‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 16 sur 25 · TOME XV. l · texte numérisé non relu

TOME XV. l

refusant de faire exécuter la bulle fulminante J permit au public empressé de courir en foule aux sermons de Saint-Amour,

Bientôt de .tous cotés on demanda un concile ; et le pape, n'espérant plus triompher de tant d'obstacles,, fitcequ'il aurait dttfaire plus tôt: il frappa également, les deux partis opposés*

Le nouvel évangile des Jacobins et le livre de Saint-Amour furent condamnés au feu. Il est vrai que , se montrant encore partial dans ses rigueurs , le pape eut soin que la satire de Saint* Amour fût brûlée publiquement, et l'évangile étemel en secret r ne voulant point, disait-il, flétrir dans l'opinion la réputation des ordres religieux. Un dernier décret du Saint-Siège termina ces troubles scandaleux.

L'université s'y soumit. Elle consentit , comme on l'exigeait , à recevoir dans son sein les docteurs Thomas d'Aquin et Bonaventure , ainsi que tous les moines qui en seraient trouvés dignes : mais elle déclara en même temps qu'ils n'occuperaient jamais que le dernier rang parmi les professeurs.

Cette honteuse querelle ne mériterait pas de fixer notre attention, si elle ne servait à nous faire mieux connaître les mœurs au temps , la partialité du Saint-Siège , la faiblesse de l'autorité royale , l'orgueil des moines , et la fermeté courageuse de l'université.

Ascendant Ce qui est véritablement déplorable , c'est l'adV sor îc rôl? 9 miratian et le respect que la fausse et pédante êm-* dition des Jacobins et des Cordeliers avait inspirés au plus vertueux des monarques. Sa trop ardente piété, égarait son jugement, et ces moines avaient

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tellement fasciné ses yeux , que l'un d'eux lui fit prendre un jour la résolution de quitter la pourpre royale pour se revêtir du froc monastique.

« Ne désireriez -vous pas vivement, lui dit un » jour ce moine fanatique , tenir dans vos mains le » trésor que la sainte Vierge renfermait dans son » sein ? » « Oui , sans doute , » lui répond le mo— » narque. « Eh bien, reprend le Jacobin , l'Évangile » vous parle ainsi : Celui qui quitte pour moy son » père , sa femme , ses biens , en sera récompensé » au centuple et possédera la vie éternelle. Qsez » donc, sire, aspirer à ce dernier degré de perfec- » tiop, Vous avez des héritiers capables de porter » le sceptre. Votre vie entière a été consacrée à la » gloire de Dieu. Quittez donc tout autre soin pour » prendre la croix , c'est-à-dire, notre habit. Par » ce moyen, vous vous élèverez au sacerdoce, et » mériterez ainsi de recevoir Jésus-Christ dans vos » mains. » « Mon cœur vous entend et mon esprit » vous croit, dit alors le pieux roi ; je serais tput » disposé à suivre votre conseil, mais je ne puis » m'y décider sans avoir obtenu le consentement » de la reine, à laquelle me » tendresse et ses vertus. »

En sortant de cet entretien , Louis se rend chez Marguerite, et lui soumet sou étrange dessein, La reine, au lieu de lui répondre, fait venir chez elle ses enfons , ainsi que le comte d'Anjou $ et , adressant la parole aux jeunes princes, elle leur demande s'ils aiment mieux être appelés filsde prêtre que fils de r^i.

Comme l'excès de leur surprise se prouvait par leur profond silence : « Apprenez , dit Marguerite ,

» qûc les Jacobins ont tellement fasciné l'esprit du » roi , qu'il veut abdiquer pour se faire moine , » prêcheur et prêtre. »

A ces mots, l'impétueux Charles d'Anjou laisse éclater son courroux contre le roi son frère. « Je » jure, dit-il, d'exterminer dans mes domaines ces » moines impudens ; jamais je ne leur permettrai » d'y tromper mes peuples par leurs sermons et

par leurs aumônes. »

Le fils aîné du roi , non moins emporté et oubliant même le respect filial , se permit des imprécations si violentes contre les Jacobins , que le roi lui donna un soufflet. « Sire , dit le jeune prince, je n'oubliei» rai jamais la vénération que je tous dois; il n'y a » certes que mon père et mon roi qui puisse me » frapper impunément. Mais, si le ciel m'élève un » jour au trône, je jure , par monseigneur saint » Denis , notre patron , que je ferai chasser tous ces » moines du royaume. »

