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Chirurgiens du Mans.

en une seule corporation; tantôt (c'était le cas le plus fréquent) un seul art se subdivisait en plusieurs associations : ainsi, parmi les patenôtriers de Paris, on distinguait ceux qui fabriquaient des palem'iirrs (ou chapelets) en os ou en corne, en ambre ou en jais, en coquilles ou en corail. Chaque corporation se réservait le monopole de sa profession : un tailleur ne devait pas raccommoder de vieux

habits, ni un fripier en faire de neufs; mais à quel instant précis un habit devenait-il vieux et devait-il passer du tailleur au fripier? Il y eut de longs conflits entre les cordonniers et les savetiers, les tanneurs et les corroyeurs, les boulangers et les fouaciers, les rôtisseurs et les aubergistes, les bouchers et les charcutiers, chaque corporation accusant celle dont le métier se rapprochait du sien d'empiéter sur son monopole.

Nommé en 1261 prévôt des marchands de Paris, Etienne Roileau recueillit les usages et les règlements des corporations, les coordonna, les améliora, et en fit le Livre des Métiers qui , de la capitale, se répandit dans un grand nombre de villes industrielles.

Les deux caractères essentiels des corporations sont, on le voit, l'autonomie, qui leur donnait le droit de s'administrer librement, et le monopole. La réglementation des métiers permettait de maintenir le prix des marchandises et d'assurer aux salaires une certaine fixité; les jours de repos étaient assez nombreux, les journées de travail assez courtes. Patrons et ouvriers vivaient sur le pied d'une camaraderie familiale, et, comme le moyen âge n'a pas connu la grande industrie, qui exige de gros capitaux, on peut dire qu'il n'a pas connu non plus le prolétariat. Mais s'il était favorable au bien-être et à l'égalité des artisans, le régime corporatif encourageait la routine, paralysait les initiatives et la concurrence et rendait impossibles les entreprises de quelque importance.

Les confréries. — Il ne faut pas confondre avec les corporations les confréries, associations amicales et religieuses composées de membres de la même corporation (maîtres et ouvriers). Les confréries se plaçaient sous l'invocation d'un saint patron (saint Crépin pour les cordonniers, saint Fiacre pour les jardiniers, etc.); quelques-unes d'entre elles se sont perpétuées. Quant aux compagnonnages, qui ne comprenaient que des ouvriers, ils se développèrent surtout à partir du xive siècle, lorsque le monopole des corporations fut devenu de plus en plus exclusif.

Le commerce. Les foires. — Le commerce rencontra longtemps des obstacles dans l'insécurité de la circulation, la rareté des ponts, les péages, les exactions de toute espèce, la variété des monnaies et des mesures, l'imperfection des institutions de crédit.

Aux ixe et xe siècles, beaucoup de gens vivant à peu près des produits de l'industrie domestique, les (''changes ne dépassaient pas un cercle très étroit. Au xie siècle, le goût des aventures lointaines développa le commerce avant même que les progrès de l'autorité fussent suffisants pour garantir la sécurité des communications. Les conquêtes des Normands, puis les croisades mirent en rapport des régions éloignées. Normands et croisés ne furent pas seulement des soldats : ils transportèrent avec eux leur langue et leurs mœurs; ils fondèrent de véritables colonies, dont les unes ont disparu, conquises par les musulmans, mais dont les autres ont été l'origine de nouvelles nationalités qui conservèrent longtemps l'empreinte de la race française. Dans tout le Levant, le nom de Franc devint et est resté synonyme de celui d'Européen. Les produits d'Espagne, de Sicile, d'Italie, apparurent dans le Nord, le commerce méditerranéen se releva. Les marchands de Rouen, de Bordeaux, de La Rochelle, allèrent trafiquer en Angleterre; Marseille, au xnc siècle,

LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AU MOYEN AGE

Les villes au moyen âge : la cité de Carcassonne (Aude)

puis Narbonne, Montpellier, entrèrent en relations avec l'Orient musulman. Les usages maritimes furent réunis au xme siècle; les plus célèbres sont : le Consulat de la mer et les Râles ou Jugements d'Oleron, recueils des règles de droit maritime respectivement en vigueur dans la Méditerranée et dans l'Océan. Des ports, le mouvement de trafic se répandit dans toute l'Europe par des routes naturelles, surtout celles du Rhône et de la Saune, de Paris à Orléans et Bordeaux, de Paris en Champagne et en Lorraine.

Sur ces routes se tinrent d'innombrables marchés. Les seigneurs en établirent dans leurs domaines pour attirer les commerçants, sur les opérations desquels ils prélevaient des droits. On créa aussi des foires, particulièrement autour des centres de pèlerinage, et les nécessités économiques multiplièrent ces marchés temporaires, dont les plus célèbres furent ceux d'Ypres, de Bruges, de Lille, de Rouen, de Gaen, de Guingamp, de Dijon, de Toulouse, de Carcassonne, du Puy, de Beaucaire (institué en 1217 par Raymond de Toulouse et qui attirait, de mai à juillet, les marchands de Barcelone, de Gènes, de Venise, de Constantinople, du Maroc, d'Alexandrie), la foire du Lendit (1) et les foires de Champagne.

