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IV. — CHARLES VI

Les « sires des fleurs de lys ». — Charles VI (2), qui avait onze ans à peine à la mort de son père, fut placé scus la tutelle

de ses oncles les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourgogne (3), et de son cousin le duc Louis de Bourbon (4). Les « sires des fleurs de lys » déchirèrent l'État par leur ambition, leurs rivalités violentes etleurs exactions.

Le plus puissant de ces grands personnages était incontestablement Philippe le Hardi. Son père, Jean le Bon, lui avait donné la Touraine, puis la Bourgogne, auxquelles s'était ajoutée sous Charles V la Flandre française. Lors de la mort de son beau-père; Louis de Mâle, en 1384, sa femme, Marguerite de Flandre, héril.a de nouveaux domaines (comté de Flandre, d'Artois, de Bour- „,.,. , „ ,. , , „ goene, de Nevers, de lîeihel),

Philippe le Hardi, due de Bourgogne. . ' . "

et il devint tout-puissant dans

le Nord. Ses Etats étaient riches par le commerce et l'industrie; il leur donna une' organisation administrative complète et sa cour rivalisa de faste et d'importance

(1) Des slalues de Charles V et de sa femme Jeanne de Bourbon (voir p. 225) ornaient le portail de l'église des CclesUns.

(1) Voir, sur les constructions de Charles V, livre VU : 1 <i Société cl la

Civilisa lin a aux XIVe et XVe siècles.

(•1) Charles VI, (ils de Charles Vet de Jeanne de Bourbon, né et mort a Paris 1368-1 122), épousa 1385) Isabeau de Bavière, donl II eut nolammenl : Isabelle d'Orléans (1389-1409 , mariée en premières noce- 1396] àRichard II, roi d'Angleterre; en secondes noces 1406) à Charles, duc d'Orléans ; — Jeanne 1391- 1433), mariée 1397 a Jean VI, comte de Montforl; — Michelle 139a ', mariée à Philippe le Bon, duc de Bourgogne : — Louis, dur de Gu; Uio); — Jean, duc de Berry (1398-1417 . marié 1406 àJacquelim ,'ière;

— Catherine (1401-1438), mariée 1420 a Henri V d'Angleterre; -C/i les VII.

(3) Louis, duc d'Anjou, né à Vincennes en 1339, mari de Blois, roi de Naples en 13 iglia en 1384; —Jean, duc de

Berry, né à Vincennes, mort k Paris 1340-1416), • d \

gnac;— Philippe le Hardi, due de Bourgogne :n 1342, marié 1369) a

Marguerite de Flandre, mort au château de Hall Hainaul) en 1404.

i Louis 11 de Bourbon, né en 1337, mort en 1410, marié [1371 à Anne, fille du comte de Clermont et d'Auvei

Berry, celui des provinces méridionales; Louis, duc d'Anjou, prit la régence.

Les misères du peuple, les déprédations et la tyrannie des grands, les tentatives faites pour établir des taxes nouvelles provoquèrent (.1rs soulèvements.

Révolte des Maillotins (1382). — Quelques semaines après la mort de Charles V, le duc d'Anjou," qui exerçait la régence, avait,

Louis, duc d'Anjou. Jean, duc de Berry.

(Recueil de Gaignières).

Sceau et monnaies de Charles VI.

Louis de Mâle, comte de Flandre.

(Recueil d'Arras.)

avec les plus grandes maisons souveraines. On vantait sa bravoure, dont il avait donné les premières preuves à la bataille de Poitiers.

Le duc d'Anjou, dont la mauvaise administration avait, sous le règne précédent, fait éclater une redoutable insurrection dans son gouvernement du Languedoc, mit la main sur tout ce qui avait appartenu au feu roi : meubles , vaisselle, joyaux, argent; après quoi les trois frères se partagèrent les provinces : Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, eut le gouvernement de la Normandie et de la Picardie; Jean, duc de

sous la menace d'une émeute, supprimé la plus grande partie des impôts (16 novembre 1380), mais pour peu de temps.

Rouen s'insurgea la première contre l'établissement d'un droit sur les boissons et sur les draps. A Paris, le rétablissement du douzième denier sur les marchandises exaspéra la population. Lorsque, le 1er mars 1382, un percepteur s'avisa de demander le payement de la taxe aune vieille femme qui vendait du cresson, il fut aussitôt massacré. Dans les halles, dans toute la ville retentit le cri : « Aux armes ! » La multitude se porta à l'hôtel de ville, s'empara de lances, d'épées, surtout de maillets neufs qui y étaient amassés en prévision d'une attaque des Anglais, et massacra plusieurs fermiers et percepteurs de l'impôt. Hugues Aubriot, ancien prévôt royal, nommé par les insurgés capitaine de Paris, s'empressa de fuir en Bourgogne, et la haute bourgeoisie, effrayée des violences commises, quitta également la ville. La révolte des Maillotins n'en fut pas moins tout d'abord redoutable, car les villes de Chàlons, de Reims, de Sens, de ïroyes, d'Orléans, également soulevées, s'entendaient avec les Flamands révoltés contre leur comte. De plus, l'insurrection des Tuchins, qui comprenait à la fois des paysans et des ouvriers, avait éclaté en Languedoc; leurs bandes « tuaient, dit le Religieux de Saint-Denis, les nobles, les prêtres et tous ceux qui n'avaient pas les mains dures et calleuses ». Dans cette situation difficile, le duc d'Anjou, qui se préparait d'ailleurs cà conquérir le royaume de Naples, transigea provisoirement avec Paris.

Guerre de Flandre. — La bataille de Roosebeke et son contre-coup à l'intérieur (1382). — Les Gantois, révoltés contre Louis de Mâle, comte de Flandre, qui avait favorisé les Brugeois, avaient pris pour chef le fils du célèbre Jacques d'Artevelde, Philippe, et avaient occupé Bruges. Le comte, obligé de fuir, invoqua le secours du duc de Bourgogne, qui avait épousé Marguerite, sa fille et unique héritière.

