‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 2 sur 25 · partie du peuple accusa toujours Jeanne d'avoir fait pendre son père · texte numérisé non relu

partie du peuple accusa toujours Jeanne d'avoir fait pendre son père

Ce qui devait peut-être propager cette opinion , c'était la conduite intéressée du juge: car la protection que Louis avait accordée à la comtesse pouvait paraître plutôt vendue que donnée , puisqu'il avait exigé d'elle la cession de Douai , de l'Écluse, et d'assez fortes indemnités.

La présence de ses troupes pacifia promptement et complètement la Flandre , qui rentra , en gémissant, sous le joug détesté de la comtesse. Le roi d'Angleterre n'osa faire aucun mouvement pour empêcher cette pacification. Il était alors sans appui sur le continent $ car Louis VIII, l'année précédente, avait conclu à Vaucouleurs , avec Henri, roi des Romains, une alliance contre l'Angleterre ; et le pape , pour déterminer le monarque français à tourner toutes ses forces contre les Albigeois , avait défendu aux Anglais , sous peine d'excommunication , de s'armer contre ce prince pendant toute la durée de cette guerre religieuse , guerre que le clergé appelait guerre sainte , quoiqu'elle fût aussi impolitique qu'impie, en forçant des Français , des chrétiens, à se baigner dans le sang d'autres chrétiens et d'autres Français.

Ce fanatisme , le plus cruel des fléaux modernes, continuait toujours à faire de nos provinces méridionales un théâfre de ruines, de crimes et de carnage. La persécution y produisit son effet inévitable 5 elle rendait l'erreur plus opiniâtre. Le vieux Raymond , comte de Toulouse, était mort excommunié ; on lui refusa la sépulture. Son cercueil fut jeté avec opprobre près d'un cimetière. Rimer assure qu'on

DE FRANCE. ig

voyait encore le squelette de ce prince trois siècles après cette époque.

Son fils, Raymond VI, ressaisissant son héritage Rivalité de par les armes , excitait l'enthousiasme de ses peu- v7a°d* pies et l'admiration même de ses ennemis. Son rivai, Montfort - Amaury de Montfort, s'était vu peu à peu dépouillé de toutes ses conquêtes.

Héritier de la haine et de la bravoure de son père, Montfort cherchait ardemment tous les moyens de faire triompher sa cause. Dans ce dessein, il avait cédé au roi Louis (1) toutes ses prétentions sur le comté de Toulouse ; maintenant il pressait instamment le pape de ranimer le zèle des croisés par de nouvelles indulgences et par des secours en hommes et en argent. Il voulait qu'on renouvelât les bulles d'excommunication contre la maison de Toulouse et ses adhérons; enfin il exigeait que , pour assurer le succès de la ligue sainte , on levât sur les biens du clergé une taxe annuelle de soixante mille livres. Cette dernière demande parut momentanément refroidir le zèle romain.

D'un autre côté, le jeune Raymond employait autant d'habileté pour diviser ses ennemis que pour les combattre. Cherchant à la fois à fléchir le Saint- Siège et à désarmer le roi de France , il offrait à l'un sa soumission, et proposait à l'autre de le faire juger par le tribunal des pairs. Le succès sembla quelques momens répondre à ses efforts* Le pape se réconcilia avec lui , révoqua ses sentences , et écrivit au monarque français qu'il ne devait plus employer ses

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forces contre Raymond , que dans le cas où ce jeune comte enfreindrait ses nouveaux sermerrs.

Louis , irrité de ce changement inattendu , sur lequel il Savait pas été consulté , répondit que Rome pouvait traiter comme elle le voulait avec Raymond, mais que le roi de France n'avait aucun ordre à recevoir d'elle.

Un concile fut assemblé à Montpellier (1), et l'on y vit, avec un juste étonnement , l'archevêque de Narbonne plaider avec chaleur la cause du jeune Raymond. C'était cependant ce fameux Àmault, premier inquisiteur de la foi , et dont la haine violente contre la maison de Toulouse s'était signalée par tant d'excès et de crimes.