Cette scène violente , dit la chronique de Senone , fit sentir à Louis que Dieu n'exigeait pas de lui un sacrifice si contraire à sa dignité et au bonheur de ses peuples. Mais ,en renonçant à l'habit monastique, il s'imposa , dans le dessein de mieux assurer son salut , les privations les plus austères , les plus dures mortifications , les jeûnes fréquens, les macérations , et même les rigueurs du ci lice , se soumettant ainsi volontairement à une vie plus austère que cellë qui était imposée à aucun ordre religieux. Son confesseur s'étonnait parfois du respect que le monarque lui témoignait. « Vous êtes mon père, lui disait le ♦) roi j et je suis voire fils : c'est à moi de vous servir. »

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imitant les pieux exemples du roi Robert , Louis 8es boon ^

* r 7 oeuvres.

nourrissait dans son palais deux cents pauvres ; il ne dédaignait point de les servir lui-même et de leur laver les pieds* Il fit des dons magnifiques à l'Hôtel- Dieu et aux hôpitaux de la capitale. Les Mathurins de Fontainebleau, les Jacobins, les Cordeliers, les Carmes de Paris le vénéraient comme leur fondateur. Un hôpital fut destiné par lui à recevoir et nourrir trois cents aveugles. Ses munificences religieuses ne furent pas moindres dans les provinces.

Comme un de ses ministres blâmait l'excès de ses dons : « Il n'est point, dit ce prince, de roi qui, pour » satisfaire ses penchans , ne se livre à de trop fortes » dépenses; moi j'aime mieux qu'on me reproche )> des excès en aumônes qu'en luxe superflu et » mondain. »

Son excessive dévotion ne le disposa point à s'op- Sgprot( , c . poser aux progrès des lumières, que redoutent si i£ n le ^™ r . fréquemment la superstition et le fanatisme. Ce grand prince n'ignorait pas que , pour civiliser les peuples, il faut les éclairer : aussi nul monarque avant lui ne protégea plus activement les lettres.

Mais les études et les ouvrages qu'elles produisirent portèrent encore long-temps l'empreinte de l'ignorance et de la barbarie. Le langage était grossier et irrégulier comme les mœurs; il n'existait aucune grammaire française. Les progrès naissans de l'esprit ne se faisaient encore apercevoir , dans cette France aujourd'hui si féconde en chefs-d'œuvre, que par des lois, des tensons, des romans. Comme nos chevaliers ne savaient qu'aimer et combattre, nos troubadours ne savaient chanter que l'amour et la guerre.

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Les premiers ouvrages sérieux écrits en français forent, la Relation de la prise de Constantinop/e , par Ville-Hardouin , V Histoire de Philippe-Auguste, par Guillaume le Breton, les Mémoires de Joinville et une Histoire de Normandie, qui parut en 1 3 60. Nos chroniques arides mêlaient sans cessé la fable à l'histoire. Un petit nombre de livres saints composaient avec les écrits des pères de l'Église la bibliothèque que fonda saint Louis.

Les professeurs, montrant la même intolérance pour les systèmes scientifiques que pour les opinions religieuses, déclaraient Aristote infaillible comme le pape. La théologie scolastique , qui gouvernait alors le monde savant, prolongeait par ses obscures subtilités les ténèbres dont elle prétendait nous faire sortir. L'éloquence du temps comparait « les lumières du sacerdoce au soleil et celles de la )) royauté à la lune. »

On ne parlait que des deux glaives , des deux luminaires, pour désigner les pouvoirs spirituel et temporel 5 et le vulgaire, admirant d'àntant plus la dialectique ténébreuse de ces sophistes qu'il ne pouvait la comprendre, les vénérait comme de grands génies et de sublimes orateurs. Ce fut ainsi qu'on vit décerner alors avec enthousiasme à Scot le surnom de docteur subtil, et à saint Thomas d'Aquin celui à'angélique. Saint Bonaventure fot proclamé le séraphique. Toutes ces gloires usurpées disparurent avec l'ignorance.

Malgré ces vices et ces erreurs du temps, on n'en doit pas moins rendre hommage aux intentions de saint Louis : il ne pouvait encore soustraire ni son

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peuple, ni lui-même , à l'empire de Terreur et dés préjuges enracinés dans les esprits par tant de siècles de barbarie. Mais, en encourageant sans cesse par ses dons et par ses exemples l'étude des sciences et l'amour des lettres, il ouvrit le chemin dans lequel la raison porta enfin le flambeau qui devait peu à peu éclairer la terre.