Philippe le Hardi avait des droits éventuels à la succession de Flandre. Il entraîna facilement le jeune Charles VI dans une guerre contre les chaperons blancs (1), voulant frapper au cœur le foyer de la résistance aux exactions féodales, résistance qui se manifestait un peu partout en Europe.

Les deux armées se rencontrèrent dans une vaste plaine, entre Roosebeke et Courtrai. Les Flamands, peu familiarisés avec les mouvements stratégiques, s'étaient rangés en bataille dans l'ordre des différents métiers dont h-s symboles se déployaient sur leurs bannières; en même temps, ils n'avaient formé de tous ces corps qu'un seul bataillon, dont la masse énorme, dans leur pensée, devait broyer les chevaliers. Ils étaient

La bataille de Hoosebeke (Miniature d'un manuscrit français de la BiuliotUèquo nationale).

(1) Philippe Artevelde avait décidé que les insurgés gantois porteraient un morceau d'étoffe blanche avec la devise : « Aide-toi, le ciel l'aidera. »

LA GUERRE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL

Retour de Charles VI à Paris (Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale).

armés de maillets, de

chapeaux en fer, de hoquetons et de gantelets de même métal, de longs bâtons garnis de fer. Ils avaient heureusement choisi leur position entre un ravin profond et un bois, et couvert leur front d'un fossé défendu par des ahatis. Ainsi protégés, ils eussent été difficilement forcés dans ce poste presque inexpugnable, mais ils commirent la faute de l'abandonner pour aller s'établir sur une petite colline appelée le Mont-d'Or, s'imaginant de là rendre leur choc plus irrésistible. A la vue de ce mouvement, le connétable Olivier de Clisson , commandant l'armée française, divise ses troupes en trois corps, qui doivent assaillir les Flamands de plusieurs côtés à la fois; puis il ordonne à Pierre de Villiers de déployer l'oriflamme, et aussitôt la bataille s'engage avec le plus furieux acharnement.

Les Flamands reçurent leurs ennemis sans reculer et ouvrirent sur eux le feu de leurs canons et de leurs bombarbes. Pour ne point se laisser entamer, ils s'étaient attachés les uns aux autres, ne comprenant pas qu'ils enchaînaient ainsi la liberté de leurs mouvements et ([n'en cas d'échec ils se vouaient à une destruction complète. Ce bloc humain résista pendant quelque temps aux assauts furieux de la chevalerie; mais une multitude indisciplinée et sans ordre ne pouvait manquer d'être rompue et enfoncée par des hommes habitués aux luttes guerrières et commandés par un capitaine aussi habile que Clisson.

Forcés de se serrer de plus en plus les uns contre les autres, se heurtant mutuellement et paralysant leurs mouvements respectifs, entourés de toutes parts, ils furent tués, massacrés sans pitié ou périrent étouffés, écrasés sous les pieds des chevaux.

Enfin ils parvinrent à se rompre, et tous ceux qui n'étaient pas tombés sous la hache d'armes dés chevaliers cherchèrent rapidement le salut dans la fuite; mais ils laissaient 25000 morts sur le champ de bataille, et parmi ces derniers se trouvait Philippe Artevelde, dont le cadavre fut pendu à un arbre. La victoire n'avait coûté que quelques hommes aux Français.

Le premier résultat de la bataille de Roosebeke fut la reddition de Courtrai qui, ainsi que Bruges et Ypres, fut inondé d'- sang. La Flandre ne fut cependant pacifiée qu'en 138b

par le duc de Bourgog [ui,

l'année précédente, avait hérité des vastes domaines de son beau-père Louis de Mâle et qui signa avec les communes

Histoire i>e France. — I.

le traité de Tournai.

Paris ressent il, le contre-coup de cette réaction. Au retour du roi et des princes, la ville paya de la perte de ses franchises sa résistance aux spoliations de la cour; la bourgeoisie et le peuple furent décimés par les supplices, ruinés par les confiscations et les taxes; Jean Dësmarets et onze notables furent décapités. Rouen, Reims, Châlons et d'autres villes subirent les mêmes châtiments.

L'ancien système fiscal fut rétabli.

Les années suivantes furent remplies par des prépara tifs formidables pour une descente en Angleterre. Cette entreprise, en vue de laquelle on avait épuisé le pays, échoua honteusement grâce aux lenteurs calculées du duc de Berry, qui n'avait vu dans cet armement qu'une occasion de nouvelles rapines.

Entrée d Isabeau de Bavière à Paris C/iTOnigues de FroiSSOrt, I ibliulh. n&t.),

Mariage de Charles VI et d'Isabeau de Bavière (1385). — Le puissant duc de Bourgogne maria le jeune roi, qui n'avait que dix-sept ans, avec la belle Isabeau, qui n'en avait que quatorze (1385). Fille d'Etienne II, duc de Bavière, Isabeau, dont la vie dissolue fut un incessant scandale, devait exercer sur les destinées de la France une inilueuçe fatale, lorsque son mari, devenu fou, ne régna plus que de nom.

Les Marmousets (1388). — En 1388, le roi s'affranchit de la pesante tutelle de ses oncles, que le peuple haïssait jusqu'à la fureur.

Conseillé par son frère cadet Louis d'Orléans, il s'entoura de quelques hommes capables, qui avaient dirigé les alla ires sous Charles V. Les princes et les courtisans appelaient ironiquement ces ministres des marmousets, des hommes de peu, parce qu'ils étaient d'humble origine :

c'étaient Bureau de la Rivière, Pierre de Vilaines, Jean de Noviant, Jean de Montaigu, et le prévôt des marchands Jean il'') Jouvenel des Ursins.

