‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 10 sur 25 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

SUITE DU RÈGNE DE LOUIS IX

Précautions de Louis à sa première croisade. — Testament des croisés. — Refus de Louis à Richard. — Élection du landgrave de Tburinge à la place de Frédéric. — Sa défaite et sa mort. — Départ de Louis. — Premier prévôt de Paris. — Origine de l'enregistrement des ordonnances. — Embarquement à Aiguës- Mortes. — État de l'Orient. — Arrivée de Louis en Chypre. — Différends apaisés par lui. — Ambassade d'un prince tartare. — Déclaration de guerre au Soudan d'Égypte. — Désastre de la Botte française. — Arrivée à Damiette.— Harangue de Louis à ses guerriers. — Descente en Égypte. — Intrépidité de Louis.

— Défaite de l'armée et de la flotte des Sarrasins. — Prise de Damiette. — Partage du butin. — Désordres des croisés à Damiette. — Lettre du Soudan à Louis. — Réponse du roi. — Reprise des hostilités. — Arrivée d'Alphonse , frère du roi , avec des renforts. — Départ pour le Caire. — Perfidie des Sarrasins.

— Mort du soudan Melech-Sala. — Passage du Tanis. — Exploits du comte d'Artois. — Son aveugle témérité et sa mort — Victoire de Louis. — Nouveaux combats. — Délivrance du comte Alphonse. — Arrivée du soudan Almoadan. — Contagion dans l'armée chrétienne. — Retraite des croisés. — Perfidie d'un Français au moment de la trêve. — Captivité du roi et de sa suite. —Triste position de la reine Marguerite. — Naissance de son fils Jean Tristan.— Révolte des Maraelucksetmort d'Almoadan. — Désespoir des croisés. — Traité conclu. — Départ de Damiette.

Prccwlion» #

«ic Louis à Saint Louis, prêt a partir pour l'Orient, conyo-

"cr P ouX re qua à Paris un parlement, afin d'y prendre les

mesurés nécessaires à la tranquillité du royaume. Ayant déclaré la reine Blanche régente, il fit prêter serment à tous les seigneurs, ses vassaux, de reconnaître l'autorité de la reine; ils prêtèrent le même serment aux fils du roi.

Joinville dit dans ses mémoires que , sommé en cette occasion de prêter ce serment , il le refusa , parce qu'il était vassal direct, non du roi, mais du comte de Champagne.

Il était important pour la sûreté du royaume d'emmener en Asie les grands qui pouvaient, en l'absence du roi, troubler la paix publique. Les plus turbuiens avaient déjà promis de suivre le monarque. Raymond, comte de Toulouse, cherchait à éluder sa promesse, en disant que l'épuisement de ses peuples l'empêchait de trouver l'argent nécessaire à son voyage. Blanche lui ep prêta.

Louis reçut des avances considérables des fermiers de ses domaines, et des dons magnifiques lui furent offerts par les communes.

Il signa cette même année une nouvelle trêve avec les Anglais. Les comtes de Salisbury et de Leiœster promii ent de marcher sous la bannière royale de France.

Saint Louis cherchait par-tout à se faire des alliés contre les Musulmans; le moine Mathieu Paris fut envoyé par lui en ambassade près de Hacon, roi de Norwége. Il était chargé d'engager ce prince à s'embarquer avec lui pour combattre les infidèles. « Je » veux bien, répondit Hacon, aller en Palestine, •» mais je n'irai point avec les Français 5 car ils

» passent pour vains et moqueurs , et me s su j e ts sont » fiers et peu endurans. »

Testament Si la folie des croisades fit verser trop de sang,

docroués. . ,

on doit convenir que ces guerres pieuses donnèrent quelquefois lieu à un grand nombre d'actions charitables et à la réparation d'une foule d'injustices. L'expérience du passé apprenait aux croisés que, dans ces expéditions lointaines, le retour était incertain, et la mort probable : aussi presque tous faisaient leur testament avant de partir, et s'efforçaient de mériter la protection céleste par des restitutions ou des aumônes.

Refas Le caractère religieux de Louis le portait à res— i Richard, tituer les biens dont la légitimité pouvait sembler douteuse. Richard , frère du roi Henri , espérant profiter des scrupules du monarque français au moment de son départ pour la croisade, vint à Paris et le pressa vivement de rendre à son frère la Normandie et les autres provinces enlevées au roi d'Angleterre.

Poussé par la dévotion, retenu par la politique , Louis hésitait et paraissait ébranlé : la fermeté de Blanche vint à son secours; elle lui représenta le tort immense qu'une pareille restitution ferait à la monarchie, et le mécontentement qui en serait la suite.

Louis, rassuré par ces argumens, dit à Richard que la confiscation était généralement regardée comme légale, et que d'ailleurs il ne pouvait rien céder sans l'avis de ses pairs, qui n'y consentiraient jamais.

L'extrême dévotion de saint Louis, en le rendant souvent timoré, ne le rendait ni aigre ni triste. Ceux

qui viraient dans son intimité le virent toujours d'une humeur égale , douce et gaie. On lit dans Join~ ville que ce bon prince lui disait un jour, en parlant de biens mal acquis et de restitution, « qu'il » était d'autant plus mal de prendre le bien d'au- » trui , qu'on ne pouvait se décider à le rendre, et » que seulement, en prononçant le mot rendre , il » semblait qu'il écorchait la gorge par les rr qui y » sont, lesquels rr signifiaient rente au diable, qui » tous les jours sait retenir à lui ceux qui veulent » rendre le chastel d'autrui; et ce diable, ajoutait— » il, est subtil; car il persuade ù ces usuriers rapi- » neurs, en les trompant, de donner à l'Église pour » Dieu le fruit de leurs rapines, au lieu de le » restituer à ceux sur qui ils Font pris. »

Cependant le pape, beaucoup moins scrupuleux élection da que le roi de France , s'efforçait opiniâtrément de ^Thu* consommer là ruine de son ennemi Frédéric : non ^'. 8 c e e 4 d ^ content de l'avoir déposé ^ il nomma un autre em- Frédéric, pereur; ce fut Henri, landgrave de Thuringe. Plusieurs évêques allemands, d'après les ordres du Saint-Siège, couronnèrent ce prince*

Frédéric fit retentir l'Europe de ses plaintes; il accusa même le pape d'avoir envoyé des émissaires pour l'assassiner. Cette scandaleuse querelle affligeait vivement le roi de France; il demanda au pape une nouvelle entrevue à Cluny» Mais, sourd à ses instances, Innocent prétendit qu'il n'employait que des armes légitimes pour défendre l'Église contre un infidèle qui avait enfreint toutes les lois et violé tous ses sermens. « Eh bien, lui répondit » saint Louis , s'il est coupable , l'Évangile vous tome xv. 9

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» ordonne de pardonner; les soldats de la croix vous » en supplient, et toute l'Église vous conjure de » ne pas rejeter des soumissions que la clémence » de Dieu accepterait. »

Vainement un prince guerrier prêchait avec onction un prêtre fanatique : l'ardente charité de Louis trouva la haine du pape inflexible. Deux évêques osèrent attester l'orthodoxie de Frédéric; ils furent excommuniés. Il ne resta plus d'autre moyen que les armes pour terminer ces funestes débats, so défaite Conrad, fils de Frédéric, combattit d'abord sans «t sa mort. succ £ s j e landgrave; mais celui-ci vaincu dans une nouvelle bataille, mourut de chagrin. Frédéric, délivré de ce rival, porta ses armes en Italie, soumit les Siciliens , et, revenant ensuite du côté des Alpes, annonça le projet de suivre le pape jusque dans les murs de Lyon.

