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LA DOMINATION ROMAINE

La Gaule au I" et au II0 siècle. — La conquête de la Gaule, commencée par les armes, fut achevée par les institutions. Après la

Armée

Gauloise \ rie secours

deCifvalerie- 0'!<-- A|

Carte du siège d'Alésia par les Romains.

(1) Voici l'énumération complète des campagnes de César en Gaule : Première campagne (58 ans av. J.-C). Contre les Helvètes et les Suôves d'Arioviste. — Deuxième campagne (57 ans av. J.-C). Guerre de Belgique. — Troisième campagne (56 ans av. J.-C). Guerre enArmoriqueet en Aquitaine.

— Quatrième campagne (55 ans av. J.-C). Guerre contre les Germains sur le Rhin. Guerre dans l'île de Bretagne. — Cinquième campagne (54 ans av. J.-C). Seconde guerre de Belgique. — Sixième campagne (53 ans av. J.-C).

Troisième guerre de Belgique et guerre contre les Sénons et les Carnutes. — Septième campagne (52 ans av. J.-C).

Soulèvement général des Gaules. — Huitième campagne.

Guerre contre les Bellovaques, les Pictones et les Cadurques. Monnaie de Vercingétorix.

LA GAITLE

la frontière du Rhin, deux puissantes marches militaires permanentes, les Germantes, furent constituées contre les peuplades d'outre-Rhin. Entre ers deux régions, celle des soldats et celle des colons, la Caulc propre se trouvait enserrée et tenue dans le devoir, au nord par les légions, au sud par le coulait même de la civilisation romaine, mais, cependant, aucune garnison ne lui rappelait brutalement la défaite et la servitude.

soumission de Vercingétorix, la Gaule ne fut plus qu'une dépendance de l'Empire romain qui, borné en Europe par le Rhin et le Danube, comprenait, en outre, l'Asie occidentale et l'Afrique du Nord.

César fit aux vaincus des conditions diverses; il ilatta les uns, il sacrifia les autres aux premiers, et l'opposition des intérêts divisa les forces des Gaulois.

Les Romains étant plus civilisés que les Gaulois,

ceux-ci ne tardèrent pas à adopter la religion, les mœurs, la langue de leurs vainqueurs. Rome, d'ailleurs, usa envers ses nouveaux sujets d'habiles ménagements. Certaines cités, dites fédérées, ou libres, reçurent des privilèges; elles furent choisies de telle façon que, par leur situation géographique, elles formaient autant de postes destinés à surveiller les provinces tributaires. Le droit de cité romaine fut souvent donné aux habitants de condition libre; les dieux gaulois ne furent pas persécutés : ils se romanisèrent, se confondirent avec les dieux des vainqueurs, et en outre le culte s'introduisit en Gaule d'un certain nombre de divinités purement romaines.

Il n'y eut bientôt plus de Gaulois, mais des Gaulois convertis à la civilisation romaine, c'est-à-dire des Gallo- Romains, et les vaincus furent parmi les soldats les plus braves de l'armée romaine. César trouva parmi eux quelques-uns de ses meilleurs guerriers; il forma une légion composée uniquement de Gaulois: la légion de l'Alouette [alaudœ), qui l'aida puissamment dans ses luttes contre le Sénat et Pompée. Auguste, le premier, songea à organiser la Gaule pacifiée; il la divisa en trois provinces impériales : l'Aquitaine, la Lyonnaise (remplaçant dans cette division l'ancienne Celtique), la Belgique.

La Narbonnaise, depuis longtemps romanisée, forma une province dite sénatoriale (1), et, sur

Phot. Melart.

Vue de la plaine des Laumes, près d'Alise-Sainte-Reine.

(1) Il y eul, à partir d'Aug sle, deux sortes de provinces : les provinces impérial,, -, les moins tranquilles, gouvernées par des légats de 1 'inpereur et protégées par des légions, et les provinces sénatoriales, administrées par des fonctionnaires ch usis dans le Sénat.

