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V. — L'INDUSTRIE ET LE COMMERCE

État économique de la France à l'avènement des Valois.

— La situation économique d'un État est nécessairement influencée par la politique générale et, sous Philippe le Bel, les droits qui frappaient le commerce et l'industrie, les coups portés au crédit par l'expulsion des juifs et des lombards, les variations de la valeur des monnaies, ne furent pas sans apporter dans les transactions un trouble considérable, dont quelques mesures heureuses ne purent conjurer les effets; mais, sous les derniers Capétiens, la prospérité ne tarda pas à renaître à la faveur de la paix et grâce aussi à l'administration de Philippe le Long, qui investit les bourgeois de fonctions diverses, les consulta fréquemment, donna aux villes des témoignages constants de ,1a protection royale, prodigua aux travailleurs de multiples encouragements.

Au début du xive siècle, le commerce des vins et des céréales était particulièrement florissant; l'industrie drapière avait pris dans le Languedoc et dans les villes du Nord une telle importance que la fabrication et la vente des étoffes faisaient l'objet de professions distinctes, les marchands fournissant les capitaux et les fabricants donnant leur industrie. Des sociétés par actions commençaient à se constituer; la pratique commerciale s'était perfectionnée. Les Valois trouvèrent donc la France dans un état incontestable d'aisance et de progrès matériel, dont témoignait la vie luxueuse non seulement de la noblesse mais aussi de la bourgeoisie, chargée de la gestion municipale, maîtresse de l'administration corporative, groupée en une sorte de patriciat oligarchique qui la rapprochait insensiblement de l'aristocratie de naissance.

La guerre de Cent ans, compliquée de troubles intérieurs, vint brusquement mettre un terme à cette période de prospérité, et les villes n'eurent pas moins à souffrir que les campagnes du désordre et de l'anarchie. « Rouen, dit une ordonnance de Charles VI, a esté et encore est moult diminuée et despeuplée, et les maisons d'icelle démolies, cheues et tournées en ruyne. »

Le commerce et l'industrie pendant la guerre de Cent ans.

— Pour atténuer les effets de la crise économique consécutive à la rupture des relations avec la Flandre, aux ravages de l'invasion anglaise, à la dépopulation causée par la guerre et par les épidémies, Jean le Bon essaya de limiter le taux des salaires et de modifier dans un sens moins restrictif la réglementation des métiers, mais ces mesures furent impuissantes, et les troubles civils, les ravages des routiers, le chômage succédant aux batailles et aux sièges, achevèrent de désorganiser le pays. Les foires de la Champagne étaient désertées par les Flamands et par les Lombards; les ports de la Méditerranée perdaient de leur importance, et, sur l'Atlantique, Bordeaux, au pouvoir des Anglais, n'avait d'autre rivale que la vaillante cité rochelaise.

Charles V ne put rendre à la France son activité économique, puisque les hostilités se poursuivirent sous son règne jusqu'à ce que l'occupation anglaise fût réduite à rien, mais il s'y efforça dans la mesure du possible. Il rappela les juifs, dont les capitaux étaient indispensables au commerce; il attira les marchands étrangers; il se garda de toute spéculation sur la valeur des monnaies, suivant en cela les avis de son conseiller Nicolas Oresme, qui écrivait sans détours: « J'ai l'intention de déclarer que les mutations précédentes sont contre l'honneur du roi et préjudicient à la succession royale. Quiconques voudraient attraire et induire les seigneurs de France à ce régime tyrannique, certes ils exposeraient le royaume en grand décriement et honte et le prépareraient à sa fin. Et pour ce, si la royale séquelle de France délinque de sa première vertu, sans nul doute elle perdra son royaume et sera translatée en autre main. »

Malheureusement, la France retomba, après la mort de Charles le Sage, dans un abîme d'anarchie et de misère. La condition indispensable du relèvement économique, c'est l'ordre, et l'ordre ne devait renaître qu'après l'expulsion des Anglais.

Charles VII, maître de son royaume, accorda au « fait de marchandise » une sollicitude constante et son intervention éclairée, dont font foi un certain nombre d'ordonnances, seconda les efforts des particuliers. Les chroniqueurs contemporains sont frappés des progrès économiques accomplis dans les dernières années du règne, et le poète Martial d'Auvergne les célèbre avec enthousiasme :

Marchans gaignoient en toutes marchandises, liraps de soye et pierreries exquises.

Celiers, greniers, estoient combles et plains De vins, bleds, foingz, advoines et tous grains.

Mais le commerce français dut, au xve siècle, un éclat incompa-

rable à l'activité merveilleuse d'un bourgeois de génie, l'illustre et infortuné Jacques Cœur.