Louis marcha à la tête de son armée pour secourir Innocent, qui , dans ce moment, semblait redouter presque également et l'attaque de l'empereur et les secours du roi de France.

Frédéric , craignant de se brouiller avec Louis , s'éloigna des Alpes et courut assiéger Parme, qui était occupée par les troupes pontificales. La fortune trahit ses efforts: les assiégés, sortant de leurs remparts avec furie, le mirent en déroute et le contraignirent de se réfugier à Naples. Dans le même temps , Innocent lui suscitait un nouvel ennemi , et «Jonnait la couronne impériale à Guillaume , comte de Hollande.

Départ de Le roi de France, ayant perdu tout espoir de réconcilier, par son intervention, l'empereur et le

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pape, ne crut plus devoir retarder son départ. Suivant la coutume de ses prédécesseurs, il vint prendre à Saint-Denis l'oriflamme, que lui présenta le cardinal Odon (1).

La reine-mère, investie de la régence avec les pouvoirs les plus étendus, voulut reconduire Louis jusqu'à Cluny : plongée dans une douleur profonde, ses tristes embr a ssemens, ses sanglots et ses larmes prouvaient assez qu'elle n'espérait plus revoir son fils.

La reine Marguerite suivit son époux, qu'accompagnèrent aussi le légat Odon, les princes de la famille royale et le fameux É tienne Boileau, ou Boislève, prévôt de Paris, qui se faisait chérir par sa sagesse et respecter par sa science.

Autrefois Paris était administré par des vicomtes. Premier Hugues Capet leur substitua un prévôt ; mais cette Kru! 1 " charge était vénale. Louis IX réforma cet abus. Il aimait Boislève : ce magistrat siégeait à côté de lui lorsqu'il rendait la justice, et présidait son tribunal au Châtelet. Boislève fit le premier un recueil de titres, de réglemens, de tarifs et de statuts des métiers. Ce recueil existait encore en 1789 à la chambre des comptes.

Ce fut sous le règne de Louis que les mots enre- origine giatrer et registre commencèrent à être connus, et ghi.remènt jusque-là les registres s'appelaient volumes ou ^ 0 °^ n ' rouleaux.

Saint Louis voulut qu'on envoyât ses ordonnances à Boislève, prévôt de Paris, ainsi qu'aux comtes

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dans leurs comtés, aux sénéchaux et aux baillis, pour les transcrire sur leurs registres.

Après s'être séparé de sa mère, le roi se rendit à Lyon et tenta encore, sans succès, de ramener le pape à des sentimens de paix et de charité. Ayant appris ensuite qu'un seigneur nommé Roger de Clorège , dont les terres se trouvaient sur sa route , était devenu, par ses brigandages, l'effroi des peuples et le tyran de la contrée, il l'attaqua, s'empara - de son château et le fit raser. Enfin il arriva sur les côtes de la Méditerranée.

Embarque- Depuis long-temps l'anéantissement du commerce Aiguë ©t la barbarie des mœurs avaient rompu presque Morte*. loule comniunication entre la France , l'Asie et l'Afrique: ainsi, dans nos provinces méridionales, on n'avait pas construit de ports pour une navigation presque nulle alors.

Saint Louis fit creuser celui d'Aigues-Mortes (1); mais le terrain fut si mal choisi, que , vingt ans après, ce port était inabordable. Les sables l'engravèrentj aujourd'hui cette ville se trouve à une lieue de la mer.

Ce fut là que Louis s'embarqua pour la Palestine (2), sans avoir décidé vers quelle partie des pays soumis aux infidèles il porterait ses premiers coups.

Lorsque sa flotte nombreuse et magnifique mit à la voile , par ses ordres on entonna sur tous les vaisseaux le veni Creator. Ainsi, au moment de commencer une guerre qui devait exterminer tant

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d'hommes, Pair retentissait des chants adressés au Dieu qui les a créés pour se chérir et pour vivre en paix.

Il est nécessaire de retracer, en peu de mots, les taiùa dermers événemens qui s'étaient passés en Grèce et en Asie , les revers successifs des chrétiens , leurs discordes et les progrès croissans des Sarrasins. Les armes musulmanes continuaient toujours à s'étendre en Orient sur les débris des principautés chrétiennes. Depuis la mort de Baudouin et de son frère Henri , l'empire latin s'écroulait rapidement. Un descendant de Louis-le-Gros , Pierre de Courtenay, reçut à Rome la couronne impériale; mais il ne put la porter jusqu'à Constantinople. Les Grecs l'at laquèrent en route et le massacrèrent.

Les vices et la lâcheté de son frère Robert accélérèrent la ruine des Latins. Son successeur Baudouin II, à peine sorti du berceau 4' monta sur le trône. Son tuteur, Jean de Brienne, soutint quelque temps avec gloire ce sceptre chancelant.

Digne du titre d'empereur dont on le décora , Brienne remporta plusieurs victoires sur les infidèles et sur les Bulgares. Mais les triomphes mêmes des Latins les épuisaient. Leurs troupes , moissonnées par la guerre , ne se renouvelaient que difficilement , et ils voyaient sans cesse s'accroître la foule des Grecs , des Sarrasins et des barbares qui les entouraient.

Inutilement Brienne vint implorer l'assistance des princes de l'Europe: il n'en obtint que des promesses. Plus tard, le jeune Baudouin, envoyé par lui en Europe,fut mieux écouté. Louis accueillit en France

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avec faveur ce jeune monarque , lui fournit dos troupes , et lui accorda le huitième des revenus e(>clésiastiques pendant trois ans.

Baudouin fut traverse? dans sa marche par l'empereur d'Allemagne , qui lui refusait le passage sur ses terres. L'intervention de Louis aplanit cet obstacle , et Baudouin arriva enfin sous les murs de Byzance à la tête de soixante mille hommes. Il y fut couronné 5 et si Brienne eût encore vécu , peut-être la victoire aurait suivi ses drapeaux ; mais le jeune empereur était faible , imprévoyant et incapable de résister aux princes grecs , aguerris par de perpétuels combats , par un rigoureux exil et par de longs malheurs.

Bientôt Michel Paléologue le surprit dans sa capitale et le contraignit de fuir. Cette défaite termina honteusement la courte durée de l'empire des Latins.

Tandis que les chrétiens se disputaient ainsi les débris du trône des Césars , les Musulmans réunis resserraient chaque jour dans de plus étroites limites les faibles débris des croisés qui étaient restés dans la Palestine.

Déjà le fruit des habiles négociations de Frédéric était perdu; les princes, divisés, ne savaient ni se préparer à la guerre par des efforts réunis , ni se résigner à la paix. La mauvaise foi et la cupidité des Templiers avaient donné des prétextes aux Musulmans pour reprendre les armes , et Jérusalem était retombée sous le joug des infidèles.

Arrivée Un seul espoir restait aux défenseurs de la croix tLy,°r« W " d ans l'Orient : c'était la prochaine arrivée d'une nombreuse armée française, commandée par 1 saint Louis,

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par un roi que précédait une brillante renommée* Bientôt, en effet, ils apprirent que ce prince, aprè.i une heureuse et courte navigation , était arrivé dans l'île de Chypre (1), où l'on avait réuni ; par ses ordres, une immense quantité de munitions et de vivres.

