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CARTE DE LA GUERRE DE CENT ANS

SÙacqaes

FRANCE

de 1337 à 14-53

Phases de la guerre de Cent ans. — On peul diviser la guerre de Cent ans en quatre périodes :

lre Période. [Période de revers.) — 1346. Les Français sont vaincus à Crécy. — 1347. Charles de Blois, chef du parti français en Bretagne, est pris par les Anglais à La Roche-Derrien, et les Anglais s'emparent de Calais qu'ils gardent pendant deux siècles. — 1350. Jean le Bon succède à son père Philippe VI. — 1356. Les Français sont battus près de Poitiers; Jean le Bon est fait prisonnier et conduit à Londres. — 1360. Jean le Bon signe le traité de Bréligny.

2° Période. [Période de succès.) — Sous Charles V, qui a succédé en 1364 à son père Jean le Bon, Du Guesclin fait une guerre sans relâche aux Anglais; il leur reprend les provinces qu'ils ont conquises, pendant que le roi Charles V gouverne avec sagesse et clairvoyance. En 137s, les Anglais ne possèdent plu. en France que cinq villes.

3° Période. [Période de revers). — Sous Charles VI, la France est désolée par la guerre civile (Armagnacs et Bourguignons) et par la guerre contre les Anglais. — 141.'». Les Anglais sont vainqueurs à A/.incourt. — 1420. Charles VI signe le traité de Troyes, qui exhérède son lils et reconnaît le roi d'Angleterre comme roi de France. Charles Vil, exclu du trône, se réfugie sur les bords de la Loire.

4e Période. [Période de succès.) — 1429. Jeanne d'Arc déliw" Orléans, remporte la victoire de Patay et fait sacrer le roi Charles \ Reims. Blessée à Paris, elle est prise à Gompiègne (1430). — 1435. Le Lrailé d'Arras amène la réconciliation du roi de France et du duc de Bourgogne, suivie de la réconciliation des deux grandes factions qui déchiraient la France. — I i51. Les Anglais sont vaincus à Formigny. — 14:i3. Capitulation de Bordeaux et défaite des Anglais à Caslillon. La guerre «le Oui ans est bientôt après terminée : les Anglais ne conservent plus en France que Calais.

La Guerre anglaise. — Reprise de Paris (1436). — Après avoir contribué pour une large part à la réconciliation de la France et de la Bourgogne, le connétable de Richemont marcha sur Paris, où 2 000 Anglais, sous les ordres de lord Willoughby, tenaient garnison. Il disposa ses 5 000 hommes les uns à Saint-Denis, les autres à Notre-Dame des Champs, puis, s'étant ménagé des intelligences dans la bourgeoisie parisienne, qui lui fournit des échelles, il pénétra dans la ville près la porte Saint-Jacques, refoula les Anglais du côté de la Bastille et reçut leur soumission (29 mai 1-436). « Mes bons amys, disait le connétable aux bourgeois venus à sa rencontre, le bon roy Charles vous remercie cent mille fois, et moi de par luy, de ce que doulcement vous lui avez rendu sa maistresse cité de son royaulme ; et, si aucun de quelque eslat qu'il soit, a mesprins (méfait) par devers monsieur le Roy, soit absent ou autrement, il lui est tout pardonné » ; et tantost sans descendre fit crier à son de trompe que nul ne fut si hardy sous peine d'estre pendu par la gorge de soy loger en l'ostel des bourgeois, ne demesnaiger oultre sa volonté, ne de reproucher, ne de faire quelque desplaisir, ou piller personne de quelque estât, non s'il n'estoit natif d'Angleterre et souldoyer, dont le peuple de

Paris le print en si grant amour que avant qu'il fut landemain n'y avoit celui qui n'eust mis son corps et sa chevance (ses biens) pour destruire les Anglois 1). »

Quand Charles VII lit son entrée dans la capitale, il la trouva en proie aux horreurs de la famine et d'une maladie pestilentielle, qui emporta 45 000 personnes.

Trêve de Tours (1444). — Des négociations en vue de la paix furent alors ouvertes à Cravelines avec l'Angleterre par l'intermédiaire du duc de Bourgogne, mais elles n'aboutirent pas, et elles venaient d'être reprises lorsqu'elles furent entravées par la Praguerie voir p. 256); la duchesse de Bourgogne n'obtint que la mise eu liherlé du duc d'Orléans (1440). La guerre continua donc jusqu'en 1444 : les Anglais, rendus moins exigeants par leurs échecs en Guyenne (1442) et la prise de Dieppe (1443), suivie du soulèvement de tout le pays de Caux, acceptèrent de négocier en territoire français, à Montils-lès-Tours, mais Henri VI se refusa à reconnaître Charles VII comme roi de France et à se contenter de la Normandie et de la Guyenne, cli m I mi lui proposait la concession à litre de fief et sous condition d'hommage. On ne signa donc qu'une trêve, la trêve de Tours (28 mai 1444), bien que Henri VI eût été fiancé à Marguerite d'Anjou. Charles VII la mit à profit pour jeter les bases d'une armée nationale et permanente (voir p. 255) et se préparer utilement à la reprise possible des hostilités.

Conquête de la Normandie.