L'amour sincère de la vérité était la vertu carac- Son nmcmr térislique qui élevait Louis au-dessus des aubes S!*. 1 aVe princes; il créa dans son palais une charge honorable, mais toute nouvelle, et qui n'avait été connue dans aucune cour. Choisissant parmi ses courtisans celui qu'il jugeait le plus vertueux et le plus éclairé, il l'obligeait par serment de lui rendre compte de toutes les plaintes , critiques et satires mêmes dont son administration pouvait être l'objet, enfin de tout le mai qu'on pouvait dire de sdn gouvernement et de sa personne.

Une semblable commission aurait été ailleurs fort dangereuse pour celui qui s'en serait acquitté fidè*lement; mais le bon roi, au lieu d'être irrité* des leçons que lui donnait ainsi l'opinion publique , savait en profiter sagement.

L'intrigue ne pouvait rien près de lui; sa faveur et sa confiance ne s'accordaient qu'au mérite. Sévère contre la licence du temps, il brava le mécontentement des prélats, et défendit strictement l'accumulation des bénéfices. Aussi , tandis que les papes traitaient la plupart des rois en vassaux , les menaçaient , les réprimandaient, les châtiaient avec un orgueil insultant, Louis fut toujours l'objet de leurs hommages et de leur respect « Ce prince, disait publiquement

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» Urbain IV, brille au-dessus de tous le* autres » monarques par ses vertus , - comme sa couronne » Télève au-dessus des autres par son éclat »

Louis fut certainement l'un des plus habiles monarques de son temps; nul ne contribua plus que lui à rétablir l'autorité royale et à lui faire recouvrer les droits dont la féodalité l'avait dépouillée. Mais en même temps sa politique était réglée par la justice; il n'attaquait que l'anarchie et respectait scrupuleusement les droits des seigneurs, lorsqu'ils n'étaient pas trop contraires à la centralisation et à la supré-*matie salutaire du pouvoir monarchique.

Ainsi, loin de briser les degrés de l'échelle hiérarchique au sommet de laquelle il savait noblement se maintenir, on le vit toujours s'efforcer de rétablir la concorde entre les grands vassaux. Une politique vulgaire lui aurait conseillé de les diviser pour profiter de leurs dissensions; mais Louis n'écoutait que sa conscience : la paix et la justice lui paraissaient les dettes les plus sacrées de la couronne, et il voulait faire jouir ses peuples de ces deux biens, dont ils avaient été privés si long-temps.

Querelle La guerre s'était rallumée entre les d'Àvesnes et J'erre 1 *™" les Dampierre. Le frère du roi, Charles d'Anjou, en tll alimentait le feu, en cherchant à faire valoir sur la Flandre et le Hainaut des prétentions mal fondées. Celte querelle était encore attisée par l'ambition de l'empereur.

Après de longs combats, qui coûtèrent de part et d'autre beaucoup de sang , et ne furent point dé— cisift, le roi, par sa sagesse, trouva seul le moyen de concilier ces différends. Les passions cédèrent à sa

raison. Charles d'Anjou et les Allemands renoncèrent à leurs vues ambitieuses , et l'héritage en litige fut convenablement partagé entre les deux maisons de Dampierre et d'Avesnes.

Quand ces événemens auraient eu plus d'impor- tm* sur tance par leur résultat, on renoncerait encore a les authiuie. raconter en détail. Comment l'historien pourrait-il espérer de trouver dans les auteurs du temps des autorités dignes de quelque confiance ? Une courte citation des chroniques de cette époque suffira pour montrer combien alors les jugemens étaient incon* séquens, les récits fabuleux et la crédulité grossière*

Taudis que quelques auteurs donnaient de justes éloges à Mathilde, comtesse de Flandre, en adrmV rant sa fermeté dans les revers, sa générosité dans le succès, l'humanité qui la portait à donner ellemême sur le champ de carnage des secours à ses ennemis vaincus, d'autres débitaient sur elle la fable suivante : « Cette comtesse hautaine et avare, di- » saient-ilsj rencontre un jour une mendiante qui » lui demande la charité pour elle et pour ses nom- » breux enfans. Mathilde la lui refuse avec mépris» » et la raille même durement sur sa fécondité. La » mendiante irritée s'adresse à Dieu, le prie de la » venger, et Mathilde, punie de son orgueil, ac- » coucha dans l'année de trois cent soixante-cinq » enfans. » Que dire d'un siècle où des moines écrivaient de pareils récils, et les faisaient croire aux peuples abrutis!