De toutes les croisades formées jusqu'à ce jour, aucune n'avait dû. inspirer plus de confiance : elle était dirigée par un seul chef, entreprise dans un seul but , préparé depuis trois années avec sagesse et activité! On n'avait à redouter aucune discorde sous un roi qui, dans ses États, venait de comprimer l'anarchie • aucun motif d'ambition privée , car Louis n'était animé dans cette guerre que par un zèle pur : il n'aspirait qu'à la délivrance de Jérusalem , et Tunique désir d'arracher aux infidèles le tombeau de Jésus-Christ, dominant son ame, en effaçait toute idée d'agrandissement pour sa puissance et d'éclat pour son trône. Enfin les chrétiens d'Orient voyaient arriver à leur secours un général habile * et victorieux , un conciliateur doux et sage , un réformateur sévère de tout désordre , en un mot , un héros sous, le cilice , et un saint sous les armes.

Le début de celte trop célèbre expédition répons dit à l'attente générale , et fut illustré par de briU lans succès $ mais ils furent trop promptement suivis des plus désastreux revers.

Henri de Lusignan , roi do Chypre , reçut Louis à son débarquement , et le conduisit avec pompe

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dans les murs de Nicosie , sa capitale. Le monarque français résolut de passer l'hiver dans cette île, et d'y attendre les diverses troupes de croisés qui devaient l'y rejoindre.

Différends Si ses prudens conseils ne purent terminer les apau<. P ,r j on g ues q Uere u es fo 3 Grecs et des Latins , ils parvinrent au moins à en amortir le feu. Son esprit conciliant sut aussi ramener la paix entre les Hospitaliers et les Templiers. L'intrigue, la cupidité, la discorde , ne régnaient pas moins dans les chapitres de ces ordres religieux que dans les cours les plus corrompues et au milieu des camps les plus séditieux.

L'intervention royale rapprocha encore deux ennemis , Haiton , roi d'Arménie , et Boémond , prince d'Antioche : les nobles vertus et la douce piété de saint Louis étaient plus puissantes que ses paroles j ses discours ébranlaient les esprits, mais son exemple les entraînait.

AmUsMde Par-tout autour de lui on voyait l'ordre et la paix princ* r6na j tre . on ] u j a ttri Dua m ê me nombreuses conversions. H reçut en Chypre les ambassadeurs d'un prince tartare nommé David , qui se disait chrétien , et sollicitait son alliance : Louis, en congédiant ces envoyés, leur prodigua ses dons, et chargea quelques moines de porter à David des présens magnifiques.

Plusieurs auteurs regardent cette anecdote comme une fable inventée pour plaire à ce pieux monarque, trop sujet à croire facilement aux conversions que désirait son zèle ardent. D'autres prétendent qu'il était possible que , parmi tant de tribus errantes ^ il se fût trouvé quelques chefs convertis au christianisme par des missionnaires. Ce qui est certain,

c'est que , depuis le départ des ambassadeurs , on n'entendit plus jamais parler ni du prince lartare, ni des moines, ni desprésensdontonlesavaitchargés.

Le moment dagir était venu, et le roi hésita long-temps avant do décider s'il conduirait d'abord son armée en Palestine ou en Égypte. Cette importante question divisait les esprits et donna lieu à des débats très-animés: les chrétiens d'Asie pressaient vivement le roi de venir à leur secours, pour les tirer d'oppression , et de marcher à leur tète , pour atteindre, sans tarder, le principal but de son entreprise, la conquête de Jérusalem.

Mais la plupart des autres chefs de l'armée représentaient qu'agir ainsi, c'était n'attaquer que les branches de l'arbre qu'on voulait abattre, tandis qu il fallait, au contraire, le couper dans ses racines. Ils demandaient qu'on s'emparât de Damiette et qu'on anéantît la puissance du soudan d'Égypte , qui seul, par son appui, fondait l'espoir et la force des infidèles en Asie.

Cet avis était trop favorable aux intérêts du roi de Chypre pour qu'il ne le soutint pas vivement ; il promit de se croiser lui-même si l'on voulait envahir l'Egypte.

Louis s'y décida, et, suivant les étranges coutumes du temps, il envoya des hérauts au soudan égyp- ^ g "Sua tien, qu'on appelait aussi, par une ignorance digne d ' É wP tc de ce siècle, soudan de Babylone. Ces hérauts étaient chargés d'une lettre par laquelle Louis menaçait de la guerre le soudan , à moins qu'il ne consentît à embrasser le christianisme.

« Les Français , répondit le fier Melech-Sala ,

» seraient moins confians dans leurs armes s'ils » avaient vu de près le tranchant des cimeterres » musulmans , dont les coups viennent de briser les » remparts chrétiens en Palestine. Dieu donne sou- » vent la victoire au petit nombre, aux humbles, » aux patiens; les événemens que vos menaces me » font prévoir seront , ainsi que l'annonce l'Alcoran , » le sujet des entretiens de la postérité. Apprenez » que jamais on ne brava impunément PÉgypte, et » soyez certains que la première journée où vous » attaquerez les Musulmans sera la dernière des * chrétiens. »

Des faits récens justifiaient l'orgueilleuse confiance du soudan : peu d'années avant, l'illustre et brave Brienne , nommé par Philippe-Auguste roi de Jérusalem, avait attaqué l'Égypte, pris Damiette d'assaut, et marché contre le Caire; mais bientôt, miné par les maladies, assailli par des ennemis dont le nombre s'accroissait toujours, vaincu par le climat, il s'était vu contraint à la retraite, à l'évacuation du pays et à la restitution de ses conquêtes.

Depuis, le roi de Navarre, Thibaut, tenta dans ces contrées une nouvelle invasion, et fut repoussé avec perte.

Frédéric avait sagement négocié avec le soudan d'Égypte, au Heu de le combattre: l'occupation momentanée de Jérusalem fut le fruit de sa sagesse.

Lorsque les fautes des Templiers eurent appelé sur les chrétiens de nouveaux orages, le prince Richard d'Angleterre avait encore obtenu du soudan le renouvellement de la trêve et la liberté de cinq cents chrétiens.

DE FRANCE. l3o,

Enfin Melech-Sala, fatigué des infractions continnelies à la paix, auxquelles se livraient, par avarice et par imprudence , les chevaliers du Temple et de l'Hôpital , avait abandonné la Palestine aux Corasmins, nation belliqueuse et féroce, qui pilla Jérusalem, passa au fil de l'épéc sept mille chrétiens, et défit si complètement les Templiers et les Hospitaliers, qu'à peine soixante de ces moines guerriers survécurent à ce désastre.

Les Corasmins, devenus promptement odieux par leurs brigandages, furent battus par le soudan de Damas, qui s'empara de leurs conquêtes. Mais la position des chrétiens n'en fut pas moins critique: justement punis des offenses gratuites qu'ils avaient faites au soudan d'Egypte, ils voyaient réunies contre eux toutes les forces des infidèles , et se trouvaient investis dans les seules forteresses qui leur étaient restées, Acre; Tripoli, Tyr et Antioche.