Les marmousets cherchèrent, autant que possible, à mettre un terme aux désordres qui avaient signalé la minorité du roi. Une trêve fut signée avec l'Angleterre.

Folie du roi (1392).

Pendant quatre ans, la Fiance, grâce à l'administration des marmousets, put jouir d'une tranquillité relative, mais elle retomba en 1392 dans un abîme de misère.

Par intervalles, Chai les VI avait déjà donné quelques marques d'une altération d'esprit causée peut-être ou tout au

moins aggravée par les excès.

Unévénement mystérieux vint bientôt lui porter un coup funeste et préparer pour la France une période de calamités.

Un gentilhomme breton, Pierre de Craon, ennemi d'Olivier de Clisson, tenta de l'assassiner une nuit qu'il sortait de l'hôtel Saint-Pol, où se donnait une de ces fêtes somptueuses pour lesquelles le roi et la reine étaient passionnés.

Clisson, percé de coups, fut laissé pour mort. Craon s'enfuit en Bretagne chez le duc Jean Y, son parent, qui refusa de le livrer à Charles VI.

Le roi résolut immédiatement de marcher contre son vassal (1392). Comme il traversait la forêt du Mans, un homme bizarrement vêtu et le visage bouleversé sortit d'un fourré et se précipita à la bride de son cheval en criant d'une voix tonnante: « Roi, ne chevauche plus avant, lu es trahi! » Puis il disparut sans qu'on songeât à l'arrêter ou à le poursuivre. Charles fut vivement frappé de cette apparition. Quelques instants après, le page qui portait la lance royale s'étant endormi sur sa monture, la lance heurta le casque du page voisin; ce choc accidentel lit tressaillir le roi, dont la démence lit explosion.

Il se crut environné de traîtres, tira son épée en poussant

de giands cris, se jeta sur son frère Louis d'Orléans, qui lui échappa, mais tua quatre hommes avant qu'on eût pu le désarmer.

On le conduisit à Creil et on le mit entre les mains de Guillaume de Ilarselly, qui le soigna avec succès, mais un accident détermina une nouvelle crise. Le 28 janvier 1393, Isabeau de Bavière fêtait, en l'hôtel de la reine Blanche, le mariage de son amie Catherine « l'Allemande ». Après le souper, six sauvages masqués, vêtus de maillots d'étoupe, firent irruption dans le bal. Le duc d'Orléans ayant approché des maillots une torche enflammée, l'étoupe pril feu. La duchesse de Berry se précipita Vers*le roi, qui était parmi les« sauvages , et, l'enveloppant de son manteau, réussi I à étouffer les flammes, mais tout espoir de guérisonétail désormais perdu. Le malheureux roi vécut en proie à une démence tantôt enfantine et tantôt furieuse, alternant avec quelques rares instants de lucidité, pendant lesquels il essayait parfois de réparer le mal fait en son nom. Sa belle-sœur Valentine Visconti, duchesse d'Orléans, cl une jeune fille, Odette de Champdivers, qu'on avait placée auprès de lui, le consolèrent seules au milieu de ses souffrances. On l'amusail encore avec des représentations de la Passion et avec des carions peints qui devinrent les caries à jouer, in\entées, dit-on, pour lui, mais qui, en réalité, étaient déjà connues en Allemagne et en Italie.

A partir de 1394, il n'est plus qu'un instrument entre les mains des ducs de Berry et de Bourgogne, et la cour devient le théâtre des scandales les plus éhontés. Ses oncles, de nouveau maîtres du gouvernement, ne songent qu'à le faire servira leurs fantaisies. Les marmousets sont incarcérés; Clisson, privé de son épée de connétable, se retire en Bretagne; la

Sacre de Charles VI (Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale).

Jean de Montaigu (Recueil de Gaignières).

reine Isabeau donne l'exemple du désordre ; les agents de la couronne n'obéissent plus, dans les provinces, au pouvoir central ; des brigands ravagent le pays; la misère est partout.

L'ne trêve est signée avec l'Angleterre ; la petite princesse Isabelle, âgée de huit ans, est liancée à Richard II (1396j, et, tranquilles du coté de l'Angleterre, les princes ne songent plus qu'à organiser une croisade contre les Turcs, prêchée par le pape Urbain Y.

Les Français à Nicopolis 1396). — Le sultan Mourad Ier avait vaincu les Bulgares et défait les Serbes dans la plaine de Kossovo (1389). Son fils Bayezid L'ayant proclamé l'annexion de la Bulgarie 1394), le roi de Hongrie, Sigismond, placé à l'avant-garde de la chrétienté, lui déclara la guerre et lit appel au concours des chrétiens.

C'est alors que 12 000 Français, l'élite de la chevalerie (Philippe d'Artois, comte d'Eu; le maréchal Boucicaul; Jean de Vienne, amiral de France, etc.), partirent pour la Hongrie sous la conduite du comte de Nevers, Jean, fils du duc de Bourgogne Philippe le Hardi.

La chevalerie, incapable à Crécy et à Poitiers d'arrêter l'invasion anglaise, ne put davantage, malgré sa valeur héroïque, mais indisciplinée, arrêter l'expansion des Turcs.

Les croisés, au nombre de 60000, vinrent braver Bayezid jusque sous les murs de Nicopolis. Des Serbes, des Bosniaques, des Crées servaient dans les rangs de l'armée ottomane, forte de 200000 hommes. Le padichâh s'avance, les chevaliers se signalent, par des exploits prodigieux; mais, entourés et écrasés, ils ne peuvent que vendre chèrement leur vie et ils n'y manquent pas. Trois cents à peine échappent au carnage : dix Turcs pour un chrétien jonchent le sol. Le comte de Nevers, qui gagna dans cette journée son surnom de Jean sans Peur, fut l'ait prisonnier et ne recouvra sa liberté qu'au prix d'une énorme rançon.