Né à Bourges ves 1395, Jacques Cœur (1), qui n'avait reçu aucune instruction, suppléa à cette lacune par les ressources d'une merveilleuse intelligence. A l'étroit dans le cercle des transactions ordinaires, il conçoit le projet grandiose de disputera Gênes et à Venise le commerce du Levant, dont il avait de ses yeux constaté l'importance. Il choisit Montpellier et Narbonne pour centre de ses entreprises qui, en moins de vingt ans, lui permettent de réaliser une fortune princière. Il n'a pas moins de trois cents factoreries. Ses navires portent les produits nationaux en Egypte et dans les Echelles, où ils font le cabotage et le transport des passagers, et où ils reviennent chargés d'étoffes, de tapis et d'épices. « N'y avait en la mer d'Orient mât revêtu sinon des fleurs de lys. » (Ciiastellain.) « Il gagnait chacun an tout seul plus que ne faisaient ensemble tous les antres marchands du royaume. » (Mathieu d'EscoucHY.)

Louis XI, bien plus encore que Charles VII, se préoccupa du développement du commerce et de l'industrie du royaume. Pour favoriser les relations commerciales, il se proposa de supprimer les droits de péage sur les routes, et pour les multiplier, il institua ou rétablit un grand nombre de foires, notamment à Bayonne, Tournon, Caen, Pézenas, Embrun, Valence, Amiens, Saint-Germaindes-Prés, Lyon. Trois foires se tenaient déjà dans cette dernière ville, créées les deux premières par Charles VI, la troisième par Charles VII; Louis XI en institua une quatrième (1463) et octroya aux échevins de cette ville le droit de nommer eux-mêmes les courtiers et prud'hommes compétents pour le jugement des différends entre marchands et aussi pour la visite des marchandises. Les produits français et étrangers qui y étaient apportés furent exonérés de toutes charges, tant au transport qu'à la vente, tant à l'entrée qu'à la sortie. Les trafiquants de toute nationalité (sauf les Anglais) jouirent des mêmes franchises que les nationaux. Libre cours fut accordé aux monnaies étrangères et françaises. Grâce à ses privilèges, Lyon devint le grand marché de France, d'Italie, des cantons suisses. Le commerce de l'argent s'y développa, les banquiers lyonnais consentirent des avances considérables au négoce, à la ville, aux princes, pratiquèrent l'escompte et le compte courant, délivrèrent aux voyageurs des lettres payables sur l'étranger. Lyon eut ses foires de change, se tenant après les foires de marchandises, et les payements des foires de Lyon jouèrent le rôle des modernes chambres de compensation (clearing huuse).

« Les foires, qui se rétablissent et se multiplient, rapprochent également les commerçants de diverse origine. Les merciers, qui y dominent, qui ne tarderont pas à y régner en maîtres, commencent à donner la mesure de leur importance : marchands en gros, ils représentent, par opposition au commerce spécial et local, le commerce international et quasi universel, tandis que les plus humbles d'entre eux colportent en détail dans les campagnes les marchandises nécessaires aux plus modestes ménages » (2).

Le commerce des merciers (de merces, marchandise) était, au moyen âge, très différent de ce qu'il est aujourd'hui. Ils vendaient, outre les objets de luxe servant à la toilette et les menus objets utiles au travail des femmes, des métaux bruts et ouvrés, des armes, des dorures, des meubles, des estampes, des teintures et même des drogues. Ils étaient organisés en corporations très puissantes et les corporations de plusieurs régions formaient une vaste association dirigée par un roi des merciers qui, dans les limites de sa « province » , faisait observer les règlements , rendait la justice professionnelle, percevait les contributions, exerçait en un mot un devoir général de protection au profit des marchands qui parcouraient le pays. L'autorité des rois des merciers semble même avoir pris à une certaine époque un caractère international, en ce sens que les passeports qu'ils délivraient permettaient de vendre librement sur tous les marchés européens. Ces importants personnages disparurent définitivement sous Henri IV, les merciers ayant pendant les guerres religieuses grossi le nombre des « ligueurs ».

Les routes étaient encore couvertes de vagabonds, de mendiants et d'hommes armés : clercs, écoliers, mercenaires sans solde, débris des Grandes Compagnies, faux visages (hommes masqués) en Normandie, écorcheurs en Bourgogne. Au xve siècle, une bande dont faisait partie le poète Villon, celle des coquillards, mit Dijon en coupe réglée et poussa un peu partout des ramifications. A la même époque, il s'était constitué dans le Velay une « secte de crocheterie », com-

(1) Sur le rôle politique de Jacques Cœur, sa disgrâce et son procès, voir plus haut, page 251.

(2) G. Fagniez, Documents relatifs à l'histoire du commerce et de l'industrie en France, II (1900), Introduction, p. lvii.

LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AUX XIVe ET XVe SIÈCLES

posée d'un personnel nombreux, organisé, hiérarchisé, qui avait pour spécialité de dévaliser les églises e( de dérober les reliques.