Tant d'exemples effrayans n'ouvrirent point les yeux de Louis: au lieu de fomenter une division utile et possible entre les soudans de Damas et d'Egypte, il fortifia leur union par une agression téméraire , et partit des ports de Chypre pour opérer sa descente sur la côte d'Égypte.

La fortune , qui jusqu^alors avait toujours favorisé D«$»*tre Louis, ne tarda pas à lui prouver son inconstance: française, une tempête affreuse, dispersant ses vaisseaux, ne lui laissa que le tiers des forces avec lesquelles il était sorti de Chypre; mais, peu de jours après, le duc de Bourgogne et Ville - Hardouin , prince d'Achaïe, lui amenèrent quelques navires et des troupes.

rirr*.

ArriTéeà Encouragé par ce renfort, le roi déploie de nou- D.mieue. veau ^ voiles, et bientôt, arrivé à la vue des remparts de Damiette (1), il jette l'ancre et appelle ses chefs autour de lui. L'ardeur de son courage animait son teint et embellissait ses traits; son noble maintien excitait le respect et l'admiration, tandis que sa douce majesté, la simplicité de ses vêtemens, et la bonté qui régnait dans ses regards, inspiraient pour lui aux cœurs les plus froids une tendre affection.

Harangue Ce prince, si Ton en croit Mathieu Paris, parla en

do Louis • • i* •

• sei S uer. ces termes aux guerriers qui l'entouraient : « Com-

» pagnons, ce n'est point sans dessein que Dieu,

» accélérant notre course , nous amène si prompte-

» ment à la vue de nos ennemis ; et sa volonté puis-

» santé ne nous a point conduits si rapidement ici

» pour entendre paisiblement les menaces des bar-

j> bares. Temporiser dans une pareille circonstance ,

» ce serait relever le courage des infidèles et refroi-

» dir l'ardeur des guerriers do la croix. Cette côte

» n'offre aucun abri, aucun port à nos vaisseaux;

' » une seconde tempête peut les disperser totale-

» ment. Le Seigneur nous offre le combat, c'est nous

» offrir la victoire. Si nous perdons cette occasion

» de vaincre, sa justice nous en punira.

» Méprisez la multitude des mécréans qui frap—

» pent vos regards, et ne songez qu'à la puissance du

» Dieu qui nous guide; c'est en lui que vous devez

» placer votre confiance. Gardez- vous de croire que

» le salut de l'État et de l'Église repose sur la base

» fragile de l'existence de votre roi. C'est plutôt à » vos mains que le Seigneur confie de si grandes » destinées. Vous êtes vous— mêmes et l'Etat et » l'Eglise. Ne voyez en moi qu'un homme dont la » vie n'est qu'un souffle : d'un seul mot l'Éternel » peut le faire évanouir ; ne vous fiez donc qu'à » l'Éternel. Marchons avec assurance ; en suivant » ses ordres, quel que soit l'événement, il ne peut » nous être que favorable : vainqueurs, nous répan- » drons sur le nom chrétien une gloire qui ne finira » qu'avec l'univers; vaincus, nous obtiendrons la » couronne immortelle des martyrs.

» Mais pourquoi douterions-nous du succès ? c'est » pour Dieu que nous combattons; c'est par nous » que le maître du monde veut triompher des bar- » bares; célébrons sa gloire, et préparons-nous par » d'ardentes prières à devenir les dignes instrument » de sa puissance. »

Ces paroles , adressées à des preux aussi religieux que braves, enflammaient leur courage et décuplaient leurs forces. Le péidl, loin d'être l'objet de leurs craintes, était le but de leur ardent désir; ils regardaient avec une sorte d'admiration et de joie la côte africaine, bordée par l'innombrable armée du Soudan.

« Il y avoit, disait Join ville dans son langage » naïf, grande compagnie à nous attendre. Facar- » din, lieutenant du monarque égyptien, portoit » des armes de fin or , si très reluisant que quand » le soleil frappoit dessus, il sembloit que ce fût » proprement cet astre lui-même. Leurs énormes » instrument faisoient un bruit épouvantable à ouïr, y> et moult étrange aux François. »

i±2 HI8TOIRE ,

Cependant, au milieu des cris que poussaient de toutes parts les croisés pour demander le signal du combat, plusieurs chefs , faisant entendre de nouveau à Louis la voix de la prudence , lui conseillaient d'attendre le reste de sa flotte dispersée.

Louis ne se dissimulait pas la sagesse de cet avis; mais tout retard l'effrayait. D'ailleurs plusieurs bûtiniens sarrasins avaient déjà pris l'offensive; ils étaient venus attaquer l'armée royale, qui les avait repoussés avec perte.

Descente « Il n'est plus temps de délibérer , dit Louis , il en Egypte ^ vamcrQ# )} Aussitôt il donne l'ordre : tous ses

guerriers se précipitent sans crainte sur de légères barques; l'oriflamme les précède; les airs sont obscurcis par des nuées dè traits que lancent les Musulmans.

intrépidité Déjà ce torrent de flèches semble retarder la marche des chaloupes; mais, comme on était à peu de distance du rivage, le roi, donnant à ses preux un noble exemple , se jette dans la mer; l'onde écumanle le couvre jusqu'aux épaules; ni les flots ni les traits ne l'arrêtent; l'écu au cou, le heaume sur la tête, le glaive au poing, il court droit à l'ennemi; toute l'armée vole sur ses pas aux cris éclatans de Mont-Joie Saint-Denis.

Dès que les Français ont touché la terre, six mille cavaliers musulmans les chargent avec fureur; mais Jes intrépides croisés, serrés en masse, se couvrent de leurs boucliers, et fixent dans la terre leurs fortes lances, dont les pointes redoutables opposent une barrière insurmontable aux barbares.

Derrière ce rempart de chevaliers, tous les corps

d'infanterie française arrivent successivement et se déploient : à peine rangés en bataille , ils se précipitent à leur tour sur les Musulmans, les attaquent, et, après une longue résistance, les enfoncent.

Bientôt l'armée africaine est en pleine déroute; la Défaiir de flotte du soudan est coupée , dispersée , brûlée, dl^'îoue Louis poursuit sa victoire , et livre une brusque J** Wa " attaque au camp des Sarrasins.

Là , de part et d'autre , deux fanatismes opposés rendent }a lutte aussi opiniâtre que sanglante. La fortune , entre de si grands courages , tient ses balances incertaines. Déjà , au milieu de cette mêlée meurtrière , le comte de la Marche est tué. D'un autre côté, les trois chefs, les trois émirs principaux des Musulmans tombent sous le glaive français. Enfin Louis , surpassant les plus braves en vaillance , décide la victoire, s'empare des retranchemens, et reste ainsi maître de la rive occidentale du Nil.

Il semblait naturel de croire que les Sarrasins , Prise de encore en grand nombre malgré leur défaite, s'en- Danmtt0 ' fermeraient dans les remparts de Damiette , et que la prise de cette ville coûterait un long siège; mais la terreur s'était emparée d'eux : trop enrayés pour défendre cette importante cité, trop fanatiques pour vouloir la livrer aux chrétiens , ils y mirent le feu et l'abandonnèrent. Les Français y coururent si rapidement , qu'ils arrivèrent à temps pour éteindre cet incendie.

Dès que la flamme eut cédé à leurs efforts , le roi entra dans la ville (1). Cette entrée présentait plus

(0 iafo.

