L INDUSTRIE ET LE COMMERCE
L'industrie et le commerce ne firent que de lents progrès durant les premiers siècles du moyen âge. Par suite de la difficulté et de l'insécurité des communications, les rois, les seigneurs, les monastères, faisaient fabriquer chez eux ce dont ils avaient besoin pour leur propre usage. Chaque domaine était un petit monde condamné à l'isolement.
Quand les communications devinrent plus faciles et moins périlleuses, la production industrielle augmenta dans chaque région, assurée dès lors d'écouler ses produits. Pour favoriser le commerce, Dagobert ouvrit à Saint-Denis des foires franches, où les marchands pouvaient apporter leurs marchandises en exemption de droits. Sous Charlemagne, la sécurité relative des transports favorisa le mouvement commercial, mais les invasions normandes et sarrasines, l'impunité que l'impuissance de l'autorité publique assurait au brigandage, fermèrent de nouveau à l'industrie ses débouchés.
La prospérité devait revenir avec la renaissance des villes, lorsque le domaine rural cessa d'être le seul foyer de la vie économique et que les travailleurs urbains se groupèrent en associations.
Les corporations ou métiers. — Ce qui caractérise I'orga nisation industrielle du moyen âge, c'est, en effet, l'associatii Tous les artisans qui, dans la même ville, exerçaient la même profes sion, formaient une corporation ou corps de métier, compren in apprentis, des ouvriers ou des maîtres, et adminisl rée pai des
Le temps de l'apprentissage était eu général fort long, d ans au moins, plus souvent de huit, de ,li\ el même de i comme chez les orfèvres; les statuts des diverses corpora une durée minimum qm pouvait d'ailleurs être dépassée. L'apprenti s'engageàil devant les jurés et ce cou irai le liait irrévocablement : il était soumis à tous les ordres de s., n mai ire ; s'il prenait la fuite, on le ramenait de force au domicile du patron. De son
coté, le maître, qui devait offrir toutes les garanties professionnelles et morales, s'obligeait à loger, nourrir et vêtir son apprenti, à lui apprendre le métier, à l'aider et à le surveiller dans tous ses travaux. Il recevait des parents une somme d'argent assez importante pour l'indemniser de ses avances, et le sort matériel de l'apprenti était ainsi assuré. Lorsque le jeune homme avait terminé son
Charrons de Paris. Pâtissiers de Tonnerre. Vitriers de Caen.
Chandeliers de Lyon.
Tonneliers d'Angers.
Chapeliers de Saint-Lô. Serruriers de Saumur. Potiers d'étain de Lyon.
BANNIÈRES DE CORPORATI
apprentissage, il pouvait ou bien devenir maître ou bien travailler quelques années comme valet ou ouvrier, et de nouvelles obligations, de nouveaux devoirs lui étaient imposés.
Les valets libres étaient obligés, sous peine de forfaiture, de se rendre chaque matin au lieu ordinaire de leur réunion, sur quelque place ou dans quelque carrefour, et là ils attendaient que les maîtres vinssent les embaucher. Tout maître était libre de prendre autant de valets qu'il le voulait, mais il n'avait pas le droit d'engager plus de deux, ou au plus trois apprentis, parce qu'il n'aurait pu exercer efficacement son patronage sur un trop grand nombre d'adolescents. Le maître ne pouvait congédier . ses valets sans raison avant la fin de leur engagement : les motifs du congé devaient être agréés par une sorte de tribunal composé de deux valets et des maîtres gardes du métier.
Pour être maître, il ne suffisait pas d'avoir été apprenti et valet; il fallait payer des droits aux jurés et à la confrérie, et parfois acheter le métier, lorsque celui-ci avait été inféodé au profit du roi ou d'un seigneur. La réception avait lieu en séance solennelle; le récipiendaire jurait sur les reliques des saints d'observer fidèlement les règlements et d'exercer sa profession avec loyauté.
On voulait que les chefs d'industrie fussent tous dans la même condition, ni plus riches ni plus pauvres les uns que les autres. Il leur était donc, interdit d'acheter la matière première en dehors des lieux où elle était mise en vente par ceux qui l'importaient, et, si l'un d'eux s'approvisionnait au dehors, des jurés, obligatoirement prévenus, en avisaient les autres maîtres, qui partageaient ,i\er l'acheteur (lotissement). Ainsi, il n'était pas possibleà un maître de réaliser des bénéfices exceptionnels par la spéculation sur les produits bruts.
Pour restreindre la concurrence, le nombre des apprentis et des maîtres était limité, les procédés de fabrication tenus secrets, et la durée des journées de travail minutieusement réglementée.
Chaque corporation était une personne morale, pouvant acquérir et aliéner. Elle avait des chefs, appelés jurés ou (/unies, en général au nombre de deux, trois ou quatre; ils géraient les biens de l'association, la représentaient, tranchaient les différends entre gens de même métier, contrôlaient les objets fabriqués, faisaient des visites inattendues dans les ateliers, constataient la qualité des produits mis en vente, saisissaient et détruisaient les œuvres déloyales. Les contrevenants payaient une amende.
La corporation était généralement groupée dans une même rue, ou tout au moins dans un même quartier : le nom de certaines rues rappelle cet usage. Tantôt plusieurs arts mécaniques étaient réunis
Apothicaires do Caen.