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ÉVOLUTION DE L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE AU MOYEN AGE

Type de la basilique chrétienne usité en France depuis le IV" siècle jusqu'à la fin du IX'.

Cette église est construite sur le plan des basiliques romaines civiles, qui étaient admirablement disposées pour contenir un grand nombre d'hommes. La nef principale et les quatre nefs latérales sont séparées du transept par un mur, percé d'un arc triomphal et de quatre arcs secondaires. L'autel majeur avec sa clôture — l'altarium — séparait le chœur, réserve aux prêtres, des fidèles placés dans la nef.

Plan d'une basilique

chrétienne

au IVe siècle.

A. exèdre ou abside;

B, autel; C, transept;

D, nef; E, bas côtés;

F, portique.

Plan

d'une église romane

du XIe siècle.

Église romane du XI" siècle couverte en charpento apparente.

Jusqu'au x" siècle, lo modo de couverturo resta le môme; l'édifice continua d'être couvert par un plafond de bois. Mais, pendant les invasions des Normands, un grand nombre d'édifices religieux furent incendiés. Après l'an 1000, un redoublement do ferveur religieuse détermina les chrétiens à reconstruire leurs églises, et les architectes remplacèrent les plafonds ou charpentes apparentes de bois par des voûtes en pierres. C'est à partir de ce moment que Y architecture romane s'affranchit pou à peu des traditions latines.

Église rornano du XII' siècle voûtée en berceau plein cintre.

Au xii' siècle, les architectes employèrent trois sortes de voûtes : la voûte eu berceau, comme dans la figure ci-dessus, la voûte d'arêtes et la coupole.

La première est un demi-cylindre reposant sur les murs latéraux ; laseconxtei .* formée par la rencontre de doux berceaux et est ainsi te les surfaces intérieures se coupent suivant des rbes qu'on appelle arêtes ; la coupole a la forme d'un demiœuf ou d'une demi-sphère.

Église romane du XII" siècle montrant la première application de la voûte d'arêtes.

Église gothique du XIII* siècle voûtée sur croisée d'ogives (chœur).

LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AU MOYEN AGE

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Façade de la cathédrale Notre-Dame, à Paris.

L'architecture ogivale. — Le style improprement dénommé gothique ou ogival ne succède pas, à proprement parler, au style roman; il est presque son contemporain, puisqu'il apparaît dès le xne siècle et que le style roman pur florissait encore au xme. Son principe générateur réside non dans la forme brisée des arcs (1) ou dans celle des ouvertures, mais dans la structure ogivale des voûtes. « Des arcs diagonaux combinés avec les arcs doubleaux produisirent une charpente de pierre, facile à dresser, dont on ferma, non moins aisément, les interstices par des sections de berceau qu'on n'eut pas besoin de faire pénétrer l'une dans l'autre, comme celles qui composent la voûte d'arêtes. Il résulta de là une voûte qui eut tous les avantages de la voûte d'arêtes, sans en présenter les inconvénients. En effet, la poussée de la voûte d'ogives n'agit, elle aussi, que sur quatre points, ceux où les ogives et les doubleaux prennent conjointement leur naissance et, d'autre part, les sections de berceau, qui forment la couverte par-dessus les arcs, étant indépendantes l'une de l'autre, peuvent tasser ou gauchir impunément, l'ensemble n'étant pas compromis par un accident survenu à l'une des parties. Les transformations ultérieures de l'architecture des églises furent la conséquence de ce commode fractionnement des voûtes. L'expérience ayant montré qu'il permettait d'atténuer considérablement le corps de l'édifice entre les massifs sur lesquels s'exerçaient les poussées, les architectes, séduits par un si grand avantage, n'eurent plus d'autre visée que de pousser l'allégement à son dernier terme. Les progrès continus qu'ils accomplirent sur cette donnée (chacun renchérissant par quelque réduction nouvelle sur l'œuvre de ses devanciers) les amenèrent en peu de temps à faire sortir du lourd et sombre vaisseau roman lasvelte construction g ithique '1 ». En d'autres termes, la voûte d'arêtes fut appareillée sur une membrure indépendante, la croisée d'ogives, et les poussées

l) on doii réserver le nom d'ogives aux nervures transversales des voûtes gothiques, celui de croisée d'ogives à la réunion de ces deux diagonales, et celui d'arcs brisés ou d'arcs en tiers-point aux arcs en pointe qu'un a à tort qualifiés d'ogives.

