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échappaient, hors de leur ville, à la juridiction du seigneur s'ils préféraient celle du roi. Au contraire, les privilèges des habitants d'uiM' commune ne pouvaient être invoqués par eux que dans les limites de la ville ou de la banlieue. Les villes ainsi favorisées par le roi étaient devenues ses bonnes villes.
A l'imitation des grandes abbayes, les rois avaient ouvert des
indépendance complète, l'autorité royale s'y ménageant des droits importants, notamment en matière de juridiction. In corps de cent pairs désignait chaque année trois notables parmi lesquels le roi choisissait le maire et élisait dans son sein vingt-quatre magistrats municipaux, dits jurés, qui se subdivisaient en deux corps : douze échevins et douze conseillers. Les pairs avaient eux-mêmes la qualité
fessais
Sceau de la ville de Calais (Pas-de-Calais).
Sceau d3 la ville de S'-Omer (Pas-de-Calais).
Sceau du maire de Frévent (Pas-de-Calais).
Sceau du maire de Corbie (Somme).
Sceau du maire d'Athies (Somme).
asiles où ils attiraient des habitants, soit en accordant aux nouveaux venus des franchises et des privilèges, soit en distribuant des terres, soit en créant des foires, soit même en promettant la sécurité à des gens sans feu ni lieu : ils espéraient tirer profit un jour d'une prospérité qu'ils auraient contribué à développer. Les nouveaux groupements furent dans le Nord et le Centre des sauvetés ou des villes neuves, dans le Midi des bastides.
Les Consulats. — L'institution des Consulats, originaire d'Italie, se répandil en Provence, dans le Comtat-Venaissin et dans le Languedoc, puis dans l'Auvergne et le Limousin. Sous ce nom, les villes italiennes salaient organisées, le jour où elles avaient secoué le joug féodal qui les rattachait à leurs évèques et gardé' à leur tète les conseillers [consules, consoli) que les prélats y avaient placés naguère : d'officiers épiscopaux, les conseillers devinrent des magistrats municipaux (dus par le peuple.
Tandis que, dans le reste de la France, la commune fut une institution hostile à la noblesse, dans les consulats du Midi les nobles siégèrent à côlé des bourgeois. Les consuls portaient dans les villes du Sud-Ouest le nom de j unit et à Toulouse celui de capitoul.
Les « Etablissements de Rouen ». — Les Établissements de Rouen furent la charte communale de presque toutes les villes normandes, et, hors de Normandie, des villes de La Rochelle, Saintes, Angoulème, Bayonne, Poitiers, Niort, Cognac, Saint-Jean-d'Angély, et des iles de Ré et d'Oleron. Ils n'assuraient pas aux communes une
BelTroi dj EcUiunc iJ'us-dc-Culais).
de magistrats municipaux et participaient à l'administration. Les bourgeois jouissaient de certaines franchises, mais le roi avait, dans la commune, des officiers de justice dont la compétence limitait celle de la juridiction municipale et qui convoquaient la milice quand le roi ne le faisait pas lui-même.
Les Établissements de Rouen étaient, certainement en vigueur sous le règne de Henri II, roi d'Angleterre, c'est-à-dire à la fin du xne siècle. Philippe Auguste en confirma la concession lorsqu'il eut saisi les fiels de Jean sans Terre, parce qu'il jugea ce statut municipal avantageux pour son autorité.
Rôle du clergé, de la féodalité et de la royauté. — Le clergé se montra très hostile aux associations communales; il y voyait comme des groupements factieux capables d'ébranler les fondements de l'ordre social. La féodalité laïque, non moins hostile au déduit, vint plus facilement à composition. Beaucoup de seigneurs, ayant besoin d'argent, se laissèrent gagner par les sommes que leur offrirent de riches communautés (c'est ainsi que Saint-Quentin acquit son indépendance); d'autres accordèrent des privilèges dans un but politique, pour s'assurer des alliances; d'autres, enfin, comprirent qu'en affranchissant les villes ils développeraient leur prospérité et s'assureraient des revenus supérieurs à ceux qu'ils tiraient de taxes arbitraires.
Quant aux rois, leur attitude varia selon les circonstances et leur intérêt. Hostiles au mouvement communal dans leur propre domaine, ils le favorisèrent sur le territoire de leurs vassaux.
