‹ Histoire de France illustréeChapitre 9 sur 182 · LA VIE EN FRANCE. — II. LA GAULE ROMAINE · texte numérisé non relu

LA VIE EN FRANCE. — II. LA GAULE ROMAINE

Histoire de Franck. — I.

LA VIE EN FRANCE. — II

La Gaule romaine

Fig. 1. — Lutèce au ive siècle. — Le spectateur est supposé placé sur la rive gauche de la Seine, au lieu nommé, depuis le moyen âge, quai de la Tournelle.

Au premier plan, on voit la statue impériale, trouvée en 1735 à cet endroit et qui décorait très probablement le port de la rive gauche dont on a mis au jour des substructions à la même époque et au même lieu.

Au second plan, on voit le côté sud-est de l'île de la Cité entouré d'un mur d'enceinte construit plus tard. Ce mur, dont on a retrouvé les fondations en 1847, semble avoir été édifié en grande hâte, à la fin du IVe siècle, vers 365, dans un moment de panique causée par quelque agression des Barbares, avec des matériaux provenant de monuments plus anciens, notamment avec les gradins de l'amphithéâtre de la rue Monge (1 ).

A droite, vers la pointe de l'île, on voit se profiler sur le ciel le toit en cuivre de la première basilique chrétienne, érigée à Lutèce vers 380, pendant l'épiscopat de Prudentius, et dédiée à saint Etienne. Cette église, comme on le voit dans notre reconstitution, avait été construite en dehors de la nouvelle enceinte de la Cité, sur un terrain conquis sur la rivière, faute de place dans l'intérieur de l'enceinte (2).

A gauche et en dedans du mur d'enceinte on aperçoit encore le haut du temple de Jupiter, qui a été remplacé en 528 par la seconde basilique, dédiée à sainte Marie. A gauche du temple, en suivant le mur d'enceinte, on rencontre la Porte du sud, donnant sur le Petit-Pont, dont la seconde pile repose sur l'île qui plus tard a été appelée « île de Galilée », et qui ne fut réunie à la Cité qu'au commencement du xive siècle.

A gauche de la Porte, à cheval sur le mur d'enceinte, on remarque le baptistère placé sur le bord de l'eau, ainsi que l'exigeaient les baptêmes par immersion en usage dans la primitive Eglise. Sur son emplacement, Chilpéric fonda l'église de Saint-Germain-le-Vieux.

En suivant toujours de droite à gauche, nous voyons pardessus le rempart le palais de la Cité, habité par les Césars et les gouverneurs de la Cité. Il s'étendait d'une rive à l'autre et se terminait à l'ouest par des jardins d'où l'on jouissait de la plus belle vue sur les forêts voisines.

L'une de ses entrées, qui se voit sur notre dessin, s'ouvrait sur le petit bras de la Seine par un péristyle à colonnes. L'entrée principale donnait sur le Forum, lequel s'élevait lui-même entre le boulevard du Palais et la rue de la Cité.

Le Forum servait à la fois de place publique et de marché; on y rassemblait le peuple, on y lisait les édits et on y vendait à l'encan. Pendant le moyen âge, le Forum avait été occupé presque entièrement par le monastère de Saint-Éloi et les rues qui en formaient le pourtour (rues de la Vieille- Draperie, aux Fèvres, de la Calandre et de la Barillerie) furent appelées la Ceinture Saint-Eloi.

Fig. 2. — La route qui se voit au premier plan de notre dessin est la voie romaine de Genabum (Orléans) à Lutèce. Cette route devait être très fréquentée par les voyageurs venant des provinces du Midi, et par les maraîchers et marchands allant approvisionner Lutèce.

A gauche se trouve l'entrée d'une riche villa gallo-romaine précédée d'un petit porche décoré de colonnes ioniques; plus loin une boutique de fruitier, et devant elle une fontaine-abreuvoir publique.

