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II. — LA CONQUÊTE ROMAINE

Décadence de l'Empire celtique. Les Romains dans le bassin du Rhône. — L'Empire celtique n'eut qu'une existence éphémère; sous diverses influences, il se désagrégea peu à peu.

Les Romains, après avoir organisé solidement leur armée, étendirent leurs conquêtes en Italie et s'attaquèrent à la puissante république de Carthage, qui tenait le commerce delà Méditerranée. Déjà les Carthaginois avaient remplacé les Celtes dans la domination de l'Espagne du Nord; ils y furent à leur tour remplacés parles Romains pendant la seconde guerre punique (218-201). En même temps Rome acheva la soumission définitive de la Gaule cisalpine. Dès 283 une colonie romaine avait été fondée sur le territoire des Sénons. Au cours de la seconde guerre punique, les Gaulois cisalpins s'enrôlèrent dans l'armée d'Annibal, restèrent en armes après la descente des Carthaginois dans Je sud de l'Italie, et résistèrent pendant six mois aux légions romaines (201). Mais Rome continua de suivre une politique de conquêtes : elle soumit les Boïens, puis les Insubres au delà du Pô. En 191 la Gaule cisalpine est définitivement vaincue et, la même année, les Galates d'Asie Mineure ont un pareil sort.

Ainsi, dès le commencement du IIe siècle avant notre ère, les Celtes avaient perdu leurs positions, tant dans la Cisalpine que dans le nord de l'Espagne. Bientôt, une révolte des Germains détermina l'émigration au delà du Rhin des tribus celtiques. Enfin, la Gaule elle-même fut entamée.

En 1.54 avant J.-C, les Massiliotes, en guérie avec les Ligures, demandèrent aux Romains de les assister. Leur prière fut entendue et le général Flaminius désigné par le Sénat comme médiateur; mais les Ligures reçurent Flaminius à coups uo

pierres. Cette insulte permit aux Romains de passer les Alpes, et le consul Optimius, ayant battu les Ligures, leur enleva quelques lenes pour les donner aux Massiliotes. En 124, nouvel appel des Massiliotes, en guerre cette fois avec les Salyens (tribu moitié ligure, moitié gauloise), et nouvelle victoire des Romains. Le consul Sextius mit une garnison dans la forteresse d'Aquee Sextise (A-ix). Les Allobroges (Savoie) et les Arvernes voulurent chasser cri h' garnison; ils furent écrasés parle consul Domitius (121) et les vainqueurs possédèrent alors en Gaule une Province (1).

En l'an 120, les Romains franchirent l'Isère. Le roi des Arvernes, Bituit, se porta avec des forces extrêmement nombreuses sur les derrières des légions, et, malgré leur infériorité numérique, les Romains furent les plus forts. Bituit, pris bientôt après, fut conduit à Rome, et toute la vallée du Rhône, depuis le lac Léman, fut réunie à la Province, qui, accrue de Narbonne et de Toulouse, s'appela Narbonnaise, avec Narbonne pour capitale. Une route fut construite à travers la Narbonnaise pour faire communiquer l'Italie el l'Espagne.

A la fin du n° siècle, les Cimbres et les Teutons, peuples germaniques, débouchèrent en Gaule par l'Helvétie (Suisse et menacèrent, au nombre de 1100 000 hommes, les possessions romaines de la Méditer-

Buste de Jules César (Musée national, Naplcs).

(1) De là le nom de Provence. La Province romaine était aussi appelée Gallia bracata, parce que les Gaulois portaient des bracae ou braies; le reste de la Transalpine était <l sous le nom de Gallia comata ou velue, parce que les Gaul |

longue chevelure. I a l logala, pane que les Gaul pris l'habitude de poi ' voit que les dén iminations de br mata el fogata sont Urées de pari graphiques.

ranée. Ils écrasèrent successivement cinq armées romaines; mais, au lieu de passer les Alpes, les Barbares franchirent les Pyrénées pour combattre les Celtibériens. Marius accourut. Il établit son camp près d'Aix, sur une colline, assura ses approvisionnements en faisant creuser un canal jusqu'à Marseille, et, quand les Barbares se présentèrent, les Bornai ns fondirent sur eux du haut de leur camp et les repoussèrent. La bataille, toutefois, recommença deux jours après, un

grand nombre de Teutons n'étant pas entrés en ligne la première journée. Les Teutons furent vaincus à Aix (102), les Cimbres à Ver-

Onagre romaine, machine de siège servant à lancer des projectiles (Musée de Saint- Germain).

