LA GALLE INDÉPENDANTE
a Gaule avait pour limites : au nord, la mer du .Nord il) et la Meuse; à l'est, le Rhin et les Alpes; avi sud, la Méditerranée el les Pyrénées'; à l'ouest, la Manche 2) et l'Atlantique. Elle comprenait, outre la France et la Belgique actuelles, le Luxembourg, une partie de la Hollande, de l'Allemagne etde la Suisse.
Elle avait donc ses •• frontières naturelles » (3).
Il n'y avaii pas que des Gaulois en Gaule. <*u y trouvait des Aquitains, de même race que les Ibères (Espagne), entre les Pyrénées et la Garonne : <\<> Ligures, iians le bassin du Rhône; des Grecs, qui avaient fondé une république à Marseille.
I) Mue- les Romains appelaienl océan Germanique.
I Une les Romains appelaient mer Britannique.
3 La diplomatie de l'ancien régimi Hères naturelles. « Le but de mon ministère, a écril Richelieu, rétablir les limites naturelles de la Gaule, identifier la Gaul cl pat-tout ou fut l'ancienne Gaule, cuustilui la nouvelle. ■> Sous '.
Les Gaulois proprement dits, ou Celtes, n'occupaient que le centre du pays, entre la Garonne, la Seine et la Marne. Les Belges, les uns Celtes, les autres Germains, étaient établis entre la Maine et le Rhin.
Les Ibères. — Les Ibères sont le plus ancien peuple de l'Europe occidentale. On ne sait s'ils sont venus d'Asie antérieurement aux races indo-européennes ou si. établis dans le nord de l'Afrique, puis en Espagne, ils passèrent les Pyrénées, après avoir été dépossédés du littoral hispanique par les Phéniciens el par les Grecs. Ils paraissent avoir occupé' primitivement une grande partie de la Gaule ei de l'Italie, mais ils ne surent pas se maintenir sur un aussi vaste territoire.
Ils lurent refoulés vers le sud et vers l'ouesl par les Ligures
et réduits peu à peu au territoire compris entre les Pyré s et lu
Garonne Eliberris, Auch; Bseterrse, Béziers). Plus tard, entin, les Celtes tinrent occuper l'Espagne : le nom de Çettibères désigne une race mixte formée du croisemenl des Ibères el des I soit
simplemenl les Celtes établis sur les bords de l'Èbre.
lion, il se forma lans les comité , a mesure que s'affirma I le ne armes, une ■■ raction des anciennes limites », qui demand ti toriale de la République jusqu'au Rhin Lafl des limites naturell* - dans les Alpes et les Pyréi dans un pa; - libre, notre aile' depuis
. onilUl a la France la po- sioil 'J :
^-sSSHSStev.
Les Aquitains de César sont des Ibères. Sur ce point, les savants sont d'accord, mais les Vascons ou Gascons du moyen âge descendent- ils des Ibères, et les Basques sont-ils, à leur tour, les descendants des Vascons? On ne saurait l'affirmer avec certitude, et alors que les uns soutiennent l'identité de la langue basque et de l'ibérienne, d'autres considèrent que les Basques, dont la langue n'a pu encore être classée, ont de tout temps formé une tribu isolée, peu considérable et sans parenté etlinique connue.
Les Ligures. — L'origine des Ligures est presque aussi incertaine que celle des Ibères. Les savants italiens considèrent comme autochtones les débris de cette race qui ont subsisté dans la Ligurie actuelle, et les fouilles entreprises sur les bords du golfe de Gênes ont montré en effet que, depuis la période néolithique, le même type humain (celui de la race de Cro-Magnon) avait dominé en cet endroit. D'autre part, H. d'Arbois de Jubainville, se fondant sur la parenté des idiomes, s'est cru autorisé à voir dans les Ligures un groupe indo-européen, et la toponymie lui a permis de délimiter la plus grande extension de la race.
Celle-ci a certainement dominé entre la Loire {Liger) et le littoral du golfe de Gênes (golfe de Ligurie), sur l'Helvétie, et surtout dans les vallées du Rhône et de l'Isère, d'où elle avait chassé les Ibères. Sa domination durable s'explique par une civilisation relativement supérieure :
petits, maigres, nerveux, la barbe épaisse, les cheveux noirs et ondoyants, les Ligures étaient d'excellents guerriers, habiles à manier la fronde.
Les Romains, leurs ennemis implacables, les ont jugés sévèrement ; mais les historiens grecs, plus impartiaux, ont rendu justice à leur énergie robuste, à leurs mœurs sobres et simples.
Les Grecs de Marseille. —
Une mention spéciale doit être réservée à la colonisation grecque en Gaule, dont Marseille fut le centre. Vers l'an 600 avant J.-C, des Phocéens ou Grecs d'Ionie vinrent aborder à l'embouchure du Rhône.
Ils y fondèrent Massilia [J/arspiV/e] (1), qui devint une petite république dont la domination s'étendit sur la
côte comprise entre les villes modernes de Nice et de Montpellier. Les Phocéens, en arrivant à l'embouchure du Rhône, y trouvèrent
Gaulois du Danube.
Boiens de la Transpadane.
Monnaie gauloise de la « gens » Licinia.
Drachme de Marseille.
Statère d'or des Arvernes
des négociants carthaginois (1), auxquels ils se substituèrent.
Massilia prit rapidement une grande extension. Elle se développa par le commerce, et comme ses habitants étaient très civilisés, très lettrés, ils exercèrent sur leurs voisins une grande influence. Ils apprirent aux Gaulois l'usage de la monnaie, la culture de la vigne et de l'olivier, l'écriture grecque. On vit de jeunes Romains venir étudier les belles-lettres dans les écoles de Marseille.
Massilia était administrée par un Sénat de six cents membres, nommés timouques. Au-dessus de cette assemblée, il y avait un corps de quinze magistrats, subordonnés eux-mêmes à trois magistrats supérieurs. L'un de ces trois derniers avait un pouvoir plus étendu que celui de ses collègues : il était comme le président de la petite république.
Les lois étaient gravées sur des tables de pierre ou de marbre et constamment exposées en public.
Les Gaulois. — Les Romains appelaient Galli (Gaulois) tous les peuples qui se donnaient à eux-mêmes le nom de Celtes, et le nom de Gallia (Gaule) leur servit d'abord à désigner toute région habitée par des populations celtiques. C'est seulement au 1er siècle avant notre ère qu'ils restreignirent le sens du mot Gallia à la désignation du pays compris entre le Rhin, les Alpes et les Pyrénées (2).