Louis le tiros confirma beaucoup de chartes concédées par certains seigneurs, mais il aida d'autres barons dans leur lutte contie les groupements urbains : ainsi il protégea la commune d'Amiens et ruina celle <le Laon ; c'est clone à tort qu'on lui a si longtemps attribué' l'honneur de l'émancipation des villes. Louis VII comprit qu'en soutenant les communes dépendant de ses vassaux il s'en ferait des alliées utiles, et Philippe Auguste fut très libéral envers les villes. Sous Louis IX et surtout sous Philippe le Bel, la décadence îles libertés municipales fut au contraire précipitée par l'intervention des légistes et des fonctionnaires royaux. Si Louis IX se servit des communes comme d'un instrument politique dans sa lutte contre les maisons féodales, il affaiblit les attributions des corps de ville, disposa en maître des constitutions urbaines, et, en concentrant toute l'administration des villes aux mains d'une étroite oligarchie, ruina, l'indépendance locale au profit "■tajjâft de l'autorité souveraine.
Importance de la révolution communale.
Le tiers Etat. -- Que la reconnaissance des communes ait été le résultat d'insurrections et de luttes violentes ou la conséquence de négociations pacifiques, c'est chose en soi unie accessoire ; et, de même, que la condition des villes ait comporté les types les plus variés, depuis l'iudépun-
LA VIE EN FRANCE
La Féodalité
Fïg. 1. — La Veillée au manoir. — Le manoir, bien que ce nom désigne parfois un château, est l'habitation d'un propriétaire de fief, noble ou non.
Le manoir était quelquefois entouré de bâtiments d'exploitation et de fossés, avec logis principal pour l'habitation du propriétaire.
La réunion de famille au foyer de la salle était évidemment pour nos pères un des plaisirs les plus vifs durant les longues soirées d'hiver. Le châtelain, obligé de se renfermer aussitôt le soleil couché, réunissait autour de lui non seulement les membres de sa famille, mais ses serviteurs, ses hommes qui revenaient des champs, les voyageurs qui recevaient l'hospitalité. Devant la flamme claire qui pétillait dans l'àtre, chacun rendait compte de l'emploi de sa journée; on servait le souper, on racontait ces interminables légendes où le merveilleux tenait une si grande place. Lorsque sonnait le couvre-feu, chacun allait trouver son lit, et la braise, amoncelée au moyen de longues pelles de fer, entretenait la chaleur : le maître et ses enfants avaient leurs lits encourtinés dans la salle; souvent les étrangers y couchaient aussi, sur des bancs garnis de coussins.
Jusqu au XIIIe siècle, les cheminées des manoirs et des maisons étaient, sauf de rares exceptions, d'une grande simplicité. Le luxe des intérieurs consistait en peintures, en boiseries et en tentures plus ou moins riches, selon l'état de fortune du maître. C'est seulement au cours du XIVe siècle que la sculpture, les bas-reliefs ornèrent les manteaux des cheminées.
Fïg. 2. — Une Boutique au xme siècle. — Les boutiques du XIIIe siècle se composaient ordinairement d'une salle ouvrant sur la rue par un grand arc ogival prenant toute la largeur de la pièce, avec un mur d'appui pour les marchandises. Ce mur était interrompu d'un côté pour laisser un passage. Un ouvroiroù travaillaient les ouvriers et les apprentis était souvent annexé à la boutique.
Les boutiques étaient rarement fermées par une devanture vitrée. La fermeture la plus ordinaire se composait de volets intérieurs et supérieurs : les premiers, attachés à l'appui, s'abaissaient en dehors de manière à former une large tablette recevant les étalages, les seconds, attachés à un linteau de bois, se relevant comme des châssis à tabatière, étaient convertis en auvents. La nuit, les volets inférieurs étaient relevés et les supérieurs abaissés; deux barres de fer, engagées dans des crochets tenant aux montants, venaient serrer les vantaux et étaient maintenues par des boulons et des clavettes.
Fïg. 3. — Le Collège de Clunv. — Fondé en 1269 par Yves de Vergy, abbé de Cluny, en faveur des jeunes religieux de son ordre, il était situé entre la rue des Grès et la rue des Poirées. Yves de Vergy, après avoir acheté le terrain, l'entoura de fortes murailles, puis bâtit la cuisine, le réfectoire, le dortoir et la moitié du cloître. Yves II, son neveu et son successeur, acheva le cloître, en ayant soin d'y ménager une bibliothèque, et construisit l'église et le chapitre.
Le collège de Cluny fut fermé et vendu en 1795. Le peintre David établit alors son atelier dans la chapelle qui en dépendait, et c'est là que Napoléon vint voir le tableau du Sacre. En 1855, le percement du boulevard Saint-Michel fit disparaître les derniers vestiges de cet établissement.
Fïg. 4. — Intérieur du collège de Cluny (une leçon). — Primitivement, les écoliers étaient assis à terre, et non sur des bancs. Le maître seul, dans sa chaire élevée, avait un siège. En hiver, dès cinq heures du matin, les disciples venaient s'entasser sur leur botte de paille, dans des salles humides, à peine éclairées par quelques chandelles.