Louis XI s'efforça d'assurer la sécurité' dos roules. 11 permit aux nobles de taire le commerce sans déroger. Il songea à établir l'unité dos poids et mesures. 11 multiplia les relations avec les grandes nations de l'Europe, envoya dos agents en Angleterre, en Allemagne, en Italie, pour s'informer dos usages commerciaux et de l'industrie dos divers pays, et il essaya de l'aire en Angleterre une exposition dos principaux produits de l'industrie française. 11 signa des traités Ai' commerce avec la Hollande, Venise et les villes hanséatiques. 11 suggéra aux marchands de Tours l'idée de fonder à Marseille une compagnie de navigation dans les mers du Levant. Il releva la marine marchande, favorisa le port de Marseille et sut attirer à Bordeaux des navires anglais.

Le premier avant Colbert, il essaya d'un système prolecteur pour l'industrie nationale. En 1470, il créa aux environs de Tours des plantations de mûriers et des fabriques de soie, et, pour favoriser celte industrie, déjà fondée à Lyon par Charles VII, il interdit l'introduction en France des étoffes de l'Inde. 11 fit venir des ouvriers de Venise, de Gênes et de Florence; il s'efforça d'introduire dans le royaume les industries de luxe, tapisseries, dentelles, faïences; il encouragea la mise en valeur des richesses minérales, continuant sur ce point l'œuvre de Jacques Cœur, qui avait donné' une vive impulsion à l'exploitation des mines du Beaujolais et du Lyonnais.

Ce fut pour son usage exclusif que Louis XI créa la poste par un édit du 19 juin 1464 : des relais de chevaux pour les courriers du roi furent échelonnés sur les routes de quatre en quatre lieues.

Les Corporations, le travail libre et le compagnonnage. — L'institution des corporations, déjà en pleine vigueur au xiie siècle, atteignit son apogée au xive siècle. Les métiers flamands eurent à. cette époque une autorité politique prépondérante; les métiers parisiens essayèrent de jouer le même rôle au temps d'Etienne Marcel, et los bouchers, pendant la guerre des Armagnacs et des Bourguignons, furent quelque temps les maîtres de la capitale. Les corporations déploient un luxe fastueux et prennent part aux cérémonies en somptueux costumes, avec leurs bannières : lors de l'entrée d'Isabeau de Bavière, deux cents bourgeois à cheval, groupés par corporation, allèrent au-devant d'elle.

L'arrivée à la maîtrise avait été à l'origine relativement facile; peu à peu, on favorisa les fils de maître, et il se forma dans les corporations une sorte d'aristocratie, le nombre des maîtres étant limité dans chaque métier. Au xiv° siècle, la boucherie de Paris appartenait à une vingtaine de familles.

Dans la seconde moilié du xive siècle, plusieurs ordonnances, pour prévenir le renchérissement des produits et faire baisser le prix de la main-d'œuvre, supprimèrent la limitation du nombre dos apprentis et restreignirent sur plusieurs autres points le monopole des corporations qui, d'autre part, reçut incidemment, au début du xve siècle, des atteintes motivées par le désir de rendre aux ateliers la vie qui s'en était retirée. Dans mainte ville jurée, les ouvriers furent admis à travailler librement, et des compagnons s'y établirent à demeure ; en même temps les foires el l'activité croissante des merciers élargissaient la splière des transactions et modifiaient leur caractère.

Les corporations menacées dans leur monopole se défendirent vigoureusement. Leurs règlements, de plus en plus précis, enfermèrent l'artisan dans les prescriptions les plus minutieuses. Elles firent du clief-d'œuvre une' longue et difficile épreuve a ceux qui prétendaient à la maîtrise. « Le chef-d'œuvre n'était pas un simple examen que le patron taisait subir à son apprenti pour s'assurer de sa capacité. C'était un travail souvent long et difficile que la corporation donnait solennellement à faire à toul ouvrier qui, ayant déjà passé par l'épreuve de l'apprentissage, voulait s'établir. Le chef-

Un ouvrier du XVe siècle sous les traits

de saint Crépin

(Bois polychrome; collection Hombers).

d'œuvre était nécessaire pour obtenir le brevet de maîtrise, c'està-dire le droit d'ouvrir boutique en son propre nom. Quiconque ne s'était pas présenté ou n'avait pas été reçu n'était pas maître el ne pouvait faire partie du corps qu'à titre de compagnon et sous les ordres d'un autre. S'avisait-il de travailler pour son compte, les magistrats saisissaient ses outils, ses marchandises et le condamnaient à une amende... La nature du chef-d'œuvre variait suivant les métiers. Il était fabriqué dans la maison d'un des jurés ou du moins dans une des maisons dirigées par eux; c'était un moyen de s'assurer que l'aspirant ne s'aiderait ni des conseils ni de la main d'un ami. A Angers, il recevait l'ordre de se rendre dans la maison de tel des maîtres de la ville; il s'établissait dans une de ses chambres, en payait le loyer et y travaillait toujours seul. Chaque fois qu'il entrait, il fermait la porte à clef, el chaque fois qu'il sortait, il remettait la clef entre les mains du maître. Les jurés venaient plusieurs fois pendant la durée de l'épreuve. Enfin, quand l'ouvrage était terminé, ils se réunissaient, s'adjoignaient parfois quelques anciens maîtres du métier et décidaient si l'œuvre leur paraissait « bonne et suffisante (1) ». Ils se rendaient alors devant le maire de la ville ou devant le juge royal et certifiaient par écrit qu'ils avaient vu et approuvé le chef-d'œuvre. Le candidat prêtait entre les mains du magistrat le serment de se conformer toujours aux règlements du métier et il devenait maître.