(2)JulesQuicnERAT, Archéologie du moyen âge, p. 499.

continues et obliques des voûtes romanes en berceau furent reportées sur les piles, où elles furent en quelque sorte saisies et comme annihilées par les arcs-boutanls. Il en résulta pour la construction plus d'élévation et de légèreté, la pesée de la voûte sur les murs de soutènement diminuant avec sa hauteur. C'est à l'architecture gothique que sont dus les plus beaux monuments, longtemps négligés et même méprisés, de notre vieille France. Le gothique, ainsi appelé par les Italiens, quoique les Goths n'y aient eu aucune part, pour en marquer la barbarie, était tombé dans un tel discrédit au xvnc et au xvme siècle que les architectes d'alors en détruisirent tout ce qu'ils purent; on le regarde avec raison aujourd'hui comme une des formes d'art les plus originales et les plus complètes.

Les procédés de construction qui le caractérisent sont d'origine purement française.

L'art ogival est l'expression la plus profonde et la plus mystique du catholicisme. Son caractère se manifeste par l'élancement indéfini des voûtes et des colonnades, par la prééminence de la ligne verticale, par la hardiesse de formes sans précédent jusqu'alors en architecture, par la richesse des ornements et des sculptures symboliques, entin par tout ce qui peut provoquer Fétonnement, l'émotion et l'admiration.

L'ogive ne se substitua pas tout d'un coup et partout au plein cintre'; ce fut autour de Paris et en Normandie qu'on la vit d'abord apparaître, timidement, puis rayonner et finalement supplanter l'architecture romane. Tout d'abord, le chœur s'allongea, les collatéraux se développèrent autour du sanctuaire et se peuplèrent de chapelles. Al'extérieur, l'aspect du monument fut transformé par l'introduction des arcsboutants qui,

Plein cintre.

Arc brisé.

ARCHITECTURE GOTHIQUE

Cathédrale d'Amiens (Somme).

Cathédrale Notre-Dame, à Bayeux (Calvados).

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Cathédrale Notre-Dame, à Rouen (Seine-Inférieure).

Église Saint-Ouen, à Rouen (Seine-Inférieure).

ARCHITECTURE (10TIIIQUE

Église Saint-Maurice, à Angers (Maine-et-Loire).

Cathédrale Saint-Étienne, à Bourges (Cher),

Cathédrale Saint-Pierre, a Troyes (Aube).

Cathédrale Notre-Dame, à Reims ^arne).

ARCHITECTURE GOTHIQUE

ARCHITECTURE GOTHIQUE

ARCHITECTURE GOTHIQUE

Nef de la cathédrale Notre-Dame, à Chartres (Eure-et-Loir).

Nef de la cathédrale d'Amiens (Somme).

Piliers de la cathédrale Notre-Dame, à Reims (Marne;

Cathédrale Notre-Dame, à Coutances (Manche).

LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AU MOYEN AGE

Maison ogivale du XIIIe siècle à Cordes (Tarn):

projetés hardiment en l'air, s'appuyaient d'un côté sur les contreforts des collatéraux et allaient de l'autre soutenir les murs du grand comble. Ces dentelles lapidaires n'étaient pas de pures fantaisies architecturales ; elles concouraient à la solidité de l'édifice; elles servaient à l'écoulement des eaux pluviales du grand comble, que vi unissaient au delà des murs les gueules grimaçantes des gargouilles. Les fenêtres sont encore étroites et en forme de fer de lance (1), tantôt isolées, tantôt accouplées deux à deux sous une arcade, mais à côté d'elles et principalement au chevet de l'église commencent à s'épanouir les roses, tantôt en façon de roues, tantôt formées d'ogives trilobées, de rosaces et de trèiles.

La seconde période du style ogival lleurit à la fin du xiu« siècle et pendant tout le xive : les architectes s'efforcent d'alléger outre mesure les supports, d'amincir les colonnettes et pour ainsi dire de les dégager de la matière; mais ces prodiges d'équilibre ne sont pas sans danger pour la solidité des édifices. Le chapiteau devient moins naïf; les feuillages se collent moins capricieux à la pierre. Dans les fenêtres, les meneaux sont plus nombreux et les amortissements sont formés de figures rayonnantes, ce qui a fait donner au style de cette période le nom de style rayonnant, bien que la même particularité se remarque déjà et même tout autant dans les monumentsde la première période (2). Les roses des portails augmentent de diamètre; on varie le mode de construction des tours; on en fait en brique; on en bâtit en encorbellement sur le mur qui i e le chœur de la nef.