Les Celtes, originaires d'Asie, appartenaient à la famille indo-européenne ou aryenne, comme les Grecs, les Rabotes, les Germains, les Slaves, et ils étaient plus particulièrement apparentés aux Grecs et aux Latins, avec lesquels on a soutenu qu'ils formèrent primitivement un seul peuple, parlant une même langue.
Aussi haut que l'histoire puisse remonter, on les trouve d'abord établis à l'est du Rhin moyen : c'est de là que, du ixe au vne siècle, ils se dispersèrent, les uns pour gagner l'île de Bretagne (3), les autres pour passer le Rhin. Dans le pays qui fut désormais la Gaule, ils trouvèrent établis
(I) A la fondation de Marseille se rattache une gracieuse légende que les anciens nous ont conservée. Un marchand phocéen, Euxène, aborda, vers l'an 600 av. J.-C, à l'embouchure du Rhône et s'efforça de gagner l'amitié des populations riveraines. Euxène se rendit dans ce but vers Nann, roi de la tribu des Segobriges qui, précisément ce jour-là, mariait son héritière Gyplis. L'usage voulait que la jeune fille tendit une coupe pleine, à la fin du repas, au convive qu'elle choisissait pour époux. Euxène et ses compagnons furent conviés à la l'été nuptiale, et quel ne fut pas l'élomiemenl des prétendants segobriges, lorsque Gyplis offrit la coupe au chef phocéen. Nann vit dans ce choix un ordre des dieux: il donna aux Grecs un territoire Où l'.inrne fonda la ville de Massilia {Marseille). Euxène appela sa femme du nom grec d'Arisloxène (bonne hôtesse).
(1) Carthage, colonie phénicienne, avait, à partir du vin6 siècle avant notre ère, supplanté Tyr dans l'hégémonie commerciale de la Méditerranée. Une légende grecque rapporte que l'Hercule de Tyr, une fois établi dans le sud-ouest de la Gaule, fut attaqué par les fils de Neptune, Albion et Ligur, et qu'il aurait succombé si Jupiter n'eût suppléé par une pluie de pierres à ses (lèches épuisées. Ces pierres couvrirent la plaine de la Crau. Hercule victorieux fonda Nîmes, remonta le Rhône et la Saône, tua le brigand Tauriske, qui infestait les routes, et bâtit Alésia.
(2) Quelques historiens ont supposé que les noms de Celles, Gaulois, Galettes, correspondent à des populations distinctes, et, en même temps que certains anthropologis tes, ils ont admis que les Celles, d'un côté, les Gaulois ou Galates, de l'autre, seraient des peuples de race entièrement différente. Cette opinion, soutenue par Amédée Thierry, Henri Martin et Alexandre Bertrand, a été combattue par II. d'Arbois de Jubainville.
(3) Kymris. Il n'y a jamais en dans l'île de Bretagne de peuple du nom de Kymris, comme l'a imaginé Amédée Thierry. Lorsque les Celtes du pays de Galles eurent, au vc siècle ap. J.-C, à lutter contre les envahisseurs anglo-saxons, ils sentirent le besoin de se grouper, de s'unir, et ils prirent le nom de Kymri, qui veut dire compatriote : de ce nom de confédération, Amédée Thierry a fait un nom de peuple.
L\ GAULE
des Ligures, qu'ils refoulèrent d'abord au delà de la Loire, puis jusqu'aux Pyrénées. Au v siècle, ils envahissent la péninsule ibérique : ils laissent aux Phéniciens et aux Grecs la côte méditerranéenne et le sud du littoral océanique; mais [es Ibères, qui occupent la partie continentale de la péninsule, se trouvent pressés et débordés; une pallie d'entre eux passe les Pyrénées en sens contraire, s'établit dans le bassin de la Garonne et rejette les Ligures
Gaulois demandèrent vainement une réparation. Il- marchèrent alors sur Rome el remportèrent une sanglante victoire sur les bords de l'Allia, petil affluent du Tibre 390 av. J.-C. . La terreur se rép dit dans la ville, les enfants et les femmes se réfugièrent dans les cités voisines, et les jeunes gens s'enfermèrent dans le Capitolc avec l'élite du Sénat. Le soir du second jour qui suivit la bataille, les éclaireurs eaulois arrivèrent devant Home : ilstrouvèrenl la ville
Sarcophage romain représentant sans doute une bataille entre Gaulois et Romains (Musée du Capitule, Rome).
dans le bassin du Rhône. Un siècle plus tard, les Celtes occupent la vallée du Pô et la côte de l'Adriatique jusque vers Ancône (Cenoinans, Insubres, Boïens, Sénons), et, vers le même temps, d'autres Celles occupent la Thrace septentrionale et s'étendent jusqu'à la mer Noire, jusqu'au Dniester.
L'Empire celtique. Prise de Rome (390 av. J.-C). — Les Celtes réussirent à fonder en Europe, du vc au ne siècle avant notre ère, un État qui englobait, outre la Gaule et les Iles britanniques, la plus grande partie de l'Espagne (conquise sur les Phéniciens), de la Germanie, de l'Italie du nord et presque toute la vallée du Danube jusqu'à la mer Noire. On a soutenu que cette immense étendue de territoire avait été le siège d'un puissant empire, obéissant à un seul chef, Ambigatos, dont les neveux, Sigovèse et Bellovèse, auraient fait d'importantes conquêtes. Le premier se serait établi en Germanie, le second dans la vallée du Pô, malgré l'opposition des Étrusques. Quoi qu'il en soit, la partie de l'Italie conquise par les Celles recul des Romains le nom de G'mlr cisalpine en deçà des Alpes , tandis que le nom de Guide transalpine [au delà des Alpes fui appliqué à notre pays.
La race celtique dominait donc, au ive siècle avant J.-C., dans l'Europe presque tout entière, mais celte domination devait être éphémère, parce qu'il n'existait aucun lien, aucune solidarité entre des peuples qui se faisaient la guerre au lieu de se eonledérer.