Nouvelle Cependant une nouvelle révolution s'était faite «•cation de dans l'esprit mobile du pape. 11 blâma 1 indulgence Raymou ^ concile , accusa Raymond de parjure , l'excommunia de nouveau , et chargea son légat , le cardinal romain de Saint-Ange , de concerter avec le roi de France toutes les mesures nécessaires au succès de la croisade.

Un nouveau concile se réunit à Bourges (2). Raymond, ayant obtenu du roi un sauf-conduit , se rendit à cette assemblée , rétracta ses erreurs , et , malgré * sa soumission, ne put obtenir d'être absous : le jugement même des pairs lui fut refusé , parce qu'avant d'y comparaître, il exigeait qu'on le reconnût pair de France , comme il l'était en effet.

Tout espoir de pacification étant perdu , Raymond retourna dans son camp, devenu son seul asile, et

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Louis , probablement plus par arabitionque par zèle , résolut de marcher à la tête des croisés , oubliant ainsi les dernières paroles de Philippe, qui avait prédit que cette funeste expédition terminerait son règne et sa vie.

Le roi espérait, par de grands efforts, achever promptement la guerre ; à cet effet , voulant réunir toutes. les forces de ses vassaux aux siennes, il convoqua dans Paris (1) un grand parlement. Presque tous les pairs , prélats et barons du royaume s'y rendirent*

Amaury de Montfort fit de nouveau , dans cette assemblée , la cession au roi de ses droits au comté de Toulouse, et reçut en échange la survivance de la charge de connétable. Raymond fut encore excommunié par le légat ; le parlement déclara ses biens confisqués.

Tous les pairs et barons Jurèrent de secourir , partous leurs moyens , le roi leur seigneur. Chacun en effet courut aux armes; les grands prirent la croix par ambition; l'appât du gain attira* une foule de soldats mercenaires; le peuple s'enrôla par fanatisme. Une armée immense se réunit à Bourges ; elle * se composait de soixante mille hommes d'armes et de cem\ cinquante mille fantassins. Il est vrai que les coutumes du temps rendaient une semblable force pms. imposante que réelle; car, excepté les troupes levées dans les domaines du roi , toutes les autres n'étaient tenues qu'à un service de quarante jours.

Quoi qu'il en soit, plusieurs vassaux de Raymond , effrayés à l'approche de cet orage , se soumirent ; Nîmes ouvrit ses portes à Louis , et fut pour toujours réunie à la couronne; plnsieurs villes imitèrent son . exemple.

s* Cependant Raymond déployait un courage égal

courageuse , .

défens*. aux dangers qui le menaçaient , et s occupait activement à réunir tous les moyens de défense qui lui restaient contre tant d'ennemis acharnés.

La résistance d'Avignon lui laissa quelque temps * pour ses préparatifs. Cette cité ne voulut point permettre au roi le passage sur son territoire ; il l'assiégea, et écrivit en même temps à l'empereur pour justifier cette agression contre une ville dépendante de l'empire. La sainteté de la guerre entreprise et les intérêts de la religion lui servirent d'excuses.

Bérenger, comte de Provence, promit d'obéir au roi en tout ce qui ne serait pas contraire aux droits de l'empereur. Plusieurs corps de croisés s'emparèrent de Narbonne , dé Beaucaire , de Carcassonne , d'Arles , de Tarascon et d'Orange; Avignon seule se distingua par une défense vigoureuse.

Désastre* Une affreuse disette épuisait l'armée française ; une à* louii. c | la | eur brûl an te y répandit des maladies contagieuses. Louis tenta un assaut : un pont que voulaient franchir ses troupes s'écroula; trois mille hommes périrent dans le Rhône. Peu de temps après , les assiégés sortirent au milieu de la nuit de leurs remparts , surprirent les Français livrés à la joie des festins , et en firent un grand carnage. Ligue ^ Dans ce même temps plusieurs seigneurs formaient secrètement une ligue contrôle roi: les chefe

de ce complot étaient Pierre de Dreux , comte de Bretagne , Thibaut IV, comte de Champagne.

