‹ Histoire de France illustréeChapitre 66 sur 182 · IG · texte numérisé non relu

IG

Janvier :

Janus entre les deux années.

Février :

Vieillard auprès du feu.

Mars :

Les travaux de la vigne.

Avril :

Fauconnier avec le faucon au poing.

Mai :

Vieillard se reposant à l'ombre.

Juin :

Paysan fauchant un pré fleuri.

Juillet :

Paysan moissonnant son champ.

Août :

Le battage des grains.

Septembre :

La récolte des fruits.

Octobre :

Le foulage des raisins.

Novembre :

Paysan semant sa terre.

Phi" Giraudon Décembre :

Salaison des viandes.

LES TRAVAUX DES DOUZE M 0 IS (hauts reliefs do la cathédrale d'Amiens).

est l'exception, tend à devenir la règle; la taille abonnée se substitue à la taille arbitraire, et le vilain « franc » a sur la tenure un droit contractuel.

Les vilains, ou plus exactement les vilains francs, étaient exempts des déchéances caractéristiques du servage, comme le formariage et la mainnioilr, mais ils riaient soumis à îles charges domaniales très lourdes el à des redevances ou services qui constituaient de véritables exactions parce qu'ils ne découlaient pas des droits que confère la propriété foncière.

Parmi 1rs droits domaniaux, nous citerons le cens en argenl ou en nature, lechamparl ou partage des fruits, les banalités ou ôbligations pour les vilains de se servir du moulin, du four, du pressoir appartenant au seigneur, le droit pour celui-ci de percevoir les péages ri |r-, tonlieux impôt sur 1rs transports , 1rs droits sur 1rs foires el 1rs marchés, les corvées, le banvin. Voir p. 80e1 M.

I.a taille d'abord arbitraire, puis abonnée), le droit de gite, le service militaire, sonl au contraire des charges extérieures en quelque sorte au régime domanial ri par suite abusives. Il y avail enfin une justice domaniale, distincte de la justice féodale, ri dérivant du droit i\c propriété ri de correction que le maître exerçait jadis sur ses esclaves.

L'exploitation seigneuriale riait d'autre par) assurée par des intermédiaires et la condition des tenanciers s'en trouva nécessaire-

ment aggravée. Cependant, à la fin du xme siècle, cette condition s'améliora sous l'influence des phénomènes économiques, sociaux et politiques. La population rurale du domaine devenant insuffisante, le propriétaire fit appel à des étrangers qualifiés d'hostes, et il leur concéda des terres incultes sous la condition de 1rs mettre en valeur et de payer un crus périodique: Vhostise, qui comportai! divers avantages, porta ainsi atteinte à la stabilité <lr la classe agricole et, pour prévenir une émigration dommageable a ses intérêts, le seigneur dut multiplier 1rs affranchissements. Le régime doma niai s'affaiblit encore à mesure que le régime féodal perdit de sa

force, que le pouvoir monarchique protégea 1rs vilains c

seigneurs, que 1rs rois émancipèrent 1rs serfs de leurs domaini

qu'il si' loi nia dans les campagnes soil desc munes rui

des communautés d'habitants délibéranl sur leurs intén

Amélioration d'ailleurs toute relative. Le sorl du p misérable ri douloureux tanl que les famines el i troubleronl sa sécui ité et qu'il sera pour la I >

objel de mépris.

Les œu\ res littéraires du mo au

chevalier, au gentill ime. Il esl le - vilain punai , l'èti rep

si ni ri sale qui se plail dans l'ordure el le plaisir grossier, i n amer de Montpellier, qui s'égare un jour dans une rue ou -,• débitent parfums, perd immédiatement 1rs sens, ri c'esl en \. [u'on

IIISTOIRE DE FRANCE

s'efforce de le faire revenir à lui, quand quelqu'un s'avise d'apporter une motte de fumier. « Lorsque, dit le trouvère qui raconte l'anecdote, il sent du fumier la flaireur et perd l'odeur des herbes parfumées, il ouvre les yeux, il se dresse sur ses pieds, et il déclare qu'il est tout guéri. »

On ne fait grâce au vilain d'aucune tare physique, on tourne en ridicule ses infirmités, on ne lui reconnaît aucune qualité morale :

Du vilain ai-.je bien ouï dire Qui mieux lui fait le trouve pire,

et ces vers d'un ysopet sont à rapprocher du proverbe populaire :

Oignez vilain, il vous poindra, Poignez vilain, il vous oindra.

Ainsi le paysan est tenu pour ingrat, malfaisant, et de plus pour sot, crédule, défiant et sans conscience; aussi ses infortunes ne provoquent-elles que la moquerie.

Rares sont ceux qu'attristent ces cruels jeux d'esprit et proclament, comme l'auteur du Fableau des chevaliers, des clercs et des vilains : « Quoi qu'il dise ou non, nul n'est vilain s'il ne l'est de cœur. Vilain est qui fait vilenie, même s'il est de haute lignée. » Et l'on retrouve la même pensée dans une poésie du xur2 siècle, le Bit de gentillesse :

« 11 vaut donc mieux, à en dire la vérité, être sorti d'un petit lieu si l'on est preux et de bonne vie, que sorti de bon lieu et être mauvais. Et tenez bien pour assuré qu'il n'y a profit en la noblesse, si avec ce litre on ne vaut quelque chose. Car noblesse va périssant en gentilhomme qui travaille à maintenir œuvre vilaine. C'est pourquoi vilain est, je n'en doute mie, l'homme qui fait la vilenie. Quand son cœur s'y abandonne, fût-il roi ou duc ou châtelain, plus il est haut plus il est vilain. »

L'habitation du paysan était une cabane en torchis, couverte de chaume ou de roseaux, parfois d'ardoises (dans les régions où cette pierre abondait, comme l'Anjou et la Bretagne), parfois aussi de latles entre-croisées ou de planchettes, dites aisseules, dans les pays boisés. La porte était fermée avec une cheville, d'où le mot de la grand'inère du Petit Chaperon rouge : << Tirez la chevillette, la bobinette cherra. » C'est par la porte que le jour pénétrait dans l'habitation : une fenêtre était un luxe, et encore était-elle simplement munie d'un volet de bois, sans vitres. Quelques paysans avaient un jardin autour de leur masure.