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l'image de la mârche d'un humble pèlerin que celle d'un triomphateur. Cette même armée, qui la veille , combattant à grands cris , répandait de tous côtés le sang et la terreur , s'avance alors lentement dans un religieux silence , qui n'est interrompu que par le chant des prêtres.

A sa tête marche le saint roi nu-pieds; il est Suivi de la reine Marguerite , du roi de Chypre , du légat romain, du patriarche de Jérusalem et des principaux chefs delà croisade. Abaissant tous leur front victorieux devant l'étendard de la croix, ils font retentir les chants du Te Deum dans la mosquée des Musulmans , que le clergé purifie et change en temple chrétien.

Tant de triomphes, obtenus en si peu de jour* par le roi, répandirent au loin l'éclat de son nom; mais ce prince modeste , repoussant les éloges qu'on lui prodiguait , n'attribuait sa victoire qu'à Dieu , « qui , disait-il , jette à son gré dans les esprits ou » la confiance ou la terreur. »

partage du . Les Sarrasins , dans leur fuite précipitée, avaient butm. j a « ss( i £ D am i e Ue toutes leurs richesses. Le butin fut immense : le tiers de ce butin , suivant les vieilles coutumes des Francs, devait appartenir au chef, et le reste à l'armée; mais le roi voulut qu'on exceptât du partage toutes les munitions de guerre et de bouche nécessaires pour approvisionner la place.

Cette sage décision excita les plus violens murmures. Un vieux chevalier , nommé Valéri , osa reprocher à Louis ce mépris des anciens usages. L'inflexible raison du prince triompha des préjugés,

et, ce qui était rare dans ce temps , il força les intérêts privés de céder à l'intérêt général.

Peut-être aurait-il fallu profiter de la terreur des ennemis pour marcher , sans retard, jusqu'au Caire, sans donner aux Musulmans le temps de rallier leurs forces et de concerter leurs plans : mais ce parti proposé parut trop téméraire j l'époque de l'inondation du Nil approchait , et le roi , qui d'ailleurs voulait attendre les vaisseaux dont les vents avaient retardé la marche , résolut de séjourner à Damiette pendant tout l'été.

Il ne tarda pas à éprouver les funestes effets d'une Désordres résolution qui semblait dictée par la prudence. Ses £ o^u" prières , ses ordres , son exemple , ne purent em^ pêcher le relâchement de la discipline. L'inaction fit naître la licence ; on sait à quel point ce siècle d'ignorance mêlait la superstition à la débauche, et la passion la plus chevaleresque pour la gloire aux plus honteux penchans pour tous les vices* Tous ces guerriers, abandonnant leurs terres pour le ciel et la pourpre pour le cilice , entraient en larmes dans les églises , et en sortaient sans scrupule pour se livrer aux excès les plus scandaleux ; ils consacraient leurs jours et leurs nuits aux festins, et se livraient sans pudeur au jeu et à l'ivresse.

De l'intérieur même du palais habité par le roi , on entendait les chants obscènes qui s'élevaient des lieux de prostitution. Les pèlerins de la croix ajoutaient les vices de l'Asie et de l'Afrique à ceux qu'ils apportaient de l'Europe. Toute règle était enfreinte toute justice violée. Les chefs donnaient l'exemple tome xv. 10

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du vol , et lés marchands se voyaient pillas par les officiers mêmes de la maison du roi.

Tant de désordres furent suivis , comme ils devaient l'être y des plus funestes désastres* D'ailleurs* on ne savait alors que combattre et vaincre ; mais on ignorait l'art de conduire la guerre , de préparer la victoire et d'en profiter. Loin de prendre des informations exactes sur les forces qu'on devait rencontrer , sur les pays qu'on avait à traverser , sur les moyens de s'y garder et d'y vivre , on n'avait pas la plus légère connaissance des contrées où L'on portait les armes.

L'un des plus éclairés de ces pieux paladins , Joinville, nous donne une étrange preuve de cette ignorance; il croyait, ainsi que ses compagnons , que le Nil prenait sa source dans le Paradis terrestre , èt qu'à sa sortie des montagnes, les Égyptiens y jetaient de nombreux filets pour pêcher les épiceries et les parfums descendus de ce jardin céleste, si bizarrement retrouvé et placé par leur superstitieuse imagination*

Lettre du Cependant Le Soudan , rassuré par le repos inat- L° "ut!." * tendu qu'on lui laissait , écrivit à Louis une lettre où perçait la raillerie d'un orgueilleux dédain : « Pourquoi , lui disait-il , avez-vous apporté sur nos » côtes de si nombreux approvisionne mens ? C'est » à moi qu'il appartient de vous faire les honneurs » de l'Égypte , et je m'engage sans peine à fournir » aux Français la quantité de blé suffisante pour le » séjour précaire qu'ils -feront dans ce pays. »

Réponse « J ai débarqué en Egypte , lui répondit Louis , » le jour que j'avais fixé pour y arriver , et je » pas encore décidé l'époque do mon retour. »

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Le fier Soudan le défia au combat , et lui proposa de choisir pour la bataille le 25 juin. « Je n'accepte » point de jour fixe pour combattre , répliqua le roi , » parce que ce serait excepter les autres» Âujour- » d'hui , demain ou tel autre jour, quel qu'il soit, » lorsque nous nous rencontrerons, je tous -com- » battrai et vous poursuivrai dbmme un ennemi » jusqu'à l'heureux moment où je pourrai vous » embrasser comme un chrétien et comme un » frère. »

Bientôt les hostilités commencèrent , et la plaine Repris» des de Damiette fut inondée d'une nuée d'Arabes. Sous les remparts de la ville les Français occupaient un camp retranché. Chaque jour ce camp était attaqué par des essaims de ces Arabes,' peuple invariable dans sa vie errante et belliqueuse , comme ses déserts le sont dans leur monotone aridité. Depuis l'époque d'Abraham , ces tribus ont traversé trente siècles sans changer de moeurs. On retrouve encore chez eux le même fatalisme , les mêmes vêtemens , le même penchant pour le pillage; ils ne reconnaissent pour chefs que les pères de familles, et pour nobles que leurs chevaux, dont ils gardent avec soin la généalogie.

. Les fréquens combats qu'ils livraient aux croisés ne pouvaient amener ni revers ni succès décisifs ; c'étaient de vives escarmouches qui offraient seulement de nombreuses occasions aux preux de Franco d'exercer leur adresse et leur courage. Sargines , Marly, Nanteuil, Beau jeu, Châtillon, y brillèrent par de grands faits d'armes.

Les secours sur lesquels comptait Louis se firent

ArriTée long-temps attendre; mais enfin le comte de Poî— torero* *iers, son frère, lui amena de nombreux renforts* "cofoîu L'empereur envoya au camp français une grande quantité de vivres et de chevaux* On espérait l'arrivée du comte de Toulouse, mais on sut qu'il était mort, et que la reine Blanche avait pris, au nom de Louis, possession de ses États.

Le roi, se voyant en mesure de poursuivre son en» treprise, fut d'abord tenté de s'emparer d'Alexandrie: malheureusement il abandonna ce sage dessein et prit la résolution d'assiéger le Caire.