Bataille de Formigny (1450). — En 1 i i9, les Anglais ayant pillé Fougères, le duc île Bretagnedemanda l'appui du roi de France, qui lit son entrée à Rouen le 10 novembre. Trois armées, commandées par Dunois, Richemont et le duc d'Alençon, envahissent laNormandie et s'era-

Bataille de Formigny (Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale).

I Journal d'un bourgeois de . année 1436.

Prise d'une bastille anglaise devant Dieppe (Miniature d'un manuscrit français de la bibliothèque de l'Arsenal).

parent de Rouen. Thomas Kyrie! débarque à Cherbourg avec ses Anglais (1450) : Jean de Bourbon, comte de Clermont, venant de Carenlan, passe la Vire, près d'Isigny, le 15 avril au matin, aperçoit les Anglais à 14 kilomètres, près de Formigny, les fait attaquer par ses cavaliers, puis par deux coulevrines dont s'emparent les archers anglais. Tout d'abord, les Français reculent, mais Pierre

de Brézé, sénéchal du Poitou, reprend les coulevrines par un mouvement tournant, et Richemont, arrivant de Trévières au secours de Clermont, détermine un retour offensif des Français.

Les Anglais sont taillés en pièces, perdant plus de 3 000 morts et laissant 1 200 prisonniers, parmi lesquels Thomas Kyriel (15 août 1450).

Par la victoire de Formigny, la prise de Caen et l'occupation de Cherbourg, le connétable assura la conquête de la Normandie, dont Charles VII lui donna le gouvernement. La tactique française finissait par l'emporter et la jeune armée permanente faisait ses premières armes.

Conquête de la Guyenne. Bataille de Castillon (1453). Fin de la guerre de Cent ans. — La Guyenne, dernière province qui restât aux Anglais, allait avoir le même sort que la Normandie.

Dunois était entré sans peine à Bordeaux (23 juin 1451), mais l'administration française fut si maladroite et si oppressive que la ville, lésée dans ses intérêts économiques, ouvrit de nouveau ses portes aux Anglais, commandés par Talbot (1452).

Le vieux général disposait de 8000 hommes. Il se mesura sur les bords de la Dordogne, près de Castillon (Gironde), avec le comte de Penthièvre retranché dans un camp où Jean Bureau avait établi son artillerie. Malgré « la plus terrible tempête de coulevrines et de ribaudequins qui jamais eût été ouïe », les Anglais donnèrent l'assaut, mais ils tombèrent comme mouches, et une sortie des archers et des gens d'armes acheva leur défaite (17 juillet 1453). L'intrépide Talbot, « ce renommé chef anglois, qui, depuis quarante ans, passoit pour un des fléaux les plus reformidables de la France », fut tué avec ses deux fils. Bordeaux rentra de nouveau sous la domination française, et Bayonne assiégé ne tarda pas à capituler.

Après la Normandie, la Guyenne était conquise; Calais seul demeurait aux Anglais. En fait, la guerre de Cent ans était terminée; mais c'est seulement le traité d'Étaples, du 3 novembre 1402,

qui rétablit définitivement la paix entre la France et l'Angleterre.

Procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc (1456). — La mémoire de Jeanne, sauf à Orléans et à Rouen, fut promptement oubliée. La mère de l'héroïne, Isabelle Bornée, s'efforça vainement d'obtenir de Charles VII la revision du procès : elle y dépensa son modeste patrimoine, et la ville d'Orléans, reconnaissante, dut lui faire une pension viagère de quarante-huit sous parisis par mois (environ 100 francs de noire monnaie). Cependant, après la conquête de Rouen, le peuple se reprit d'enthousiasme pour la victime de Cauchon, et Charles VII ordonna à l'un de ses conseillers, Guillaume Bouille, de procéder à une emmêle (février 1450), au cours de laquelle

LA frUERRE DE CENT ANS ET LA EIN DU MONDE EÉODAL

il fut établi que la procédure de condamnation était entachée d'un certain nombre de nullités. Le cardinal d'Estouleville, archevêque de Rouen et légat du pape, ouvrit à son tour une information (1452) et le roi autorisa la famille de Jeanne d'Arc à adresser au pape Calixte III une requête qui fut accueillie. L'archevêque de Reims, les évêques de Paris et de Goutances, Jean Bréhal, vicaire général de l'Inquisition en Fiance, reçurent les pouvoirs d'instruction les plus étendus, interrogèrent Isabelle Romée à Paris, puis se transportèrent à Rouen, où ils entendirent les mandataires des héritiers de Pierre Cauchon, les compagnons d'armes de Jeanne, les assesseurs du procès de condamnation. Les docteurs consultés estimèrent la procédure irrégulière en la forme et la condamnation mal fondée (145G).

