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L'ART

L'architecture romane. — De même que l'on a donné le nom de langues romanes aux langues qui dérivent du latin, on a de même désigné sous le nom d'art roman l'art qui dérive directement de l'art romain et qui employa exclusivement l'arc et la voûte.

On retrouve, dans l'art roman, des éléments antiques en voie de transformation et l'on y reconnaît des éléments orientaux et byzantins, généralement d'importation monastique, mêlés à quelques éléments barbares. La structure s'inspire entièrement des conditions de stabilité des voûtes. Les grands problèmes qui s'imposèrent aux maîtres d'oeuvre romans eurent pour objet : 1° la décomposition et l'allégement des supports; 2° la constitution de voûtes aux pesées et aux poussées aussi limitées que possible et naturellement contrebutées.

La parfaite solution du problème des voûtes rendues organiques et indépendantes, en accord absolu avec les parties supportantes dûment allégées, ne sera découverte qu'au xnc siècle par les architectes créateurs de la structure ogivale.

Les architectes romans ont employé principalement le berceau ou voûte en plein cintre, qui a la forme d'une moitié de cylindre creux; la voûte d'arêtes, berceau coupé à angle droit, à la hauteur de ses

Berceau.

Voûte d'arôtes.

Coupole sur pendentifs.

Arc doubleau.

impostes par un autre berceau de même cintre et composé de quatre triangles cylindriques réunis sur quatre arêtes; la coupole, dont la concavité représente le creux d'une demi-sphère et qui, lorsqu'elle repose sur des édifices carrés par la base, s'appuie sur des triangles sphériques dits pendentifs. Des arceaux en saillie (arcs doubleaux) suivent transversalement le développement de la concavité de la voûte et s'appuient soit sur des pilastres, soit sur des colonnes engagées; à l'extérieur, des contreforts, adossés aux pilastres, résistent avec eux à la poussée des arcs doubleaux.

L'introduction de la voûte sous toutes ses formes devait avoir pour conséquence nécessaire des changements de plan et de construction des basiliques primitives. Dans celles-ci, les murs, recevant d'aplomb le toit presque horizontal, étaient soutenus et consolidés par lui; le toit empêchait leur écartement, puisque la pression s'exerçait dans le sens perpendiculaire. Ce genre de construction permettait de donner aux nefs une très grande largeur, aux murs latéraux une épaisseur modérée et de vastes ouvertures. La voûte, au contraire, exerce sur les murs latéraux, contre lesquels elle bute, non plus seulement une pression dans le sens perpendiculaire, mais en même temps une poussée dans le sens oblique; elle tend à écarter en dehors les pieds-droits, et la pression qu'elle exerce est en proportion de son poids. Plus la voûte est large, plus la poussée se rapproche de l'horizontale et plus elle devient dangereuse pour les murs latéraux. Ce fut donc, une nécessité, lorsque l'on se servit de voûtes pour couvrir les églises romanes, de faire des murs d'une grande épaisseur pour neutraliser l'effort de ces voûtes et de renforcer ces murs au moyen de colonnes et de piliers engagés ou de contreforts extérieurs ou intérieurs. En même temps, on ne perçait dans les murs latéraux que des ouvertures rares et étroites.

Lorsque l'église avait des bas côtés, on soutenait la nef centrale — la plus large et par conséquent la plus exposée — par des piliers nombreux et massifs. La voûte, à cause de sa pesanteur, ne pouvant avoir une grande étendue, les nefs furent nécessairement étroites. Ces nécessités utilitaires ont donné à la plupart des édifices romans un caractère grave, austère, d'une majesté souverainement religieuse, mais en même temps d'une incontestable lourdeur et d'une mystérieuse obscurité (1).

Si les architectes romans conservèrent la forme de la basilique, ils en modifièrent la proportion et le plan. L'ensemble de l'édifice, par suite du développement des bras du transept, prit la forme d'une croix; les bas côtés, prolongés autour du (lueur, formèrent un déambulatoire; Yabside, extrémité de l'église opposée à la façade, fut ornée de chapelles absidiales. Les portes et les ouvertures sont, ordinairement en plein cintre, c'est-à-dire que le haut des baies est constitué par une voûte en demi-cercle; mais le plein cintre, s'il est un des éléments du style roman, n'en est pas la marque distinctive : le roman use fréquemment de l'arc brisé, qui recevra plus tard, abusivement, le nom d'ogive.

Absente du gros œuvre des constructions romanes, la fantaisie prend sa revanche dans les détails de pure ornementation. La déco-

(1) « Aux clôtures légères succédèrent des murailles énormes; des piles massives remplacèrent les piliers dégagés, et à plus forte raison les colonnes qui servaient auparavant de points d'appui. Plus de ces portiques élégants qui faisaient la beauté des églises. Partout l'envahissement du vide par le plein, partout le parti pris du surhaussement imposé par la nécessité de regagner en élévation l'espace qu'on avait perdu dans le sens de la largeur. De là un contraste étrange entre le corps de l'édifice, qui est ce qu'on a jamais fait de plus massif, et sa tendance, qui est l'élancement. » (Jules Quicueeat, Mélanges d'archéologie et d'histoire; Archéologie du moyen âge [1886], p. 'i 30).