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Baliste romaine, sorte d'arbalète fixe, lançant de 120 à 160 mètres des traits ou des poids de 250 (Musée de Saint-Germain).

ceil(lOl), et ainsi fut délivrée de l'invasion 1 des Bomains dont le nom acquit, aux yeux des prestige. La prospérité des établissements romains ne fut donc que momentanément troublée par l'invasion cimbre ; mais elle était l'avant-coureur de dangers plus graves, . dont la proximité contribua à déterminer, en l'an 58, l'intervention de César.

Vaincus en effet par Borne, les Cimbres avaient fait place, sur le Bhin, aux Germains, dont la poussée, menaçante pour les Celles du bassin de la Seine, inquiétait en même temps les Helvètes dans leurs froides et étroites vallées. Un roi suève, Arioviste, qui semble avoir été un chef plein d'énergie et d'intelligence, essaya de suivre, dans le nord de la

à une distance livres au maximum

a nouvelle conquête Gaulois, un puissant

Chariot gaulois (Musée de Saint-Germain).

Gaule, la même politique d'intervention dont Borne avait usé avec bonheur dans le sud. Les Séquanes (Franche-Comté) supportaient impatiemment la domination des Éduens (Saône-eU Loire). 11 leur offrit le secours de ses guerriers, et quand, grâce à cet appoint, 1rs Séquanes eurent triomphé, il jeta le masque, prétendant conserver le territoire que ses soldats avaient contribué à défendre : l'allié se posa en maître. A ce moment même, Divitiacus, un des premiers parmi les Éduens, accourait à Borne implorer le secours des légions. Il y rencontra l'amitié de Cicéron, mais non l'appui qu'il sollicitait pour sa patrie. En 59, Arioviste s'établissait dans la vallée de la Saône avec 100 000 soldats, tandis que les Helvètes, pour échapper à la poursuite des Germains, prenaient la résolution définitive de quitter leur pays. Désormais, le danger de l'invasion ne pesait plus sur la Gaule seule, mais sur le territoire romain.

Jules César. — La menace perpétuelle de l'invasion germaine, la situation troublée de la Gaule, le juste souci de la sécurité de la Province romaine servaient d'ailleurs à merveille, à ce moment, les visées personnelles de César. Celui-ci, en effet, consul l'an 59 avant J.-C, et chargé comme proconsul, en 58, du gouvernement des deux Gaules cisalpine et transalpine, méditait d'établir sa dictature sur la Bépublique romaine. Il vit dans la conquête de la Gaule le moyen d'assurer définitivement sa fortune. Ce fut, comme on dirait aujourd'hui, une guerre « coloniale » entreprise par un chef de parti dans l'intérêt de sa politique.

Laissant ses rivaux s'user à Borne dans les luttes civiles, il alla préparer sa destinée dans un pays neuf, dont la conquête devait lui donner de la gloire, des soldats et des richesses, c'est-à-dire les instruments de domination les plus efficaces. Tant que dura la conquête des Gaules, cet homme, qui ne s'était jusqu'alors fait connaître que par ses mœurs dissolues, sa prodigalité, son manque de scrupules, accomplit des choses prodigieuses: s'il ne fut peut-être pas le capitaine de génie que révèlent les Commentaires, écrit politique nécessairement partial, du moins sut-il profiter avec une habileté consommée des divisions de ses ennemis, les provoquer même, partager 1rs l'alignes et les dangers de ses légionnaires, marcher sous la pluie à la tète des troupes, traverser nos (louves à la nage, tenir tèle enfin à des adversaires redoutables dont la

résistance inlassable l'exaspéra parfois jusqu'à la cruauté.