Le 7 juillet, l'archevêque de Rouen donna lecture du jugement, qui, après avoir longuement développé les motifs, disposait :

« Déclarons le procès, l'abjuration et les deux jugements rendus contre Jeanne dolosifs, calomnieux et iniques, remplis d'erreurs de droit et

de fait; et en conséquence le tout nul et de nul effet; comme tout ce qui s'en est suivi est en tant que de besoin cassé et annulé. En conséquence, déclarons que ni Jeanne ni ses parents n'ont encouru aucune tache ni note d'infamie, à l'occasion des dits procès, dont à tout événement ils sont entièrement lavés et déchargés. Le présent jugement sera publié dans la ville de Rouen, où l'on fera deux processions solennelles avec prédications : la première au cimetière de Saint-Ouen; le seconde, le lendemain, au lieu même où, par une cruelle et horrible exécution, les flammes ont étouffé et brûlé Jeanne. Une croix y sera plantée pour en consacrer le souvenir perpétuel. Publication solennelle du présent jugement sera faite en outre en toutes les villes du royaume et autres lieux que nous désignerons, nous réservant au surplus la décision souveraine de tous les points qui resteraient en litige. »

Administration de Charles VII. Le gouvernement du roi. — Le gouvernement réparateur de Charles VII fortifia la royauté contre la puissance féodale. D'importantes réformes furent introduites dans les diverses branches de l'administration, principalement l'armée, les finances et la justice. Le droit d'exiger le ser-

Charles VII, par Baetk (Louvre)

vice militaire, de lever l'impôt et de rendre la justice était, au moyen ûge, le privilège du seigneur féodal : reprenant l'œuvre de ses prédécesseurs, Charles VII s'efforça de les faire exercer par les agents du roi dans la France tout entière.

Il sut judicieusement discerner ceux qui pouvaient le mieux le servir dans son œuvre. Il ne prit pas seulement ses conseillers parmi les princes et les gens de la haute aristocratie; il s'entoura aussi de bourgeois et de gens de petite noblesse, réputés pour leur expérience des affaires ou leur science du droit.

Parmi ces conseillers, moins célèbres que le connétable de Richemont ou le chambellan Pierre de Brézé, mais dont la collaboration zélée fut des plus précieuses, il faut citer Jean (II) Jouvenel des Ursins, archevêque do Reims, et son frère Guillaume, chancelier de France; Guillaume Cousinot, magistrat, négociateur, soldat, écrivain; Etienne Chevalier, maître des comptes et trésorier de France; le receveur général Jean Barillet, dit de Xaincoins; Jean Bureau de la Rivière, maître de l'artillerie, auxiliaire des grands capitaines qui conquirent la Normandie et la Guyenne; l'argentier Jacques Cœur.

Jacques Cœur. — Jacques Cœur était un commerçant de Bourges, qui conçut le projet grandiose de disputer aux Vénitiens le commerce du Levant. Il se rendit en Egypte et en Syrie, ouvrit des relations avec les pays méditerranéens, couvrit la mer de ses navires et fit une fortune prodigieuse (1).

Charles VII le nomma son argentier, c'est-à-dire qu'il le chargea d'administrer les revenus de la couronne, lui donna des lettres d'anoblissement et lui confia d'importantes missions, qu'il remplit non sans continuer ses vastes opérations commerciales. Son faste écrasait celui des seigneurs les plus riches. Il avait adopté cette lièro devise, qui se lit sur les murs de son magnifique hôtel de Boui'ges : A vaillants cuers {cœurs) rien d'impossible. Il prêtait de l'argent au roi, aux princes, aux courtisans, et les tenait ainsi dans une sorte de dépendance qui fut cause de sa perte. Il faisait d'ailleurs un noble

(1) Voir livre VII, La Civilisation et la société au moyen âge, rv, L'Industrie et le commerce.

Jean Jouvenel des Ursins, par J. Fouqcet (Louvre).

Charles VII, par Jean Fodquet (Louvre;.

Jacques Cœur (Mairie do Courges).

Palais de Jacques Cœur, à Bourges (Cher).

usage de ses richesses, et il contribua à fournir à Charles VII les ressources nécessaires pour délivrer la France du joug anglais.

Jaloux de son opulence, les seigneurs portèrent contre lui de ridicules accusations. Lors de la mort de sa bienfaitrice, Agnès Sorel, qui le nomma son exécuteur testamentaire, l'orage amassé au-dessus de lui par l'envie et la cupidité éclata avec une violence inouïe. Parmi ses ennemis, les plus acharnés étaient Chabannes de Dammartin, La Trémoïlle, le Florentin Caslellani, qui tous convoitaient ses dépouilles. Ces intrigants malhonnêtes se firent la main en obtenant la condamnation du receveur général Xaincoins, dont ils se partagèrent les biens, puis ils firent accuser Jacques Cœur par Jeanne de Vendôme, épouse il u seigneur de Morlagne, d'avoir fait empoisonner Agnès Sorel, qui était morte en couches. Malgré l'absurdité de l'accusation, Jacques Cœur fut arrêté h Taillebourg, en 1451, et le pillage de ses biens commença. Il se justifia aisément, cl, son accusatrice, convaincue de calomnie, fut condamnée à faire amende honorable. Mais ses ennemis ne se découragèrent point et firent surgir tout aussitôt une multitude d'autres accusations : altération des monnaies, concussion, intrigues secrètes avec le daupbin contre le roi, contrefaçon du sceau royal, fournitures d'armes et .1 argent aux Sarrasins, etc. Le monarque ingrat, et peut-être complice, le livra aune commission composée d'avides spoliateurs. L'issue du procès ne pOU- Maison d'Agnès

vait être douteuse. Traîné de où est installé le musc

prison en prison, menacé de la torture, l'infortuné Jacques Cœur finit par être condamné sur tous les chefs d'accusation (1453). Il n'échappa à la mort que grâce à l'intercession du pape. Tous les biens qu'il avait en France furent confisqués. Relégué au couvent des Cordeliei's de Beaucaire, il parvint à s'évader et se réfugia à Rome, où Nicolas V le reçut honorablement, et où il put recueillir quelques débris de sa fortune restés entre les mains de correspondants fidèles. En 1456, le pape Calixte III le nomma capitaine général de l'Église et le mit à la tète de la flotte qu'il envoya au secours des îles grecques, menacées par les Turcs. Jacques Cœur mourut peu de mois après, pendant un séjour de la flotte à Chio.

