‹ Histoire de France illustréeChapitre 99 sur 182 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Paris sous Louis XI.

Fig. 1. — Vue panoramique dk Paris au xv° siècle. — Le spectateur est supposé placé à l'endroit où, de nos jours, se trouve le Pont Royal, près de la rive gwche.

La Tour du 15<>is, qui se profile sur le ciel, au premier plan de notre reconstitution, à gauche, terminait de ce cote l'enceinte fortifiée de Charles V, construite à la fin du XIV- siècle.

Le moulin qui se voit à gauche de la Tour s'appelait Moulin de la Bulte du Marché aux moulons; il fut incendié, le 14 mai 1590, par l'artillerie des troupes royales qui tirait sur le rempart.

A partir de la Tour du Bois, en remontant la Seine, on voit un gros mur crénelé et fortifié de demi-tours en saillie : c'est le « Gros mur qui faict closture du quay estant le long de la rivière de Seyne et du Louvre », dit Sauvai. Bâti en 1370, il fut démoli en 1694 pour faire place à la grande galerie du Louvre, élevée sur les mêmes fondations.

Au bout de ce mur on voit le Château du Louvre et la Tour du Coin qui, placée en face de la Tour de Nesle, servait avec cette dernière, au moyen d'une chaîne tendue en travers de la Seine, à fermer l'entrée de Paris par le fleuve.

En continuant à remonter la Seine, nous rencontrerons d'abord l'hôtel de Bourbon, puis le quai de l'École, le quai de la Mégisserie, la petite place de la » Vallée de Misère », et enfin le « Pont aux Meuniers ». Le Pool au Change et le l'ont Notre-Dame se voient par-dessus les toits du Pont aux Meuniers. A droite de ces ponts, après avoir traversé la Seine, nous voyons, dans la Cité, le Palais de Justice, la Sainte-Chapelle, et, au bout du jardin du Palais, la maison des Etuves, formant la pointe de l'île, en aval.

Sauvai, dans son « Histoire des antiquités de la ville de Paris », rapporte que, depuis le XIVe siècle, « nos rois basèrent des etuves à la pointe de cette Isle (du Palais), et pour celles firent faire un logis nommé la maison des Etuves, tant pour eux et pour leurs enfants que pour les princes et autres grands seigneurs logés avec eux; car, en ce temps-là, il y en avait non seulement dans tous les paiais et les grands hostels, mais même dans les rues de Paris destinées exprès pour cela; d'où vient que quelques-unes conservent ce nom de rue des Etuves ».

Les deux petites îles placées en aval de la grande île de la Cité se nommaient : la première, celle de gauche, /'île de la Gourdaine (sorte d'engin dont se servaient les pécheurs); la seconde, à droite, /'île de Bussy. C'est dans cette île, qui appartenait à l'abbaye de Saiht-Germain-des-Prés, que furent brûlés Jacques de Molay, grand maître du Temple, et le maître de Normandie. Philippe le Bel assistait au supplice de l'extrémité de son jardin qui regardait l'îlot. Après la maison des Etuves, en allant de gauche à droite, et en longeant le mur d'enceinte du palais, on arrivait au Pont Saint- Michel, le premier construit à cet endroit, vers 1378; il s'appela d'abord Petit-Pont, ensuite Petit-Pont-Neuf. Dès 1424, il prit la dénomination de Pont Saint-Michel, en raison de la proximité de la chapelle de ce nom. Emporté par les glaces en 1547, il fut réparé en 1592. La Tour de Nesle, sur la rive gauche de la Seine et en face de la Tour du Bois, a été bâtie en même temps que le mur d'enceinte de Philippe Auguste, qu'elle défendait et terminait de ce côté. La garde des tours et des portes de l'enceinte était confiée à un capitaine ou concierge, qui avait un certain nombre d'hommes d'armes sous ses ordres. Les postes n'étaient habituellement pas relevés comme de nos jours; la garnison des remparts n'était dès lors que la réunion de plusieurs petites garnisons indépendantes les unes des autres.

A droite de la Tour de Nesle nous voyons la Porte de Nesle, percée dans le mur d'enceinte.

Par-dessus ce mur, nous apercevons le haut de l'Hôtel de Nesle, qui était un des plus vastes de Paris: il occupait avec ses dépendances tout l'espace compris entre la rue de Nevers, la rue Mazarine et le quai Conti. Il avait été bâti vers la fin du IIIe siècle par Amaury de Nesle, prévôt de l'isle, qui le céda en 1308 à Philippe le Bel, moyennant une somme de 5 000 bons petits pariais.