La difficulté du chef-d'œuvre et l'élévation du droit d'entrée transforma de plus en plus la corporation en une association fermée, sauf aux fils de maîtres et aussi aux riches candidats, car les jurés devinrent corruptibles, et le chef-d'œuvre, ainsi que l'attestera plus tard un édit royal, est parfois « par eux trouvé mauvais et rompu, s'il n'y est remédié avec infinis présents et banquets ».

Louis XI, qui entendait être le maître en tout, ne manqua pas de favoriser l'extension du régime corporatif réglementé, parce qu'il entendait, en lui imposant une législation uniforme, régner sur les travailleurs comme sur ses autres sujets et pour avoir dans la main la force imposante que constituaient les métiers jurés : il organisa même en milice bourgeoise les corporations parisiennes [1467] (2).

Enfin, il généralisa l'usage auparavant exceptionnel des lettres de maîtrise, qui lui permettaient de « mettre et instituer dans toutes les villes du royaume un maître de chacun métier » et dont les bénéficiaires étaient dispensés de toute garantie professionnelle : apprentissage, compagnonnage, chef-d'œuvre, droits dus à la corporation. Les lettres de maîtrise étaient, par contre, frappées d'une taxe au profit du roi, et sous Louis XIV comme sous Louis XV elles lurent une source de profits à laquelle on recourut abusivement.

La corporation réglementée, Ta jurande n'était pas la seule forme du travail, et, au xve siècle, elle n'était même pas la plus répandue (3). On trouvait jusque dans les villes jurées des métiers libres, el la diffusion de la jurande en tant qu'organisation de droit commun coïncida avec les progrès mêmes de l'absolutisme monarchique.

A mesure que les corporations devinrent moins exclusives el la maîtrise 1res difficilement accessible aux ouvriers, c'en fut fait de l'ancienne association familiale du xiue siècle. Les ouvriers se grou-

(1) E. Levasseur, Histoire des (tasses ouvrières avant 1789, t. Ier, p. 675.

(â) Charles VI les avait jadis supprimées au lendemain de Roosebeeke (voir p. 228). Pour l'aire la police des métiers, il avait substitué aux maîtres élus des prud'hommes, choisis par le prévôt de Paris, chargés d'exercer la juridiction professionnelle. Il avait interdit aux artisans de ■■ faire assemblée aucune par manière de confrairie de métier ni autrement ». Ces mesures prohibitives furent éphémères, et l'on a vu le rôle joué parles corporations pendant la rivalité des Armagnacs et des Bourguignons.

(3) Ce point a été spécialement mis en lumière par II. IIacser, Ouvriers du temps passé (2e éd., 190G).

perçut entre eux, et, après la confrérie, essentiellement religieuse etcharitable, ou vit se former et se développer des compagnonnages, opposés au patronat.

Les compagnonnages ('(aient des sociétés d'assistance mutuelle, dont les membres (les compagnons) rencontraient dans chaque ville une mère, c'est-à-dire une hôtelière qui les hébergeait, et un rouir, ir qui les aidait à trouver du travail. L'admission des nouveaux compagnons était entourée de cérémonies rituelles et singulières.

BIBLIOGRAPHIE

Consulter les ouvrages indiqués à la page 172 cl, de plus: Boissonnade (P.), Essai sur l'organisation du travail en Poitou (1899-1900, 2 vol.). — Paginiez (Gustave), Documents relatifs à l'histoire de l'industrie et du commerce en France, II, XIVe et XVe siècles (1900). — Hauseu (Henri), Ouvriers du temps passé, XVe et XVIe siècles (KS99). — Martin Saint-Léon (M), Le Compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements, ses rites (1901). — Vigne (Marcel), La Banque à Lyon du XV au XVIIIe siècle (Paris et Lyon, 1903).

YI. — LA LITTERATURE

Le xive et le xve siècle forment entre le moyen âge et la Renaissance une époque de transition. L'histoire, le théâtre, le conte en vers ou en prose, la poésie épique se transforment. La langue ellemême évolue. Elle est caractérisée par l'effacement de nombreuses nuances phonétiques, par la simplification de la flexion, surtout par un notable enrichissement du vocabulaire dû à des emprunts faits, parfois sans mesure, aux langues classiques, grec et latin.

Au déclin de la féodalité, à la ruine de la chevalerie, à rabaissement de la moralité générale, correspond dans l'histoire littéraire une sorle de dessèchement de l'imagination. La peste de 1348, qui enlève à l'Europe un tiers de ses habitants, la guerre de Cent ans, qui ravage et désole la France pendant plus d'un siècle, sont bien aussi pour quelque chose dans cette espèce de décadence.