Agnès Sorel. — La figure d'Agnès

Sorel est presque devenue légendaire. Elle

a charmé la postérité de ses grâces, comme

elle en avait charmé ses contemporains,

et les historiens ont longtemps vu en elle

la fée sérieuse et bienfaisante qui avait mis

le roi sur la route de son devoir et n'avait

cessé de le soutenir de son énergie et de

son amour du pays. Les travaux des plus

récents historiens, tout en diminuant la

hauteur du piédestal où avait été placée

la dame de Beauté, ne l'en ont cependant

pas fait descendre. Charles VII eut autour

de lui des conseillers de premier ordre et

toutes ces « petites gens du conseil du roi »

travaillèrent à l'œuvre de réorganisation nationale. Agnès Sorel

parait leur avoir facilité les voies et les avoir soutenus de son

influence constante : « Elle prenait plaisir à avancer devers le roi

jeunes gens d'armes et gentils compagnons, dont le roi fut depuis

bien servi, » observe Olivier de La Marche, de qui le témoignage ne peut être suspect.

On a remarqué qu'après la mort d'Agnès, en 1450, les plus solides auxiliaires du roi tombèrent en disgrâce, ou n'eurent plus qu'un rôle de second plan, d'où les uns ont conclu que son action s'était exercée pour le bien du pays, alors que les autres la considèrent comme une favorite indigne, dilapidatrice du Trésor royal. « Que croire! Sans doute, le rôle d'Agnès Sorel auprès de Charles VII n'est point par lui-même un problème d'histoire angoissante. Mais, en Touraine, le souvenir de la « da- « moiselle Agnès Seurelle » revient d'une façon si obsédante dans tous les châteaux, dans tous les donjons, qu'on voudrait savoir enfin si les deux angelots charmants qui, sur la tombe, contemplent si douloureusement les traits de la gisante, sont tristes de sa perte ou inquiets de son salut » (1).

Le conseil du roi. — Le

conseil du roi, dont les membres étaient choisis au gré du souverain et suivant la nature des affaires, était devenu le véritable pouvoir à la fois législatif et administratif en fait de guerre, de finance et de justice.

Sorel (xve siècle), c Jeanne-d'Arc (Orléans).

(1) André Hallays, A travers la France (1903), p. 32.

LA GUERRE DE CENT ANS ET LA EIN DU MONDE FEODAL

Le château royal ou « Logis du roi », à Loches (habité par les rois de France, de Charles VII à Louis XII).

Des sections correspondaient à chacune de ces matières. Le roi ne faisait rien sans le consulter. Tandis que sous Charles VI le tiers état ne comptait que pour un quart dans le conseil, les gens de robe, de loi et de finances en formèrent les deux tiers sous Charles VII. A ces bourgeois, de médiocre naissance mais plus assidus et plus capahles que les princes, revient l'honneur de la plupart des grandes réformes d'un roi qu'on a justement, à ce titre, surnommé le Bien servi. « Non contents de s'asseoir à la table du Conseil, ils prennent une part réelle aux délibérations (c'est ce qu'établissent les procès-verbaux), et ils expriment librement dos opinions variées qui ne sont point toujours les moins hardies. » (Noël Valois.)

Réformes judiciaires. Parlements provinciaux. Rédaction des coutumes. — L'ordonnance de Montils-lès-ïours, datée d'avril 1453, eut surtout pour but la réformation de la justice dans un royaume « qui avoit été moult opprimé et dépouillé par les divisions et guerres ». Le parlement n'aura à juger désormais que les causes des pairs de France, des prélats, chapitres, comtes, barons, villes et communautés, et les appels ne devront être portés devant cette cour qu'après avoir épuisé les juridictions intermédiaires, à moins que le parlement n'en veuille retenir la cause, « et sur ce, dit le roi, en chargeons leur conscience ». L'ordonnance contient un grand nombre de prescriptions destinées à hâter l'ex-

pédition des procès civils et criminels. Elle établit, outre les enquêtes, les requêtes et la grand'chambre, une chambre appelée tournelle parce que les conseillers y siégeront à tour de rôle et dont les juges seront spécialement chargés de l'expédition des procès criminels. Dans l'appel des causes, on suivra l'ordre d'inscription; « car, dit l'ordonnance, en jugement on ne doit avoir acception de personnes, et est notredicte cour de parlement ordonnée pour faire droict aussitôt au pauvre comme au riche ». Les salaires des procureurs ne seront admis qu'après avoir été dûment examinés par la cour. Plusieurs dispositions défendent d'accorder des lettres de délai, qui retarderaient les procès, fixent les heures et jours des plaidoiries, prohibent les jugements par commissaires, déterminent le nombre des juges, prescrivent la comparution des baillis et sénéchaux. Quant au choix des magistrats, l'ordonnance indique les mesures à prendre pour qu'il soit le meilleur possible; elle les oblige à résidence, règle la police des audiences, la rédaction des

Tombeau d'Agr.is Sorel (Soubassement de la plus haute tour du Logis du roi, a Loches).