Non-seulement le roi était l'heureux lien qui serrait le faisceau national , en réconciliant ses turbulens vassaux, mais plus d'une fois par son entre-

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Attise il rétablit la paix entre des princes étrangers. Sa sagesse semblait étendre son autorité au-delà des limites de ses États.

Les Lorrains, les Bourguignons se soumirent à -son arbitrage , et déposèrent leurs armes à sa voix. Vainement Joinville lui reprochait de terminer , si iimpolitJquement selon lui , les discordes des étrangers $ le bon roi répondait comme le Sauveur du inonde : Bienheureux sont ceux qui aiment la paix !

Depuis plusieurs siècles la France gémissait sous •l'interminable fléau des guerres privées. Les plus ^petits seigneurs , comme les plus grands , se fai- •sàient, à l'instar des Francs, justice par leur épée. ^Àussi , par-tout et à chaque instant , les moissons ^étaient brûlées , les bourgs dévastés , les marchands dépouillés, les paysans et les serfs opprimés, les 'Villes prises , reprises et saccagées ; et , au milieu *d'un pays qu'on disait monarchique et chrétien, Ses coutumes sauvages des Germains, dans leurs •forets, restaient comme implantées au milieu de la «civilisation naissante , pour en étouffer les germes. Assui-emeot Cependant l'excès de la lassitude et du malheur fcvait depuis quelque temps -adouci un peu les Thceurs; la raison commençait à poindre. La faiblesse , cherchant un appui contre la force , Pavait É K t ouvé dans l'affranchissement des communes et 'dans l'appel à la justice royale. L'usage même de l'assurement s'était établi (1); par cet assurément promettait de respecter la vie et les membres

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de son adversaire , et do ne le combattre que juridiquement, ou de se contenter de toute autre expiation que celle de la perte des membres ou de la Vie; et, dit Beaumaiioir, « les seules méchantes » actions ou méfaits qui auraient rendu passible de » la peine de mort , donnaient le juste droit d'en *> tirer vengeance par les armes. »

Nos rois , et saint Louis sur— tout , s'efforcèrent constamment de fortifier cette heureuse coutume et d'en faire une loi générale $ mais leurs succès furent lents : souvent les passions firent rétrograder la sagesse et braver l'autorité souveraine. Aujourd'hui même encore nous portons quelque empreinte de ces mœurs gothiques ; et , si les guerres privées n'existent plus , les duels qui leur survivant, ont bravé constamment les conseils de la raison , les préceptes du christianisme et le pouvoir des lots.

En cherchant les moyens d'éteindre en France sacrifice* ce feu des querelles privées (1) , qui prolongeait la P oî£u $ barbarie par la guerre, affaiblissait la puissance pau * nationale par des dissensions intestines sans fin, et multipliait les maux des peuples , écrasés par les armes de cette foule de grands et de petits tyrans qui se déchiraient entre eux , Louis regardait aussi comme un devoir d'éloigner par sa justice le fléau de la guerre étrangère. Pour atteindre ce noble but , il fit des sacrifices désapprouvés par quelques ambitieux et par des politiques peu réfléchis.

Ceux-ci prétendent que la condescendance do

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Louis et ses scrupules , en l'empêchant de chasser les Anglais de la France , et en leur rendant même quelques-unes des conquêtes faites sur eux , ont été les causes des longs malheurs qui depuis désolèrent notre patrie , et qui permirent enfin à un roi d'Angleterre d'occuper momentanément le trône français. Ils lui reprochent non moins injustement sa renonciation aux droits que les armes de Pépin et de Charlemagne nous avaient laissés sur une partie de l'Espagne. Mais ces juges , à la fois légers et sévères, apprécient mal les vues sages de ce grand monarque, et ne savent mesurer ni ses moyens, ni ses obstacles , ni les mœurs du temps.