Départ A la fin de l'été, l'armée, composée de quarante c° a ^«? n 1 ^^ hommes d'infanterie et de vingt mille cavaliers, partit de Damiette; une flotte, chargée de provisions, remontait le Nil.

perfidie Les Sarrasins employèrent d'abord, pour arrêter An j*™~ les Français, la trahison, au défaut de la force; ils vinrent en grand nombre dans le camp chrétien, portant la croix sur leurs vêtemens et se disant convertis. L'appât sordide d'une riche récompense déterminait ces Bédouins à cette téméraire entreprise. Le Soudan leur avait prorais un besant d'or pour chaque tête de chrétien qu'ils lui rapporteraient, On croit facilement ce qu'on désire : Louis, sans défiance, reçut ces traîtres; au milieu de la nuit, ils attaquent les Français désarmés et les égorgent. Mais, aux cris des victimes, les preux saisissent leurs glaives ; et, après une courte lutte, cinq cents Musulmans périrent sous le sabre ou dans le fleuve. Mort du Bientôt parut un envoyé de Melech-Sala : pour M° e "«h. obtenir l a paix, il offrait la cession de Damiette, la restitution de Jérusalem, la liberté de tous les pri-

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sonniers chrétiens et le paiement des frais de là guerre. Mais comme on apprit que ce prince était mourant , ses promesses parurent illusoires , et Louis refusa de signer le traité. En effet , peu de jours après, ce soudan termina sa vie. Cependant ses visirs tinrent sa mort cachée jusqu'à l'arrivée de son fils Almoadan, qu'il avait exilé en Mésopotamie.

Tandis qu'on l'attendait, Facardin commandait les troupes. Ce fameux et brave Musulman avait été précédemment armé chevalier par l'empereur d'Allemagne, Frédéric; ce qui prouve que Fesprit de la chevalerie s'était répandu jusque dans l'Orient, et avait permis aux braves des deux religions ennemies les nobles liens de la fraternité d'armes.

Peut-être aussi cette condescendance pour un infidèle servit- elle de prétexte au pape lorsqu'il accusa Frédéric d'irréligion. Au reste , ce prince craignait moins le soudan que le pape. Voltaire nous rappelle même que l'empereur, menacé par les poignards de l'Italie, s'était quelque temps formé une garde de Musulmans.

Facardin justifia sa renommée par son active résistance. L'armée française , sans cesse attaquée par lui, rencontrait à chaque pas des obstacles à vaincre et des ennemis à combattre.

Enfin le roi, arrivé près de la Massoure, où les vas«. g « deux branches du Nil se réunissent , trouva celle qu'on appelait le Tanis fortement défendue, et se vit obligé de faire des efforts prodigieux pour la franchir. Par ses ordres on construisit un pont d'une grande longueur avec une galerie couverte, aux extrémités de laquelle s'élevaient de fortes tours en

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bois, remplies d'arbalétriers, et garnies d'un grand nombre de machines propres à lancer des pierres.

Ces travaux étaient sans cesse ou ralentis ou arrêtés par les attaques des Musulmans, qm se renouvelaient tous les jours 5 la nuit même ne suspendait point ces combats.

Les infidèles avaient appris des Grecs l'antique composition d'un feu liquide nommé feu grégeois on feu de Médée: lancé avec force par des machines de la dimension d'un grand tonneau, ce feu redoutable incendiait les bâti mens, pénétrait dans les armures, et consumait en peu de tempsjes hommes ainsi que les chevaux : rien ne pouvait éteindre cette flamme que le sable ou le vinaigre.

« Telle étoit, dit Join ville, la manière de ce feu » grégeois : s'élançant comme un corps d'une énorme » grosseur, sa queue flamboyante étoit longue comme » une demie canne de quatre pans ; il faisoit tel bruit » à venir qu'il sembloit que ce fût foudre qui chust , » et me sembloit un grand dragon volant par l'air ; il » jetoit si grande lueur qu'il faisoit dans notre ost » aussi clair la nuit comme dans le jour, tant il y » avoit grande flamme et feu. »

Louis, en entendant le bruit destructeur de ce feu terrible, versait des larmes et s'écriait : « Beau sire » Dieu Jésus-Christ, garde-moi et toute ma gent. »

Les Sarrasins jetaient ces feux tantôt au moyen des pierriers, tantôt avec des arbalètes. Plusieurs fois les tours élevées par les Français tombèrent en cendres , et leur camp même fut quelquefois forcé. Les vivres s'épuisaient 5 le temps s'avauçailj la fatigue, les blessures, les maladies minaient l'armée $

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le nombre des ennemis s'accroissait chaque jour, et bientôt les croisés se trouvèrent dans la pins grande détresse.

Facardin , exactement instruit par ses espions de la pénurie et de l'épuisement des croisés, résolut de leur livrer bataille avant que de nouveaux renforts et de nouvelles provisions ne Tinssent relever leurs forces. Ses escadrons en foule couvrent les rives du Tanis 5 son infanterie attaque avec furie le pont et les tours. Il est secondé par un grand nombre de barques garnies de soldats et portant des machines de guerre. L'air est tantôt obscurci par une nuée de flèches , tantôt embrasé par les flammes du feu grégeois que les Sarrasins lançaient de toutes parts.

Après plusieurs assauts répétés, des succès balancés et une rude mêlée, les Français repoussèrent les infidèles : le comte d'Anjou eut l'honneur de cette journée.

Bientôt les Musulmans livrèrent un nouveau combat, et ils éprouvèrent une nouvelle défaite. Dans cette seconde action le comte de Poitiers et Joinville se distinguèrent par de grands faits d'armes.

Ces triomphes sanglans affaiblissaient de plus en plus l'armée victorieuse. La privation de vivres devenait chaque jour plus insupportable. Cependant, après tant d'efforts , on avait pu opérer le passage du Tanis (1).

Un Bédouin parut dans le camp et promit au roi, si on lui donnait cinq cents besans d'or , de découvrir un gué et un passage. Louis résolut de suivre

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ce guide peu sûr, mais dont la tête garantissait la foi ; il tint sa promesse ; le duc de Bourgogne resta chargé de la garde du camp, et occupa par ses

mouvemens l'attention des Sarrasins.

Exploit* Toute l'armée passa le fleuve. Le comte d'Artois Ïà^ou. 1 * obtint Thonneur de tenter le premier ce périlleux passage. Louis n'avait pas cédé sans répugnance à sa prière ; il connaissait son ardeur téméraire , et en redoutait justement les effets. Vaincu par ses ministres , il lui donna pour surveillant le grand-maître des Templiers, guerrier mûri par l'expérience et blanchi sous le harnais; enfin , pour plus grande sûreté, il obligea le prince de jurer sur l'Évangile qu'il n'attaquerait point l'ennemi , et ne le poursuivrait pas au-delà du fleuve avant que le roi lui-même ne l'eût passé.

La nombreuse cavalerie musulmane , postée audelà du fleuve , n'osa point en disputer le passage : elle prit la fuite dès qu'elle vit les escadrons du comte d'Artois traverser intrépidement les flots.

Ce jeune prince , à la vue des ennemis en fuite , oublia son devoir et ses sermens : emporté par son bouillant courage, il vole à la poursuite des Sarrasins, et n'écoute ni les instances ni les reproches du grandmaître. Faucauld de Nesle, son gouverneur, vieillard opiniâtre et sourd , loin de calmer l'ardeur de son élève, l'excitait encore en criant à pleine gorge ; or h eux ! or à eux !