La Poésie. — La source des chansons de geste est tarie. Au lieu de ces longs poèmes, dont quelques-uns sont cependant lus encore dans des traductions en prose, on écrit de courtes pièces d'une forme savante et compliquée. Guillaume deMachault, pur exemple, est un habile virtuose de la ballade, du rondeau, du virelai, du chant royal, et il écrit dans le même style alambiqué, non sans talent, le Confort d'ami, lettres de consolation adressées à Charles de Navarre, prisonnier; la Prise d'Alexandrie, poème; le Vrai dict, recueil de lettres, prose et vers, récit détaillé de ses amours avec Agnès de Navarre, comtesse de Foix. Mais, en somme, il renouvelle, sans réussir à les vivifier, les formes que manient avec plus d'élégance Froissart et surtout Charles d'Orléans.

Disciple de Jean de Meung et de Guillaume deMachault, Euslae fie heschamps, qui fut huissier d'armes du roi Charles Y, compose aussi un millier de ballades, rondeaux, virelais, épitres, complaintes, qui sonl comme le journal où il raconte par fragments sa propre existence et dont il intitule le recueil : Pèlerinage de la vie humaine. Il est l'auteur d'un poème satirique, le Miroir de mariage, où il expose tous ses regrets d'avoir pris femme.

Christine de Pisan, née à Venise, amenée toute jeune en France par son père, Thomas de Pisan, secrétaire de Charles V, 'est une érudile, versée dans la langue de Plaute et de Cicéron. Devenue Française de cœur, elle écrit, outre des historiettes en vers (Cent histoires de Troie), qui ne valent pas les fableaux, un Poème de laPucelle, empreint de profonds sentiments patriotiques; des traités moraux : Trésor de la cité des Dames, Chemin de longue étude et le Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V. (Voir plus bas.)

Alain Chartier fait des vers très prosaïques, le Débat du réveil-matin, la Belle Dame sans merci, le Livre des quatre Dames, où se rencontrent pourtant des détails

Christine de Pisan écrivant ses « Ballades » (Miniature d'un manuscrit français de la Bibl. nat.).

gracieux, mais il est bien meilleur en prose, dans son Quadrilogue inveclif (1).

Cependant toute poésie n'est pas morte. Charles d'Or- 1 é a n s , père de Louis XII et fils du duc assassiné par Jean sans Peur, est un poète délicat, fleuri, dont l'imagination brode sur un fond d'aimable mélancolie. Il rime avec aisance le rondeau et la ballade dans une langue d'une limpidité parfaite, qui rachète la banalité trop fréquente des idées. Il est, comme on l'a dit, un « poète d'album», un représentant accompli de la littérature de société.

La fin de la guerre de Cent ans et l'expulsion des Anglais marquèrent pour l'activité nationale une ère de paix et de quiétude intellectuelle qui faisait défaut au pays depuis un siècle. L'esprit bourgeois en profita aussitôt pour prendre son essor et inspira une littérature sans envolée, terre à terre, mais malicieuse, vive et caustique. L'âge de la poésie aristocratique est passé : on ne compose plus de poèmes de chevalerie, on met en prose ceux qui existent déjà, et la typographie naissante les multiplie à l'aide des moyens nouveaux dont elle dispose. Cette inspiration surannée ne subsiste plus guère que dans le poème prolixe et diffus de Martin le Franc, le Champion des Dames, composé dans la veine du Roman de la Rose.

Partout ailleurs, c'est un esprit de fine raillerie qui domine, et les œuvres les plus originales, celles qui expriment le mieux les aspirations du moment, sont des pièces d'un souffle court, d'une facture aisée, non sans grâce et sans distinction. Ces qualités plaisantes fleurissent dans les allégories de Martial d'Auvergne, ou dans les parodies sa Iniques du Rémois Guillaume Coquillart, qui, bien loin de Villon et même de Charles d'Orléans, mérite cependant d'être

mentionné pour la verve bourgeoise et basochienne de ses poésies : Monologues, les Droicts nouveaux, le Blason des armes et des dames.

A l'esprit de saillie, à la précision du trait, à l'observation pénétrante qui est le fond des qualités de son époque, François Villon, l'auteur du Petit et du Grand Testament, ajoute la profondeur et la sincérité du sentiment, que rehaussent et font valoir la sobriété et la vigueur de l'expression. Au milieu des écarts, des désordres de sa vie aventureuse, Villon, qui n'écrit pas dans la langue de la cour, mais dans celle du peuple, plus imagée et plus savoureuse, quelquefois dans l'argot des voleurs, est le poète le plus vrai de son époque. Les ballades d'une si pénétrante mélancolie qu'il a intercalées dans les bouffonneries de ses deux Testaments sont des morceaux de poésie lyrique d'une grande beauté. On sent que, pour lui, la poésie n'est pas un simple jeu d'esprit, un

Charles (Miniature de l'annoi'ial du h

d Orléans

Sraut Lierry; Biljlioth. nation.).