Statue de Vercingétorix

Lyon, fondé en 43 avant J.-C, au confluent de la Saône et du Rhône, devint la métropole, c'est-à-dire la capitale politique et religieuse de la Gaule romaine. On commença d'y pratiquer le culte de Rome et d'Auguste, c'est-à-dire d'y adorer le chef de l'État. Chaque année les Gaulois envoyaient des délégués à Lyon pour faire connaître au représentant du pouvoir central les plaintes et les vœux des populations. Ce fut l'origine des assemblées provinciales (concilia < provincix) qui donnèrent à un peuple jusque-là divisé et impuissant le sentiment de l'unité, 'a conscience politique. De Lyon partit dans quatre directions un réseau de routes allant vers Marseille, l'Aquitaine, l'Océan, le Rhin.

Révoltes des Gaulois. — Auguste, fils adoptiT de César (30 av. J.-C. — 14 ap. J.-C), et après lui Tibère (14-37), s'efforcèrent de faire pénétrer partout les lois et les mœurs de Home et de préparer la fusion des races par la religion. Mais les empereurs avaient besoin d'argent, et les exigences du fisc provoquèrent des révoltes partielles. Sous Auguste, il y eut des séditions locales au nord-est ef dans l'Aquitain.'. Sous Tibère 1\ ap. J.-C), Julius Florus souleva ks Trévires, tandis que ['Éduen Julius Sacrovir s'emparait de la puis aie ville d'Autun. Tous les deux fuivni, vaincus, Luis les deux se donnèrent la niori. L'arc de triomphe d'Orange perpétua le souvenir de la répression. Claude 'ii-:i'i , né à Lyon, protégea la Gaule, son pays natal, au ■ soulever bien des

mécontentements. Par une proclamation de l'an 48, qui a été conservée sur une table de bronze à Lyon, il accorda à l'aristocratie gau-

Phot. l'livi-ny.

à Alise-Sainte-Reine

loise le jus honorum, c'est-à-dire l'accès aux charges et dignités, ainsi que le privilège d'admissibilité au Sénat de Rome, qu'il avait déjà conféré aux habita nts de Lyon. Les druides, encore puissants comme éducateurs, médecins, arbitres et magiciens, furent persécutés; ils se réfugièrent dans l'île de Bretagne, qui fut du reste conquise dès 78, et les Celtes d'Hibernie (Irlande) gardèrent seuls leur indépendance.

Sous Néron (54-68), le Gaulois Julius Vindex, gouverneur de la Lyonnaise, se mit en état d'insurrection contre le hideux personnage qui détenait alors la pourpre ; mais cette insurrection, dirigée contre la personne de l'empereur, fut rapidement étouffée.

Sous Vespasien (69-79) eut lieu, au contraire, une révolte que l'on peut considérer comme la dernière manifestation du sentiment national.

Le chef batave Civilis, les deux Trévires Classicus et Tutor, le Lingon Sabinus projetèrent la fondation d'un empire gaulois.

Les barbares se soulevèrent, enflammés par les exhortations de la prophétesse Velléda, et Civilis fit prisonniers 5 000 légionnaires à Xanten (69). Le général romain Cerialis accourut, profita des dissensions des rebelles, et fit sa paix avec Civilis, pendant que les autres chefs étaient livrés à la vengeance romaine (70).

Sabinus, vaincu par les Séquanes demeurés fidèles, fit répandre le bruit de sa mort et se réfugia dans un souterrain perdu au plus profond des bois. Tous les soirs, sa jeune femme, Éponine, que l'on croyait veuve, venait lui apporter secrètement les choses nécessaires à la vie. Pendant huit années, elle put adoucir ainsi le sort de Sabinus; mais un jour les soldats romains découvrirent la retraite du fugitif et le conduisirent, chargé de chaînes, devant l'empereur.

Éponine se jeta avec ses deux fils aux pieds de Vespasien.

« Vois ces enfants, dit-elle, j'ai voulu les nourrir dans une prison obscure pour que nous fussions trois à demander la grâce de leur père. » Vespasien paruttouché,maisil invoqua la nécessité de faire un exemple, et Sabinus dut s'apprêter à mourir. Éponine ne voulut pas

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Monument dédié à Mercure, élevé au confluent de la Seine et de la Marne. Restitution de Hoffbauer.