Les légumes et le laitage formaient généralement la seule nourriture du vilain : le lard figurait de temps en temps sur sa table, la volaille presque jamais. Dans la Lorraine, le Forez et l'Auvergne, il y substituait la chèvre salée et la bouillie de sarrasin. Mais l'usage du pain de froment était rare. Les paysans de l'opulente Normandie vivaient presque exclusivement de pain d'avoine; ceux du Limousin, de raves et surtout de châtaignes. La moutarde relevait un peu la fadeur de ces aliments.

La boisson ordinaire était l'eau; le vin n'entrait pas dans la consommation journalière et le paysan n'en trouvait que dans les tavernes ouvertes çà et là, au village, les jours de fête. En Normandie, dès le xie siècle, la bière, l'antique cervoise avait fait place au cidre.

État de l'agriculture. — De nos juins, l'exploitai ion du sol comporte deux systèmes : la grande et la petite culture, et il y a une corrélation étroite entre le mode de culture et l'étendue de la propriété. Le moyen âge ne connut que la petite culture. La partie du domaine dont le seigneur s'était réservé l'exploitation directe comprenait des forêts qui lui fournissaient le gibier, des étangs à poissons et des terres arables qui rapportaient peu, car le paysan était trop constamment exposé au fléau de la guerre civile, trop peu sûr du lendemain pour s'intéresser aux améliorations agricoles. Il ne songeait donc qu'à assurer sa subsistance quotidienne, et il n'avait d'ailleurs d'autre guide que la routine, que les traditions empiriques léguées par ses pères. II pratiquait l'assolement biennal ou triennal; il ignorait les prairies artificielles, la culture de la pomme de terre, de la betterave. Le champ recevait deux labours par an, au printemps et à l'automne. Les semailles avaient lieu en mai et en septembre, mais souvent les terres labourées en mai n'étaient ensemencées que six mois plus tard.

L'outillage était des plus primitifs : la charrue était ordinairement sans roues, avec un soc de bois, et on se servait d'échelles en guisr <l< herses. Le fumier était le seul engrais, la marne le seul amendemenl employé.

Les espèces cultivées différaient peu des nôtres. C'étaient, parmi bs plantes alimentaires, les principales céréales : blé, seigle, orge, avoine. On cultivait aussi les graines de houblon et surtout de mou-

tarde. Les plantes industrielles étaient nombreuses : le lin et le chanvre, parmi les textiles; le safran, la gaude, le pastel, la garance ou sang Notre-Dame, parmi les plantes tinctoriales; l'œillette et le pavot, parmi les plantes oléagineuses. Le colza était inconnu.

La vigne était cultivée en Bretagne, en Picardie, en Normandie; déjà, dans cette dernière province surtout, apparaissait le pommier, importé des pays Scandinaves. Comme tes parcelles ensemencées, les vignobles étaient généralement entourés de fossés et de haies.

Les croisades influèrent heureusement sur le développement de l'agriculture. Elles favorisèrent l'introduction dans l'Europe méridionale, puis dans le sud de la France, de nombreuses plantes d'origine orientale: le sarrasin ou blé noir, le riz, le sésame, l'indigo, et, parmi les arbres, l'abricotier ou prunier de Damas, le mûrier, l'oranger, le citronnier, le figuier, le pistachier. C'est également à la suite des croisades que l'on vit pour la première fois en France des moulins à vent : en Normandie, on les appelait des turquois.

Le bétail comprenait, en dehors des bêtes bovines, des moutons, des chèvres et surtout des porcs, qui trouvaient abondamment la glandée dans les immenses forêts de chênes. Les landes étaient presque aussi étendues que les forêts; le bétail du vilain y pâturait moyennant une redevance au seigneur. La vaine pâture constituait, dans la plupart des provinces rurales, un des plus grands obstacles au progrès agricole.

Les chevaux étaient assez nombreux. Beaucoup de seigneurs avaient des haras qui, après les croisades, renfermèrent de superbes chevaux arabes; dans le Béarn, dès le xne siècle, on organisait des courses de chevaux. L'introduction des ânes de Syrie contribua beaucoup au développement de l'industrie mulassière.

La basse-cour du paysan ne comportait guère que des poules et des oies. Le dindon n'y figurait pas : il ne fut importé que bien plus tard d'Amérique. Quant aux pigeons, le seigneur, de par le droit de colombier, était seul à en posséder.

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages à consulter : Brutails (J.-A.), Étude sur la condition des populations rurales du Roussillon au moyen âge (1891). — Delisle (Léopold), Étude sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie au moyen âge (2e édit., 11)03). — Doniol (H.), Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriété (1857). — Sée (Henri). Les Classes rurales et le régime domanial en France au moyen âge (11)01). — Études sur lei classes rurales en Bretagne au moyen âge (1896).

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