A la fin du X///° siècle, Paris comptait déjà une trentaine de collèges, tous, à deux près, dans le quartier latin.
Fïg. o. — l,\ Foire du Lendit au xine siècle. — C'est dans la plaine de Saint-Denis que s'ouvrait tous les ans, au 12 juin, la foire du Lendit. Un gros arbre, appelé l'orme
du Lendit, plante dans un champ, à mi-chemin entre Saint- Denis et la Chapelle, en marquait l'emplacement.
A droite et à gauche de ce chemin, de distance en distance, se voyaient de petits monticules surmontés de croix, appelés Montjoies, qui, selon une légende sans fondement, marquaient les endroits où saint Denis se serait reposé en allant, sa tète à la main, de Montmartre à Saint-Denis. (Voir p. 47, note 1.)
L'abbé de Saint-Denis, qui percevait des droits considérables sur les marchandises, y avait un logement et y jugeait les différends survenus entre marchands. Les marchandises qu'on y apportait consistaient en tapisseries, merceries, parchemins, vieux habits, lingeries, pelleteries, cuirs, chaudrons, souliers, coffres. On y trouvait des changeurs, des orfèvres, des marchands de drap, des épiciers, des tavemiers.
Entre toutes les solennités auxquelles les écoliers de Paris assistaient en corps avec le plus d'exactitude, il faut rappeler la foire du Lendit, qu'ils regardaient comme instituée exprès pour eux. Le jour de l'ouverture de la foire, dès le matin, la jeunesse des écoles, parée de ses plus beaux habits, se réunissait, à cheval, sur les hauteurs de la montagne Sainte -Geneviève pour faire cortège au recteur de l'Université qui, vêtu de sa chape rouge et coiffé de son bonnet doctoral, monté sur une mule, entouré des doyens, procureurs et suppôts, s'acheminait vers la plaine du parchemin, qui devait fournir à une prodigieuse consommation. Quand le recteur était arrivé sur le champ de foire, il prélevait, avant tous autres acheteurs, la provision de parchemin nécessaire à l'usage de l'Université pendant l'année scolaire et recevait des marchands une gratification qui, au XVIe siècle, s éleva à la somme de cent écus. Puis les écoliers, ayant mis pied à terre pendant que le recteur retournait à Paris, se livraient avec fureur à la bonne chère, aux jeux, aux divertissements de tous genres que leur offrait la foire du Lendit. De là résultaient inévitablement des désordres et des accidents sans nombre; il y avait toujours du sang répandu.
Fïg. 6. — Chariot de voyage, costumes des voyageurs et transport des bagages au xme siècle. — Jusqu'au XIIIe siècle, le mauvais état des routes et les mœurs chevaleresques restreignirent l'usage des voitures roulantes et même des litières. C'était sur des animaux de monture que maîtres et valets, hommes et clames, laïcs et prêtres faisaient habituellement leurs voyages. On y employait des chevaux et des mules; les femmes et les moines, moins hardis, moins habiles à manier le cheval, se servaient souvent d'ânesses. Vers 1250 l'usage de voyager en voiture se répandit en France et, dès 1294, Philippe le Bel édicta une ordonnance portant « que nulle bourgeoise n'aura char ».
Fïg. 7. — La Cuisine dite « de Saint-Louis », au palais de la Cité. — // existe encore, dans les constructions anciennes du Palais de Justice de Paris, une salle voûtée, sur quinconce de colonnes, avec quatre larges cheminées aux angles. Cette salle, qui est de la fin du XIIIe siècle et donne sur le quai nord, à côté de la tour de l'Horloge, est connue sous le nom de Cuisines de Saint-Louis. Les manteaux des quatre cheminées forment un angle obtus, et leur clef est contre-butée par une façon d'étrésillon de pierre.
Fïg. 8. — La Grange aux dîmes, a Provins (xme siècle). — Au sud-ouest de la place du Châtel, à Provins, se trouve encore de nos jours le plus curieux monument de la ville : la Grange aux dîmes, dont la construction remonte au XIIIe siècle. Ce bâtiment se compose d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage éclairé par de jolies fenêtres à colonnettes ; au rez-de-chaussée, vis-à-vis de la porte d'entrée, une trappe donne accès à un large escalier conduisant à une cave profonde dont les dimensions sont exactement celles de la salle supérieure et, comme elle, renfermant deux rangs de piliers à chapiteaux feuillages. Au-dessous de la salle souterraine un labyrinthe de galeries se prolonge au loin sous la ville.
Au premier plan de notre dessin, on voit un clerc percevant la dîme.