Cependant les Avîgnonnais, fatigués de combats et privés de vivres , capitulèrent. On les obligea de démolir leurs fortifications.

. Le roi jouit peu de ce triomphe $ une maladie de »»uai«. langueur minait ses forces. Néanmoins , comme il voulait mettre à fin son entreprise , il entra en Languedoc , et s'avança jusqu'à quatre lieues de Toulouse ; mais , comme sa santé s'affaiblissait de jour en jour , et que d'ailleurs il se voyait abandonné par ceux de ses vassaux dont le service était expiré , il remit le siège de Toulouse au printemps suivant, et reprit la route de sa capitale.

Sa maladie, qui s'aggravait continuellement, le s.ch«ietô. força de s'arrêter à Monlpensier en Auvergne. Les historiens du temps répandirent à cette occasion un conte trop étrange pour ne pas choquer la raison, mais qui prouve au moins l'opinion qu'on avait des vertus privées de ce monarque : les médecins, disentils, imaginèrent que, pour le tirer de sa langueur et pour lui rendre la santé , il était nécessaire de le faire dormir à côté d'une jeune demoiselle. Le roi refusa ce remède immoral. Cependant un seigneur de sa cour, Archambaud de Bourbon, par un zèle peu édifiant, introduisit la nuit dans la chambre royale une jeune vierge, qui informa le roi , sans doute avec embarras, du motif de sa visite. « Ma fille , lui dit Louis, » j'aime mieux mourir que de sauver ma vie par un » péché mortel. » Au même instant il appela Archambaud de Bourbon, moteur de cette intrigue, et lui ordonna de marier honorablement cette jeune fille.

Je Louis.

&>r n «nt de L'état du roî empirait toujours : voyant la mort wioriic' *t s'approcher, il reçut les sacremens ; et, appelant * $ou w ** près de lui les archevêques de Bourges et de Sens, les évêques de Beau vais, de Noyon et de Chartres , les comtes de Boulogne et de Blois , Gauthier d'Avesnes, Enguerrand de Coucy, le maréchal Robert son frère, Archambaud de Bourbon, Jean de Nesle et É tienne de Sancerre , il leur fit jurer d'obéir fidèlement à son fils, ainsi qu'à la reine Blanche, qu'il déclara régente.

Louis mourut dans sa quarantième année , après en avoir régné quatre (1). Il fut enterré à Saint- Denis. Le lieu où il expira fit croire au peuple que sa mort accomplissait une prophétie de Merlin, dans laquelle ce prétendu magicien s'exprimait ainsi : « Le Lion pacifique mourra au Mont du ventre, » Monti panaœ. La crédulité du vulgaire retrouva dans Louis le Lion pacifique , et dans les mots Monti pansœ le nom de Jkfonlperisier.

Quelques auteurs attribuèrent la mort de Louis à un crime. Mathieu Paris prétend que, pendant le siège d'Avignon , Thibaut, comte de Champagne, enflammé d'une passion criminelle pour la reine Blanche , et ne pouvant supporter d'être éloigné d'elle, voulut quitter l'armée. « Louis, dit cet his- » torien, lui défendit de partir, en le menaçant de » dévaster la Champagne s'il désobéissait. Thibaut, » outré, fit mêler à ses alimens un poison qui en » peu de temps termina ses jours. »

L'âge et la vertu de Blanche ôtent tonte vraisem-

blanco à une accusation portée sans preuve , à un attentat dont le coupable n'aurait pu retirer aucun fruit.

Louis reçut de ses sujets le surnom de Lion pacifique , et cependant il fit presque toujours la guerre avec bravoure; mais nulle part il ne montra la force et l'impétuosité du lion. Les «grands admiraient sa générosité, les pauvres sa bienfaisance, les prêtres sa piété, les soldats sa vaillance, et le peuple ses vertus.