Histoire; de Franck. — I.

Limite des pays de droit coutumier et de droit écrit.

sentences, qui ne doivent jamais, par leur obscurité, donner matière à de nouveaux procès.

L'ordonnance de Montils-lès-Tours, qui a mérité d'être appelée notre premier code de procédure, décrétait en outre la publication des coutumes du royaume comme moyen d'abréger les procès et d'en diminuer les dépenses, et elle enjoignait aux juges de se conformer aux lois rédigées et publiées en vertu de cette disposition. Les coutumes, ou usages ayant force de loi, s'étaient formées peu à peu dans le nord, le centre et même le sud-ouest de la France, tandis que dans le midi le droit romain était demeuré la base de la législation : on appelait pays de droit écrit ceux qui étaient surtout régis par le droit romain, et pays de coutume ceux où dominait l'autre source et qui comprenaient les deux tiers de la France. Le droit coutumier manquait de précision ; on le connaissait au moyen d'enquêtes par tourbes (per turbas) et on comprit la nécessité de le fixer. La coutume de Bourgogne fut approuvée en 1459, celle de ïouraine en 1461, celle d'Anjou eu 1463. Par suite de la rédaction des coutumes, le droit civil allait, malgré des obscurités et des lacunes, acquérir la précision dont le défaut avait été la source d'innombrables procès. En outre, la législation féodale allait dépouiller, en se fondant avec la législation civile, son caractère politique.

Le parlement de Paris, dont le ressort s'étendait avec les conquêtes du roi, ne pouvait plus suffire à la multitude des affaires et, (l'autre part, le Midi (pays d'outre-Loire), longtemps traité comme un pays de conquête, devait d'ailleurs être rattaché définitivement au pouvoir central. Charles VII rétablit le parlement de Toulouse, supprimé par Philippe le Bel, et, à la demande du dauphin (depuis Louis XI), celui de Grenoble (1451).

En résumé, les réformes judiciaires de Charles VII centralisèrent le pouvoir judiciaire dans le parlement, réduisirent l'autorité des tribunaux féodaux, disciplinèrent la magistrature et posèrent nettement en principe que toute justice devait émaner du roi.

États généraux et provinciaux. — Les États généraux jouèrent un rôle important sous Charles VII qui, au début de son règne, convoqua presque chaque année les États de langue d'oïl et ceux de langue d'oc. En seize ans, de 1423 à 1439, on compte dix convocations des États de langue d'oïl. Quelquefois, les deux langues furent réunies dans une même assemblée : à Chinon en 1429, à Orléans en 1439. L'assemblée de 1439 fut la dernière du règne.

Les États provinciaux, composés de députés des trois ordres, furent également convoqués. Leur attribution essentielle était le vote de l'impôt; ils levaient aussi et organisaient des troupes pour la défense du territoire. Ils donnèrent au roi un précieux concours dans sa lutte contre l'étranger et dans sa réorganisation de la France. Jusqu'en 1451 les États provinciaux, au moins ceux du Centri' (Auvergne, Manche, Limousin), continuèrent à être consultés sur la Levée de l'impôt royal, mais à partir de ce moment le roi crut pouvoir se passer de leur consentement (1).

Finances. Aides et tailles. — La réforme militaire appelait nécessairement une réforme financière, et Charles VII se préoccupa effectivement de mettre fin aux désordres de l'administration fiscale

Les revenus ordinaires, qu'on appelait proprement le Trésor, consistaient dans les produits du domaine. En 1438, Charles VII rétablit les droits féodaux que les seigneurs devaient au roi, et, en 1445, une ordonnance prescrivit la recherche des usurpations commises au détriment du domaine, qui fut nettement séparé des autres sources de revenus et dont la gestion fit l'objet de l'ordonnance du 25 septembre 1443.

Le domaine était administré par les quatre trésoriers de France, (Langue d'oïl, Languedoc, Normandie, pays situés « sur et outre la Seine et l'Yonne »), chefs hiérarchiques des receveurs ordinaires; ceux-ci versaient à Paris le montant net de leurs recouvrements [deniers revenant bon) entre les mains du changeur du Trésor, véritable receveur général des revenus du domaine.

Les impôts extraordinaires, primitivement établis pour faire face à des dépenses passagères, avaient pris peu à peu un caractère permanent. C'était d'abord la gabelle, ou. taxe sur le sel; c'étaient ensuite les aides et la taille.

Les aides, impôt indirect, étaient perçues sur le prix de vente des buissons et de divers objets de consommation. Supprimées en 1418, elles furent rétablies, à titre permanent, par l'ordonnance du 28 février 1435, du consentement des États généraux. Un certain nombre de contribuables en furent affranchis.

(1) Les diverses théories sur l'origine des États provinciaux sont résudans Les Étals de Normandie, par A. Coville (1894), p. 1 à 7.

Charles VII présidant une séance de la Chambre des comptes (Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale).