Rivalité des maisons de France et de Bourgogne. — Assassinat du duc Louis d'Orléans (1407). — Louis de France, duc d'Orléans, second lîls de Charles V, avait épousé sa cousine germaine Valentine Visconti. Lors de la folie du roi, il avait été écarté du pouvoir par le duc de Bourgogne, niais il faut convenir qu'il était peu populaire : on lui reprochait sa légèreté-, sa dissipation, ses prodigalités, ses débauches; on l'accusait, ainsi que sa femme, d'avoir jeté un sort sur Charles VI pour s'emparer de la couronne. Il lit une vive opposition au gouvernement de Philippe le Hardi, en particulier dans les affaires d'Angleterre, et, ayant acquis le Luxembourg, il osa même attaquer la puissance bourguignonne dans les Pays-Bas. Enfin, profitant d'une absence de Philippe le Hardi, il s'empara du gouvernement. Mais le duc de Bourgogne sut se rendre favorable la bourgeoisie parisienne en s'opposanl à l'établissement de nouveaux impôts, et il avait recouvré toute son influence,

LA GUERRE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL

lorsque sa mort, en 1404, parut laisser le champ libre au duc d'Orléans.

Celui-ci trouva toutefois un adversaire plus redoutable encore que Philippe dans le nouveau duc de Bourgogne, Jean sans Peur, el la rivalité des deux maisons allait déchaîner entre la France du .Nord et la France du Midi la plus atroce des guerres civiles. Le dinde Bourgogne n'hésita pas à se débarrasser de son rival d'influence, et, en 1407, il le lit assassiner par un gentilhomme normand, Raoul d'Octonvilîe, au lendemain d*une réconciliation solennelle des deux princes en présence du duc de Berry. Le frère du roi sortait de l'hôtel Barbette, habité par la reine Isabeau, lorsqu'il lui assailli, dans la rue Vieille-du-Temple, par les assassins à la solde de Jean sans Peur ■11 novembre 1407).

Raoul d'Octonvilîe lui ayanl tranché le poing

d'un coup de hache, le malheureux s'écria : « Je suis le duc d'Orléans! •■, à quoi on lui répondit : « C'est ce que nous demandons: » — «Lois, par force el abondance île coups, fut-il abattu jus de sa mule, el sa tète fui toute pourfendue, par telle manière que sa cervelle chéit dessus la chaussée. En outre la le retournèrent el renversèrent et martelèrent si terriblement qu'il mourut sur la place. » Le malheureux duc d'Orléans était, en dépit de son impopularité, un prince aimable, d'esprit ouvert, el même d'intelligence supérieure ; il a laissé des traces de son influence dans le développemenl artistique el intellectuel de la France. Mais sa politique extérieure avait été inopportune, même si on la juge conforme à l'intérêl français. En Italie, il rêva de faire valoir ses droits sur le .Milanais el de créer un royaume d'Adria. En Allemagne, il se mêla inutilemenl aux querelles des maisons de Bavière el de Luxembourg. 11 dépensa en pure pei te les forces de la France, et comme à l'intérieur son administration avail été ruineuse, le pays se trouva épuisé lorsqu'il fallut reprendre lu lutte contre l'Angleterre.

Armagnacs et Bourguignons. — Craignant

Le bal des ardents (Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale).

Sceau de Jean sans Peur.

Phot. Ilraun et C'v Jean sans Peur Musée Conclu, Chantilly).

d'être découvert, Jean sans Peur gagna la Flandre, où il battit à Hasbain les Liégeois révoltés, non sans avoir confié son odieux secret au duc de Berry (1407). Soupçonné de toutes parts, il avoua hautement son crime qui, chose étrange, ne lit qu'augmenter sa popularité, et revinl à Paris à la tête d'un nombreuxcorlège ]>our présenter sa justification. Accueilli triomphalement par le peuple, il exigea une audience publique ; là, devant le roi, devant les plus grands personnages, il fit prononcer par le cordelier Jean Petit l'apologie du meurtre et affirmer qu'il ne Lavait commis que pour le bien du royaume et du roi (8 mars 1408). Le célèbre théologien Jean Gerson, ayant fait censure r cette thèse odieuse par le concile de Constance, dut s'enfuir sous un déguisement, et tout le inonde pardonna au meurtrier. Valentine de Milan, qui adopta dès lors la devise découragée : ii Bien ne m'est plus, plus ne m'est rien, » ne survécut guère qu'un an à son mari, et le duc de Bourgogne, maître de Paris et du gouvernement, imposa une réconciliation solennelle aux enfants île sa victime paix fourrée de Chartres, 140'd . puis se lit donner la garde du dauphin : il put se croire un moment le véritable roi de France. Mais il eut bientôt à lutter contre un ennemi irréductible, Bernard, comte d'Armagnac, dont la fille épousa Chai les d'Orléans, fils du duc assassim'. La faction d'Orléans ou de la cour, opposée à celle des Bourguignons, fut désignée sous le nom d'Armagnac. Elle avait pour elle la reine Isabeau, la cour et la noblesse, tandis que les Bourguignons s'appuyaienl sur le peuple, dont Jean recherchait la faveur. Les Armagnacs avaient pour signe de ralliement une écharpe blanche ; les Bourguignons portaient la croix rouge de Saint-André.

Quand Bernard marcha sur la capitale, il était entouré de bandes de pillards, qui avaient déjà dévasté le Midi et qui se jetèrent avec férocité dans la guerre civile. Le but de chacun des partis étail de s'emparer de Paris et de Charles VI ei de régner en fait

sous le nom de l'in- Bernard d'Armagnac

fortuné monarque. (Miniature d'un manuscrit d'Olivier de la Marche;

Bibliothèque nationale).

