préparèrent la chute des colonies franques. Dans l'état où se trouvait alors l'Europe, un seul monarque se préoccupait encore de leur sort, saint Louis, qui décida d'intervenir une seconde fois en Orient, de mauvaises nouvelles étant arrivées de la Terre sainte. Lorsque le roi fit connaître à la cour ses intentions, un profond silence exprima la surprise douloureuse des prélats et des barons.
La croisade projetée était en effet impopulaire, parce qu'elle allait priver le pays d'un souverain vénéré pour ses rares vertus, dont l'administration avait assuré la prospérité publique, et qui d'autre part ne semblait plus capable de supporter les périlleuses fatigues dune expédition militaire. Charles d'Anjou, frère du roi, qui régnait sur Naples et la Sicile, et qui avait des projets de conquête en Afrique, poussa saint Louis à attaquer Tunis, repaire de hardis pirates, effroi des populations méditerranéennes. Le roi de France, après avoir fait son testament, s'embarqua une seconde fois à Aiguesmorles et, après un conseil tenu à Cagliari, se décida à faire voile vers Tunis. Dès que les croisés eurent débarqué sur la côte d'Afrique, près de l'ancienne Carthage, ils creusèrent des fossés et élevèrent des retranchements pour protéger l'armée contre une surprise des Sarrasins. Saint Louis, avant de prendre l'offensive, voulut attendre son frère : ce fut une malheureuse résolution. Dans cette solitude brûlante, où croissaient à peine quelques oliviers, on manqua d'eau dès les premiers jours, et les vivres furent insuffisants. Les Sarrasins, des hauteurs voisines, soulevaient le sable avec des machines et le lançaient en nuages brûlants dans le camp français. La dysenterie et la peste désolèrent bientôt l'armée : saint Louis ne fut pas épargné et succomba le 25 août devant Tunis. Charles d'Anjou prit le commandement de l'armée et la ramena en Europe après avoir sit^né une trêve avec les musulmans.
Cet échec marque réellement la fin des croisades et de la domination franque dans la Palestine, bientôt abandonnée par les ordres religieux. L'esprit qui avait inspiré ces grandes entreprises s'éteint avec saint Louis. Il y aura encore des expéditions contre les musulmans en Espagne, en Hongrie, mais non plus en Terre sainte. La noblesse d'Occident ne sera même pas capable, au XIVe et au xve siècles, d'arrêter les progrès des Turcs en Europe.
La Féodalité dans les principautés latines. - Le Roi. L'Église. La Noblesse. Les Ordres religieux. -- Quatre Etats chrétiens et féodaux furent fondés en Asie : le royaume de Jérusalem, la principauté d'Antioche, le comté d'Edcsse et le comté de Tripoli.
Ces Etats fuient partagés en fiefs; leurs limites générales étaient : au nord, la Petite-Arménie,
LA SOCTRTR RT LA CIVILISATION AL MOYRN AGR
Dépressions représentant l'ancien port de Carthage.
qui bornait la principauté d'Antioche, et la Grande-Arménie, qui touchait au comté d'Edesse; au sud, l'Arabie Pétrée et la mer Rouge ; à l'ouest, la mer Méditerranée; à l'est, les principautés de Mossoul, d'Alep, de Damas, dont la première confinait au comté d'Edesse, la seconde à la principauté d'Antioche et au comté de Tripoli, la troisième au royaume de Jérusalem.
Les pays conquis par les croisés ne comprenaient pas seulement des musulmans, mais aussi des descendants de l'ancienne population grecque, qui ne reconnaissaient pas l'autorité du pape, mais qui étaient chrétiens. Ils formaient la classe populaire, tandis que les conquérants tenaient le pouvoir et formaient la classe supérieure. Les marchands italiens de Venise, de Gènes, de Pise, vinrent bientôt s'établir dans les villes latines d'Orient et ils y constituèrent une classe bourgeoise qu'enrichit un commerce ilorissant.
Les institutions féodales furent transportées en Asie : toute la hiérarchie sociale, toute l'organisation administrative de l'Europe y furent en vigueur, mais avec quelques altérations commandées par la situation.
Le roi de Jérusalem était à la fois le pair et le souverain des autres princes, car il était prince dans sa principauté et roi dans son royaume-
Comme roi dans le royaume, il avait le droit incontestable d'intervenir dans les affaires des principautés, mais, en fait, les autres princes, quoique liés au roi par l'hommage et le serment de fidélité, demeurèrent à peu près indépendants de la couronne. Le prince d'Antioche, les comtes d'Edesse et de Tripoli, avaient chacun dans sa principauté' une puissance égale à celle dont jouissait le roi en sa qualité de prince de Jérusalem.
La monarchie était à la fois élective et héréditaire, c'est-à-dire
que le chef de chaque Etat était choisi par les barons dans une famille privilégiée; ainsi se trouvait assurée la transmission pacifique des pouvoirs, en même temps que le sceptre était écarté de mains indignes ou incapables.
Le clergé était solidement organisé et hiérarchisé, sous la haute direction du palriarclie de Jérusalem, dont la juridiction s'étendait sur les métropolitains ou archevêques de Tyr, Césarée, Bessan, Rabath ou Pétra, et sur les sept évêchés suffragants de Saint-Jean-d'Acre, Sidon, Béryte, Bélinas ou Panéade, Sébaste, Tibériade, Rabath et