Les Gaulois ci-alpins ne tardèrent pas à se trouver à l'étroit dans la vallée du Pô. En 391 avant J.-C, une troupe de Sénons arriva en Étrurie el mit le siège devant Clusium aujourd'hui Chiusi, en Toscane . Les Clusiens implorèrent l'assistance des Romains, qui envoyèrenl aux envahisseurs trois jeunes patriciens, les Fabiens, pour le- dissuader de continuer leur entreprise. Les Gaulois répondirenl qu'ils voulaient bien écouter les avis de Rome, mais seulemrni si les Clusiens leur donnaienl de- terres pour s'y établir. L'un des délégués romains leur ayant demandé de quel droit il- se montraient si exigeants : ■■ Nous portons notre droit, dirent-ils, à la pointe de notre épée ; tout appartient aux braves. »
Les délégués se jetèrenl dans Clusium, et, oubliaul leur mission conciliatrice, dirigèrent une sortie ou un chef sénou fui tué. Lus
déserte; mais ce qui les étonna le plus, ce lui de voir les sénateurs assis sur leurs chaises curules les regarder fixement sans proférer une parole. Un Gaulois, s'étant arrêté devanl Papirius, passa sa main sur la longue barbe du vieillard, qui le frappa de son bâton. Papirius fut tué, Rome brûlée et saccagée.
Les Gaulois cherchèrent, mais en vain, à prendre la citadelle d'assaut. Lue nuit, ils étaient sur le point d'y pénétrer par ruse, quand les oies consacrées à la déesse Junon donnèrent l'éveil à la garnison, qui repoussa les assaillants. Ils établirent alors un blocus rigoureux, et ils ne consentirent à traiter qu'au bout de sept mois, moyennant 1000 livres d'or. Le jour où cet or fut pesé, les Romains reprochèrent à leurs vainqueurs de faire usage de faux poids. Le chef des Gaulois, Brenn (1), jetant sa lourde épée dans la balance, prononça le mot terrible devenu proverbial : Vie viclis ! « Malheur aux vaincus! » Les Romains furent obligés d'ajouter de nouvelles pièces d'or pour contre-balancer le poids de l'arme.
Au nie siècle, les Germains se soulevèrent con'tre les Celles demeurés au delà du Rhin, et ils se soulevèrent victorieusement. Les uns passèrent en Gaule, entre autres les Belges 2 . qui émigrèrent aussi dans l'île de Bretagne; d'autres, descendant le Danube, déi tèrent la Thrace, la Macédoine et la Grèce 283 . En 278, ils pillent le temple de Delphes, et la mê année, passant le Bosphore, envahissent l'Asie Mineure où, après de longues guerres, il- se fixent clans le pays qui a gardé le nom de Galatie.
Le nom de Galate est la transcription grecque du mol celtique Galata brave? ; il s'applique donc aux Celtes du Danube el il l'équivalent du mot Gallus 3).
t II n'est pas prou\ & que Brenn signifie, comme on l'a prétendu, •ln,i ou roi.
• C'est une question de savoir si les Bob
Celto Germains. Nous inclinon i croire que la LJi ! jique était habitée tant pur des ( iermains que par des ' lelles.
Les squelettes lrOU\és il llal-UM I 1 .1 II I I ■ A n I . .■■■■
Neuchâlel en Suisse sont considérés commi celliqu
raient donc au pi emier el au second âge du fei Usa
(prédominam e de l'épi e de bi onzi
Tène prédominance définitive du ■ i ; in
TURONI Nom des 60 peuples de la Gaule ayant formé des ,, c/tés sous /e régne d'Auguste |^;">i
^-^ — Côte ancienne .-.-•- Côte actuelle
Echelle
Carte des divisions de la Gaule à l'arrivée de Jules César.
Caractère et mœurs des Gaulois. — C'est par les Grecs et les Romains que nous pouvons — très imparfaitement — connaître les mœurs et les institutions celtiques. « Le caractère commun de toute la race gauloise, dit le géographe Strabon, c'est qu'elle est irritable et folle de guerre, prompte au combat, du reste simple et sans malignité. Si on les irrite, les Gaulois marchent ensemble droit a l'ennemi, et l'attaquent de front, sans s'informer d'autre chose. Aussi, par la ruse, on en vient aisément à bout; on lus attire au combat quand on veut, où l'on veut, peu importent les motifs; ils sont toujours prêts, n'eussent-ils d'autre arme que leur force et leur audace. Toutefois, par la persuasion, ils se laissent amener sans peine aux choses utiles; ils sont capables de culture et d'instruction littéraire. Forts de leur haute Laille et de leur nombre, ils s'assemblent en grande foule, simples qu'ils sont et spontanés, prenant volontiers en main la cause de celui qu'on opprime. »
Les Gaulois étaient, en effet, des guerriers intrépides jusqu'à la témérité, braves jusqu'au mépris de la mort. Les jours d'orage, ils lançaieul des (léchés eu l'air comme pour délier le tonnerre, ou bien ils se jetaient tout armés contre les Ilots montants pour effrayer la
mer mugissante. Ils faisaient la guerre avec passion. Ils étaient imprudents, vaniteux, crédules, querelleurs, et pourtant sans malice. Lorsqu'un festin les réunissait (leur intempérance ne peut être contestée), ce n'étaient d'abord que cris de joie et plaisanteries plus ou moins grossières; mais, pour un motif futile, les injures s'entrecroisaient et les convives tiraient l'épée. D'humeur inconstante, de caractère léger, ils se laissaient abattre par le moindre échec. En revanche, ils étaient incapables de duplicité, prenaient toujours parti pour le faible contre le fort, et si à la guérie ils se montraient violents jusqu'à la cruauté, ils punissaient de mort l'assassinat d'un étranger, tant étaient sacrées pour eux les lois de l'hospitalité. Ils étaient bavards, mais ils avaient aussi le don et legoùtde l'éloquence. Grands et robustes, de moindre stature toutefois que les Germains, ils portaient très longue leur chevelure (1), qu'ils teignaient en blond rouge. Au dire de Virgile, les Gaulois qui prirent Home avaient une peau très blanche.
(I) D'où la désignation de Gallict comala (fîaiile chevelue), appliquée par les Domains à la (Jaulu transalpine, moins la Narbonnaise. (Y. note, \>. 17.)