ration sculptée s'applique aux archivoltes et aux pieds-droits des portails, aux encadrements des baies, aux tailloirs et aux corbeilles des chapiteaux, aux cordons ou bandeauxeontinus, aux tympans, etc. Klle commence par reproduire, en les déformant, quantité de tbèmes classiques (feuilles d'acanthe, palmettes, rosaces, têtes plates, griffons gréco-romains), y ajoute bientôt des motifs de provenance syrienne figurés sur de petits objets répandus par le commerce (notamment des ossuaires ou reliquaires), des combinaisons de lignes géométriques qui appartiennent au goût primitif du Nord, des animaux stylisés, plus ou moins monstrueux, de tradition aussi bien occidentale qu'orientale, et s'enrichit, enfin, de tout l'immense répertoire iconographique créé par les Grecs de Byzance etadapté aux conditions architectoniques nouvelles. Le rôle des miniatures et des étoffes de luxe a été considérable dans la genèse du décor roman, de même que celui des ivoires, des pièces d'orfèvrerie, des petits meubles et des menus produits de l'industrie byzantine.

Parmi les inventions les plus notables de l'époque romane, il convient de noter les chapiteaux historiés et l'illustration des façades, qui offrent parfois, au xne siècle, l'aspect de colossales châsses brodées d'arcatures, d'ornements continus ou reliefs et de scènes figurées évoquant toute l'épopée chrétienne. Nous citerons particulièrement, à cet égard, la somptueuse façade de Notre-Damela-Grande, à Poitiers.

L'art roman se développa principalement au sud de la Loire, dans les régions où s'était conservé, depuis les Romains, le secret de la voûte. Les plus anciens monuments que nous en possédions sont vraisemblablement antérieurs à l'an mille, et c'est aux ordres monastiques que revient surtout l'honneur de cette renaissance architecturale : les premières grandes églises sont celles des abbayes, et le maître de l'œuvre est un moine. Le monastère est d'ailleurs, du vme au xme siècle, le seul foyer intellectuel, avec ses architectes, ses maçons, ses sculpteurs, ses enlumineurs, et la célèbre abbaye de Cluny, dont les innombrables ramifications couvrirent toute la France, fut à la tête du mouvement artistique; son église (xie-xn6 siècle), dont il ne reste plus qu'une des branches du transept, était la plus vaste de tout l'Occident. C'est encore à l'école clunisienne ou bourguignonne que l'on doit l'abbatiale de Vézelay, la cathédrale d'Autun, les églises de Paray-le-Monial, de Saint-Philibert de Dijon. Les monuments de cette école se distinguent par la hauteur de leurs voûtes, leurs tours octogonales, leurs pilastres cannelés, leurs corniches à modillons, détails empruntés à l'architecture antique.

L'école A' Auvergne, dont le centre était à Clermont, rivalisa avec l'école bourguignonne. Les églises auxquelles elle attacha son nom couvrent la région bornée au nord par l'Allier et la Nièvre ets'étendent, au sud, jusqu'à Toulouse et Arles (Notre-Dame-du-Port, à Clermont, églises d'Issoire, d'Orcival, de Saint-Nectaire, de Saint- Saturnin, de Gannat, Saint-Julien de Brioude, cathédrales de Tulle, du Puy).

A l'école périgourdine, qui emprunte la coupole byzantine, appartient Saint-Front de Périgueux.

A l'école poitevine, qui admet aussi parfois la coupole byzantine et l'associe au style auvergnat, se rattachent Saint-Hilaire, Notre- Dame-la-Grande et Saint-Porchaire de Poitiers, les églises de Parthenay-le-Vieux, de Bressuire, d'Aulnay, les abbatiales de Saint- Savin, de Charroux, de Solignac. L'ornementation sculpturale est abondante; porches et façades sont ornés de statues en haut relief, parfois de statues équestres indépendantes des murs auxquels elles sont adossées. L'école de VAngoumois (cathédrale d'Angoulême) participe à la fois des écoles périgourdine et poitevine.

L'école provençale, qui subit dans une certaine mesure l'influence de l'architecture antique, est particulièrement représentée par la façade de l'église de Saint-Gilles et par Saint-Trophime d'Arles; l'école languedocienne, qui tient de la précédente et de l'école auvergnate, par Saint-Sernin de Toulouse, l'église et le cloître de Moissac, Saint- Bertrand de Cominges; l'école nivernaise, qui s'inspire de la Bourgogne et de l'Auvergne, par Saint-Étienne de Nevers et l'église de la Charité-sur-Loire.

L'école normande conserva longtemps le système des couvertures en charpente apparente, sauf pour les sanctuaires, voûtés en cul de four. Les proportions harmonieuses et la simplicité du plan caractérisent Saint-Étienne et la Trinité de Caen (deux abbatiales fondées par Guillaume le Conquérant), les cathédrales d'Évreux et de Bayeux, mais il faut considérer seulement les parties anciennes de ces édifices qui, au cours des âges, ont reçu de nombreuses modifications.

Les églises romanes de Sainl-Cermain-des-Prés à Paris, de Morienval, de Saint-Leu d'Esserent et de Saint-Benoît-sur-Loire, qui ne se rattachent à aucune des écoles précédentes, doivent aussi être mentionnées.

ARCHITECTURE ROMANE

Église da la Madeleine, à Vézelay (Yonne).

Notre-Dame-du-Port, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

Église Saint-Austremoine, à Issoire (Puy-de-Dôme;.

Notre-Dame du Puy (Haute-Loire).

ARCHITECTURE ROMANE

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