Le roi ne commandait qu'à une milice féodale peu capable de longs efforts; l'expulsion des Anglais de la Guienne aurait exigé plus de sang , d'or et & temps que n'en avait coûté laconquête de l'Albigeois. Les rois d'Angleterre et d'Aragon auraient trouvé , dans la France et hors de la France , des alliés puissans contre Louis. Peut-être une ambition imprudente eût remis en question ce que Bouvines avait décidé.

On ne doit pas d'ailleurs oublier que la possession légitime de la Normandie , de la Touraine , de l'Anjou et du Poitou par le roi de France , toujours contestée, était un sujet perpétuel de guerre. Ainsi le monarque français obtenait un grand avantage , en achetant la reconnaissance solennelle de ses droits sur ces riches provinces , au moyen de l'abandon qu'il fit au roi d'Angleterre de quelques domaines qu'il lui avait pris après les batailles de Taillebourg et de Saintes , en Saintonge et en Angoumois.

D'un autre côté , depuis plusieurs siècles , les diverses chances de la guerre , différens traités , des mariages et des successions avaient donné au roi d'Aragon des prétentions assez légitimes sur une partie considérable de nos provinces méridionales. Ainsi les monarques français et espagnols trouvèrent avec raison qu'une sage et juste transaction , sur ces prétentions opposées , était préférable , et pour eux et pour leurs peuples , à l'espoir incertain que pouvait leur donner l'issue d'une longue et sanglante guerre.

Guidé par ces motifs généreux et pacifiques , Louis Traités conclut avec Jacques , roi d'Aragon, un traité par ££1* lequel il céda à ce prince ses droits sur Ba redonne , Urgel, Gironne, le Roussi lion, une partie de la Cerdagne et quelques autres terres peu considérables (1).

Le roi Jacques, de son côté, renonça à ses prétentions sur Carcassonne,Béziers, Agde, Albi , Rodez, Cahors, Narbonne, Nîmes, Toulouse, ainsi que sur Minerve, le Lauraguais, le Rouergue, le Quercy, l'Agénois, le coratat Venaissin et le Gévaudan.

Plusieurs historiens , à cette occasion , accusent encore Louis d'avoir disposé ainsi du sort d'une partie de tant de peuples , sans l'avis préalable de ses barons. Il n'est pas probable qu'un monarque si sage ait négligé de consulter les grands de son royaume sur un traité si important ; saint Louis connaissait trop les droits et les forces encore redoutables de ses vassaux pour manquer aux coutumes féodales dans une telle circonstance.

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Mais rien alors notait régulier dans notre gouvernement, et, bien qu'il n'existe aucune trace de grands conseils ou de parlement convoqués pour délibérer sur cette transaction , tout doit faire croire que Louis ne la signa pas sans être assuré de l'ac-» quiescoment des vassaux puissans qu'elle pouvait intéresser. Ce traité existe dans le Trésor des jchar tes du roi et à la Bibliothèque. La fidélité avec, laquelle les conditions en furent exécutées de part et d'autre , suffit pour en démontrer la sagesse.

La paix conclue l'année suivante (i) avec le roi d'Angleterre est encore plus amèrement blâmée par les mêmes critiques. Cependant, comment ces fais? toriens pouvaient-ils, à cette occasion, Paçcuser d'avoir décidé de si grands intérêts sans l'avis de ses pairs , puisqu'ils s'accordent tous à dire que Louis éprouva , dans cette circonstance , une vive opposition de la part de quelques barons ? Cette opposition ne prouve-t-elle pas qu'ils furent consultés, et que , si la minorité d'entre eux blâme cette convention , elle dut être approuvée par la majorité. Saint Louis était trop sage pour ne pas céder à leurs remontrances , si le dissentiment eût été générai. Ce qui est certain , c'est que ce prince hésita longtemps, et que l'abbé de Westminster, envoyé du monarque anglais , eut besoin de beaucoup d'adresse pour réussir dans sa négociation.

Les rois d'Angleterre semblaient depuis longtemps décidés à ne plus reconnaître celui de France pour leur seigneur. Nous avons vu quVucun traité

n'avait sanctionné la réunion de la Normandie, de la Touraine, du Maine, de F Anjou, du Poitou à, la, France. Il n'existait aucun prétexte légitime ponv< disputer à Henri la Guienne el tous les autres dp-»» mai nés que les victoires de Taillebourget de Saintes ne lui avaient pas enlevés.