(1) Jean Bouche! conte que Marguerite d'Ecosse, femme du dauphin Louis (Louis XI), se pencha sur le visage endormi d'Alain Chartier et lui donna un baiser qui, dit-elle à sa suile, n'allait pas à l'homme, lequel était, en vérité, fort laid, mais au poêle et à la poésie. La vérité est qu'Alain Chartier mourut en 1430 ou 1433, c'est-à-dire avant l'arrivée de Marguerite en France (1436).

LA SOCIETE ET LA CIVILISATION AUX XIVe ET XVe SIECLES

exercice littéraire, mais ce qui se tire du plus profond de l'âme.

« Il avait la mélancolie philosophique d'Alain Chartier devant la vieillesse et la mort; la tondre grâce et les doux pensers d'exil du pauvre Charles d'Orléans, qui vit si longtemps éclore les fleurs des prairies d'Angleterre au jour de la Saint- Valen tin ; le réalisme cynique d'Eustache Deschamps, la bouffonnerie et la satire dissimulée de Guillaume Coquillart; mais des expressions qui, chez les autres, étaient des modes littéraires, paraissent devenir chez Villon des nuances d'âme; lorsqu'on songe qu'il fut pauvre, fuyard, criminel, amoureux et pitoyable, condamné à une mort honteuse, emprisonné de longs mois, on ne peut méconnaître l'accent douloureux de son œuvre (1). » Il nous touche par ce qu'il a d'humain, et notre moderne Verlaine est bien, à ce point de vue, de la même lignée.

Mais à côté de Villon, si près de nous à certains égards, que de froids rimailleurs occupés à de puérils et pédants exercices de style ! Une école grandit à la cour des ducs de Bourgogne, à la suite de Georges Chastellain, poète inégal, noble ou emphatique, naturel ou ridicule à l'occasion, et cette école n'aura pour souci, comme ce « suprême rhétoriqueur », que les tours de force littéraires, les gauches imitations de la période cicéronienne, les allitérations sonores et vides, les rimes équivoques. Les principaux représentants de cet esprit suranné, qui continuaient sans le savoir et maladroitement les humanistes du règne de Charles V, furent Jean Molinet de Valenciennes, Jean Lemaire de Belges, et, après eux, en France même, Guillaume Crétin, Jean Meschinot et Jean Marot. Avec eux se continua pendant tout le règne de Louis XII et prit fin dans le ridicule la tradition du moyen âge littéraire : c'est d'eux que Babelais se moque à bon droit quand il fait plaisamment « despumer la verbocination labiale » à son écolier limousin.

Mentionnons, pour terminer, le chansonnier normand du xve siècle, Olivier Basselin, né à Vire, où il possédait sous le coteau des Cordeliers, près du pont de Vaux, un moulin à foulon de l'exploitation duquel il vivait. Basselin n'était point illettré ; il savait le latin, avait voyagé et avait été soldat. Adonné aux plaisirs de la table, il employait ses loisirs à rimer des chansons naïves qui reçurent le nom de vau-de-Vire, d'où l'on fait dériver celui de vaudeville. Sa fabrique fut ruinée lors du siège de Vire par Charles VII, en 1450, et, plus tard, sa famille, le voyant trop adonné au cidre et à la bonne chère, le fit interdire. Ce fut Basselin qui introduisit dans le Bocage l'usage de chanter des chansons après le repas. Les siennes étaient en quelque sorte improvisées. Il semble d'ailleurs n'avoir attaché que peu de prix à ces légères productions, et il n'en fit jamais de recueil. Elles se transmirent de bouche en bouche jusqu'au temps où Jean le Houx les recueillit et les livra à l'impression : Livre des citants nouveaux et vaux-de-Vire, par Olivier Basselin (1610).

La prose. Littérature didactique. — Le goût des connaissances précises avait déterminé dès le xme siècle un mouvement qui, à la fin du xiv°, aboutit à ce grand effort d'érudition auquel sont attachés les noms illustres de Nicolas Oresme, Bercheure, Baoul de Presles, Philippe de Maizières, Alain Chartier : les uns surtout humanistes, les autres écrivains politiques.

L'œuvre en prose d'Alain Chartier est bien supérieure à son œuvre poétique. Son Quadrihnjuv invectif est un dialogue à quatre personnages où, après que le Clergé, le Chevalier et le Peuple se sont reproché mutuellement tous les maux, toutes les misères causées par la guerre, la France « éplorée et dolente » intervient pour prêcher la concorde à ses enfants. Comme chez Christine de Pisan, un vif sentiment patriotique anime ce petit livre, écrit entre le désastre d'Azincourt et la levée du siège d'Orléans.