La rangée d'arcades que l'on aperçoit au bout de la route est l'aqueduc d'Arcueil, qui amène les eaux de Rungis

(1) Dans les fouilles exécutées sur la place du Parvis-Notre-Dame, en 18*7. on mit à découvert une partie du rempart de Lutèce et, dans 1rs matériaux de la base de ce mur, douze pierres portant gravés des noms complets ou incomplets. En 1870, quand le percement de la rue Monge fit découvrir la première moitié des Arènes, on trouva seize pierres pinvenant des gradins de l'amphithéâtre, semblables à celles de la Cité et dont les inscriptions complétaient les premières.

(2) Les fondations de cette première cathédrale de Paris, ainsi qu'une partie du mur d'enceinte y attenante, ont été retrouvées en 1845-1846, sur l'emplacement actuel dé la sacristie de Notre-Dame, lors des fouilles faites par Viollet-le Duc pour la reconstruction de la nouvelle sacristie. C'est avec le plan de ces substructions, qui nous a été communiqué par 1 architecte, que nous avons pu reconstituer cette partie de la Cite.

aux thermes de Lutèce, alimente des fontaines et très probablement celles du faubourg qui dut se créer de bonne heure autour de l'enceinte.

Fig. 3. — Buanderie d'une foulerie. — Les foulons, qui formaient une corporation importante, étaient employés, comme nos blanchisseurs, à nettoyer et blanchir les vêtements après qu'ils avaient été portés : ils foulaient ces étoffes, avec les pieds nus, dans de larges cuves d'eau mêlée d'urine et de terre à foulon (sorte d'argile dont on se servait pour accélérer l'opération du foulage). Ensuite, on soufrait les étoffes en les étendant sur une cage en claire-voie, sous laquelle on brûlait du soufre clans un réchaud, puis on les cardait, et enfin on les mettait sous presse.

Fig. 4. — Un atelier de tissage. — La laine la plus recherchée était tirée de la province Narbonnaise, et les étoffes fabriquées avec cette matière première étaient scutulées, c'est-à-dire ornées d'écus circulaires ou polygones dans les tissus.

Fig. 5. — Atelier de céramiste. — C'était sur la montagne Sainte-Geneviève, autrefois mont Leucotitius, qu'étaient établis les principaux ateliers de céramistes parisiens. Une quantité de puits, pratiqués par les potiers de Lutèce pour en extraire l'argile, ont été découverts sur les hauteurs de la montagne Sainte-Geneviève. Auprès de ces puits, on trouva une grande quantité de débris de vases qui avaient été jetés au rebut par les fabricants. L'argile, d'une qualité excellente, s'étend en bancs immenses dans toute la partie sud ; la couleur en varie depuis le gris ardoisé, quelquefois mêlé de rouge, jusqu'au rouge presque pur. Les Gallo-Romains de Lutèce mirent à profit ces richesses minérales et, dès les temps antiques, les potiers de Lutèce, qui avaient appris leur métier d'autres artisans venus de Rome, acquirent de bonne heure la célébrité.

Fig. G. — Cour intérieure d'une ferme gallo-romaine. — On voit dans notre reconstitution une partie de la cour, de forme rectangulaire, et deux côtés des bàiiments qui l'entouraient. Un portique soutenu par des colonnes régnait tout autour; le rez-de-chaussée était occupé par la cuisine, la salle à manger, l'écurie, la vacherie, la porcherie, etc., et le premier étage, par les dortoirs, les greniers, les pigeonniers, etc.

Fig. 7. — Les Carcères. — Notre dessin représente un des six carcères que contenait le mur du podium [loge impériale) et qui servaient à enfermer les animaux féroces en attendant leur entrée dans l'arène.

Une barrière en bois laissait entre elle et le mur du podium une circulation libre, utile au service des bestiaires pour diriger et surveiller les jeux de l'arène, sans y pénétrer.

Fig. 8. — L'Amphithéâtre de Lutèce. — De même que la plupart des villes romaines importantes, Lutèce posséda un amphithéâtre; ce monument, dont une partie fut découverte en 1869, et l'autre moitié en 1883, sur le versant oriental de la montagne Sainte-Geneviève, a 12 mètres de profondeur.