LA fi A U LE
es l)
plus pelés
leurs
d'un
cro-
l.rur habillemenl se composai! de [uniques bariolées, de brai ou culottes et de savons ou manteaux <le laine unie cl crépue, ou moins légers suivant les saisons. Ils se paraient de colliers ap torques et d'autres bijoux. Ils aimaienl à peindre el à orner
armes. Ils s'armaient d'un long sabre, de lances, de piques et casque d'airain surmonté de cornes, d'ailes d'oiseaux ou d'un chet. Quelques-uns se
servaient en outre île.
l'are, de la f^pnde et d'un javelot de bois qu'ils lançaient à la main. Ils refusèrent Ion- temps de se garnir d'un bouclier, disant qu'un brave doit offrir aux coups de l'ennemi non du fer, mais sa poi 1 ri ne nue. Leu r grande force, c'était l'impétuosité , et ils étaient bien plus propres à l'attaque qu'à la défense. Lorsque des Celtes s'établirent dans la vallée du Danube, Alexandre, roi de Macédoine, leur ayant demandé ce qu'ils craignaient, ils 1 ('pondirent fièrement:
« Nous ne craignons que la chute du ciel. »
Institutions des Gaulois. — Il n'y a plus aujourd'hui en France des Normands, des Bretons, des Limousins ayant des intérêts opposés, mais seulement des Français formant une nation unique et soumis aux mêmes lois. Les Gaulois, au contraire, étaient divisés en une foule de cités ou États indépendants et souvent ennemis : Arvernes (Auvergne), Cadûrques (Cahors), Bituriges (Berry), Helvètes Suisse), Lingons (Langres), Éduens (Autun), Caniutes (Chartres), Trévires (Trêves), Nerviens . (Hainaut), Séquancs (Besançon), Rèmes Reims), Ambiens (Amiens1, Santones (Saintonge), Pictones (Poitou), Parisii (Parisiens, dont la ville était Lutèce), Volces entre le Rhône et les Pyrénées), Allobror/cs (entre le Rhône el les Alpes, etc.). On voit que certains de ces noms ont survécu jusqu'à nos jours. Les peuplades de VArmorique formaient une confédération particulière.
En somme, la Gaule n'était qu'une expression géographique. Elle n'avait ni unité de race, ni unité politique, ni capitale, ni chef suprême. Dans le nord, des tribus germaniques; au centre, des Celtes; au sud-ouest, des Ibères, el au sudest des Ligures, des villes grecques, des colonies italiennes.
Les notables des diverses cités ne se réunissaient que dans des circonstances tout exceptionnelles. Les cités n'avaient pas toules un gouvernement identique. Les unes vivaient isolées ; les autres, groupées en confédérations sur le pied d'égalité, ou en clientèles sous la prépondérance de l'une d'entre elles. Certains peuples avaient adopté la forme républicaine, tandis que d'autres avaient à leur tête des rois ou chefs élus, auxquels obéissaient les clans ou groupes de familles. Chez les Éduens, le chef annuel, appel, vergobret, c'est-à-dire juge, était élu par les prêtres et par un certain nombre de liants fonc lionnaires; il exerçait une autorité absolue, mais le pouvoir militaire appartenait à un chef spécial élu par le peuple tout entier. En Irlande, la royauté suh>isla jusqu'à la conquête anglaise.
Les hommes riches formaient la classe des clievaliers [milites . Ces chefs militaires étaient entourés d'un grand nombre de clients ou mn-
bactejt, c'esl-à-dirc d'hommes libres, qui se plaçaienl sous leur protection, et d'obxrali, débiteurs insolvables réduits à uni n ' do servitude. Chez les Aquitains, on rencontrait une classe particulière de clients, les soldures. « Leur sort, dit César, esl de jouir de tou biens de la vie avec l'ami auquel ils se sont dévoués; s'il périt, de subir la même fortune que lui ou de se donner la mort; et, jusqu'à
présent , de mémoire d'homme, il ne s'en esl trouvé' aucun pour reculer devant la mort après la perte de cil ni auquel il s'était dévoué. »
Le régime de la propriété' indivi due 1 1 e semble avoir été l'exception, et le communisme agraire pourrait bien avoir été la règle.
Seul e nien I , la p ■ o priété qui, à l'origine, était commune à Ions.
était devenue en fait la propriété des familles nobles. Les rapports entre le noble et le travailleur des champs rappellent le lien tout familial des clans d'Ecosse et d'Irlande.
— Au-dessous des laboureurs, attachés au sol, vivait une population servile. C'est à peine s'il y avait une classe moyenne, formée par les artisans des villes et les marins des ports. Le seul contrepoids à l'aristocratie, c'étaient les corporations sacerdotales, les druides.
On ne sait guère du droit privé des Gaulois que ce que nous en apprend l'auteur des Commentaires. Le père de famille avait le droil de \ ie el de mort sur ses femmes et sur ses enfants; le lils ne devail pas se présenter en public devant son père avant d'être en âge de porter les armes. Le Gaulois, en se mariant, recevait une dot de sa femme, et il mettait dans la communauté un apport de même valeur : des têtes de bétail, et non de l'argent. Le survivant héritait de la masse commune, capital et fruits.
Lorsqu'un homme illustre venait à décéder, ses funérailles étaient somptueuses. Tous les objets que l'on estimait avoir été chers au défunt étaient jetés dans les flammes, ainsi que les animaux. Il fut un temps où, une fois accomplis les rites funéraires, on brùlail aussi ceux des clients et des esclaves à qui le défunt avait été particulièrement attaché. Généralement, les débris étaient enfermés dans un caveau rudiinonlaire, haut en proportion du rang du défunt, et signalé aux regards par un tumulus.
Au moment où César conquit la Gaule, celle-ci était dans un état d'anarchie qui contribua à sa perle. Arvernes, Éduens el Séquanes se disputaient la suprématie. .Même en temps de paix, les rivalités des grands causaient des troubles continuels au sein des cités.
(1) D'où la désignation de Gailia bracata. V la noie
de la page 17.
Religion des Gaulois. — La religion primitive des Gaulois nous esl à peu près inconnue. On peut admettre que, comme les autres races humaines, ils avaient déifié les forces naturelles et les phénomènes célestes, qu'ils finirent, comme les Crées et les Romains, par pei nifier dans des divinités anthroj iques.
Le grand nombre de divinités locales ou topiques mentionnées dans les inscriptions latines de la Gaule pourrait donner ;
tait pas en ce pays de i eligion comm la population, que - haque nation, Casque celtique. invoquait uw dieu particulier. Mai
inSTOMiF, DE FIIANŒ
Le grand camée de (Le registre inférieur monfi
thèse est contredite par le témoignage de César, auquel il faut toujours revcii ii-.