Œuvres morales et satiriques. — L'esprit de fine raillerie qui fleurit dans les poésies de Martial d'Auvergne et de Guillaume Coquillart s'épanouit en toute liberté dans la nouvelle en prose, imitée de l'italien et en particulier du Décaméron, genre que vit naître h; xvc siècle. Les Cent nouvelles nouvelles où Louis XI n'a rien à voir, quoiqu'on ait dit longtemps le contraire sont des modèles de l'art des contes, savoureuses par le piquant du dialogue et la justesse narquoise des traits de mœurs et de caractère. Elles appartiennent pour la plupart à Antoine de la Sale, l'auteur également heureux du

Froissart écrivant ses « Chroniques »

(Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale).

Petit Jehan de Saintré, si voluptueux et à la fois si agréablement frondeur des usages de la chevalerie, et des Quinze joies de mariage, autre œuvre de piquante ironie, satire pleine de sel sous forme de litanies, où sont longuement énumérées les tribulations infinies du mariage. Ce ton d'irrévérence brutale ou bouffonne pénètre là où l'on s'attendait le moins à le trouver et la chaire chrétienne n'en est pas exempte quand elle retentit de la voix de Ménot ou de Maillait.

L'histoire. — Dans l'histoire, deux noms sont par-

Jean Froissart (Recueil d'Arras).

(1) .Marcel 6ciiwob, Spicilege J'aris, 2" édit., 18'JGj, p. 5.

Philippe de Commynes et sa femme Hélène de Chambes-Montsorcau (Sépulture de L'église des Augustins, Paris [LouvrcJ.

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Philippe de Commynes

ticulièrement illustres, Froissait et Commynes. Jean Froissait, grand voyageur, qui se représente lui-même toujours << travellant et chevauchant, querrant (cherchant) de tous costés nouvelles », Lien accueilli dans toutes les cours de France, d'Angleterre, d'Ecosse, d'Italie, et qui ne nous dit guère que ce qu'il a vu ou ce qu'il a entendu dire, nous offre le tableau le plus animé du règne des deux premiers Valois; il raconte avec la même tranquille indifférence les massacres ou les tournois, les assassinats ou 1rs festins, mais c'est un peintre incomparable, et si m livre a le charme des romans de chevalerie. 11 ne faut pas attendre du chroniqueur des appréciations très justes sur les résultats des différentes guerres dont il raconte les phases. Vainqueurs ou vaincus, peu lui importe; ce qui lui plaît, c'est le bruit des armes, le scintillement du soleil sur les casques et les cuirasses, tout ce qui résonne, enfin tout ce qui brille et qu'il racontera avec sa merveilleuse insouciance. Est-il en Angleterre, les Anglais sont pour le chroniqueur le peuple le plus vaillant du monde entier. Est-il chez Gaston de Foix, le modeste duché prend des proportions gigantesques. Ses peintures ont été justement comparées aux vastes tapisseries du xive siècle.

11 doit beaucoup au chanoine de Liège Jean le Bel, à qui il emprunte sans indication de source des pages entières et dont la narration, moins éclatante, est empreinte d'une sincérité-rude et écrite dans un style incorrect mais original. C'est aussi la sincérité, mais la sincérité émue et la délicatesse des sentiments, qui dominent dans le Livre des faits et bonnes mœurs du rui Charles V, écrit par Christine de Pisan en témoignage de reconnaissance envers le souverain qui l'avait protégée.

Commynes, venu un siècle plus tard, est un véritable historien. Passé du service de Charles le Téméraire à celui de Louis XI, qui en fit un des plus riches seigneurs de France, il a étudié de près ces deux princes et il démêle avec une grande perspicacité les secrets de leurs caractères et de leur politique. Il ne se borne pas, comme Froissart, à raconter; il explique et juge; on a appelé ses Mémoires le bréviaire de l'homme d'État. Il se montre historien de premier ordre, politique profond, chroniqueur naïf, écrivain original, naturel et précis. Toutefois, ses appréciations sont ce qu'on pouvait attendre du serviteur de Louis XI : les actes les plus révoltants, les perfidies, les trahisons, les crimes même, loin d'exciter son indignation, sont rapportés par lui froidement, sans emphase, envisagés comme des moyens de succès, et jugés par leurs résultats seulement et en dehors de toute considération morale. Cet écrivain embarrassé et lourd, mais observateur admirable, penseur subtil et sagace, peint son temps, hommes et choses, avec une verve si heureuse, une telle justesse de ton, qu'il a tracé le meilleur tableau de son époque, dominé par d'amples vues d'ensemble et de larges horizons lumineux.

Sous Charles VII et Louis XI, l'historiographie officielle ou oflicieuse compte en Bourgogne des représentants dignes, à divers litres, d être mentionnés : Enguerrand de Monstrelet, dont la chronique continue celle de Froissart ; Georges Chastellain, Jean Molinet, Jacques du Clercq, Olivier de la Marche, Jacques de Lalaing. Le plus remarquable de tous est certainement Chastellain qui, dans un style malheureusement emphatique et embarrassé, fait preuve d'indépendance, de jugement et de bon sens. C'est lui qui a défini Louis IX une grande araignée tissant sa toile au centre du monde chrétien.