La période dite de V ogival flamboyant correspond au xv" siècle et tire son nom de la forme ondulée des meneaux. La forme générale des églises se maintient telle à peu près qu'à l'époque précédente, mais les artistes s'emploient tout entiers à orner et à décorer les édifices arec une profusion qui va jusqu'à l'excès; l'ornementation prend un caractère anguleux et prismatique, qui n'est pas sans quelque sécheresse; les pétales des trèfles el des quatre-feuilles commencent à se terminer en une pointe aiguë ou se contournent

volontiers en espèces de flammes, d'où le nom de flamboyant donné à ce style, qui porte aussi celui de gothique fleuri.

11 serait impossible de donner une nomenclature, même restreinte, des cathédrales et des églises françaises de style gothique, et nous nous bornerons à citer celles de Chartres, Paris (Notre-Dame et Sainte-Chapelle), Bourges, Reims, Le Mans, Rouen (cathédrale et église Saint-Ouen), Coutances, Bayeux, Beauvais (Saint-Pierre), Amiens, Troyes (Saint-Urbain), Carcassonne Saint- Nazaire).

L'art gothique ne comporte pas un aussi grand nombre d'écoles que l'art roman. On distingue cependant celles de l'ile-de-France (Notre-Dame de Paris), de la Normandie (Bayeux), de la Bourgogne (Notre-Dame de Dijon1), de la Champagne (Reims!, du Sud-Ouest (style Plantagenét : Saint-Maurice d'Angers) et du Midi [Sainte- Cécile d'Albi] (1).

Aux moines constructeurs du xe et du xr siècle ont succédé des corporations laïques de maçons dirigées par des architectes tels que Jean de Chelles, à qui l'on doit la construction des principales parties de Notre-Dame de Paris; Pierre de Montereau, qui bâtit la Sainte-Chapelle; Robert de Luzarches, l'architecte de la cathédrale d'Amiens; Jean d'Orbois (cathédrale de Reims) ; Eudes de Montreuil; Enguerrand Le Riche (cathédrale de Beauvais); Hugues Libergier; Villard de Honnecourt.

La Sculpture. — Au moyen âge la sculpture est essentiellement décorative, c'est-à-dire employée à la décoration des édifices et principalement des églises. Les traditions de l'art gréco-romain se sont conservées assez longtemps en Provence, en Languedoc, mais les artistes romans subissent plutôt l'influence des barbares lorsqu'ils ornent les églises d'êtres monstrueux et fantastiques, et celle de l'Orient lorsqu'ils empruntent aux étoffes de By/ance ou de la Perse la décoration des chapiteaux. Et quelle que soit la source d'inspiration à laquelle il puise, le sculpteur fait passer dans son œuvre le sentiment de terreur et d'épouvante qui agite son âme devant les mystères de l'au-delà.

Cependant, au xne siècle, avec l'école du Languedoc la statuaire

(1) Sur les caractères architectoniques de ces diverses écoles, voir Enlart, Manuel d'archéologie française, t. Ior, p. 464.

I !)■ il'- particularité a valu à la première période du style ogival le nom de période du « style à lancette ».

■1 La division en gothique à lancette et en gothique rayonnant ne correspond donc pas à deux états successifs bien di terminés, à deux phases évolutives distinctes, et il serait préférable de l'abandonner.

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Sculpture romane : porche central de l'église de Saint-Gilles (Gard).

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Sculpture ogivale : stryges du couronnement de la balustrade de Notre-Dame de Paris.

s'humanise, l'art devient indépendant, comme le prouvent les figures du tympan de Moissac.

L'école clunisienne, la plus importante et la plus féconde, s'inspire, comme la précédente, de l'ait byzantin, mais réussit cependant à secouer le joug des types consacrés et se soustrait à l'hiératisme des arts grecs de la décadence en recourant à l'observation, à l'étude directe de la nature. Le tympan de la grande porte de l'église abbatiale de Vézelay, relui de la grande porte de la cathédrale d'Autun attestent sa supériorité.

En Provence, la sculpture romane a produit deux œuvres capitales : les portails de Saint-Trophime et de Saint-Gilles. « L'ensemble est éblouissant, mais nulle part on ne sent l'imitation de la nature. C'est le défaut de la lourde sculpture allemande. » (Emile Mâle.)