La paix de Bicêtre (2 novembre 1410), due à l'intervention de l'Université, ne retarda que de fort peu de temps l'ouverture des hostilités, et, le 18 juillet 1411, le duc d'Orléans adressait au duc de Bourgogne un défi qui la détermina. Après une vaine tentative pour occuper la capitale (septembre 1411), les Armagnacs s'allient avec le roi d'Angleterre, ce dont le duc de Bourgogne, naguère coupable du même crime, tire argument pour entraîner Charles VI dans une campagne contre son adversaire. Pendant que l'armée1 royale s'efforce d'enlever Bourges aux « Orléanais -, les Anglais pillent la Normandie; la guerre civile concourt avec la guerre étrangère pour ruiner le pays. La fortune se prononça contre les Armagnacs, dont les personnes et les biens furenl l'objet de violences impitoyables jusqu'à la signature du traité d'Auxerre (■1-1 août 1412).

Les Cabochiens et l'Université. — Le parti bourguignon lirait sa force de la combinaison de deux éléments 1res divers : un ('dénient brutal et matériel, les cabochiens; un élément moral et politique, l'Université, à qui se joignit le corps de ville.

Les bouchers formaient une corporation riche et puissante. Secondés par leurs valets, les écorcheurs, et tous ceux qui tenaient à eux de près ou de loin : tripiers, tanneurs, corroyeurs, pelletiers, ils constituaient un corps de cinq cents hommes sous la direction de Legoix, Denis de Chauniont, Thibert Saint- Yon, le bourreau Capeluche et Simon Caboche, qui donna son nom à la faction.

Paris, sous la domination des cabucltiens, fut témoin de toutes les violences. Le nom d'Armagnac devint une marque de proscription dont s'emparèrent les haines privées. Plusieurs fois les cabochiens se portèrent vers la demeure royale, tantôt pour reprocher au dauphin sa vie honteuse et déréglée, tantôt pour lui demander de livrer ses favoris qui avaient encouru la colère du peuple. Un jour, ils portèrent au roi le chaperon blanc, coiffure des Gantois révoltés, qu'ils adoptèrent pour signe de reconnaissance, et dont ils forcèrent Charles VI à se couvrir, ainsi que les princes qui l'entouraient, y compris le duc de Bourgogne.

En même temps que ces « hommes de main », l'Université, organisme autonome et puissant, entre en scène, et c'est surtout à son intervention que fut due l'élaboration d'un programme de réformes administratives et financières.

L'invasion étrangère devenait inquiétante. Pour la combattre, il fallut bien, le Trésor étant à sec, demander des subsides aux Etals généraux.

États généraux (1413). — Les États généraux se réunirent à l'hôtel Saint-Pol, le 30 janvier 1413. Six jours furent donnés aux députés pour faire connaître leurs décisions. A l'expiration de ce délai, ils demandèrent au roi d'avoir pitié de ses sujets, incapables de supporter le poids de nouveaux impôts, et de faire reverser par les comptables malversateurs les sommes nécessaires à l'entretien des troupes. L'Université et le corps de ville s'étaient déclarés favorables aux redonnes, mais le parlement s'était tenu à l'écart, estimant qu'une cour qui rendait la justice au nom du roi n'avait pas à formuler de revendications à l'en contre du gouvernement. Vn religieux de Saint-Denis, Benoit Gentien, exposa les doléances de l'assemblée; il supplia le souverain de ne pas céder aux seigneurs île son entourage et de ses capitaines, et de reprendre les deniers frauduleusement détournés par les collecteurs d'impôts. Ces doléances, que l'on ne trouva pas assez fermes, furent précisées dans un cahier, rédigé par Eustache de Pavilly, de l'ordre des Cannes, el dont le recteur, dans une seconde audience, donna lecture au roi. L'Université et la Ville demandaient la stricte observation de la paix d'Auxerre, la réforme du personnel administratif et financier, la suppression des pensions de faveur, l'emploi des impôts conformément à leur destination normale, l'entrée au conseil d'hommes sages et désintéressés.

Ces remontrances, dont l'auteur ne craignait pas de prendre à partie les personnalités les plus compromises, furent suivies de l'arrestation des principaux coupables et de la nomination dune commission de douze membres chargée de préparer une ordonnance de réformation. Elle comprenait des clercs, des chevaliers, le savant docteur Jean Courtecuisse, qui avait prononcé l'éloge funèbre de Louis d'Orléans, des membres du parlement, le recteur de l'Université Pierre Cauchon, l'échevin de Paris Jean de l'Olive. Elle élabora en quelques jours l'œuvre célèbre connue sous le nom iVOriloiiiiniifc cabochienne et, le 24 mai, les chefs du parti populaire et bourguignon, par l'organe de Jean de Troyes, chirurgien et échevin, en exigèrent la promulgation. Elle fut effectivement lue et approuvée, en la grand'chambre du Conseil, les 26-27 mai 1413.

L'ordonnance cabochienne (1413). — L'ordonnance dite cabochienne fut donc l'œuvre de l'Université et de la bourgeoisie, soutenues par les cabochiens. Les matières qu'elle réglemente concernent le domaine, les monnaies, les aides, le trésorier des guerres, l'hôtel du roi, la chambre des comptes, le parlement, la justice, la chancellerie, les eaux et forêts.