Conformément à l'usage des historiens anciens, César, se fondant, sur la similitude des attributs, identifie les dieux gaulois ;'i Jupiter, à Mercure, à Minerve et à Apollon et ne donne ;'t nunin son nom celtique. « Les Gaulois, dit-il, adorent principalement Mercure, dont ils ont de nombreuses images; ils le regardénl comme l'inventeur des avis, le protecteur des chemins et des voyageurs; ils pensent qu'il intervient avec beaucoup d'efficacité dans le commerce el dans les affaires. Après lui, ils adulent Apollon, Mars, Jupiter el. Minerve, sur lesquels ils ont à peu près les mêmes niées que les autres peuples, car ils croient qu'Apollon chasse la maladie, (pie Minerve enseigne les métiers et les arts, que Jupiter règne sur le ciel et les éléments et que Mars est l'arbitre de la guerre. Avant le combat, ils vouent ordinairement à Mars les dépouilles èle l'ennemi et lui sacrifient tout le bétail après la victoire... Les Gaulois se prétendent tous descendus de Pluton (Dis Pater) : c'est une tradition qu'ils tiennent des druides. Pour ce motif, ils mesurent le temps non par les jours, mais par les nuits. »
Ces assimilations des dieux gaulois, faites par César, trouvent en partie leur confirmation dans les inscriptions gallo-romaines découvertes sur le sol occupé par les Gaulois. Ainsi, dans une inscription des environs de Trêves, a été trouvé un Mercure Vassocaletus, et l'on sait par Pline et Minucius Félix que, du temps de Néron, les Arvernes avaient élevé à Mercure au sommet du Puy de Dôme un temple magnifique et qui portait le nom de Vasso. Vassocaletus, vasso, étaient donc bien l'un une épithète, l'autre le nom de Mercure. Cette divinité qui, dans nombre de monuments, est accompagnée d'une divinité- féminine, Rnsmerto, protégeait les routes, les voyages et le commerce.
lue déesse est invoquée conjointement avec Apollon : c'estSirona, dont le pouvoir semble s'étendre sur les eaux et les sources minérales et thermales; elle complète le rôle tout médical de l'Apollon gaulois. Les temples de ce dieu étaient assez répandus en Gaule : on peut citer celui de Sanxay, près Poitiers, découvert par le P. de La Croix.
L'état de guerre étant pour ainsi dire constant chez les Gaulois, les divinités belliqueuses étaient adorées en grand nombre ; il en est qu'on peut assimiler au Mars romain : Camulus, Tentâtes, Segomo, etc. Une inscription entre autres porte : << A Mars Camulus, ce temple a été consacré pour le salut du César Tibère Claude. >- Camulus, Tentâtes, etc., désignent bien des dieux, car ces noms sont accompagnés de qualificatifs.
Parfois, mais rarement, une déesse de la guerre, Nemelona, se trouve associée au Mars gaulois. Minerve, dont on ignore le nom celtique, à moins de le chercher dans les épi-
Vienne (Isère).
e des captifs gaulois.)
thètes qui la décorent, emprunle ses attributs à Mercure, Mars et Apollon.
Lucain, dans son poème de la Pliarsale, cite Tentâtes, Taranis et Ésus comme les grands dieux dés Gaulois. En rapprochant ces notions de celles que fournissent César et les inscriptions, on peut identifier Tentâtes à .Mars, et Taranis, dieu du tonnerre, à Jupiter. Mais sur Esus on ne possède que l'inscription de son nom sur un autel, érigé par les bateliers de la Seine, trouvé en 171 1 sous le chœur de Notre-Dame et conservé au musée de Cluny. Si l'on joint à cette émimération Ogmios, cité par l'écrivain grec Lucien comme une sorte d'Hercule gaulois,- et, de plus, dieu de l'éloquence (1), et la déesse Epona, protectrice des chevaux, on aura le panthéon connu des principaux dieux gaulois.
Les provinces, les bourgs, les bois, les montagnes, les sources avaient leurs dieux topiques, et il y avait aussi des génies tutélaires de localités ou de familles. Les uns et les autres nous ont été révélés par les inscriptions galloromaines, par exemple : la déesse Arduinna (Ardennes), le dieu Vosegus (Vosges), la déesse Bibraela (mont Beuvray), etc. 11 faut mettre au même rang les déesses mères, dont on a découvert tant d'effigies sur tout le sol de la France, et qui, tenant un ou plusieurs enfants au sein ou sur leurs genoux, se présentent comme des protectrices de la maternité.
On a soutenu qu'il n'y avait pas, en réalité, une mythologie gauloise, mais plusieurs mythologies; que chaque groupe de peuples avait son panthéon particulier, et qu'ainsi s'explique la divergence des témoignages respectivement fournis parles littératures grecque et latine, par les monuments figurés de l'époque gallo-romaine, enfin par la littérature irlandaise qui, bien que ne remontant pas au delà du x° siècle, a conservé nombre de conceptions du paganisme celtique.
Quoi qu'il en soit, cette religion élémentaire, à caractère nettement anthropomorp'.r ^ue, se compliqua par suite de l'introduction en Gaule du druidisme, qui avait son foyer dans l'île de Bretagne. Le druidisme était non une religion mais une philosophie, une doctrine, qui dut son importance à l'autorité exceptionnelle dont jouirent ses interprètes sur la masse des populations celtiques.
Les Druides. —
Les artisans des villes et les marins des ports constituaient une classe moyenne, mais peu nombreuse, et le seul contrepoids à l'aristocratie, c'était, nous l'avons dit, une corporation sacerdotale, celle des druides. Le nom des druides ne vient pas,
Statue de la déesse Epona.
(Fouilles '1 Al.'-sia.)
(1) A l'époque galloromaine, on représenta Ogmios, dieu de l'éloquence, comme un vieillard portant les attributs d'Hercule et traînant après lui une foule d'hommes attachés par l'oreille à des chaînes d'or el d'ambre qui partaient de sa langue.
Côté de l'autel de Notre-Dame de Paris où est écrit le mot ESUS (Musée de Cluny).
LA GAULE
Les ruines du temple de Mercure, au sommet du Puy de Dôme (1 468 mètres d'altitude).
comme l'a prétendu Pline le naturaliste, du grec drus [chêne] (1), mais du celtique drui ou drni (pluriel druid), qui signifie voyant, sorcier, prophète.