La fête du Lendit, dont on rapporte l'institution à Dagobert, fut d'abord un simple pèlerinage qui se tenait dans la plaine Saint-Denis le second mercredi de juin.

Elle prit peu à peu le caractère d'une foire et elle fut, pour les écoliers surtout, l'occasion de manifestations bruyantes. L'Université s'y rendait solennellement; le recteur, accompagné de parcheminiers jurés, levait son droit sur les parchemins mis en vente et faisait la provision nécessaire à tous les collèges.

Les foires de Champagne étaient particulièrement célèbres. Elles servaient d'entrepôt entre le Nord et le Midi et étaient, au xnie siècle, au nombre de six (Provins, Troyes, etc. . Elles duraient chacune quarante-huit jours. Chaque nation avait sa plan-, chaque marchandise sa période de vente. Les distractions disputaient le temps aux affaires. Intéressés à leur prospérité en raison des droits fiscaux qu'ils y percevaient, les comtes de Champagne s'étaient préoccupés d'y attirer les marchands en réduisant le taux des taxes et en pas-

sant avec leurs voisins des conventions pour garantir la sécurité de la circulation. Des maîtres et gardes étaient investis de pouvoirs de police et statuaient en premier ressort sur les contestations et transactions commerciales.

Les foires de Champagne et les villes méditerranéennes donnèrent au commerce une puissante impulsion.

Les associations marchandes. — Comme les industriels, les marchands s'associaient pour empêcher la concurrence et s'assurer des privilèges; leurs associations s'appelaient ghildes ou hanses, La ghilde de Rouen avait le monopole du commerce de la basse Seine et du commerce normand avec l'Irlande. La hanse parisienne, ou corporation des marchands de l'eau, qui avait le privilège de la navigation commerciale sur la Seine, fut de longues années en rivalité' avec elle : le prévôt des marchands de l'eau devint dans la suite chef de la municipalité parisienne, et le vaisseau qui figurait dans le sceau de la corporation se retrouve aujourd'hui encore dans les armes de Paris. Une hanse de dix-sept villes réunissait un grand nombre de marchands de Champagne, de Flandre, de Picardie. Les marchands de plusieurs villes de Flandre faisaient partie de la hanse de Londres. Dans le midi de la France et en Italie se fondèrent des sociétés commerciales, et les sociétés italiennes eurent des représentants à Paris, Montpellier, Lille. Beaucoup de marchands français s'établirent à l'étranger et beaucoup d'étrangers en France.

Dans les villes étrangères, les marchands d'un même pays se groupèrent en nations, sousladirection de consuls. L'institution des consulats en pays étranger est en pleine vigueur au xiii° siècle; elle a un caractère privé et c'est beaucoup plus lard que le consul devint le représentant de l'Etat.

[\)Lemo\ lendit vient du latin indictum (assem blée, , et l'on devrait régulièrement écrire Vendit.

Juifs au moyen âge.

Juifs, Lombards, Cahorsins. I

commerce de l'argent était aux mains des juifs et des lombards.

Les juifs étaient particulièrement détestés, parce qu'on devait s'adresser à eux pour emprunter de l'argent, ] dant aux chrétiens le prêl à intérêt. Leur situation était analogue à celle des serfs, et, comme les serfs ne possédaient rien en propre, on partit de là pour confisquer les biens des juifs, quitte à leur vendre l'auto-

Phot. Robuchon.

Les villes au moyen âge : la porte Saint-Jacques, à Parthenay (Deux-Sèvres)

risation d'en reprendre possession. On les pressurait ou on les laissait en repos selon l'intérêt du moment, et, quand on avait besoin de leur concours, on allait jusqu'à leur accorder des privilèges.

Louis VIII les persécuta violemment ; une ordonnance cïu 8 novembre 1223 décida que les dettes contractées envers eux cesseraient de porter intérêt et qu'on devrait seulement le remboursement des capitaux empruntés; qu'en outre ils n'auraient plus le droit d'avoir un sceau spécial pour authentiquer leurs créances. Saint Louis les chassa du domaine, et Philippe le Bel, en 1306, s'empara de buis biens après avoir prononcé leur expulsion en masse.

Au xuie siècle, on les obligea à porter sur leurs vêtements un signe distinctif, une roue ou rouelle.

Le prêt à intérêt était également pratiqué en France par des étrangers qu'on désignait sous le nom de lombards, parce qu'ils venaient pour la plupart d'Italie. Tout d'abord, les lombards ne furent pas beaucoup mieux traités que 1rs juifs, et Philippe le Bel les fit emprisonner (1291). Mais il leur rendit ensuite la liberté et ils se groupèrent alors en une corporation administrée par un capitaine général qui, sans réussir à leur assurer une sécurité absolue, parvint à faire régler à plusieurs reprises leur condition par des ordonnances royales.

