PLAN DELA BATAILLE DE CRÉCY
\ Y IKArchers génois. VtComtedAlen , 1 \\\\\\ çon. C. Foi Philippe VI
\Foi Edouard/// 2 Comtes de - ** - Nortkampton et dArunlel
3 Ai -ch ers du Prince de Galles.
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Plan de la bataille de Crécy (1346).
chèrent en cet état, sans arroi et sans ordonnance, si avant qu'ils approchèrent les ennemis et que ils les virent en leur présence ». D'ailleurs, il était difficile de reçuloi-, car plus de 20 000 hommes de milices communales encombraient les chemins entre Abbeville et Crécy, et brandissaient leurs armes en criant : « Mort aux Anglais ! »
A l'approche des chevaliers, le prince de Galles occupa le bas de la colline avec ses archers, « mis en manière d'une herse », dit Froissart. Une seconde bataille se tint sur les ailes, prête à appuyer la première. La troisième, encore plus en arrière et commandée par le roi, prit position sur la motte d'un moulin. « Et là se tenoit le roi au plus hault pour veoir plus loin et autour de lui. »
Philippe fit avancer les archers génois, au nombre de 15 000. Ceux-ci qui, depuis le matin, marchaient avec leurs arbalètes sur le dos, demandaient un peu de repos. A ce moment survint une pluie d'orage, accompagnée d'éclairs et de tonnerre, à laquelle succéda un soleil dont les rayons aveuglaient les Français et ne frappaient que par derrière les Anglais. Les Génois continuent d'avancer en criant et en vociférant; malheureusement, une grêle de flèches s'abat sur eux, tandis que le bruit des bombardes les épouvante. Ils reculent, mais se trouvent pris entre les Anglais qui les poursuivent et les chevaliers français dont les chevaux se cabrent. Le duc d'Alençon, furieux, s'écrie : « Regardez, on se doit bien charger de telle ribaudaille! Ils ne sont bons qu'à manger. Qu'on les tue tous; ils nous portent plus d'obscurité que de secours ! » Et les arbalétriers sont à la fois décimés par la chevalerie française et par les archers d'Edouard III qui, profitant du désordre, se glissent dans les rangs français et tuent les seigneurs à coups de hache, de dague, de massue. Les bombardes font pleuvoir de petites balles de fer et achèvent la défaite. Alors le roi de France, hors de lui, les chevaliers et les gendarmes se précipitent pêle-mêle au milieu des rangs ennemis.
La partie est perdue, bien que les Français soient plus nombreux. Venu au secours de Philippe VI, le vieux roi de Bohême, Jean de Luxembourg, se
Jean de Luxembourg, roi de Bohème (Recueil d'Arras).
refuse à chercher le salut dans la fuite : « Ne plaise au ciel qu'un roi de Bohême s'enfuie, mais conduisez-moi là où le combat est le [dus acharné. Que Dieu nous soit en aide; ne craignons rien, veillez seulement sur mon fils. » On lui obéit : ses chevaliers attachent ensemble leurs chevaux par les freins et vont chercher la mort. Jusqu'au siiir, le carnage continue. Les Anglais eurent bon marché de ces bandes indisciplinées, de oes brillants seigneurs que ne put sauver leur héroïsme; 30 000 soldats lurent tués, et avec eux 80 seigneurs bannerets, 1200 chevaliers, 11 princes. De ce nombre étaient le roi de Bohême et Charles, comte d'Alençon, frère de Philippe de Valois, qui commandait l'avant-garde. Le prince Noir, qui n'avait que quinze ans, conquit ses éperons dans celle bataille. Jamais les Français n'avaient essuyé un si terrible échec.
La présomption et l'indiscipline de la noblesse, la fatigue des combattants, le soleil qui les aveugla, l'heure tardive de l'engagement : telles furent les causes principales de ce désastre.
Philippe quitta le champ de bataille à la nuit tombante avec cinq chevaliers et arriva au château de Labroye : « Qui est là, qui heurte à cette heure ? dit le châtelain. — Ouvrez, répondit Philippe, ouvrez, châtelain, c'est l'infortuné roi de France. »
Pendant l'absence d'Edouard III, David Bruce s'était jeté sur l'Angleterre, mais pour y subir une défaite à Nevil's Cross et tomber entre les mains de ses ennemis (17 octobre 1346).