Défaite des Helvètes et des Suèves. — Les

Helvètes furent les premiers ennemis contre lesquels César se tourna, et l'on peut fixer à la date du 28 mars 58 avant J.-C.

le début de la guerre dos Gaules. Fatigués par les al laques des Suèves, désireux de trouver un climat plus doux et un sol plus fertile que ceux de la Suisse, ils se disposaient à une émigration en masse vers l'Occident : c'était une immense cohue de 400000 individus qui se mettait en roule vers l'Océan, en essayant do passer par la Province ro-

LA GAULE

Travaux des Romains devant Avaricum [Bourges] (Musée de Saint-Germain)

maine (1). Ils avaient brûlé leurs villes pour s'interdire tout espoir de retour, et déjà ils avaient traversé le pays des Séquanes et dévasté celui des Eduens, lorsque César passa en toute hâte le Saint- Bernard; il fit élever, depuis Genève jusqu'au Jura, un immense retranchement, empêcha les émigrants de franchir le Rhône en aval de Genève, comme ils en avaient formé le projet, battit leur arrière-garde, les obligea à passer le Jura, les rejoignit sur la Saône, les écrasa près du mont Beuvray (2), au prix d'énormes pertes, et leur imposa l'obligation de rentrer dans leur pays (58 av. J.-C).

A vrai dire, les Helvètes ne menaçaient pas la domination romaine, comme l'avaient prétendu les Éduens, mais il en était tout autrement des Germains. Les Suèves achevaient d'occuper la vallée de la Saône. César, affaibli par sa lutte contre les Helvètes, voulut sVntendre avec leur chef Arioviste, dont l'attitude insolente fit échouer les négociations entamées, et qui (César le sut par des députés Trévires) attendait d'importants renforts, prêts à passer le Rhin vers Mayence. Le général se trouvait aux environs de Langres. Il se porta vivement à la rencontre d'Arioviste, en marche vers Vesontio [Besançon] (3). La déroute des Barbares fut complète : 8 000 d'entre eux, hommes et femmes, périrent en combattant, et le reste s'enfuit vers le Rhin, qu'il passa aux environs de Bàle. Arioviste mourut peu après des suites de ses blessures.

Campagnes de César dans le nord et louest de la Gaule. — Cette première campagne de César n'avait véritablement d'autre objet que la défense de la Gaule; niais, après avoir vaincu pour le compte

des Gaulois, César jugea venu le moment de les asservir. A partir de l'an 57 avant J.-C. commence véritablement la guerre de conquête. Grâce à l'alliance de la riche cité des Rèmes, César brisa d'abord la coalition des peuples de la Belgique, ligués pour défendre leur indépendance, qu'ils sentaient menacée. Il s'empara de Noviodunum (Soissons), remporta une victoire très disputée par les Nerviens sur les bords de la Sambre et enleva Voppidum des Aduatuques (1), qui Turent, au nombre de 53 000, vendus à l'encan (57 av. J.-C). Bientôt il passait le Rhin pour montrer aux Barbares les aigles romaines, les effrayer, et arrêter ainsi leurs perpétuelles invasions dans le nord de la Gaule.

L'année suivante, la défaite, à l'embouchure de la Loire, de la

(1) Le territoire des Éburons nt des Aduatuques correspond aux pays actuels de Namur, de Liège et de Maôslricht.

(1) Tel est à peu près le cbiffre fourni par les comptes, écrits en grec, que les Humains trouvèrent dans le camp belvète après leur victoire du mont Beuvray.

(2) A Montmort, près Bibracte (Aulun).

(3) La position du ebamp de bataille n'est pas exactement connue : on a successivement opiné pour les environs de Délie, pour la lande .le l'Ochsenfeld prés de Cernay, pour les environs de Beblenbeim au débouché de la vallée de Ribeauvillé, pour la région d'Epfig.

Travaux des Romains devant Uxellodunum Puy dlssoli ! iiiaui;.

Pont construit par les Romains sur le Rhin (Musée do Saint-Germain).

flotte puissante dos Vendes (Vannes) entraînait la soumission de l'Armorique. La Gaule septentrionale et la Gaule occidentale étaient conquises, et, en celle même année 136, le jeune Crassus soumettait l'Aquitaine.