« Celle ordonnance, qui n'a pas moins de deux cent cinquantehuit articles, est un code complet d'administration, établissant uwr hiérarchie de fonctionnaires électifs, imposant des règles de gestion et de comptabilité, limitant les offices, soif en nombre, soit quant au pouvoir, el assurant aux sujets de toutes les classes des garanties contre l'injustice, l'oppression, l'abus de la force ou de la loi. Il y a là un immense détail de prescriptions de tout genre, sur lequel semblent dominer deux idées, la centralisation île l'ordre judiciaire et celle de l'ordre financier; tout aboutit d'un côté à la chambre des comptes et de l'autre au parlement. L'élection est le principe des offices de judicature : il n'y a plus de charge vénale; les lieutenants des prévôts, des baillis et des sénéchaux sont élus par les gens de loi et les avocats du district. Pour la nomination d'un prévôt, les gens de pratique et autres notables désignent trois candidats, entre lesquels choisi) le chancelier, assisté de commissaires du parlement. Pour la prévôté de Paris el les autres offices supérieurs, c'est le parlement qui nomme au scrutin, sans formalité de candidature; il choisit de même ses propres membres et ne peut en prendre plusieurs dans la même famille. Les prévôts, baillis et sénéchaux doivent être nés hors de la province où ils exercent leur magistrature ; ils ne peuvent rien y acquérir, ni s'y marier, ni y marier leurs filles. La juridiction des eaux et forêts, souvent, tyrannique pour les campagnes, est restreinte dans son étendue, et soumise en appel au parlement. Il est statué que les usages" ruraux seront partout respectés; que les paysans pourront s'armer pour courir sus aux pillards; qu'ils auront le droit de poursuivre les loups, de détruire les nouvelles garennes faites par les seigneurs et de refuser à ceux-ci tout péage établi sans litre.

« Ce qui fait le caractère de cette grande ordonnance et la distingue de celle du 3 mars 13H7, c'est que, sauf l'élection pour les emplois judiciaires, elle n'institue rien de nouveau, laisse intact le pouvoir royal et se borne à lui tracer des règles administratives. L'expérience du siècle précédent a porté ses fruits; en dépit de son nouvel accès de fougue révolutionnaire, l'esprit de la bourgeoisie parisienne est au fond plus rassis et plus modéré. Sous cette domination anarchique de la municipalité dominée elle-même par une faction d'hommes grossiers et violents, des idées calmes de bien public, jusque-là contenues, se sont fait jour au travers et peutêtre à la faveur du désordre. Suivant une remarque applicable à d'autres temps de révolution : « Les violents ont exigé ou dicté, les ci modérés ont écrit... »

« Mais, cette loi administrative de la vieille France, il se trouva des hommes pour la concevoir, il ne s'en trouva point pour l'exécuter et la maintenir. Les gens sages et rompus aux affaires n'avaient alors ni volonté ni énergie politique. Ils se tinrent à l'écart, et l'action resta aux exaltés et aux turbulents, aux bouchers et à leurs alliés. Ceux-ci précipitèrent par des excès intolérables une réaction qui amena leur chute, leur bannissement et l'abandon des réformes obtenues à si grande peine (1). »

Retour des Armag-nacs (1413). Paix d'Arras entre la France et la Bourgogne (1415). — Les cabochiens avaient en elfel fini par lasser le parlement, l'Université et la bourgeoisie, surtout depuis qu'ils avaient levé, avec leur brutalité coutumière, une contribution pour la guerre extérieure, et que, les Armagnacs approchant de Paris, les bouchers s'étaient opposés aux négociations entamées entre les princes en vue d'une paix définitive. L'avocat général Jouvenel des Ursins, ancien prévôt de Paris, persuada au conseil que le peuple voulait en finir avec la dangereuse domination de la démagogie. Une conférence fut tenue à Pontoise, au cours de laquelle on arrêta un projet de convention dont la lecture fut faite, non seulement à l'hôtel de ville, mais encore aux assemblées de quartier. Cette consultation ayant été défavorable à la « boucherie », le parlement, la chambre des comptes, le clergé, le corps de ville se rallièrent au vœu unanime de la population, et les cabochiens, après une manifestation stérile sur la place de Grève, quittèrent Paris au plus vite pour échapper à l'exécution sommaire qui les menaçai) 'i août 1413).

Le duc de Bourgogne ne se jugeant plus en sûreté prit en toute hâte le chemin de la Flandre : les Armagnacs rentrèrent dans la

(•] Augustin Thierry, Essai sur l'histoire </n tiers état, chap. III.

L\ r.lERRE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL

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L'avocat général Jouvenel des Ursins et sa famille (École française, xve siècle, Louvre).

capitale, l'ordonnance caboehienne fut révoquée (5 septembre 1413) et l'écharpe blancbe remplaça la croix de Saint-André. C'est en vain que Jean sans Peur s'efforce de rentrer dans Paris (février 1414) ; sur son refus de désavouer nettement les propositions du cordelier Jean Petit, apologiste du meurtre de Louis d'Orléans, ces propositions sont condamnées et brûlées publiquement sur le parvis Kotre-Dame; enfin l'armée royale s'empare de Compiègne, de Soissons, villes bourguignonnes, et vient investir Arras. Le siège traînant en longueur, l'entourage du roi consent à la paix, qui est signée à Arras à la demande du duc de Brabant, de la comtesse de Hainaut et des États de Flandre (23 février 1415). Le duc de Bourgogne faisait acte de soumission, promettant de ne pas rccbercber l'alliance anglaise, s'engageant à ne jamais revenir auprès du roi ou du dauphin sans y être invité, ordonnant à ses sujets d'observer fidèlement le traité de Cbartres.

