LA VIE EN F MAX CE. — X
La Féodalité.
Fig. 1. — Une Foire au xinc siècle. — Au moyen âge, les solennités religieuses furent le plus souvent l'occasion de l'établissement des foires : la fête d'un saint attirant une grande affluence de fidèles, on en profitait pour ouvrir un marché autour du lieu de pèlerinage. Ces marchés s'établissaient en vertu de chartes royales : la plus ancienne concernant les foires est celle de Dagobert, qui créa la foire de Saint-Denis.
Les foires, en raison des difficultés de la circulation, étaient une institution nécessaire, merveilleusement appropriée aux besoins du temps : c'étaient les expositions universelles cla l'époque.
Pendant qu'elles se tenaient, toute une partie de la ville était déserte et la population entière se portait vers l'immense bazar où se trouvaient orfèvres, parfumeurs, marchands de tapis, de bestiaux. Des théâtres en plein vent, des mascarades, donnaient à ces agglomérations une vie et une gaieté débordantes. Les foires de Champagne étaient les plus importantes et les plus réputées.
Fig. 2. — Le Donjon de Provins (1176). — La tour dite de César, ou tour du Roi, était un véritable donjon dont relevaient la plupart des fiefs du domaine de Provins. Ce donjon présente en plan un octogone à quatre côtés plus petits que les quatre autres, flanqués de tourelles engagées à leur base, mais qui, se détachant du corps de la construction dans la partie supérieure, permettaient de battre tous les alentours.
Le donjon pouvait être garni d'un grand nombre de défenseurs, parce qu'il comportait différents étages en retraite et que la position était flanquée de tourelles.
Fie. 3. — Une Ferme au xii9 siècle. — Au commencement de l'époque féodale, les fermes étaient des agglomérations de bâtiments séparés les uns des autres, défendus par des fossés, des murs de clôture avec des échauguettes, des portes flanquées de tourelles. Les cultures étaient à peu près les mêmes que de nos jours; quelques-unes, comme celles des plantes oléagineuses et tinctoriales, étaient plus répandues; le bétail était nombreux.
A partir du XIe siècle, on commence à élever des croix de pierre à l'entrée des villes et des villages ou dans les carrefours; celle qui figure sur notre dessin existe encore près de Barbezieux (Charente).
Fig. 4. — Une Rue d'une ville du Midi au xne siècle. — Dans la maison romane du XIIe siècle, la distribution intérieure s'était sensiblement éloignée de celle des maisons gallo-romaines et mérovingiennes; en effet, dans ces dernières, l'appartement des femmes est nettement séparé, tandis que la vie en commun caraefér/se la maison du XIe siècle. Dans la maison romane, la famille se réunit
autour du même foyer. Au rez-de-chaussée, la pièce principale est la boutique, si le propriétaire est un marchand; alors la salle est au premier étage : elle sert de chambre à coucher, de lieu de réunion. Les apprentis ou domestiques couchent dans les galetas élevés au-dessus du premier. Presque toujours alors la cuisine est séparée du logis principal par une petite cour.
Derrière les habitations sont plantés de petits jardins auxquels on arrive par des ruelles.
Sur la place de la petite ville de Saint-Antonin fig. c), on voit encore un assez grand nombre de maisons des XIIe et XIIIe siècles. Les rez-de-chaussée sont occupés par des boutiques et le premier étage par une grande salle sur le devant.
Presque tous les achats se faisaient dans la rue, devant l'appui de la boutique, l'acheteur restant en dehors et le marchand à l'intérieur.
Fig. 5. — Chapelle funéraire de Sainte-Croix de Montmajour (près d'Arles). — Cette petite chapelle, bâtie au XIe siècle, se compose de quatre culs-de-four égaux en diamètre, dont les arcs portent une coupole à base carrée; un porche précède l'une des niches servant d'entrée. La porte qui se voit à côté de l'entrée de la chapelle donne accès au cimetière. La construction en pierres de taille et son ornementation, très sobre, sont exécutées avec le plus grand soin.
Pour l'inhumation, les moines apportaient processionnellement le mort; on le déposait sous le porche; les frères restaient en dehors. La messe dite, on bénissait le corps et le transportait à frai/ers la chapelle, en le faisant passer par la porte latérale, pour le déposer dans la fosse.
La nuit une lampe brûlait au centre du monument et, conformément à l'usage admis dans les premiers siècles du moyen âge, les fenêtres projetaient la lueur de la lampe dans le charnier.
Fig. 6. - - Hôtel de Ville du xne siècle. — Dans la petite ville de Saint-Antonin (Tam-et-Garonne), il existe encore un hôtel de ville du milieu du XIIe siècle, qui est certainement l'un des plus curieux édifices civils de la France.
Seule la partie supérieure de la tour est moderne. La construction du monument est traitée avec soin, faite en pierre très dure du pays; la sculpture est d'une finesse et d'une pureté remarquables; tous les profils sont d'un excellent style et taillés en perfection. Sur l'un des deux piliers qui séparent les fenêtres du premier étage, on remarque un personnage couronné tenant de la main droite un livre et de la gauche un long sceptre terminé par un oiseau; sur l'autre, un groupe d'Adam et Eve tentés par le serpent. La figure du personnage couronné a été l'occasion de quelques discussions. Quelques-uns ont voulu voir là Moïse, d'autres Charlemagne, d'autres encore un roi contempoiain du monument.