Craignant une invasion germanique en Gaule, César fit une nouvelle démonstration au delà du Rhin. Il tailla en pièces les Usipiens et les Teuctères, au confluent de la Moselle et du Rhin (55 av. J.-C). Il partit ensuite pour la Bretagne, centre du druidisme et d'où les Armoricains recevaient des secours. Une première fois, il dut se rembarquer après une victoire de peu d'importance, mais il revint bientôt après avec une nouvelle flotte et une armée plus nombreuse, s'embarqua de nouveau au-dessus de Boulogne, refoula le chef Cassivellann jusqu'au delà de Londres et ne quitta l'île qu'après avoir reçu des serments de fidélité. Toute la Gaule, à ce moment, semblait conquise : à son retour sur le continent, César convoqua à Samarabriva (Amiens) un concilium (assemblée) des Gaulois et distribua dans le nord du pays ses quartiers d'hiver. Tout à coup, l'Eburon Ambiorix, secrètement excité par le Trévire Indutiomar, massacra en amont d'Aduatuca (Tongres) la légion de Sabinus et entraîna les Aduatuques et les Nerviens, qui vinrent attaquer dans son camp Quinlus Cicéron : le frère du grand orateur fut débloqué par César (54 av. J.-C).

Celui-ci passa l'hiver en Gaule et, dès les premiers jours du printemps de l'année 53, convoqua un concilium à Lutèce; les Sénons,

Travaux des Romains devant Alésia (Alise-Sainte-Reine). — Musi'c de Saint-Germain.

les Carnutes et les Trévires, en s'abstenant d'y paraître, marquèrent nettement leur hostilité; mais, à l'approche menaçante du général romain, les Sénons se soumirent, ainsi que les Carnutes, et César, apprenant la défaite des Trévires par Labienus, accourut chez les Éburons. Ambiorix lui échappa, mais le pays fut dévasté, la population anéantie. Le proconsul se croyait définitivement maître de la Gaule lorsque les deux tiers des vaincus se soulevèrent en masse à l'appel d'un jeune Arverne, Vercingétorix.

Vercingétorix. Soulèvement général de la Gaule (52 av.

J.-C). — Vercingétorix appartenait à une famille qui devait sa puissance au grand nombre de ses clients. Sous Luern et sous Bituit, le royaume arverne avait atteint un certain degré de civilisation. La défaite de Bituit par les Romains (121 av. J.-C.) entraîna la ruine du petit État, et Celtill, qui essaya de le reconstituer, fut renversé par l'aristocratie et mis à mort, mais son fils Vercingétorix, alors en bas âge, n'en conserva pas moins l'héritage paternel tout entier et s'empara plus tard de la royauté, malgré la résistance de i'aristocrafie. Après avoir mis sa puissance au service de son ambition, il l'employa à la défense de la Gaule. Il fut reconnu comme chef de la résistance, leva des contributions de guerre sur les peuplades, eut droit de vie et de mort sur tous, et, après avoir imposé à ses soldats une organisation sévère, donna le signal de l'insurrection. Des Cévennes à l'Armorique, tous reconnurent son

autorité. Il ne craignit pas de se mesurer avec les légions romaines, merveilleusement disciplinées, habituées à l'art de la guerre, pourvues d'armes et d'engins, commandées enfin par l'un des plus grands généraux du monde.

César, toujours préoccupé des desseins ambitieux qui lui avaient fait entreprendre la conquête de la Gaule, était reparti momentanément pour l'Italie.

Les Gaulois, apprenant les discordes civiles qui déchiraient Rome, résolurent d'en profiter. Dans

LA GAULE

de secrets conciliabules tenus au milieu des forêts, un soulèvement général fut décidé et les Carnutës massacrèrent les marchands romains établis à Cenabum Orléans ; la nouvelle du massacre se transmit instantanément chez 1rs Arvernes, à 60 lieues de là (52 av. J.-C).