La taille seigneuriale fut abolie par l'ordonnance d'Orléans (2 novembre 1439), qui reconnut au roi le droit de lever annuellement cet impôt sur tous les roturiers pour en appliquer le produit à l'entretien de l'armée. Les nobles, les clercs, beaucoup de villes et de corporations furent exemptés de la taille royale, comme ils l'avaient été de la taille seigneuriale.

On distinguait la taille réelle et la taille personnelle. La première, spéciale au Languedoc et à la Guyenne, frappait les terres roturières, même possédées par des nobles; la seconde, tous les propriétaires roturiers, même à raison des terres nobles qu'ils possédaient.

L'administration et l'ordonnancement des revenus ordinaires appartenaient aux quatre généraux des finances, dont chacun (Hait à la tète d'une circonscription dite généralité. Chaque généralité se subdivisait : 1° en greniers, pour la perception de la gabelle; 2° en élections, pour la perception des aides et de la taille. Ces produits, administrés par des élus, étaient encaissés par les receveurs des aides et les receveurs de la taille.

Des receveurs généraux des finances centralisaient, dans chaque généralité, les revenus extraordinaires.

Les pays d'élection étaient ainsi nommés du principal organe qui y était établi pour l'administration de l'impôt, les députés ou élus : c'étaient des délégués, choisis à l'origine, c'est-à-dire sous Jean le Bon, parles États généraux; ils répartissaient les aides, en assuraient la perception et avaient toute autorité sur les contribuables. La monarchie conserva cette organisation, due à l'initiative de la représentation nationale et consacrée par l'ordonnance du 28 décembre 1355, mais les élus et les généraux des finances devinrent des fonctionnaires royaux.

Aux pays d'élection on opposait les pays d'états, où les États provinciaux avaient le privilège du vote et de la perception de l'impôt, en dehors du concours des officiers du roi.

Réunis à Paris lorsque les obligations de leur charge ne les retenaient pas dans leur circonscription, les trésoriers et les généraux établissaient chaque année un état général des finances, une sorte de budget.

Le contentieux des recettes extraordinaires appartenait en premier ressort aux élus [aides et taille) et aux greneliers (gabelles),

LA GUERRE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL

en appel aux cours des aides, tandis que l'apurement des comptes, avec le droit de prononcer des condamnations pénales contre les comptables prévaricateurs, appartenait aux Chambres des comptes.

Réorganisation de l'armée.

— Le roi de France avait à son service les troupes féodales, des milices urbaines et des corps de mercenaires, principalement écossais, lombards et espagnols.

Depuis le xne siècle, le service militaire soldé était devenu une pratique de plus en plus courante, et, à partir de Philippe le Bel, « l'aide » pour la défense du royaume, d'abord extraordinaire, devint régulière à mesure que l'armée tendit à prendre un caractère permanent. Elle se recrutait parfois par engagement volontaire, mais le plus souvent par engagement collectif de bandes, de routiers, qui, sous Charles V, constituèrent les Grandes compagnies. Ce souverain et surtout Charles VII s'efforcèrent d'apporter un peu d'ordre dans ces groupements hétérogènes de pillards indisciplinés. En 1438, des lettres adressées au prévôt de Paris ordonnèrent d'arrêter les hommes d'armes qui causeraient des dommages aux gens du roi.

L'année suivante, après une délibération solennelle des États généraux, convoqués à Orléans, une ordonnance (2 novembre 1439) proclama que l'armée appartenait au roi et que lui seul avait le droit de conférer ou d'enlever les grades. Les capitaines royaux devaient seuls recruter les hommes d'armes et ils seraient rendus responsables des délits commis par leurs troupes respectives. Au roi élait reconnu le droit de lever des tailles pour l'entretien des soldats. Votées d'abord par les États provinciaux, elles le furent ensuite selon le bon plaisir du souverain. C'est ainsi que Charles VII créa sinon une armée permanente, du moins une armée régulière qui, sous Charles VIII, fut dotée de son budget particulier (ordinaire des guerres).

Compagnies d'ordonnance. — Charles trouva de nombreux éléments de réorganisation dans les compagnies qui avaient combattu, suivant les cas, les Anglais ou les Français au cours de la guerre de Cent ans. De ces bandes cosmopolites, merveilleusement armées, unies par une sorte de franc maçonnerie, commandées par des chefs qui s'entendaient admirablement entre eux, une partie passa dans l'armée royale, l'autre s'en alla piller l'Allemagne, l'Italie, la Suisse, et disparut après des fortunes diverses. Charles VII en prit le meilleur pour former, en 1445, ses compagnies, dites Compagnies de l'ordonnance du roi, et établit le principe des compagnies et bandes permanentes soldées, d'hommes de guerre tant à pied qu'à cheval. Chaque compagnie d'ordonnance se compose d'un nombre indéterminé de lances, mais le plus ordinairement cent; chaque lance comprend le maître ou cavalier d'élite, deux archers à cheval, un écuyer, un coutillier, un valet et un page. Ces hommes, bien armés et entretenus par le Trésor, reçoivent des vivres et une solde déterminée, sont logés ehe/, les habitants des villes, régulièrement exercés par leurs officiers, passés eu revuej)ai^~ délégués au mi à des époques fixes, astreints a une discipline exacte; défense leur est faite il,; piller, sous des peines sévères. Ces mesuresAti'abord provisoires, tant on avait abus de peine rL faire rentrer les impôts, devinrent pferma-

Gendarme des compagnies d'ordonnance de Charles VII (Musée d'artillerie).

nentes. « Dès la fin du xv° siècle, les nobles aspirèrent à ligurer dans les compagnies d'ordonnance; ils ne dédaignèrent même pas les fonctions d'archers, et l'on en vit acheter aux titulaires une place même subalterne, tant était grand le désir de faire partie de l'armée soldée » (1). On eut ainsi un effectif de 9 000 à 10 000 hommes répartis en quinze compagnies. La chevalerie féodale du ban et de l'arrièreban subsista, mais à titre de réserve.