L'époque exacte de la construction de cet amphithéâtre est inconnue, mais il est probable que les arènes et le palais de la rive gauche, les thermes et l'aqueduc d'Arcueil sont du temps d'Adrien.

L'enceinte, de forme ovale et d'étendue moyenne pour un amphithéâtre, est très vaste pour un théâtre. C'est que l'édifice répond à cette double destination. C'était un de ces édifices mixtes, comme on en voyait beaucoup dans le nord de la Gaule, à Lillebonne, à Lisieux, à Valognes. Dans l'arène plate, sablée, protégée par une forte barrière, ont lieu les combats d'animaux et de gladiateurs. Les gradins n'occupent que l'hémicycle appuyé sur la montagne; dans l'autre (celle que nous voyons en face), pas de gradins, mais une véritable scène où se jouent les pantomimes et autres divertissements. Le fond est occupé par un motif d'architecture riche, composé alternativement de niches carrées ou semi-circulaires. Au-dessus, l'œil du spectateur se repose sur le cours de la Seine et les hauteurs verdoyantes qui la dominent.

LA fi AU LE

lourds. Les Bagaudes I , indignés des exigences du lise, (înissenl par se révolter (270) contre la noblesse gallo-romaine et massacrent leurs maîtres après avoir brûlé leurs demeures. En 269, ils prennent Àutun après sept mois de siège, huilant les tonnes de la société qu'ils combattent, ils se donnent un Auguste et un César: Amandus et /Elianus, qui firent frapper des médailles en leur nom clans quelques cités conquises. Sous Dioclélicn (284-305), ils lurent massacrés, surtout au confluent de la Marne et de la Seine, à l'endroit où s'éleva plus tard l'abbaye de Saint-Maur-des- Fossés. La bagaudie ne fut cependant point complètement anéantie : impuissante à tenter une insurrection générale, elle ne se man i testa plus que par les dévastations de bandes errantes, se recrutant constamment parmi les victimes du despotisme et du fisc.

Cet état de choses durait encore au ve siècle, et, à la laveur des invasions barbares, il se produisit une nouvelle insurrection en masse : Aétius écrasa définitivement les Bagaudes vers 440.

Julien, chargé par son cousin Constance 11 de défendre la Gaule contre les Germains, y déploya une énergie et une habileté remarquables. Il résidait volontiers à Paris, sa « chère Lulèce », et c'est au palais des Thermes qu'il avait été, en 3GU, proclamé Auguste par les légions révoltées en sa faveur.

« Je lus là, a-t-il écrit, en compagnie

d'hommes incapables de flatterie, naturels el indépendants avec tout le monde. Je les aimais trop pour n'être pas aimé d'eux. »

BIBLIOGRAPHIE

Sources : Cicsau, De la Guerre des Gaules-

Ouvrages à consulter : Aumale (duc d'), Atésict, éludes sur la septième campagne île César lx.:3!)). — Beaudoin (Ed.), Le Culte des empereurs dans les cités de la Gaule narbonnaise (Grenoble, 1891). — Desjardins (E.), Géographie historique et administrative de la Gaule romaine 1876 1803, ', vol.). — Ferrero [Guglielmo), Grandeur et décadence de Rome. Trad. française (t90'i et années suiv., ('■ vol.). — Fustel de Coulanges, /." Gaule romaine i" éd., lx'Jl). — Jui.lian Camille), Gallia 1892 ;— Vercingélori.r l'.tol). — LoNGNoN (Allg.), Éludes sur 1rs pagi de la Gaule (1872, 2 vol.;. — Napoléon 111, Histoire de Jules César [865-1866, i vol. . — Saulcy (de), Les Campagnes 'le Jules César dans 1rs Gaules 1862). — Thierry (Amédée), Histoire de la Gaule dans la domination romaine [1XÎ0-18Î2. 2 vol.).

Page 1