L'invasion anglaise. Bataille d'Azincourt (1415). — Après avoir appuyé' tour à tour les deux partis pour les affaiblir l'un par l'autre 1 , Henri V, roi d'Angleterre, négocia avec le duc de Bourgogne.'Il somma le mi d'exécuter" le traité' de Brétigny et de lui donner la main de Catherine de France, puis débarqua en Normandie (1415 . << Dieu, disait-il, m'a choisi pour châtier la France. »

Après s'être emparé de Harfleur, qui lui opposa nue héroïque résistance et dont la prise lui coûta près d'un tiers de ses troupes, il si' jugea dans l'impossibilité de poursuivre immédiatement ses conquêtes, et il décida d'aller prendre à Calais ses quartiers d'hiver. Les Armagnacs, alors maîtres du gouvernement, marchèrent contre lui avec la même témérité que les chevaliers de Crécy et de Poitiers, et vinrent l'attendre sur la route de Calais, entre Tramecourt et Azincourt, au nombre de 50000 hommes. N'ayant guère que 20 000 hommes valides, Henri V, qui avait occupé le village de Maisoncelle, jugea prudent de faire des propositions de paix : elles furent repoussées ''t la bataille eut lieu le 14 octobre 1415.

I.e connétable d'Albrel avait disposé sa cavalerie sur un terrain détrempé par la pluie et où toute manœuvre était impossible. Il commandait la première bataille duc d'Orléans, connétable d'Albret, Boucicaut, etc. ; les ducs de Bar et d'Alençon commandaient la seconde, et l'arrière-garde avait ;'. sa tète les comtes de Dainmartin, de Marie et. de Falkenberg. Les deux premiers corps français furent taillés en pièces sans lâcher pied; le dernier, composé des milices de Normandie, de Picardie, d'Artois et de Champagne, se relira sans avoir combattu.

I.a bataille d'Azincourt n'avait duré que dois heures; la cheva-

1 Le roi d'Angleterre Richard II, qui avait épousé on 1396 une tille de Charles VI, Isabelle de France (trêve de Paris;, l'ut renversé en 1399 par Henri IV de Lancaslre (1400-1413), dont le fils Henri V régna de 1413 à 1422.

lerie française y paya, une fois encore, son ignorance de l'art de la guerre. Les Français eurent 10000 morts, parmi lesquels le connétable, et Charles d'Orléans, le fils du duc assassiné, fut fait prisonnier. Les Anglais ne perdirent que 1600 hommes; cependant, Henri Y alla se rembarquer à Calais, son armée étant trop réduite pour qu'il pût rien entreprendre de plus.

Retour des Bourguignons. Massacre des Armagnacs (1418). — La captivité du duc d'Orléans (elle devait durer vingtcinq ans) ne découragea point son parti. Le comte d'Armagnac, qui tenait avec Paris le roi et le dauphin, prit l'épée de connétable, et la guerre civile recommença avec un nouvel acharnement. On vit alors la reine Isabeau de Bavière abandonner la faction d'Orléans et le parti du dauphin, son fils, pour se jeter dans le parti bourguignon, qui s'allia avec Henri V (1418). Perrinet Leclerc, fils d'un marchand, s'empara des clefs du guichet Saint-Germain, dont la garde était confiée à son père, et laissa pénétrer dans Paiis le sire de l'Ile-Adam avec 800 cavaliers : les terribles cabochiens reparurent.

Surpris sans défense au milieu de la nuit, les Armagnacs ne pouvaient songer à résister : Tanneguy Duchâtel, prévôt de Paris, courut chez le dauphin, l'enveloppa dans le drap de son lit, cl, aidé du chancelier Robert le Masson, le conduisit au château de la Bastille.

Dès qu'il fil jour le lendemain, on mil Charles VI à cheval et on le promena par les rues en marque d'approbation de tout ce qui se faisait. La populace furieuse commença un horrible massacre ; elle allai! dans les hôtelleries Cl dans les maisons chercher les Armagnacs, les assommait dans les rues à coup de hache, frappait les cadavres c!

les meurtrissait.

Enfin, dans la nuit «lu dimanche 12 juin, le | i m, se répandit que les Armagn ic 3 re\ <■ naienl pour déln i er

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s'assembla sur la place Maubei i ; les quartiers des Malles et de la Grève s'y

Ruisseau. ille.,/.

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Plan de la bataille d'Azincourt (1415).

IITSTOTRE DE KIIANCR

portèrent en foule. La nouvelle était fausse, mais la populace déchaînée se porta dans les prisons, résolue à exterminer tous les Armagnacs. A la tour du Palais, les furieux tuèrent le chancelier et le connétable, et ils découpèrent sur le corps de ce dernier une lanière de sa peau, qui descendait de l'épaule droite au côté gauche, pour figurer l'écharpe des Armagnacs. Au petit Châtelet, on fit sortir les prisonniers, et à mesure qu'ils passaient le guichet en courbant la tête, les assassins les frappaient de leurs haches ou de leurs épées, les abattaient, puis jetaient leurs corps dans la rue : ainsi périrent l'évêque de Coutances, les évoques de Senlis, de Bayeux et d'Évieux. Avec eux furent tués deux présidents au parlement, des maîtres des requêtes, des gens de la chambre des comptes et beaucoup d'hommes notables. Le massacre continua dans les autres luisons de quatre heures à onze heures du matin. Le 14 juillet, le duc de Bourgogne fit son entrée dans la capitale aux côtés d'Isabeau de Bavière. Après de nouvelles scènes de massacre, il fit cependant exécuter le bourreau Capeluche, l'un des égorgeurs.

Conquête de la Normandie par les Anglais (1418). — Le

dauphin, dont le dévouement de Tanneguy Duchàtel avait assuré le salut, s'était éloigné de Paris, et le parti d'Armagnac se rallia autour de lui.

A la faveur des troubles, les Anglais achevèrent la conquête de la Normandie, rencontrant parfois des résistances héroïques : c'est ainsi que la ville de Bouen se défendit vaillamment pendant six mois, malgré les ravages de la famine (1418). Béduits enfin à la dernière extrémité, les Rouennais résolurent de mettre le feu à leurs maisons et de tenter une sortie à la faveur des llammes. Henri Y, prévenu à temps, promit aux assiégés la vie sauve, moyennant 865000 écus d'or, mais il exigea que trois habitants lui fussent livrés pour être mis à mort : le bourgeois Jehan Jourdain, le vicaire Robert de Linet, et le chef des arbalétriers, Allain Blanchart, qui avait poussé ses concitoyens à la résistance. Jourdain et Linet rachetèrent leur vie à prix d'argent, mais Allain Blanchart marcha intrépidement à la mort. « Si j'avais de la fortune, dit-il, je ne voudrais point la sacrifier pour empêcher un Anglais de se déshonorer. » Et il fut exécuté.