Ainsi Louis crut devoir préférer une paix juçtft à une guerre ambitieuse, et des avantages certains à des chances douteuses. Les acquisitions de Pfyi-h lippe-Auguste et la vassalité du roi d'Angleterre solennellement reconnues , compensèrent suffisant ment à ses yeux la perte de quelques domaines font t la possession récente n'aurait pu être tranquille*

Si quelques grands désapprouvèrent la prudent du roi , les peuples la bénirent. Ils sentaient le besoin* de la paix, dont une noblesse belliqueuse espérait seule tirer quelques avantages.

La convention fut signée (1). Le roi d'Angleterre reconnut formellement la cession des provint** confisquées par Philippe -Auguste ; il promit de rendre hommage comme vassal et de soumettre à, ~ la cour, non-seulement les difficultés relatives à, l'exécution du traité, mais même les querelles qui venaient de s'élever entre lui et ses propres sujets^

Les princes Louis el Philippe apposèrent Iqus signature après celle du roi au bas du traité ratifié* et on déposa cet acte au Temple sou* les, sceaux de* archevêques de Rouen et de Tarante.

Les Anglais se chargèrent eux-mêmes de justifier la politique de Louis, car ils reprochèrent vivemen*

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à leur roi de s'être laissé tromper : « En paraissant, » disaient-ils , lui restituer cinq provinces , le roi » de France ne lui avait rendu effectivement que » quelques domaines honorifiques. »

Le roi d'Angleterre ne partageait pas l'avis de ses barons : heureux d'avoir recouvré quelques places que son impéritie lui avait fait perdre, et croyant par-là que la honte de sa fuite et de sa défaite était effacée , il s'empressa d'exécuter strictement le traité , et vint à Paris rendre hommage au monarque français.

Won <ia Si la fierté de Louis fut satisfaite de cet abaisse- U i^ ne ** ment d'un monarque ennemi, cette satisfaction ne fut que trop compensée par la perte cruelle qu'il éprouva: son fils Louis, âgé de seize ans, mourut (1). Ce jeune prince, élevé sous ses yeux, avait déjà montré de douces et brillantes qualités qui le rendaient l'espoir de la France, et comme on croyait que son père revivrait en lui , il fut vivement regretté.

Le roi, persuadé que la vie d'un monarque doit être consacrée tout entière au bonheur de ses sujets, cherchait constamment à graver ses principes dans le cœur de son fils. Joinville rapporte qu-il lui disait souvent : « Je te prie de te faire aimer du peuple ; » car franchement j'aimerois mieux qu'un Ecossais » vinst d'Écosse , et de plus loin encore , qui régnast » en France bien et loyaument , que si la France étoit » gouvernée par toi mal à point et en reproche. »

Les seules consolations du roi étaient les soins etles travaux du trône : affermissant la paix par d'utiles

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alliances, il maria l'un de ses fils, Jean , avec la fille du duc de Bourgogne; et, pour veiller au maintien de Tordre intérieur, dû à sa fermeté et à sa vigilance, il parcourut de nouveau son royaume, contenant ses magistrats dans le devoir par sa présence inattendue, et rassurant les opprimés par son active protection.

Quatre parlemens furent convoqués ; le roi y promulgua de sages ordonnances et d'utiles réglemens. Une de ses lois eut pour but de mettre un frein à l'usure; l'autre prévint les querelles que pourrait occasionner la découverte d'un trésor.

Louis, méritant dans l'avenir une juste vénération comme administrateur et législateur, rentrait dans l'esprit de son siècle relativement aux intérêts d'un clergé qui, depuis long-temps, avait persuadé aux princes de la terre qu'ils s'assuraient une grande place dans le ciel en l'enrichissant.

Il fonda plusieurs abbayes et couvens, entre autres ceux des Augustinset des Carmes à Paris (1). La piété était alors mêlée d'une si grossière ignorance, que ces Carmes faisaient remonter leur fondation à Élie. Ils illustraient leurs annales par les noms de Pythagore, de Judas-Machabée, de Zoroastre, de Numa et de l'empereur Vespasien. Ils ne dédaignaient pas même d'y insérer les druides, et osaient mettre dans leur rang le Sauveur du monde; ce qui fait dire à Mezeray, assez hardiment pour l'époque où il vivait : « L'esprit de ce siècle était tellement tourné à la » besace, que par-tout on ne rencontrait que ces » fourmilières de besaciers ou porte-sacs. »

(1) iqGo.

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