Les braves Templiers, ne pouvant s'opposer à l'aveugle impétuosité du jeune prince., suivent sa course rapide ; et cette faible troupe de quatorze cents chevaux , épouvantant , renversant tous les

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escadrons ennemis qu'elle atteint , pousse les infidèles jusqu'à leur camp, y pénètre et y fait un grand carnage.

Rien ne peut exprimer la terreur qu'inspire cette audace d'une si faible troupe qui ose attaquer une armée. L'effroi rend toute résistance impossible. Facardin lui-même, surpris dans le bain, saisit vainement ses armes ; vainement il combat; vainement il appelle à grands cris ses guerriers 5 tous l'abandonnent, et bientôt il tombe percé de coups.

L'armée sarrasine est en pleine déroute. Le comte sonarcugio

, A x «ii 11 témérité ci

d Artois est maître du camp ; mais le bandeau de la m mort, gloire et celui de la fortune ferment ses yeux : poursuivant de nouveau les fuyards , il entre pêle-mêle avec eux dans la ville de la Massoure.

Là le grand-maître , Guillaume de Sonac, se jette inutilement aux genoux du prince , le conjurant de s'arrêter pour qu'une si brillante victoire ne se change pas en désastreux revers.

« Voilà bien le langage des Templiers, s'écrie le » comte d'Artois ; ils veulent éterniser la guerre ; » leur intérêt marche toujours avant celui de la » religion. »

Vainement le comte de Salisbury joint ses prières à celles du grand-maitre : le prince ne veut rien écouter $ il poursuit , comme un insensé , sa course téméraire.

La fortune, lasse de le favoriser , s'arrête et l'abandonne 5 elle lui avait livré le passage d'un large fleuve , le camp des ennemis , leurs machines, leurs équipages, leurs munitions, enfin une ville forte. S'il eût écouté la voix de la raison , la campagne

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était finie , le succès était complet , et Louis , en accordant la paix à l'Égypte soumise , aurait obtenu parce seul triomphe la délivrance de Jérusalem et du saint sépulcre; une aveugle imprudence perdit tout* Tandis que le comte d'Artois s'acharne en îwrieux à la poursuite des vaincus , et qu'une partie de ses troupes pille la ville, les Musulmans s'aperçoivent enfin qu'ils n'ont été attaqués et mis en fuite que par une poignée de Français ; leur courage renaît; ils rougissent de honle et de fureur.

Un de leurs chefs , l'intrépide Bondocdar , les rallie; ils se précipitent à leur tour sur le faible

. ennemi qui les poursuivait. En vaiu les Templiers et le prince , assaillis de tous côtés , veulent , par des prodiges de valeur , résister à ce torrent ; il les entraîne.

Bientôt , rompus , chassés , poursuivis , ils rentrent , en fuyant , dans les murs de la Massoure , où de nouveaux périls les attendent. Le peuple

. soulevé est en armes. De toutes parts les Français sont écrasés par les pierres , percés par les traits , déchirés par les feux qu'on lance sur eux du haut des toits. Une innombrable cavalerie musulmane les enveloppe et les charge.

Le comte d'Artois, Salisbury, Raoul de Coucy, Robert de Ver, sans autre espoir que celui de vendre chèrement leur vie , en disputent quelque temps les restes à l'abri des monceaux de Sarrasins immolés par leurs coups : leur sang est épuisé ; trois cents Templiers périssent à leurs pieds; euxmêmes tombent et excitent encore , en mourant , le respect et l'admiration de leurs vainqueurs.

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Le grand-maître des Templiers, presque seul, après avoir perdu un oeil dans celte sanglante mêlée , et reçu plusieurs graves blessures , se fit jour , le sabre à la main, au milieu de la foule des Sarrasins, et parvint à rejoindre l'étendard royal.

Louis, averti trop tard du péril imminent où son v^toii? frère s'était jeté, venait d'envoyer à son secours le de Lou,s * connétable de Beaujeu. La troupe du connétable arrêta par son choc vigoureux la fougue des infidèles.

Ce fut dans cette action que Join ville, -après avoir transpercé d'un coup d'épée un géant sarrasin, se vit ensuite renversé et foulé aux pieds par les escadrons musulmans, dont le nombre s'accroissait à chaque instant.

Déjà, cédant au nombre, les guerriers du connétable étaient près de périr comme les Templiers, lorsque le comte d'Anjou vint rétablir le combat. Sa vaillance rendait la lutte plus douteuse, mais ne pouvait encore fixer la victoire : l'arrivée du roi la décida.

Au moment où les chrétiens et les Musulman?

se livraient corps à corps un combat à outrance, Louis, le casque en tele et le glaive à la main, se jette dans la mêlée. « Jamais, dit Joinville, il n'en » fut de plus acharnée; nul ne songeait à lancer » des traits; on se donnait des deux cotés de grands, » coups de belles masses, d'épées et de lances. »

Le courage de Louis lutta long-temps contre la fortune; elle lui parut même un instant contraire. Déjà les escadrons français plient; une partie de ces guerriers se jette et se noie dans le Tanis; les Sarrasins poussent des cris de victoire.

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Bondocdar, par un choc épouvantable, enfonce la troupe qui entourait le roi : deux Sarrasins saisissent les rênes du cheval de ce prince; mais Louis les écrase du poids de sa masse et de son épée. « Je » crois, dit Joinville, que la puissance de Dieu » doublait alors sa force. »

Cependant le connétable avait rallié ses chevaliers. Les Français, ranimés à la vue du péril du roi, reprennent l'offensive. Leur courage devient furie; rien ne résiste à leurs efforts, et les ennemis, enfoncés, dispersés, fuient de toutes parts : glorieuse mais ruineuse victoire! il n'était point de vainqueur dont le sang ne coulât sur la plaine. Joinville, dans cette journée, avait reçu cinq blessures, et son cheval quinze.

Le caractère français se retrouve dans tous les temps : notre gaieté nationale jetait encore des éclairs sur ce théâtre de douleur et de carnage. « Sénéchal, )> disait à Joinville le bon comte de Soissons en en— » tendant les cris furieux des Sarrasins, laissons » braire cette canaille; et, par la creffe-Dieu (c'était }> son juron), encore parlerons-nous, vous et moi, » de cette journée ensemble devant les dames. »

Au même moment ils virent arriver au milieu d'eux le comte de Bretagne, qui, s'étant sauvé de la Massoure, criblé de blessures, vomissait le sang et se tenait aux crins , parce que les rênes de son cheval étaient coupées. Dans cet état il bravait, raillait et insultait encore les Sarrasins qui le poursuivaient

Peu de momens après, Joinville rencontra le roi couvert de sang, de poussière et accablé de fatigue.

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Un chevalier loi demanda s'il savait quelque nouvelle du comte d'Artois son frère. « Ce que je sais, » repondit Louis en versant des larmes, c'est qu'il » est maintenant au ciel , et que nous devons adorer » sans murmures les profonds juge mens de Dieu. »

Malheureusement le roi, trop frappé des ordres qu'il croyait fermement avoir reçus de Dieu, s'obstinait à suivre un plan de campagne dont le succès était manqué. Dans les guerres d'invasion tout dépend de la rapidité , et toute perte de temps est irréparable.

Les Musulmans étaient revenus de leur surprise, et recevaient à tous momens de nouvelles forces, tandis qu'à chaque instant celles des croisés s'affaiblissaient.