Les confédérés résolurent d'attaquer la Province romaine pour

cingétorix, au lieu de s'enfermer dans la ville pour soutenir le siège, se tient en communication avec les assiégés et harcèle l'ennemi. César tente l'assaut, mais il est repoussé, ses soldats battenl en retraite, el peu s'en faut qu'il ne tombeaux mains des Arvernes, à qui reste son épée. Une pareille victoire encouragea les confédérés; elle entraîna la défection des Ëduens, dont la fidé-

Gaulois attaquant les retranchements de César. Tableau de Gustave Brion.

Romains creusant un retranchement en face des Gaulois. Tableau de Gustave Brion.

empêcher César de rejoindre ses légions dispersées. Tout d'abord ce plan faillit réussir. Un lieutenant de Vercingétorix, Lucterius, vint menacer Narbonne, tandis que le chef arverne allait soulever les Bituriges, alliés des Éduens; mais César accourut à temps pour protéger la Province, et, malgré les neiges qui couvraient les Cévennes, il arriva en Auvergne avec sa cavalerie; puis, traversant de nouveau les montagnes, il longea le Rhône et la Saône, passa la Loire sur le pont de Cenabum et enleva aux Bituriges Noviodunum (Xevers?) avant que Vercingétorix eût eu le temps d'accourir. Les Gaulois, ne pouvant arrêter la marche de César, durent, sur l'ordre de Vercingétorix, incendier leurs villes et brûler leurs moissons pour affamer l'ennemi. Avaricum (Bourges) fut seule épargnée, et César vint l'attaquer; il ne s'en empara qu'après un siège de plusieurs semaines, pendant lequel les Gaulois accomplirent des prodiges d'héroïsme et d'habileté.

César, divisant alors son armée, chargea Labienus de guerroyer contre les Sénons et les Parisiens, pendant qu'il remontait la rive droite de l'Allier pour attaquer Gergovie (1), le principal oppidum des Arvernes. Vercingétorix, dont la défaite d'Avaricum n'avait pas affaibli le prestige', remonta parallèlement la rive gauche, et les deux armées s'observèrent jusqu'au jour où César réussit à passer la rivière. Le chef gaulois gagna l'Auvergne à marches forcées et établit son camp sur les sommets voisins de l'oppidum de Gergovie : les Romains occupèrent aussitôt une colline (2), au bas de laquelle ils élevèrent leur camp principal. Ver-

lité avait pour César une importance morale autant que matérielle. Le vieux Camulogène, un Aulerque, qui avait à Lutèce (1) son quartier général, brûla la ville et les ponts et tenta de cerner Labienus avec l'aide des Bellovaques qui se portaient sur les derrières des légions : il périt dans la bataille.

Siège et prise d'Alésia (52 av. J.-C). — César se trouva dans une situation d'autant plus critique que le concilium des Gaulois, tenu à Bibracte (mont Beuvray), vint confirmer la dictature de Vercingétorix et que la Province était attaquée au nord et à l'ouest. Mais le général romain n'était pas de ceux que le péril rend moins clairvoyants ni moins habiles. Son lieutenant Labienus, vainqueur à Lutèce, ayant pu gagner Agedincum (Sens) et opérer sa jonction avec le gros de l'armée romaine, les légions se mirent en marche vers la Narbonnaise par la Saône. Vercingétorix attaqua César sur les bords de cette rivière. Vaincu, il se réfugia sur le mont Auxois, dont Alésia (2) occupait le versant occidental, et, assiégé par les Romains, il envoya dans toute la Gaule les chefs de sa

(1) L'oppidum de Gergovie s'élevait sur un plateau, à 6 kilomètres au sud de Clermont-Ferrand. Vercingétorix établit son camp sur le massif de Risolles, qui communique par un col avec le plateau.

(2) La Roche- Blanche. Le camp principal des Romains était vers Orcet.

Le siège d'Alésia, tableau de Henri Motte.

(1) La Cité de Paris.

(2) Alise-Sainle-Reine (Côte-d'Or), el non Alaise-lez-Salins (Doubs). Des fouilles ont été faites à Alésia de 1861 à 1865 à l'occasion de l'Histoire de

Jules César, que préparait Napoléon 111, et en 1906 par le commandant Espérandieu, sur l'initiative de la Sondé des sciences de Semur.