Francs-archers. — Depuis longtemps les Anglais avaient su organiser une infanterie solide qui avait fait leur force à Crécy et à Poitiers. Pour constituer la sienne, Charles VII fit surtoutappel aux francsarchers, recrutés par les « élus » locaux et tenus de s'armer sur place, de se réunir à époques fixes, de s'exercer tous les dimanches au maniement de l'arc. Chacune des 16000 paroisses fournissait un archer par cinquante feux, et l'homme choisi s'engageait à ne porter les armes que pour le service du roi.

En retour, il était dégrevé des impôts autres que la taille et la gabelle (d'où la qualification de francs archers) et dispensé du guet. L'ordonnance de Montils-lès-Tours, qui établit les francs-archers, est datée du 28 avril 1448.

L'institution ne donna pas les résultats qu'on en attendait, et c'est seulement au xvie siècle que la France possédera, avec les bandes soldées, une infanterie régulière et permanente entièrement aux ordres du roi. Car les milices continuent à faire dans leurs villes le service du guet, sans s'en éloigner, et la seule force dont dispose le pouvoir, en temps de paix, réside dans ses compagnies d'hommes d'armes. La réforme militaire commencée en 1438 et achevée en 1448 fut l'œuvre capitale du connétable de Richemont; il l'avait préparée par l'étude qu'il avait faite de l'organisation de l'armée anglaise, et il avait aidé en Bretagne à l'organisation de compagnies d'ordonnance et de troupes francs-archers. Il la réalisa avec énergie, même avec rudesse.

Charles VII et son successeur Louis XI eurent des corps soldés d'Écossais; les rois qui suivirent firent des levées de Suisses et, au xvi° siècle, la maison du roi comportait une garde écossaise, une garde suisse et des détachements de Corses. La maison du roi devint une arme d'élite, où la cavalerie élait composée de gens d'armes et où les gens de pied étaient surtout des étrangers dont on appréciait la cohésion et la discipline.

L'artillerie. — Il faut également noter, parmi les fondations militaires de Charles VII, la création d'une artillerie régulière Les deux grands maîtres de l'artillerie, Pierre Bessoneau et Gaspard Bureau de la Rivière, assistés de Tristan l'Henni le el de Jean Bureau, organisèrent une artillerie de siège et de campagne, et, dès 1430, fut rédigé un traité de cette arme.

La Pragmatique sanction (1438). — La Pragmatique sanction consacra les décrets du eile de Bâle, approuvés par une assemblée mipartie ecclésiastique, mi-partie civile, réunie dans la Sainte-Chapelle de Bourges. Sanctionnée par Charles VU qui la jugeait favorable à l'affermis

Franc-archer de Charles VII (Musée d'artillerie).

(1) Boutaiuc, Institutions militaires de in France avant les armées permanentes ^1S0:S), p. 315.

sèment de son pouvoir, elle fut aussitôt enregistrée par le parlement de Paris et promulguée le 7 juillet 1438 (1).

Résistance aux réformes. La Praguerie (1440). -- Les réformes de Charles VII, et particulièrement la constitution d'une armée permanente, provoquèrent une sédition de la noblesse, dont La Trémoïlle fut l'âme.

Les révoltés réussirent à gagner une partie des éeurcheurs, nom donné aux routiers mercenaires licenciés après la paix d'Amis, et mécontents de l'ordonnance du 2 novembre 1439; ils s'assurèrent en particulier le concours de Dunois, des ducs de Bretagne et du duc d'Alençon. Les révoltés quittèrent Angers, où était la cour, pour Blois où ils projetèrent de mettre Charles VII en tutelle et de substituer à son autorité celle du dauphin ou plutôt la leur. On donna à cette révolte le nom de Praguerie, par comparaison avec la grande révolte de Prague ou des hussites. Les factieux n'eurent pas de peine à attirer à leur parti le dauphin, le futur Louis XI, qui se trouvait alors à Poitiers. Louis déclara à son gouverneur, le comte de La Marche, « qu'il se sentait en état de faire très bien le profit du royaume », et se rendit auprès des princes qui agitaient le Poitou et essayaient de soulever les campagnes et les villes. Les populations s'insurgèrent, en effet, çà et là, mais pour leur propre compte, et firent la guerre aux troupes royales comme aux troupes des rebelles : on appela ces révoltés les francs-taupins.