La retraite et la paix étaient encore possibles ; niais un faux point d'honneur empêcha d'écouter la raison; on perdit des momens précieux, et la ruine devint inévitable.

Tous les jours les Français se voyaient attaqués; et ces combats partiels, en faisant briller leur courage et couler leur sang, creusaient graduellement l'abîme sur le bord duquel ils s'opiniâtraient à rester.

Les chevaliers n'étaient pas les seuls qui fissent éclater sur ces champs trop célèbres leur fanatique courage. « Un jour l'aumônier Jean de Vaisi, nous » dit le bon sénéchal, sort tout seulet, le casque en p tête, l'épée à la main, se mêle aux Sarrasins, qui » le prennent d'abord pour un des leurs, fond sou- » dainement sur eux, frappe d'estoc et de taille, >> les met en faite, se relire après en combattant,

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» s'arrête , se retourne fréquemment contre les » Musulmans qui le poursuivent, et à l'instant où il se » voyait enveloppé, il est secouru par un détache- » ment français qui k protège et le ramène en triom- » pheau camp; là d'une voix unanimeon lui décerna » le nom de brave prêtre \ qu'il conserva toujours. »

Cependant le courage des Musulmans, si souvent repoussés, se refroidissait. Bondocdar,pour ranimer leur ardeur, offrit à leur regard l'armure du comte d'Arlois, ornée de fleurs de lis, sa tête encore sanglante, et leur fit croire que ces dépouilles étaient celles de Louis , qui venait, disait-il, de tomber sous ses coups.

noutmux Les combats recommencèrent; les Français, jour *>mb«u». et uu \t y gardaient avec vigilance et défendaient avec

valeur leur camp, leur pont et les deux rives du Nil.

Bientôt le général sarrasin, à la tète de toutes ses ibrees, livra de nouveau une grande bataille; elle dura toute une journée : le comte d'Anjou, enveloppé par les infidèles, fut renversé de son cheval et pris. Louis courut au secours de son frère, et l'arracha des mains de ses ennemis. «.

Cliatillon et les autres preux de la France, dans celte action, couvrirent de gloire leurs noms et leur patrie. Les Templiers, non moins braves, mais plus malheureux, furent presque entièrement défruits; leur grand-maître perdit la vie.

nciiTrance L'aile que commandait le comte de Flandre en- AiphoMt' û>nça les Sarrasins et en fit un grand carnage ; d'un autre coté la fortune trahit les chrétiens ; le comte de Poitiers , Alphonse , frère du roi , commandait l'aile gauche ; les plus grands efforts des infidèles

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allant dirigé contre lui, ce prince, après une vigoureuse mais vaine résistance, fut enveloppé et pris.

Déjà les Sarrasins victorieux le traînaient enchaîné ; mais il éprouva , dans a ce désastre, qu'il reste toujours un juste espoir et de grandes ressources aux princes qui sont gardés moins par la crainte que par l'amour des peuples. Alphonse était universellement aimé ; à la vue de son danger , chacun oublie son propre péril, sa fatigue, ses blessures ; un cri de fureur éclate , et Ton voit non-seulement les chevaliers., les soldats, mais même les vivandiers , les valets et les femmes du camp voler à son secours. Rien ne résiste à leur choc impétueux; les liens du prince sont brisés, et les ennemis chassés perdent leur proie et la victoire.

Les derniers rayons du soioil éclairèrent la retraite des Sarrasins, qui par-tout avaient été repoussés. Après ce dernier triomphe , l'armée victorieuse reconnut qu'elle avait perdu la moitié de ses guerriers.

Vainement on pressa le roi de retourner à Daroiette; il était encore possible d'y arriver. Louis, dans ce moment , moins roi que chevalier , rejeta ce conseil de la prudence , considérant sans raison mie sage retraite comme une honteuse fuite»

Le nouveau soudan Almoadan venait d'arriver Arrivée du dans le camp des Sarrasins , suivi d'une foule in- A hnoadan. nombrable de guerriers qu'il amenait d'Asie.

Pendant oe temps l'armée chrétienne se voyait contagion attaquée par un fléau plus redoutable que ta guerre, m*e $ chrc~ L'air était infecté par des monceaux de cadavres licnue * entassés sur les bords du Nil et corrompus par les

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rayons du soleil le plus ardent : leur exhalaison empoisonnait les eaux et les aliraens. Peu de croisas restèrent à l'abri de cette contagion : les uns se virent atteints d'une fièvre brûlante dont la malignité résistait aux eflbrts de l'art, les autres d'un affreux scorbut qui dissolvait leur sang, creusait leurs joues , flétrissait leurs gencives et minait leurs forceé.

La trop ardente piété de Louis rendit les progrès du mal encore plus rapides : au lieu de livrer aux flots ou aux flammes ces cadavres pestiférés , il voulut faire enterrer religieusement, comme martyrs, tons ces guerriers chrétiens morts pour la foi: et nul n'osait se refuser à ce travail dangereux , car le roi lui-même , la bêche à la main , en donnait l'exemple.

Tous les malheurs alors parurent s'enchaîner l'un à l'autre ; un nombreux convoi que la reine Marguérite , restée à Da miette , envoyait à son époux , fut enlevé par les Sarrasins*

Louis, aussi infatigable qu'intrépide , consolait les affligés , encourageait les faibles et consacrait toutes ses journées à visiter , à soigner ses compagnons mourans. Enfin il fut atteint lui-même par a contagion qu'il bravait.

Ce dernier malheur abattit tellement les courages , que le roi se vit forcé par le vœu général à négocier. 11 proposa la paix, et, dans les premières conférences , les Sarrasins ,* qui ne connaissaient probablement pas encore l'extrême détresse des croisés , convinrent qu'ils livreraient Jérusalem , que les Français rendraient Damiette, qu'on leur donnerait des vivres pour leur route , et que leurs

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malades seraient traités avec soin par les Musulmans.

Après s'être entendu sur les conditions du traité , on ne put s'accorder de même sur les garanties; Louis consentait à donner pour otage un de ses frères ; mais Almoadan exigeait que ce fût la personne même du roi. Alors Sargines déclara que les Français aimeraient mieux tous périr sous le cimeterre musulman , que de laisser leur roi en gage dans les mains des infidèles.

Ce monarque voulut vainement se sacrifier $ pour la première fois l'armée lui désobéit: on répondit à ses ordres par ce cri unanime, il faut vaincre ou périr, et toute négociation fut rompue.

Alors commença une retraite hérissée d'obstacles Retraite et de périls ( 1 ). On embarqua sur des galères les ma- d ** eMme lades et les bagages. Louis, quoiqu'il fût accablé par la fièvre et incapable de supporter la plus légère armure, voulut marcher avec les débris de son armée.

Chatillon commandait l'arrière— garde : à chaque pas il fallait combattre et sur la terre et sur l'eau. Malgré les efforts des ennemis , on repassa le Tanis. Le légat et les évêques s'embarquèrent pour Damiette sur une galère.

Inutilement l'armée entière supplia le monarque d'y monter avec eux : « Jamais on ne me verra , » dit-il , abandonner mes braves ; il faut que je les » ramène tous ou que je périsse avec eux. »

Ainsi ce prince, sans glaive , sans casque, sans cuirasse , se place à l'arrière-garde ; à ses côtés

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