Quoique l'ambition lui ait fait commettre parfois des injustices, son nom aurait brillé parmi ceux de nos grands rois, si le sort ne l'eût placé entre un conquérant tel que Philippe et un monarque tel que Louis IX, qui fut tout ensemble un grand prince, un célèbre législateur et un saint.

Louis VIII, secondé par le zèle d'une vertueuse ongîne épouse, tenta, mais avec peu de succès, quelques d " c ",iie n efforts pour mettre un frein au désordre des mœurs; la licence était portée à tel point que, dans une de ses armées qui prétendait combattre pour la religion, on compta jusqu'à quinze cents concubines qui se montraient ornées des plus riches parures.

La reine Blanche , rencontrant une de ces femmes qui portait une magnifique ceinture, la prit pour la femme d'un chevalier et l'embrassa ; une ordonnance, rendue à cette occasion, défendit aux courtisanes de porter dorénavant robes à collets renversés y boutonnières aux chaperons , fourrures précieuses et ceintures dorées. Mais comme trop souvent les dames, qui seules jouirent du droit de conserver ces ornemens , donnèrent aussi par leurs

mœurs trop de prise à la censure, le peuple fit et retint ce proverbe : J^i oui mieux bonne renommée que ceinture dorée.

Une loi sévère ordonna que toute femme convaincue d adultère serait promenée dans les rues et attachée par une corde à son séducteur. La puissance des grands et l'obscurité du peuple échappèrent facilement aux ligueurs de cette loi.

E.ithuuftiu. Si d'un coté la licence des moeurs résistait au m™ P Fr" n- pouvoir du trône et aux bons exemples du prince , ?c>> ' de l'autre l'ardeur religieuse semblait s'accroître chaque jour. Le pape Honoré III protégea Tordre des frères mineurs. Leur fondateur, saint François, professant une douce charité et une morale rigide , trouva une foule de disciples , quoiqu'il leur enseignât à souffrir la faim et la soif.

Son éclatante vertu n'empêchait pas son ardente imagination de répandre, d'accréditer et de croire peut-être même quelques-unes de ces fables qu'on trouve mêlées à toutes les religions ; il prétendait qu'un séraphin à six ailes l'avait stigmatisé avec des clous semblables à ceux qui attachaient les pieds du Sauveur à la croix. L'enthousiasme qu'inspirait saint François fut si excessif, qu'il approcha presque de l'idolâtrie $ on lui donna le nom d'homme séraphique; on osa le comparer à Jésus-Christ; et la superstition poussa même si loin son délire , qu'elle donna une sorte de préférence au saint sur la Divinité , en disant que le Christ n'avait conservé sans pourriture son corps dans le tombeau que trois jours , tandis que saint François avait gardé douze ans sans corruption ses stigmates sanglans.

La reine Blanche donna au roi onze enfans. Cinq Enr™* <j« seulement lui survécurent : Louis , qui régna ; Ro- Loms N 1 1 bert, comte d'Artois; Alphonse, comte de Poitiers; Charles, comte d'Anjou, de Provence, et roi de Naples; Isabelle, qui mourut dans le monastère de Longchamps qu'elle avait fondé.

Avant de mourir, le roi dans un testament déclara que, selon son intention, Louis, son fils, devait lui succéder et posséder tous ses domaines de même qu'il les avait possédés.

Une autre disposition de cet acte prouve à quel point le fléau de la lèpre était alors répandu en France; car le roi fit des legs à deux mille léproseries.

Ainsi les deux parties du monde les plus peuplées durent à la folie cruelle des croisades un échange funeste de deux fléaux. Les croisés avaient répandu en Asie les germes de l'anarchie féodale, et ils rapportèrent en Europe ceux de la lèpre. Il est vrai que nous retrouvâmes en Orient quelques idées de commerce , quelques clartés perdues depuis long-temps pour nous, quelques traces de l'antique civilisation; mais le progrès des deux fléaux fut rapide , et celui des lumières bien lent. Quatre croisades, en peu d'années, dépeuplèrent l'Europe, et plusieurs siècles parvinrent avec peine à l'éclairer.

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