Pratiquant le prêt à intérêt, les banquiers et changeurs lombards créèrent le crédit et la lettre de change ; ils répandirent cette institution dans toute l'Europe au xm° siècle. La diffusion de l'usage de l'écriture, l'emploi des chiffres arabes, et ultérieurement la substitution du papier au parchemin, facililèri'iit aussi le commerce.

Les premiers comptoirs des banquiers italiens en France furent établis à Cahors, où le commerce de l'argent se développa dans des proportions considérables. Aussi le nom de cahorsin devint-il synonyme de lombard et même d'usurier.

Les lombards propagèrent les coutumes commerciales de l'Italie ; ils les firent universellement connaître dans les foires, et ce droit coutumier fut partout en vigueur jusqu'à la rédaction des premiers recueils de textes.

Aspect d'une ville marchande au moyen âge. — L'aspect des villes du moyen âge a été maintes fois popularisé par les écrivains et les artistes. « La plupart des rues étaient étroites et tortueuses, soit parce que les maisons s'y étaient élevées peu h peu le long d'une voie avant que l'édilité ne prévît un alignement, soit parce qu'on trouvait dans cette étroitesse plus de sécurité pour la défense ou qu'on se préoccupait d'économiser le terrain; comme il n'y passait pas d'autres voitures que les charrettes des paysans,

il suffisait qu'un piéton ou un cavalier pût circuler. Les maisons étaient serrées les unes à côté des autres, ayant rarement plus de deux à trois fenêtres de front, et d'un étage, lequel faisait saillie au-dessus du rez-de-chaussée. Autour des églises, l'accumulation était encore plus grande d'ordinaire que dans les rues, et le monument disparaissait derrière un amas de constructions parasites. Au lieu de devantures de boutiques, des fenêtres souvent garnies de grilles ou de larges baies fermées par un double volet dont la partie supérieure se relevait en forme d'auvent et la partie inférieure s'abaissait, pouvant former étal. Il y avait des rues dont le soleil n'éclairait jamais le sol ; parmi les mieux situées, beaucoup ne laissaient, même au milieu de la journée, pénétrer dans 1rs boutiques qu'une lumière douteuse. Ce demi-jour ne déplaisait pas au marchand qui quelquefois l'obscurcissait encore; il méfiait au-dessus de ses fenêtres et de sa porte des auvents qui descendaient presque à hauteur d'homme; il masquait la vue avec des rideaux ou des lambeaux d'étoffe; s'inquiétant peu de l'élégance et de la propreté intérieure, il laissait aux murailles les teintes grises du temps ou même les noircissait à dessein. L'obscurité aidait à tromper les acheteurs. D'autre part, comme chacun tenait à attirer les regards du client, les boutiquiers faisaient avancer le volet inférieur servant d'étal, de manière à obstruer le passage. Ajoutez à cela des tourelles avancées, des rues rarement pavées ou mal entretenues par les bourgeois, des grilles ou des chaînes qui en fermaient quelquefois les extrémités, des animaux, bœufs et pourceaux, errant de côté et d'autre, ou attachés auprès des maisons, et vous concevrez l'idée d'un quartier commerçant dans une cité du moyen âge (1). »

C'est là que grouille constamment une foule de marchands et d'ouvriers empressés à offrir au public les produits les plus variés, et, dès le xmc siècle, Guillaume de Villeneuve a noté les « crieries » de Paris, seule forme de publicité connue au moyen âge.

BIBLIOGRAPHIE

Oim'a^es à consulter : Avexel (vte d'), Histoire économique de la propriété, des salaires, îles denrées et de tous les prix eu général depuis l'un 1200 jusqu'en l'an 1800 (1894, 2 vol.). — Boileau (Estienne), Le Livre des métiers (éd. Lespinasse et Bonnardot, 1880). — Bourquelot (F.), Éludes suites foires de Champagne (1863-1866, 2 vol.). — Fagniez, Éludes sur l'industrie et la classe industrielle d Paris ou XIIIe et au XIVe siècle (1877); — Documents relu tifs d l'histoire de l'industrie et du commerce en Érance

(1) E. Levasseur, Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France avant 17SU, I, p. 424.

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(1™ et 2e pnrlies, 1S98-1900). — Gauthier (Léon), Les Lombards dans les Deux-Bourgognes (1907). — Glilhiermoz (P.), Note sur les poids du moyen âge (1906). — Huvelin (V.), Essai historique sur le droit des marchés et des foires (1897). — Levasseur (E.), Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France avant 1789 (2e éd., 1900-1901, 2 vol.). — Martin Saint- Lkon Et. . Histoire des corporations de métiers (2e éd., 1909). — Noël (O.), Histoire du commerce du monde depuis les temps les plus reculés. Temps anciens et moyen âge 1891 . — Pigeonneau (H.), Histoire du commerce de la Fronce 1883-1889, > vol. . — PlTON (C), te* Lombards en France et à Paris (1891-1892, 2 vol. .

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