Cuirasse de la statue d'Auguste trouvée en 1863 dans la villa de Livie,

à Prima Porta (Italie).

La femme assise à droite tient le carnyx (longue trompette gauloise) d'une main

et un fourreau vide de l'autre; à ses pieds, le sanglier-enseigne. Cette femme

personnifie la Gaule vaincue.

survivre à son mari ; elle marcha résolument au supplice.

La Gaule sous les Antonins. — Pendant la période des Antonins (96-192), la Gaule fut dans un état remarquable de prospérité. C'est le moment où règne la « paix romaine ». où la civilisation des vainqueurs atteint en Gaule sa plus brillante expansion et s'y reflète avec fidélité. Adrien, qui visita l'Empire accompagné d'une légion d'architectes et d'ouvriers, donna une vive impulsion à l'embellissement des villes; il mérita le titre de Restaurateur des Gaules. Des cités se fondent, des routes les unissent, partout s'élèvent des monuments; les belles-lettres sont cultivées; l'agriculture, l'industrie, le commerce se développent; la Gaule devient le pays le plus fertile de tout l'Empire : on exploite ses carrières, ses champs, ses prairies, ses forêts.

La Gaule au IIIe et au

IVe siècle. — Mais une période de troubles commence après la mort de Marc-Aurèle ; elle se continuera pendant deux siècles jusqu'au jour où l'Empire s'écroulera sous le flot des invasions barbares.

L'anarchie qui règne à Rome se propage jusqu'aux extrémités de l'Empire. Et même, dans la seconde moitié du 111e siècle, la Gaule a ses empereurs indépendants, qui d'ailleurs continuent la politique romaine et ne songent nullement à ressusciter la tradition celtique. Le plus remarquable de ces princes fut le Gaulois Posthumus, qui gouverna pendant neuf ans (258-267). Quant à Tetricus, le « César des Gaules », il se démit du pouvoir lorsqu'il vit Aurélien décidé à lui faire la guerre (273). En même temps apparaissent, du côté de l'Est, les signes avantcoureurs des invasions barbares : les Alamans, les Francs s'agitent, menacent la frontière du Rhin, qu'ils commencent à franchir par petites bandes. Probus (276-282) repousse les Barbares et emploie f ^s soldats à des travaux d'agri- ulture et de défrichemer , mais il est bientôt ass ssiné.

jn même temps les impôts deviennent de plus en plus

LA VIE K\ FRANCE

La Gaule romaine

Fig. I. — Lutèce au ive siècle. — Le spectateur est placé à l'endroit où, de nos jours, se trouve la place de la Sorbonne.

Au premier plan à gauche, à l'angle d'une rue, on voit un cabaret dont les comptoirs revêtus de marbre servaient à la vente de boissons conservées dans des vases de terre. En haut, à des crochets, sont suspendues des victuailles : du jambon, des saucisses, du boudin, etc. Ce cabaret ouvrait largement sur la rue comme une boutique; des vases en terre, dans lesquels on tenait à la disposition des consommateurs des olives, de la saumure, de l'huile, des légumes secs, étaient encastrés dans le comptoir. Un petit foyer, ménagé sous quelques-uns de ces vases, permettait de conserver et de verser aux consommateurs des boissons chaudes; les cabarets s'appelaient pour cette raison thermopolium.

Au second plan, au centre de la place, s'élève le théâtre, dont les substructions ont été retrouvées en 1861, lorsqu'on a creusé les fondations du nouveau lycée Saint-Louis. Ce théâtre occupait presque tout l'espace compris entre le boulevard Saint-Michel, la rue Racine et la rue Monsieur-le- Prince. Une partie des gradins et de l'orchestre existe encore dans les cuisines du lycée.

A droite du théâtre, de l'autre côté de la rue, on aperçoit l'aile gauche du palais des Thermes.

Fig. 2. — Intérieur nu théâtre de Lutèce. — Le plan de ce théâtre était semblable, comme disposition intérieure et comme dimension, au grand théâtre de Pompéi, et se composait de plusieurs parties:

1" La cavea ou hémicycle, contenant les gradins sur lesquels prenaient place les spectateurs ;

2" L'orchestre. On appelait ainsi l'espace compris entre les bras de la cavea au niveau du sol, devant la scène;

3" La scène;

4° Enfin aux théâtres attenaient des portiques où les spectateurs pouvaient se promener en attendant l'ouverture des portes et, en cas d'orage ou d'averse pendant la représentation, chercher un refuge.