En 1907, Alexandre Bérard, député de l'Ain, a entrepris de démontrer qu'Alésia s'élevait sur le plateau d'Ezernore (arrondissement de Nantua :

« Le plateau d'Ezernore, avec la plaine de 3000 pas au nord, les deux rivières '■> l'e -i e( à l'ouesl l'i :

et l'Anconani cercle de montagnes d'égale hauteur, c'est mathématiquement le tableau que César trace d'Alésia. ■•

cavalerie pour lever des troupes.

Son armée comptait, au dire de César, environ 80 000 fantassins et 10000 cavaliers (1).

Dès que César se fut établi sur les hauteurs (2) qui environnent le mont Auxois, du côté de la plaine des Laumes, seul accessible, il fit exécuter des travaux de défense à la fois contre les assiégés et contre l'armée de secours attendue par Vercingétorix.

Plusieurs combats eurent lieu. Une première fois, César vainquit la cavalerie gauloise dans la plaine des Laumes et la refoula dans la ville.

Les assiégés étaient déjà en proie à la famine, lorsque les renforts apparurent. Les chevaliers avaient, dans un concilium, fixé le contingent que devrait fournir chaque cité, au lieu de décréter une levée en masse. Deux cent quarante-huit mille hommes partirent ainsi pour Alésia, qui avait décidé de résister en dépit de la famine. Une bataille acharnée s'engagea, et le camp romain faillit tomber au pouvoir de Vercingétorix. Mais César, intervenant en personne, décida du sort de la journée. L'armée de secours se dispersa.

Vercingétorix, dont les troupes étaient décimées par les privations, comprit qu'une plus longue résistance serait inutile. Il résolut alors de se rendre aux Ro l'espoir d'obtenir pour ses compagnons de lutte des

Vercingétorix se rend seul au camp de César, tableau de Henri Motte.

Gaulois couché » (Bronze d'Alésia).

mains condi

dans

lions

moins dures (52 av. J.-C). Revêtu de sa plus belle armure, il apparaît . soudain à cheval devant César et jette aux pieds du vainqueur son casque et son glaive.

Une telle abnégation, couronnant un tel héroïsme, n'eut pas le don d'émouvoir le Romain; il mit dans les fers le vaillant défenseur de la Caule et fit périr, au bout de cinq ans de captivité, l'homme qui, ayant lutté pour l'indépendance de son pays, s'était dévoué noblement au salut de ses défenseurs.

Dès lors, notre pays subit la domination romaine (1). Il y eut bien quelques résistances et même quelques révoltes partielles, mais elles ne pouvaient qu'être stériles. Les Bellovaques (Beauvais) durent faire leur soumission, et la défaite des Pictoiws (Poitou) entraîna la pacification de l'Ouest. Le dernier boulevard de l'indépendance gauloise fut Uxellodunum (le Puy dissolu), chez les Cadurques (Cahors), qui, ayant porté les armes, eurent tous la main coupée (51).

Le génie celtique était étouffé dans son germe : il est impossible de savoir ce qu'eût produit son développement spontané. Sur le piédestal de la statue de Vercingétorix, à Alise -Sainte -Reine, on a gravé ces paroles de César : « La Caule, vraiment unie en une seule nation, serait capable de défier le monde. »

(1) Ces chiffres ont dû être exagérés par César, car il eût élé impossible de faire séjourner sur le mont Auxois 80 000 soldats et 10 000 cavaliers, sans parler de ta population urbaine, des réfugiés, des provisions et des bestiaux; d'autre part, les vallées qui entourent la colline ne permettent pas d'admettre que les travaux de circonvallalion aient eu une étendue de 16 kilomètres.

(2) Ces hauteurs sont le mont Réa au N.-O., la montagne Bussy auN.-E., les collines de Penneville et de Flavigny au S. La plaine des Laumes, à 10., e^l arrosée par l'Ose et l'Oserain, affluents de la Brcnne.

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