Le rôle que joue la sculpture dans les cathédrales gothiques est considérable et l'on est émerveillé du nombre prodigieux de statues et de bas-reliefs qui complètent leur décoration.

Au xme siècle, l'école de sculpture la plus florissante est celle de l'Ile-de-France. Les œuvres de ses maîtres imagiers, déjà réalistes dans l'expression des tètes, présentent une rare justesse dans les mouvements du corps; l'exécution est large et simple, souple et ferme à la fois. Ils ont aussi possédé le sens dramatique à un degré fort remarquable, comme on peut le voir soit dans les groupes de damnés des voussures de la porte centrale, soit dans les stryges du couronnement de la balustrade de Notre-Dame de Paris; les Prophètes, les Vices du portail de la cathédrale d'Amiens; les basreliefs des porches de la cathédrale de Chartres. Les sculptures d'ornement des mêmes édifices montrent avec quelle entente de la composition les maîtres de cette brillante époque savaient rattacher l'ornementation à l'architecture. Les motifs en sont puisés tantôt dans une ilore plantureuse, directement inspirée de la réalité, tantôt dans une faune d'animaux réels ou fantastiques, lions, ours, panthères, griffons, phénix, harpies, basilics, salamandres, guivres, dragons, de la plus extravagante fantaisie. Sous le rapport iconographique, la statuaire du xme siècle diffère essentiellement de celle des églises monastiques des siècles précédents. Elle ne se borne pas aux légendes des saints; elle traduit tout l'Ancien et le Nouveau Testament etprend en quelque sorte un aspect encyclopédique en rapport, du reste, avec la littérature de l'époque, le Sjieculum majus de Vincent de Beauvais, par exemple.

Au xiv° siècle, la sculpture

Sculpture romane :

Pilier d'angle du cloître de Saint-Trophime, à Arles (Bouches-du-Rhône)

produit une foule d'oeuvres importantes dans la décoration des églises, des palais, des tombeaux : les cathédrales d'Orléans et de Bourges, l'église Saint-Ouen, à Rouen, sont ornées d'une multitude de figures sculptées en ronde-bosse ou en bas-relief. Comme spécimen de grandes compositions, on peut citer les sculptures du pourtour du chœur de Chartres et celles de Notre-Dame de Paris, qui représentent la vie et la passion du Christ; ces dernières sont l'œuvre de Jean Ravy et de son neveu, Jean Le Bouteiller, et marquées, comme presque toutes celles de cette époque, d'un réalisme très accentué.

« Art rationnel, dit Louis Gonse, intégralement approprié à son but, issu de notre chair, de notre climat, de nos mœurs, pittoresque en restant grave, délicat en demeurant architectural, la sculpture gothique, telle que nous la voyons s'affirmer dans les formidables sculptures de pierre de nos cathédrales, est un art complet, souverain et si vivace, si vigoureusement constitué, qu'aucune fluctuation du goût, aucune influence étrangère n'en pourront désormais altérer la force initiale; c'est d'elle que la statuaire française tiendra ses vertus primordiales... Michel Colombe, Jean Goujon, Germain Pilon, Coysevox, Houdon, Rude, Carpeaux, Falguière, Rodin, Barlholomé sont les fils directs de notre

moyen âge. »

Par les statues et les vitraux, et plus tard les peintures de l'église, le clergé du moyen âge essaya d'enseigner aux fidèles le plus grand nombre de vérités possible. Il comprit que, pour attacher la foule à ses doctrines, il fallait en matérialiser l'expression. L'ordonnance des grandes pages théologiques, morales et scientifiques des cathédrales a été réglée par le clergé. « L'art seul appartient au peintre, l'ordonnance et la disposition appartiennent aux Pères, » avait décidé en 787 le concile de Nicée.

Les évèques, héritiers de l'autorité des Pères, ont surveillé la décoration de leurs cathédrales, ils en ont tracé eux-mêmes le programme et remis aux artistes de véritables livrets qui devaient être leur guide. Il faut donc s'inscrire en faux contre l'indépendance d'esprit dont nos vieux artistes du moyen âge ont été dotés à tort par Victor Hugo et Viollet-le-Duc. Ces pieux imagiers furent, au contraire, des traducteurs simples, modestes, sincères, des thèmes parfaitement orthodoxes qui leur étaient fournis. — Et ce qui est vrai de la sculpture l'est aussi de l'ornementation de manuscrits et des livres d'heures.

Les tombeaux des rois et des

SCULPTURE DU MOYEN AGE

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