De chaque côté de l'orchestre, â l'extrémité du fer à cheval, à l'angle de la scène, un passage voûté, servant d'entrée à l'orchestre, supportait une plate-forme ou loge appelée tribunal; là siégeaient, à des places réservées, les plus hauts personnages.

Fig. 3. — Atrium et tablinum d'une maison gallo-romaine du vie siècle. — Au premier plan à droite, dans le tablinum, nous voyons un laraire, sorte de petite chapelle en stuc polychrome, dédié aux dieux Lares, et à côté un petit autel destiné aux sacrifices. Le tablinum l'enfermait les archives de la famille et servait de bureau ou cabinet au maître de la maison; il était précédé parl'atrium, qui se voit au fond de notre reconstitution.

L'atrium était le lieu où se traitaient toutes les affaires de la maison /'c'est là que le maître donnait des ordres, rece-

vait ses clients et les fournisseurs, faisait ses payements, tandis que, au delà du tablinum, c/a/?s le péristyle et les pièces qui l'entouraient, se réfugiait l'intimité de la famille et des amis.

Fig. \. — Ane. d'Orange élevé en l'honneur d'Auguste.— Les Romains paraissent avoir inventé les arcs de triomphe; on n'en a point trouvé chez les Grecs. Ce ne fut qu'après l'an 556 de Rome qu'ils construisirent les premiers de ces monuments. Tous furent élevés sur la voie Sacrée, chemin destriomphateurs, ou sur les voies Appiaet Flaminia, grandes voies militaires par où les armées revenaient à Rome. Il n'y avait d'arcs de triomphe proprement dits qu'à Rome, parce qu'on ne triomphait qu'à Rome; tous les monuments de ce genre situés en Italie ou dans les provinces n'étaient que des arcs honoraires. Les principaux arcs honoraires élevés en France étaient : celui d'Orange, dit à tort de Marins, de Reims, de Besançon, de Saintes, de Cavaillon, de Carpentras, de Samt-Remi.

Fig. 5. — Tepidarium du Palais impérial de la rive gauche. — La partie la mieux conservée de ce palais, nommé les Thermes depuis le moyen âge, est le tepidarium de l'Antique séjour impérial. Vitruve dit que, dans les grandes habitations romaines, les thermes doivent èti'e situés à l'ouest de l'édifice : c'est là précisément que se trouvent les ruines principales relativement aux parties du monument autrefois habitées. Il est probable que cette partie du palais impérial a survécu presque intacte, parce qu'on l'avait conservée, durant les premiers siècles du christianisme, lorsque les mœurs et les usages romains étaient encore en vigueur. Les Thermes semblent avoir été abandonnés au neuvième siècle quand les Normands, assiégeant Paris, détruisirent par le feu le palais, les églises et les maisons situés autour de la ville.

Dans le tepidarium, où régnait, comme l'indique son nom, une chaleur adoucie, une piscine remplie d'eau tiède offrait au baigneur, pour détendre ses membres, la douceur d'un bain tiède; il pouvait, à son gré, s'y plonger ou circuler librement pour bien se pénétrer de cette atmosphère tempérée avant d'entrer dans le caldarium, qui se trouvait à côté.

Fig. 6. -■ Péristyle d'une maison gallo-romaine au iv° siècle. — Le péristyle était formé d'un espace découvert, entouré sur tous les côtés d'une colonnade, quelquefois disposé en jardin, avec une fontaine et un impluvium au centre; les appartements habités par la famille étaient distribués sur les côtés du péristyle et s'ouvraient sous la colonnade. Le péristyle était séparé de /'atrium par le tablinum.

Toute la vie intime de la famille était concentrée dans 'e péristyle; les parents et les amis seulement y étaient admis. Des rideaux ou des stores tendus entre les colonnes donnaient de l'ombre sous les galeries et en faisaient un agréable promenoir.

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