Les druides occupaient, chez les Gaulois, un rang égal à celui de la noblesse, et leur influence était plus con^^rable que celle de l'aristocratie. Ils ne constituait pas une caste héréditaire, mais un ordre qui se formait dans les collèges de l'île de Bretagne 'Angleterre), foyers de science et de propagande. Ils jouissaient de grands privilèges, étaient exempts du service militaire, des impôts et de toutes servitudes. Préposés aux choses du culte, à l'interprétation des traditions religieuses, ils étaient encore chargés de l'instruction de la jeunesse et de l'administration de la justice. Ils prononçaient dans les procès entre particuliers comme dans les litiges entre nations. Outre les châtiments corporels, ils disposaient, contre ceux qui ne voulaient pas leur obéir, d'une véritable excommunication, à la fois religieuse et civile. On refusait à l'interdit le droit de se faire rendre justice, on l'écartait des affaires, on le laissait mourir dans la honte et l'isolement. Tous les membres de l'ordre ne jouissaient pas de ce pouvoir exorbitant. Il y avait, en effet, plusieurs classes : bardes, à la fois poètes, chanteurs et historiographes; vates ou eubages, devins ou prophètes chargés des sacrifices, versés dans l'étude de la nature et pratiquant l'art de la médecine; au sommet, les druides proprement dits.
Tous obéissaient à un souverain pontife, dont l'autorité' étail absolue. En principe, il devait son élévation à l'élection, mais la force des armes n'y fut pas toujours étrangère. Chaque année, les druides avaient une assemblée générale dans le pays chartrain Carnu considéré comme le centre de la Gaule. On oe sait si ces grandes
Tête de Gaulois (Musée de Boulaq).
(1) On sait, d'ailleurs, que le gui n'est pas un pai-a?ite du chêne, et 'Jules chênes porte-gui sont extrêmement rares.
assises, où les questions d'intérêt général recevaient une solution, se tenaient dans un édifice ou dans la forêt sombre et mystérieuse, mais il est très probable que les Gaulois n'ont jamais eu de temples.
Les vates se livraient certainement à la prédiction et à la sorcellerie, en honneur dans toutes les civilisations primitives. A cela se bornait le rôle des prétendues druidesses dont on a tant parlé, mais qui en réalité ne participaient pas au culte druidique.
La doctrine philosophique et morale des druides n'était pas écrite, mais transmise oralement à leurs disciples. Elle était formulée dans de vastes poèmes analogues à ceux de l'Inde, qu'on ne devait pas confier à l'écriture pour éviter de la répandu' parmi les profanes. Les futurs druides apprenaient ces poèmes par cœur et passaient quelquefois, au dire de César, vingt ans à l'école. Le point capital de la doctrine était la croyance à l'immortalité de l'être humain et à la transmigration des âmes : croyance que les prêtres jugeaient utile à répandre parce qu'elle stimulai! la valeur en faisant mépriser la mort. Si ferme chez les Celles étail cette croyance dans la vie future que l'on trouvait en Gaule à emprunter de l'argent à charge de le rembourser dans l'autre monde. Ci sans doute, comme symbole de l'immortalité que le gui, resté verdoyant alors que l'arbre sur lequel il vit se dépouille de ses feuilles, tenait une grande place dans les cérémonies celtique 'des
le cueillaient en grande pompe dans les forêts, et les Gaulois y voyaienl une panacée universelle.
La race, d'ailleurs, paraît avoir été des plu . elles
croyances en quelque sorte officielles se doubh il d'un : fétichisme populaire : l'œuf du serpent, pai avoir la propriété de faire gagner les procès. I is dri taient cette faiblesse d'esprit pour conserver leur
Du texte même de César il ressort que les Gaulois n'avaient recours aux sacrifices humains qu'en cas de grands dangers publics, « par suite soit de guerre, soit d'épidémie » : alors ils sacrifiaient des hommes ou faisaient vœu d'en sacrifier, par l'intermédiaire des druides. C'était, pour eux, l'unique manière d'apaiser la divinité, la vie d'un homme pouvant seule racheter une autre vie humaine. < En certains endroits, il y avait des idoles, sorte de mannequins d'osier dans lesquels on entassait des hommes, le plus souvent des criminels, et on y mettait le feu. Ils estimaient plus agréable aux dieux le supplice des individus convaincus de vol, de brigandage ou de quelque autre crime, mais ils brûlaientdes innocents lorsque les coupables manquaient. » On ne rencontre , d'ailleurs , chez César, aucune mention de sacrifices humains particuliers ni de l'inspection des entrailles des victimes, qui était d'usage courant chez les Romains pour découvrir les secrets de l'avenir; le sa-
crifice gaulois était une expiation, une purification, en quelque sorte, dont la religion romaine elle-même n'est pas sans nous offrir des exemples.
Dans les derniers temps de la Gaule indépendante, les druides paraissent avoir eu à soutenir d'ardentes luttes d'influence contre la classe militaire, qui minait peu à peu leur autorité.
Les langues celtiques. — Les langues celtiques appartiennent à la famille indo-européenne ou aryenne. Elles sont plus spécialement congénères des idiomes primitifs de la Grèce et de l'Italie, et très éloignées des langues germaniques, avec lesquelles elles ont, toutefois, un certain nombre d'expressions communes, conséquence de la domination exercée par les Germains sur les Celtes.
On les divise en trois dialectes :
1° Le celtique continental, représenté par l'ancien gaulois. L'ancien gaulois ne nous est guère connu que par des noms de lieux, des noms propres conservés par les auteurs grecs et latins ainsi que par quelques rares inscriptions jusqu'à présent indéchiffrables.
2° Le brittonique, jadis idiome de la Grande-Bretagne et refoulé ensuite par le germanique. Dans ce deuxième groupe, on range le bas-breton, le gallois et le comique. Le bas-breton, usité aujourd'hui encore dans nos départements de l'Ouest, n'est pas la langue que parlaient les anciens Gaulois avant la conquête de César, mais la langue réintroduite par les Bretons qui, au moyen âge, passèrent de la Grande-Bretagne en Gaule; elle a produit une intéressante littérature populaire (contes, légendes, poésies, chansons). — Le gallois (pays de Galles), appelé welsh par les Anglais et cymraeg par ceux qui le parlent de nos jours, semble doué d'une grande vitalité. Il a donné naissance à une riche littérature qui remonte au vme siècle. La poésie galloise brilla d'un vif éclat au xie siècle, âge des tournois de poésie et d'éloquence; au xue siècle, âge des poésies héroïques; au xive siècle, âge des pastorales. Les œuvres en prose sont
Phot. Anderson.
Le Gaulois blessé (Musée du Capitole, Rome).
Combattants romain et gaulois et hutte gauloise (Musée du Louvre).
moins nombreuses, et l'on peut se borner à citer un recueil de contes, le Mabinogion. — L'ancienne langue du pays de Cornouailles, le comique, est éteinte depuis le xvni" siècle.