Siège et prise de Calais (1347). — Huit jours après la bataille de Crécy, Edouard 111 vint mettre le siège devant Calais, dont les habitants durent capituler après une héroïque résistance encouragée par le gouverneur Jean de Vienne. Il fit construire entre les remparts, la rivière de Hem et le pont de Nieuley une vraie ville, qu'il appela Villeneuve-la-Hardie, pour y loger son armée et affamer la cité, d'où il laissa cependant sortir les bouches inutiles. Philippe de Valois, ayant réuni à Amiens 60 000 chevaliers et 24 000 arbalétriers, Edouard III bloque la place plus étroitement encore; un château s'élève pour commander l'entrée du port, et les Flamands, accourus à l'appel du roi d'Angleterre, ravagent les environs d'Aire-sur-la-Lys, qu'ils assiègent. Malgré la famine, Calais résiste héroïquement, mais l'armée de secours ayant en vain offert la bataille aux Anglais et les travaux de défense de ces derniers ne permettant pas d'approcher de la place, les assiégés doivent demander la paix. Irrité des dommages que les corsaires calaisiens avaient fait subir depuis un siècle à la marine et au commerce de son royaume, Edouard III voulait passer tous les habitants au fil de l'épée; il consentit toutefois à les épargner à la condition que six des principaux bourgeois se rendissent à discrétion.
Le plus riche d'entre eux, Eustache de Saint-Pierre, et cinq de ses concitoyens (1) se déshabillèrent et ne gardèrent que leur chemise. Ils se mirent la corde au cou, ainsi que le roi l'avait exigé, prirent les clefs de la ville et du château, puis vinrent s'agenouiller devant le vainqueur : « Gentil sire et « gentil roi, dirent-ils, voyez nous six, « qui avons été d'ancienneté bourgeois « de Calais et, grands marchands. Vous « apportons les clés de la ville et du « château de Calais, et vous les ren- « dons à votre plaisir, et nous mettons « en tel point que vous nous voyez en « votre pure volonté, pour sauver le dei meurant du peuple de Calais; veuillez « avoir de nous pitié et merci par votre
Épisode de la bataille de Crécy (Miniature extraite de la Clironique de Froissart).
(1) Jean d'Aire, Jacques et Pierre de Wissant, Jean de Piennes, André d'Ardres.
LA GUERRE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL
« très haute noblesse. » Certes, il n'y eut en la place seigneur, chevalier ni vaillant homme qui se pût abstenir de pleurer de droite pitié, ni qui pût de longtemps parler. Le roi les regarda très ireusement. car il avait le cœur si dur et si ('pris de grand courroux qu'il ne put parler; et quand il parla, il commanda qu'on leur coupât les têtes tantôt. » (Froissant.) Mais la reine, Philippe de
Les bourgeois de Calais, groupe de Rodin.
Hainaut, se jetaà ses genoux et le pria humblement de faire grâce. Alors le roi se radoucit et dit: « Tenez, je vous les donne; faitesen ce qu'il vous plaira. » (3 août 1347).
Calais devait rester à l'Angleterre jusqu'en 1558, et jusqu'en 1558 l'Angleterre allait avoir en France un port de débarquement et un point d'appui. Aussi Edouard III, comprenant le prix de cette conquête, s' efforça-t-il d'y établir solidement son autorité. 11 promit des maisons, des rentes et des avantages à ceux de ses sujets qui viendraient s'y fixer; il y envoya trente-six bourgeois, dont douze de Londres; il confirma les franchises de la ville. Les Calaisiens, dont la plupart 1; se retirèrent à Saint-Omer, ne voulant pas opter pour la sujétion anglaise, furent l'objet de mesures bienveillantes de la part du roi de France.
Dernières années de Philippe VI de Valois. — La peste noire. Les flagellants La gabelle. — Si les dernières années du règne de Philippe VI ne furent pas désolées par les maux de l'invasion ('•dan L'ère, des calamités tout aussi graves,
quoique d'un autre ordre, continuèrent d'épuiser la France. D'abord, la trêve qui suivit le désastre de Crécy et la prise de Calais (28 septembre 1347) laissa sans emploi des bandes d'aventuriers dont le pays dut subir les exigences et les rapines. Puis à la famine vint s'ajouter la peste noire ou
peste de Florence, maladie épidémique venue de la Chine par Constantinople et l'Italie et qui emporta un tiers de la population. Elle fit à Paris seulement 50 000 victimes et décima aussi l'Angleterre en 1348.
A l'occasion de la peste noire des bandes de fanatiques, qui se battaient en public en manière de pénitence et que l'on appela les flagellants, parcoururent la France, après l'Allemagne. Presque nus, chantant des prières lugubres, ils se flagellaient avec un fouet à nœuds armés de pointes, disant que leur sang se mêlait à celui de Jésus-Christ pour le salut de la chrétienté. D'accord avec Philippe de Valois, Clément VI fulmina une bulle qui les déclarait hérétiques (1349). La terreur causée par la peste noire leur avait permis d'exercer une sorte d'influence myslique sur les populations désolées et terrifiées, qui accusèrent les juifs d'avoir empoisonné les fontaines et les massacrèrent en plusieurs endroits.