Fie 2. -- I.e souper des tournoyeurs. — Lorsqu'un tournoi avait été annoncé, les seigneurs conviés à y assister se rendaient au lieu désigné, accompagnés de la plus grande quantité possible de chevaliers, d'écuyers et de tournoyeurs. Le jour de leur venue, les tournoyeurs étaient reçus à souper, puis invités à se faire apporter leurs heaumes en l'hôtel des juges. La soirée se terminait par des danses.

Fig. 3. Un Tournoi au xve siècle. — Au XVe siècle, les tournois n'étaient guère plus que des parades militaires différant essentiellement des exercices violents et dangereux qui portaient le même nom au XIIe et au XIII siècle.

Fig. i. — La remise du prix au vainqueur du Tournoi - Après le combat, le jugement du Tournoi, établi et déterminé par les rapports des officiers d'armes, était rendu solennellement par les anciens chevaliers, quelquefois par les dames; en ce cas, elles allaient elles-mêmes chercher le vainqueur et lui remettaient le prix du Tournoi, qui était reçu à genoux.

Fig. 5. — La danse aux chansons. - Un bal suivait la distribution des récompenses et le souper, et certaines danses étaient accompagnées de chansons.

Fig. 6. — L'Hôtel de Bourbon et le Louvre au xve siècle. — Au premier plan, à droite de notre reconstitution, nous voyons la petite rue des Poulies débouchant sur le quai de l'Ecole; après cette rue, l'Hôtel de Bourbon qui s'étendait jusqu'au Louvre et n'en était séparé que par la rue d'Autriche. L'Hôtel de Bourbon, dont la façade principale et l'entrée se trouvaient sur le quai, a été bâti vers 1303, par Louis de Bourbon En 1390, il fut reconstruit, après avoir été considérablement augmenté grâce à l'acquisition des maisons voisines, mais l'alignement de la rue des Poulies ne fut donné qu'en 1397, et la Galerie dorée, ofouuant sur le quai, ne put être terminée qu'au commencement du XV' siècle. Le corps de logis principal, dont les trois pignons prenaient jour sur le quai, était décoré d'une sorte de balcon fermé, dont la balustrade, découpée à jour, ava't pour motif un agencement de fleurs de lis et de lettres capitales dont la réunion formait le mot Espérance (devise de l'ordre du Chardon, fondé par le duc d'Orléans).

La Galerie dorée servait de promenoir aux ducs de Bourbon; elle était embellie de peintures et resplendissait de dorures. La porte principale, qui s'ouvrait sur le quai, était très richement décorée et dorée, d'où son nom de Porte Dotée. En 1418, au moment où les Boui guignons chassèrent de Paris les Armagnacs, l'hôtel de Bourbon fut pillé. L'arrêt de confiscation rendu, le 28 juillet 1527, contre le connétable de Bourbon marqua le commencement de la ruine de cet hôtel. La tourelle du coin de la rue des Poulies fut rasée, les écussons brisés et la Porte Dorée maculée de jaune par la main du bourreau. Cette couleur jaune, que l'on appliquait aux maisons des coupables de haute trahison, était d'une si bonne trempe qu'on l'y voyait encore plus d'un siècle après.

Nous avons déjà donné une reconstitution du château du Louvre tel qu'il était au XIII0 siècle (Voyez pi. VIII); nous le représentons ici agrandi par Charles V et tel qu'il était encore au XVe siècle.

Fig. 7. — Hôtel de La Trémoïlle. L'hôtel de ce nom, qui était situé rue des Bourdonnais, /)u 31, a été démoli en 1841. Il occupait tout l'espace compris entre les rues des Bourdonnais et Tirechape, et il prit dans les dernieis temps le nom de maison de la Couronne d'Or, de l'enseigne d'un marchand qui habitait le rez-de-chaussée. Déjà dégradé au moment de sa démolition, le manoir des princes de La Trémoïlle n'en demeurait pas moins la plus élégante construction civile du XVe siècle qui se fût conservée à Paris. La tourelle surtout, qui a été transportée et reconstruite dans la cour de l'École des Beaux-Arts, était un chef-d'œuvre de sculpture et de légèreté.

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