3° Le gaélique, qui comprend Y irlandais, le gaélique écossais ou gaélique proprement dit et le manx. En Irlande, la langue est restée pure jusqu'au xvne siècle; parlée -seulement dans les campagnes,
elle tomba bientôt à l'état de patois, et, depuis que la politique de Cromwell a anéanti dans l'île les classes moyennes et supérieures, elle n'a cessé de reculer. Les gloses irlandaises aux manuscrits religieux des vme et xe siècles sont le principal monument de l'ancien irlandais et même de toute la littérature celtique. L'ancienne littérature irlandaise est très originale, car l'île n'a pas été conquise par les Romains; elle est surtout caractérisée par l'épopée, une épopée singulière en prose, coupée de strophes rimées, et dont les héros rappellent les types des anciennes divinités nationales; on y distingue deux cycles principaux : celui de Conchobar, roi d'Ulster, et de son neveu Cuchullain, et le cycle ossianique, dont les héros sont Finn et son fils Ossian. — Le gaélique proprement dit, parlé dans la haute Ecosse, s'éteint rapidement; sa littérature ne comprend que des livres pieux. U est curieux de noter que le nom d'Albainn ou Albion, qui a été autrefois celui des Gaëls, est devenu le nom de la Grande-Bretagne tout entière. — Le manx, idiome des habitants de l'île de Man, compte, comme principales œuvres littéraires, les Carvells (chants de Noël) et une traduction de la Bible faite au xvme siècle par le clergé de l'île.
L'agriculture. Aspect de la Gaule. — Le sol de la Gaule était, avant la conquête romaine, en grande partie couvert de marécages et surtout de forêts. Les essences forestières dominantes étaient : le bouleau et l'orme dans les vallées, le pin et le sapin (Jura), l'if et le buis (Pyrénées occidentales), le chêne (forêt des Ardennes, pays des Carnutes, Armorique). Les prairies naturelles occupaient
aussi de vastes espaces dans les contrées du Nord et de l'Ouest, au climat froid et humide ; celles du pays d'Auge étaient déjà renommées.
Six ou sept millions d'habitants peuplaient ce sol ingrat, à peine défriché, et où quelques chemins, quelques sentiers surtout, faisaient communiquer entre elles les bourgades aux cabanes étroites où nos ancêtres s'abritaient, le long des rivières ou au milieu des bois, contre les rigueurs du climat. Ces cabanes, de l'orme circulaire, étaient faites de planches et de claies d'osier; elles étaient couvertes de chaume ou de roseaux, et leur porte était souvent la seule ouverture qui laissât péné- ' trer l'air et la lumière.
En temps de guerre, les populations se retiraient avec leurs troupeaux dans des enceintes fortifiées, appelées par les Romains oppida, et situées le plus souvent sur des collines. Peu à peu, ces places de refuge furent habitées d'une façon permanente : elles devinrent des villes, centres de marchés et de pèlerinages.
LA GAULE
Les Gaulois vivaient alors de la vie pastorale, et l'élevage constituait leur principale industrie. Ils possédaient des troupeaux nombreux de gros et de menu bétail. Les poneys des Pyrénées el les forts chevaux de la Belgique étaient réputés. Les pâturages de la Crau nourrissaient en foule des moutons, et ceux du massif central une excellente race de vaches laitières. La viande de porc, fraîche ou salée, formait, au dire de Strabon, la base de l'alimentation po-
Phot. Giraudoiu Le combattant blessé (Musée du Louvre).
pulaire, et les chênaies fournissaient une abondante glandée. Enfin, les Morini engraissaient des oies dont ils expédiaient le foie à Rome, où il faisait les délices des gourmets.
Le territoire était partagé en petits lots de terre arable où l'on cultivait du blé, du seigle, de l'orge, du millet. Les Gaulois connaissaient une charrue à deux roues, la herse, les trieuses et les tamis de crin. L'emploi de la marne et de la chaux comme amendement était très répandu chez les Éduens et les Pictons.
La viticulture était encore dans l'enfance. Importée d'abord du littoral de la Provence, elle avait peu à peu remonté la vallée du Rhône jusqu'à Vienne. Les vins doux des Voconces, des Helviens, et les gros vins de Marseille servant aux coupages, étaient les plus répandus. On savait tailler et échalasser la vigne. La consommation étant supérieure à la production, il fallait, toutefois, demander à l'Italie une certaine quantité de vin. C'est dans la Gaule transalpine qu'on inventa les tonneaux cerclés pour remplacer les amphores. Dans le nord, la population buvait la cervoise (bière d'orge) et le zylhus bière de froment additionnée de miel). L'huile d'olives de .Marseille était renommée.
En fait de plantes textiles, la Gaule ne possédait que le lin et le chanvre, utilisés presque partout. Le lin des Cadurques, des Ruteni, des Caletes, des Bituriges et des Morini était particulièrement estimé.
Nos pères employaient, d'une façon à peu près générale, la levure de bière comme ferment.
L'industrie et le commerce. — L'industrie n'était pas inconnue, et de bonne heure les Gaulois paraissent avoir utilisé les richesses minérales de leur sol : l"or, l'argent, le plomb, le cuivre etl'étain. L'or provenait des filons de quartz aurifère des Cévennes et des monts du Limousin, ou des paillettes roulées par le lil'in, FAriège, l'Adour, le Tarn et quelques autres torrents des Alpes et des Pyrénées. Il existait des mines d'argemt, pur ou allié de plomb, dans la Lozère, l'Aveyron, l'Auvergne. La métallurgie était liés
développée dans toute la Gaule. On citait les Éduens et les Ruteni pour leur habileté dans la bijouterie : colliers, bracelets, bagues, fibules, plats et coupes.
Le fer était exploité dans les régions de l'Ariège, des Landes, du Périgord, du Berry : c'est là qu'on fabriquait des armures renommées. Le minerai de plomb se rencontrait en Armorique el en Auvergne. L'Aquitaine, la région pyrénéenne occidentale, le pays des Centrons dans 1rs Upes , la vallée de la Sarre possédaient des mines de cuivre; on employait ce métal, allié' à L'étais, pour la préparation du bronze. L'étain provenait en grande partie de l'Armorique etdes gisements épars sur les lianes du massif central. Le bronze servait principalement à la fabrication des armes, des ustensiles de ménage, des coupes, des bijoux, etc. Les Bituriges inventèrent l'étamage; Les Éduens, l'argenture du cuivre et du bronze, et ils décoraient, par ce procédé, les harnais des chevaux et les chars de guerre. Alésia était le centre de cette industrie, et il y eut sur le mont Beuvray un important atelier d'émaillerie. A Alésia, où l'on fabriquait des bijoux en métal précieux, on avait découvert le placage sur cuivre.