Comme le trésor royal était à sec, Philippe VI avait établi en 1343, sous le nom de gabelle, le monopole du sel, c'est-à-dire qu'il avait obligé chaque famille, dont la consommation fut limitée, à s'approvisionner dans les greniers publics au prix fixé arbitrairement par I'Élat. Par un mauvais jeu de mots, Edouard III le surnomma le vrai roi salique, parce qu'il avait rétabli l'impôt sur le sel. Philippe, de son côté, traitait Edouard de marchand de laine, parce que l'Angleterre vendait aux Flamands la laine dont ils faisaient leurs draps.
Annexions. — Philippe VI, en mourant (1350), laissa donc le royaume dans une situation lamentable. Cependant, le domaine continuait de s'agrandir.
Le roi y réunit son apanage (Valois, Maine, Anjou), Philippe d'Évreux lui céda la Champagne et la Brie (voir p. 205) ; Jayme II d'Aragon, roi de Majorque, lui vendit (18 avril 1349) la baronnie de Montpellier, qui complétait notre établissement dans le Languedoc, et Humbert le Dauphiné. Le Dauphiné était ainsi appelé parce que le seigneur de ce pays avait un dauphin dans ses armes; le seigneur lui-même portait le titre de dauphin. Le 30 mars 1349, le Dauphiné fut cédé à Charles, fils aîné du duc de Normandie (1), par Humbert II, dauphin du Viennois, à la condition que l'aîné des fils de rois de France porterait a l'avenir le titre de dauphin, et qu'il recevrait à sa naissance cette province en apanage.
BIBLIOGRAPHIE
Sources : Jean le Bel (édition de la Société de l'histoire de France). — Fhoissart (éditions de Kervyn de Lettenhove et surtout de Siméon Luce, dont les sommaires analytiques résument avec la plus claire précision le récit de Froissart). — Continuateurs de Guillaume de Nangis (édition
Géraud). — Richard Lescot, Chronique (édition Jean Lemoine). — Jean de Venettë (édition Géraud, à la suite de son édilion de Guillaume de Nangis). — Grandes Chroniques de France, dites aussi Chroniques de Saint-Denis (édilion
Statue tombale de Philippe VI.
Attribuée à André Beau neveu et provenant de l'église des Jacobins (Musée du Louvre).
(1) Le duc de Normandie, Jean, succéda en 13K0 à son père Philippe VI de Valois sous le nom de Jean II le Don.
i Après la capitulation, Eustache de Saint-Pierre, rallié à la domination anglaise, fui chargé de fonctions municipales et reçut du vainqueur des terres el des pensions; d'où Bréquigny Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XXXVII a cru pouvoir révoquer en doute le dévouement des six bourgeois de Calais. Sirnéon Luce (Chroniques An Froissart, t. IV, Sommaire, p. xxv), discute les documents interprétés par Bréquigny et n'y trouve rien pour infirmer le témoignage de Jaban le Bel, y -|ui Froissart a emprunté l'épisode.
Tombeau de Philippe VI, au premier plan, et de Jean le Bon, au fond (Abbaye de Saint-Denis).
Paulin Paris). — Chronique normande du xive siècle (édilion A. et K. Mobilier). — Chronique des quatre premiers Valois (édilion Siméon Luce). Ouvrages à consulter: Cosneau (E.)i Les Grands Traités de la guerre de Cent ans (1880). — Déprez (E.), Les Préliminaires delà guerre de Cent ans. La -papauté, la France et l'Ata/leterre (1902). — Deniflb (le P. Henry), La Désolation des églises, monastères el hôpitaux pendant la guerre de Cent ans. I. Documents relatifs au w* stëcïe. IL La guerre de Cent ans jusqu'à la mort de Charles V (1889, 2 tomes en 3 volumes grand in-8°). — Faure (Claude), Histoire de la réunion de Vienne à la France, lèîÉ-HSJt (1907). — Guiffrev, Histoire de la réunion du Daiiphiné à la France (1868). — Luge (Siméon), La France pendant la guerre de Cent ans (1893). — Plaine, La Guerre de la Succession de Bretagne (1886). — Viard (J.), La France sous Philippe rie Valois (dans la Revue des questio?is historiques, 1896). — Vanderkindere (Léon), Le Siècle des Artevelde. Études sur la civilisation morale et politique de la Flandre el du Proliant (Bruxelles, 1S79).