Le roi, sur les conseils du connétable de Richemont, agit avec décision et vigueur. Après avoir occupé Loches, il se porta sur le Poitou, où le duc d'Alençon fut chassé de Saint-Maixent par l'amiral de Coëtivy et Pierre de Brézé; s'emparant de Melle et de Niort, il porta à l'insurrection un coup décisif. Les princes se retirèrent dans la Marche et dans l'Auvergne, poursuivis par l'armée royale; mais la plupart des villes, en premier lieu Clermontet Montforraild, se refusèrent à recevoir le dauphin. Les plus considérables bandes de routiers, celles de Rodrigue de Villandrando, se rangèrent du côté du roi, qui leur offrait une solde plus considérable. Lorsque Charles VII s'avança sur Clermont, les princes, déconcertés par la marche rapide du roi, qui s'était emparé d'une trentaine de forteresses, furent forcés de négocier, et ils entrèrent en arrangement par l'entremise du comte d'Eu. Les conférences eurent lieu dans un couvent des environs de Clermont; mais le roi ayant exigé que le dauphin rentrât préalablement à la cour, Louis ne voulut pas abandonner à la discrétion de son père les gentilshommes de sa maison et la guerre recommença. Le Bourbonnais et le Forez furent occupés par les troupes royales, que la population préférait généralement aux rebelles; la prise de Vichy, de Cusset, de Roanne, rendit plus souples les seigneurs. Le comte d'Eu pria le roi de se rendre à Cusset et s'engagea sur sa vie à y ramener le dauphin. Le roi y consentit, reçut d'abord la soumission du duc d'Alençon; puis le dauphin et le duc de Bourbon arrivèrent, laissant aux portes de la ville La Trémoïlle, Chaumont et Prie, que le roi ne voulait pas recevoir. Ils s'agenouillèrent par trois fois devant Charles VII « et, à la tierce fois, le prièrent en grand'humilité qu'il lui plût à eux pardonner son indignation ». Après quelques paroles de reproche, le roi pardonna en effet, mais le dauphin requit alors le pardon de La Trémoïlle, de Chaumont et de Prie. « Qu'ils retournent chacun en leurs maisons et domiciles, répondit le roi; je ne veux pas les voir! — Monseigneur, dit le dauphin, il faut donc que je m'en retourne, car ainsi leur ai-je promis. — Louis, dit le roi, les portes sont ouvertes, et si elles ne vous sont assez grandes, je vous ferai abattre seize à vingt toises du mur pour passer. Vous êtes mon fils et vous ne vous pouvez obliger à personne sans mon congé et consentement; mais, s'il vous plaît vous en aller, allez-vous-en, car, au plaisir de Dieu, nous trouverons aucuns de notre sang qui nous aideront mieux à maintenir et entretenir notre honneur et seigneurie qu'encore n'avez l'ait jusqu'ici. » (Monstrelet.)

La paix fut publiée au mois de juillet 1440; les places occupées par les rebelles furent rendues, et l'on donna à l'héritier du trône le gouvernement du Muphiné. Un peu plus tard, Charles VII, à la demande de l'empereur Frédéric III, envoya son fils, à la tète d'une année à" êcorcheurs, contre les Suisses, qui furent écrasés près de Bàle, à Saint-Jacques sur la Birse (1444).

Quelques condamnations retentissantes suivirent la Praguerie et effrayèrent les gentilshommes tentés de s'insurger contre la domination du roi.

Le bâtard de Bourbon, fils du duc Jean Ier (1381-1434), qui s'était signalé i ontre les Anglais, mais plus encore par les exploits de ses bandes d'écorcheurs, avait pris part, lui aussi, à la Praguerie, et,

il; Voir, pour plus de délails, livre VII, chap. Ier, L'Église, p. 274.

bien qu'il se fût mis en état de révolte ouverte, il ne craignit pas de venir à Bar-sur-Aube, où se trouvait Charles VIL A peine arrivé, il fut, par ordre du roi, arrêté, condamné à mort, cousu dans un sac de cuir, portant cette inscription : « Laissez passer la justice du roi, » et précipité dans l'Aube (1441).

Jean V, duc d'Alençon, levainqueur de Patay, avait contribué à la reprise de la Normandie; il n'en entretint pas moins, dans la suite, des intelligences avec les Anglais et fut condamné à mort. Sa peine fut commuée en celle de la détention perpétuelle (1458). Pour les mêmes motifs, l'exil perpétuel et la confiscation punirent, l'année suivante, le comte d'Armagnac Jean V.

Dernières années de Charles VII. Sa mort (1461). — Les

dernières années de Charles VII furent attristées par la turbulente insoumission de son fils.

Des plaintes contre l'administration tyrannique du jeune Louis, et l'opposition continuelle du prince, toujours à la tête des mécontents, déterminèrent le roi à envoyer des forces dans le Dauphiné et à incorporer cette province à la France (1457). Louis s'enfuit à Bruxelles, à la cour du duc de Bourgogne, qui lui donna l'hospitalité.

La conduite du dauphin causa à Charles Vil un profond chagrin; on a dit même que, craignant d'être empoisonné par son propre fils, il s'était laissé mourir de faim. Il est vrai que le roi fui, dans ses dernières années, sombre, ebagrin et particulièrement inquiet, mais il est établi qu'il mourut d'un abcès à la gorge. 11 laissait à son fils Louis XI un royaume pacifié, réorganisé et capable d'un fécond développement.

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LA GUERRE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL

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