L'industrie textile surtout était florissante, et l'on connaissait au loin les toiles peintes, les étoffes brochées des Gaulois; les étoiles de Cahors étaient renommées pour leur finesse.
Le commerce, tant extérieur qu'intérieur, n'eut d'abord et pen-
Gaulois vaincu so perçant de son glaive après avoir tué sa femme
(Villa Ludovisi).
dant longtemps qu'une importance restreint
d'échange, les yens <\<- transporl et les roui taienl
Marseille, la grande colonie phocéenne, était : I de la
Gaule. On y exportait notamment les figues, l'huil de
la Provence, les poissons et mollusque t littoral
méditerranéen. Les salaisons et jambons de la Séquanie, vantés par Martial et Athénée, étaient expédiés en Italie par la Saône, le Rhône et Marseille. Puis, venaient les tissus de lin et de laine. L'importation ne consistait guère qu'en vins d'Italie, en métaux de l'île de Bretagne et en vases grecs ou italiotes que l'on a retrouvés dans le mobilier des tombes.
Corbilo, près de l'embouchure de la Loire, non loin du port actuel de Saint-Nazaire, constituait un centre important de relations avec l'île de Bretagne. LesVenetes y avaient des chantiers importants d'où sortaient un grand nombre de barques aux voiles de jonc ou de peau de bœuf, et même des bâtiments capables de soutenir un assez lointain voyage.
L'art industriel. — Antérieurement à la conquête romaine, l'art gaulois se réduit à peu de chose et n'a pas grande originalité. Les Gaulois n'avaient à proprement parler ni architecture civile, ni architecture religieuse.
Leurs maisons, ornées d'un mobilier des plus sommaires, étaient de bois et couvertes de chaume.
L'architecture militaire était un peu plus avancée. Comme tous les peuples primitifs, ils bâtissaient autour de leurs villes des murailles faites d'énormes blocs de pierre irréguliers, posés sans ciment les uns sur les autres ; mais souvent Voppidum gaulois n'était qu'une enceinte de pierre battue, soutenue par des pieux, des poutres et des clayonnages.
La sculpture était à peu près inconnue : le plus ancien document gaulois que l'on connaisse, le monument d'Entremont, près d'Aix (Bouches-du-Rhône), et qui consistait en bas-reliefs d'une assez belle exécution (musée d'Aix), est évidemment l'œuvre d'artistes grecs.
En revanche, la métallurgie, particulièrement l'art de fabriquer les armes, atteignit chez les Gaulois un certain degré de perfection; ils savaient travailler le cuivre et frappaient, à l'imitation des monnaies grecques qui leur parvenaient par l'intermédiaire de Marseille, des pièces d'or et d'argent assez belles, quoique d'un caractère barbare.
La poterie, la céramique, l'orfèvrerie, la verrerie étaient florissantes, ces deux dernières surtout. Les verres gravés et sculptés, les bronzes, les pièces d'argen terie, les bijoux étaient d'une fine exécution.
Les sciences. — La colonie phocéenne de Marseille fut, durant de longs siècles, l'unique foyer scientifique de la Gaule. Rivale de Carthage par la prospérité de son commerce, cette petite république jouissait d'une autonomie presque complète, circonstance éminemment favorable à son développement intellectuel. Aussi les Massiliutes surent-ils se montrer les dignes héritiers de Thaïes et de Pythagore. Le grand port de négoce devint bientôt l'égal d'Athènes et d'Alexandrie par la renommée de son école. Tacite nous représente même Massilia comme la régulatrice des bonnes études, sedes fi magistra studiorum.
Un de ses plus illustres enfants, Pythéas, né vers 380 avant J.-C, ne le cède en rien aux plus grands astronomes de l'antiquité. L'étendue de ses connaissances inspirait à ses concitoyens une confiance illimitée. Aussi, lorsque le gouvernement de Marseille eut décidé qu'un voyage d'exploration clans les mers du Nord serait exécuté à ses frais, il désigna Pythéas pour le conduire. La petite flottille suivit les côtes de l'Espagne, du Portugal et de la France, puis, après avoir longé les rives orientales de la Grande-Bretagne, s'avança jusqu'à
Poteries gauloises de la Marne.
(Musée de Rennes). Fenouillet (Haute-Garonne).
Bijouterie gauloise : Torques en or.
la fameuse île de Thulé. Là, Pythéas constata que la durée du jour solsticial était de vingtquatre heures. Quelques années plus tard, il entreprit une seconde expédition maritime et, cette fois, après avoir franchi la Manche, il visita la mer du Nord et la Baltique.
De ce double voyage il rapporta une ample moisson d'observations intéressantes sur la météorologie, l'ethnographie et l'histoire naturelle des contrées visitées. Il mesura l'obliquité de l'écliptique sur l'équateur et détermina très exactement la latitude de Marseille. Il fixa, d'autre part, les coordonnées géographiques des principaux points de l'Europe, se rendit compte de la sphéricité de la terre, signala les étoiles circumpolaires qui, dans lès régions boréales, n'ont ni lever ni coucher.
A peu près vers la même époque vivait également à Marseille le savant Euthymènes, qui explora les côtes africaines jusqu'au ileuve Sénégal. Il recueillit dans ses expéditions des documents ethnographiques curieux, et il tenta l'explication des inondations périodiques du Nil. Mais toutes les autres provinces de la Gaule étaient plongées, durant cette période, dans une profonde ignorance. Les druides seuls possédaient quelques données scientifiques. Ils enseignaient la marche des astres, les propriétés médicinales de certaines plantes usuelles et les opérations élémentaires sur les nombres , sans compter les formules cabalistiques qui formaient partie intégrante de leurs fonctions sacerdotales. Cependant diverses peuplades gauloises connaissaient déjà plusieurs applications de la science à l'industrie.
L'année celtique, qui commençait le 1er novembre, fut d'abord lunaire et compta 354 jours. Plus tard, chez les Gaulois, elle fut portée à 355 jours. Le raccord entre l'année lunaire de 354 jours et l'année solaire de 366 jours était établi par l'intercalation de 12 jours à la fin de l'année.
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