La France après le traité de Troyes (1420j.

A Caen, 25000 habitants préférèrent abandonner leur ville plutôt que de vivre sous la domination anglaise, et une châtelaine, la dune de La Roche-Guyon, dont le mari avait été tué à la bataille d'Azincourt, aima mieux s'en aller avec ses trois enfants, dénuée il'- tout bien, que de rendre hommage au roi d'outre-mer.

Meurtre de Jean sans Peur (1419). Traité de Troyes

entre la France et l'Angleterre (1420). — Henri Y, maître de

la Normandie, voulut imposer ù Jean sans Peur des conditions

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Assassinat de Jean sans Peur (D'après un manuscrit des Chroniques de Froissavt).

Philippe le Bon, duc de Bourgogne (École française, vers 1470).

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Isabeau de Bavière (D'après son tombeau, Saint-Denis)

telles que celui-ci se rapprocha des Armagnacs et du dauphin Charles (1419).

Mais le duc, de Bourgogne n'en continua pas moins à négocier avec les Anglais, et c'est alors que Tanneguy Duchàtel aurait résolu d'en finir avec, un prince qui pouvait livrer le royaume à Henri V. Le duc de Bourgogne fut en effet assassiné au pont de Montereau, à la suile d'une entrevue qu'il y eut avec le dauphin (10 septembre L419), mais le crime ne parait pas avoir été prémédité.

Philippe le Bon, fils de la victime, signa alors avec Henri V, à Arras, un traité d'alliance (2 décembre 1419), puis à Bouen un second traité spécialement dirigé contre le dauphin (25 décembre 1419) : le roi d'Angleterre épouserait Catherine de France, prendrait le titre de régent et hériterait de la couronne.

Ces stipulations furent communiquées au parlement et à l'Université, puis le duc de Bourgogne et Isabeau obtinrent du roi mandat de négocier l'union projetée et la paix générale, qui fut signée aussitôt à Troyes (21 mai 1420).

Philippe le Bon livra alors Paris aux Anglais, et Henri V, d'accord avec Isabeau de Bavière, fit signer au roi inconscient le traité qui consacrait la ruine de sa maison.

LA GUERRE DR CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL

Henri VI, roi de France et d'Angleterre (D'après une estampe anglaise, Biblioi. nat.).

Mort de Charles Vï (1422). — Henri V mourut à Vincennes le 31 août 1422, et Charles VI expira à l'hôtel Saint-Pol le 21 octobre à r;ïge de cinquantequatre ans. La pitié que ses souffrances avaient inspirée au peuple fit pleurer le Bien- Aimé par ses malheureux sujets. L'inhumation eut lieu à Saint- Denis, et ce fut le duc de Bedibrd qui conduisit le deuil. Aucun prince, pas même le duc de Bourgogne, ne suivit les funérailles; le dauphin ne put rendre à son père les derniers devoirs. Lorsque le corps eut été descendu dans le caveau, les huissiers d'armes jetèrent sur le cercueil leurs baguettes brisées, puis renversèrent leurs masses et leurs épées. Et l'on entendit alors le duc de Berry, roi d'armes de France, crier à haute voix: « Dieu veuille avoir pitié et merci de l'âme de très haut et très excellent prince Charles, roi de Fiance, sixième du nom, notre naturel et souverain seigneur ! Dieu accorde bonne vie à Henri, par la grâce de Dieu roi de France et d'Angleterre, notre souverain seigneur. »

Henri VI, fils de Henri V et de Catherine de France, était âgé de huit mois à peine. Il eut pour tuteurs ses deux oncles, les ducs de Bedford et de Glocester, dont le premier fut régent à Paris, le second à Londres.

BIBLIOGRAPHIE

Sources : Baye (Nicolas de), Journal (Édit, A. Tuetey). — L'Ordonnance cabochienne, mai 1413 (Édit. Coville). — Feimin (Pierre de), Mémoires (Édit. Dupont . — Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449 (Édit. E. Tuetey). — Jouvenel dks Ursins (Jean), Chronique (Edit. D. Godefroy). — Le Livke des faits du maréchal Boucicaut. — Lononon (Aug.), Paris pendant la domination anglaise (14Î0-1436), Documents des registres de la chancellerie de France (1878).

— Monstrelet, Chronique (Édit. Douët d'Arcq). — Le Religieux de Saint-Denis, Histoire de Charles VI (Édit. Bellaguet, 1839- 1852, 6 vol.).

Ouvrages à consulter : Barante (de), Histoire des ducs de Bourgogne. — Batiffoi., Jean Juvénal des Ursins (1893). — CllÉRUKI., Histoire de Rouen sous la domination anglaise ou XVe siècle (Rouen, 1840). — Covii.le, Les Cabochiens et l'ordonnance de /•!/.? (1888). — Dsr.AViLLE- Le Roulx, La France en Orient au XI V' siècle, Expédition du maréchal Boucicaut (1886, 2 vol.). — Jarry (E.), La Vie politique de Louis de France, duc d'Orléans, 1372-1407 (1889). — Lefranc (A.), Olivier de Clisson, connétable de.

France (1898). — Thibault (Marcel), Isabeau de Bavière, reine de Fret nce. Sa jeunesse, 1370-1405 (1903).

Le dauphin Charles (Vil) recevant la nouvelle de la mort de Charles VI (Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale).

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