Le théâtre. — Le théâtre prend au xv° siècle une extension considérable, et l'on voit naître alors les divers genres d'où est sorti le théâtre moderne.

Théâtre religieux. — Les Mystères. — Les Confrères de la Passion. — Jusqu'au xive siècle, les représentations, organisées par les clercs, données d'abord dans les églises, puis sous les porches, avaient

Enguerrand de Monstrelet

(Recueil d'Arras).

pour objet l'enseignement et comme la démonstration des dogmes : celles qui se rattachaient au cycle de Pâques, par exemple, plaçaient sous les yeux des spectateurs, non la résurrection même, mais des scènes qui la préparaient ou en montraient l'accomplissement {Jeu de la Résurrection, xm° siècle; Miracles de Noire-Dame, xive siècle). Vers la lin du xive siècle,, on prit l'habitude, dans certaines circonstances solennelles, de représenter, sous forme de

tableaux vivants, des scènes religieuses comportant un grand nombre de personnages (la Passion, le Jugement dernier), et c'est à ces tableaux muets que s'appliqua d'abord le mot de mystère. Enfin, il vint un jour où l'on eut l'idée de faire dialoguer les personnages :

le mystère dramatique était dès lors créé et remplaçait le miracle des siècles antérieurs (milieu du xve siècle).

Ce genre nouveau obtint tout de suite une vogue extraordinaire : dans toutes les grandes villes, des associations se formèrent en vue des représentations, et on déploya dans la mise en scène une magnificence inouïe. Les plus anciens mystères conservés (Mystères inédits du XVe siècle, publiés par A. Jubinal, 1834) sontrelativement courts et d'une grande simplicité de style ; bientôt les dimensions s'allongèrent : la Passion, d'Arnoul Gréban(vers 1450), a .'!."> 000 vers; le Mystère des Actes des Apôtres, d'Arnoul et Simon Gréban, 62 000. On découpa en scènes presque tous les événements de l'histoire sacrée (de là la division en trois cycles : de l'Ancien Testament, du Nouveau Testament et des Saints); on dramatisa même quelques grands événements de l'histoire nationale ou ancienne (le Siège d'Orléans, c'est-à-dire sa délivrance par Jeanne d'Are; la Destruction de Troie, par J. Millet, vers 14o0). Le mérite littéraire des mystères est assez mince : ils sont déparés par la prolixité', un mélange choquant d'enllure et de bouffonnerie; l'élément cmnique, en effet, y tenaitune grande place, et certains rôles (ceux des tous, des bourreaux, etc.) étaient purement grotesques. C'est l'envahissement progressif du comique qui causa en grande partie la ruine du genre.

La Confrérie de la Passion, composée de bourgeois et d'artisans de Paris, est la plus célèbre des corporations dramatiques du moyen âge. Elle était vouée à la représentation de drames sacrés, et notamment du mystère de la Passion. Le document le plus ancien qui la concerne, mais qui démontre son existence antérieure, est une défense qui lui est faite par le prévôt de Paris (3 juin 1398; de représenter « aucun jeux de personnages ». Elle en appela au roi et, en 1402, obtint non seulement l'autorisation demandée, mais un véritable monopole. Les confrères exploitèrent ce monopole durant plus d'un siècle à l'hôpital de la Trinité, près la porte Saint-Denis, établissement destiné primitivement à héberger les pèlerins et voyageurs arrivant à Paris après la fermeture des portes (1).

On trouvera, planche XIV, figure 3, la reconstitution d'un mystère représenté à Paris sur la place du parvis Notre-Dame vers 1470.

(1) En 1539, les Confrères de la passion émigrèrent à l'hôtel de Flandre, puis, en 1548, à l'hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil. Ils y étaient à peine établis quand le parlement, pour mettre fin aux excès résultant de l'envahissement du comique, qu'il voyait de mauvais œil, rendit un arrêt (17 novembre t:i'i8)qui, tout en maintenant leur privilège, leur interdisait de jouer la Passion et <• autres mystères sacrés », c'est-à-dire les privait, en fait, de leur répertoire : les confrères se débattirent durant près d'un siècle contre cette situation sans issue. Après avoir essayé de jouer des pièces profanes, ils tirent exploiter leur privilège, moyennant un droit fixe, par une troupe de comédiens; ceux-ci, locataires forcés des confrères, protestèrent de bonne heure (dès 1615) contre celte redevance. Après un demi-siècle de lutte, ils finirent par l'emporter : un arrêt rendu par Louis XIV, en décembre 167G, déchira dissoute la société de la Passion et attribua ses biens à l'Hôpital général, auquel les comédiens durent payer la redevance qu'ils acquittaient auparavant envers les confrères. C'est l'origine du célèbre droit des pauvres, auquel les théâtres français sont encore astreints.

LA VIE EN FRANCE

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