LA SOCIETE ET LA CIVILISATION AU MOYEN AGE
dance absolue jusqu'à la plus étroite tutelle, c'est encore un fait secondaire. Mais ce qu'il importe île bien voir, c'est la transformation profonde qui s'esl achevée dans l'organisme social au xii" siècle : à l'ancienne forme rurale de la civilisation a succédé une civilisation urbaine. Les villes ont repris dans la société une place prépondérante ; elles occupent désormais le premier rôle sur la scène politique. Les anciennes cités déchues ont été régénérées, de nouvelles villes ont surgi. L'union de ceux qui vivent du travail y
des localités, trop peu importantes pour acquérir seules une organi sation communale, se grouper en une sorte de commune collective : la commune de Laonnois comprenait dix-sept villages.
BIBLIOGRAPHIE
Bonvalot (Edouard), Le Tiers état d'après la charte de Beaumont et ses filiales (Nancy et Metz, 1884). — Bourgin (J.), La Commune de Soissons et
i&Ciz,
Uv
jy
Sceau de la ville de Soissons (Aisne).
Sceau de la ville de Chauny (Aisne).
Sceau de la ville de Paris.
Sceau de la ville de La Rochelle (Charente-Inférieure).
Sceau de la ville de Nîmes (Gard).
a ranimé le commerce, affranchi l'industrie, développé la richesse, conquis des garanties de liberté et parfois même des droits politiques : c'est l'avènement d'une couche sociale nouvelle, dont on peut entrevoir déjà les brillantes destinées, et où le roi va bientôt recruter ses ministres, ses conseillers, ses officiers de finance et de justice. Philippe le Bel appellera les bourgeois à siéger dans les Etats généraux (1302). Une troisième classe se forme et grandit : le tiers état, qui sera l'auxiliaire de la monarchie contre la puissance féodale, et dont le rôle public deviendra si considérable qu'il finira par être prédominant.
D'autre part, la révolution du xne siècle modifia les conditions économiques de la vie sociale. Auparavant, le domaine rural est pour ainsi dire l'unique foyer du travail, l'unique centre de l'activité générale. Les villes que l'invasion n'avait pas détruites et dont la plupart étaient des villes épiscopales n'étaient guère peuplées que parla « famille » de l'évèque ou des seigneurs qui y avaient leur manoir : artisans, cultivateurs, serviteurs; l'industrie et le commerce libre en avaient disparu, et c'est dans les campagnes, autour des châteaux et des abbayes, que s'étaient naturellement groupées les habitations. Le jour où les dévastations des Normands et des Hongrois et l'oppression des seigneurs obligèrent les villageois à se réfugier dans les enceintes des villes, on assista à une véritable renaissance urbaine, car les populations groupées et associées par le besoin de se protéger ne tardèrent pas à former un organisme nouveau dans la société du moyen âge, à conquérir un rôle politique et social à la faveur duquel le commerce et l'industrie reprirent leur essor : à côté de la vie, de la civilisation rurale, on vit se manifester une civilisation, une vie urbaine, et des rapports d'échange s'établir entre les villes et les villages.
Communes rurales. — La fondation des paroisses rurales, qui avait amené les groupements en villages, fut aussi l'origine de circonscriptions qui devinrent des communes. L'Église fut à la fois Ii- rentre de la paroisse et de la communauté; elle avait été souvent un asile et un refuge, et à son abri se formèrent les premières associations rurales : le clocher était dans le village comme le beffroi dans la ville libre.
Les premières paroisses rurales furent créées au ivc siècle dans la Narbonnaise. Elles dépendaient étroitement de l'église mère, avec laquelle elles ne formaient qu'une communauté.
Plus tard, les prérogatives des paroisses s'accroissent. Elles possèdent un patrimoine, un clergé, deviennent des centres cultuels. Au vr siècle, h' régime paroissial s'étend de plus en plus. Des églises sonl érigées dans les villse. Pendant la période carolingienne, 1rs nouvelles paroisses ont un desservant. .Mais si les églises fondées par des propriétaires sur leurs domaines possèdent un patrimoine propre - >us la juridiction de l'évèque, leurs fondateurs se sonl attribué des privilèges, entre autres le droit de présenter les desservants. D'ailleurs, au xie siècle, la paroisse esl une propriété privée, sujette aux mêmes transactions que le domaine rural, auquel elle esl incorporée.
Les agglomérations situées dans le voisinage des grandes communes urbaines se développèrent plus rue les autres, (m vit aussi
le groupe communal soissonnais (1908). — Curie Seimbres, Essai sur les villes fondées dans le sud-ouest de la France aux XIIIe et XIVe siècles sous le nom générique de bastides (Toulouse, 1880). — Flammermont (J.), Histoire des institutions municipales de Sentis (1881). — Giry (Arthur), Recueil de documents pour servir à l'histoire des relations de la royauté avec les villes au XIIe et au XIIIe siècle (1885) ; — Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institutions jusqu'au XIVe siècle (1877); — Les Établissements de Rouen (1883-1885, 2 vol.) ; — Étude sur les origines de la commune de Saint-Quentin (1887). — Imbart de la Tour, Les Paroisses rurales du IVe au XIe siècle (1900). — Labande (L.-H.), Histoire de Beauvais et de ses institutions communales jusqu'au commencement du XVe siècle (1892). — Lefranc (A.), Histoire de la ville de Noyon et de ses institutions jusqu'à la fin du XIIIe siècle (1888). — Luchaire (Achille), Les Communes françaises à l'époque des Capétiens directs (1890). — Prou (Maurice), Les Coutumes de Lorris et leur propagation aux XIIe et XIIIe siècles (1884). — Raynouard, Histoire du droit municipal en France (1829, 2 vol.). — Thierry (Augustin), Essai sur l'histoire de la formation et des pjrogrès du tiers état (1853); — Lettres sur l'histoire de France (1827). — Wauters (A.), Les Libertés communales, essai sur leur origine et leurs premiers développements en Belgique, dans le nord de la France et sur les bords du Rhin (Bruxelles, 1878).