‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 3 sur 25 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

LOUIS IX ou -SAINT LOUIS.

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Avènement de Louis IX au trône. — Régence de Blanche.— Sacre do roi A Reims. — Singulière prétention de denx comtesses an sacre.— Portrait de Blanche. — Son adroite politique avec ses ennemis. —Traité avec eux. — Complots contre le roi, découverts par Thibaut.— Guerre entre ce dernier et Jet ligueurs. — Soumission de ces rebelles. — Révolte de l'université. — Fermeté de Blanche à cette occasion. — Invasion dn comte de Bretagne.— Succès de Raymond. — Sa cruauté envers des captifs. — Son excommunication. — Tribunal de l 1 inquisition. — Croisade contre les Albigeois. — Désordres de l'armée. — Traité avec Raymond. — Son amende honorable. — Mariage d'Alphouse et de Jeanne de Toulouse. — Organisation du tribunal de l'inquisition.— Ordonnance de Louis contre les hérétiques. — Traité entre Henri III ei le comte de Bretagae.— Procès de ce comte. —Prise de la ville d'Oudon. — Pacification entre les seigneurs , opérée par Blanche. — Départ précipité dn roi d'Angleterre. — Mort de denx ministres de France. — Éducation de Louis. — Son excessive piété. — Sa rigueur envers les Juifs. — Ses belles qualités. — Ses fondations. — Sa demande au pape. — Sa vénération pour les reliques. — Sa clémence. — Corruption dans Paris. — Mariage de Louis et de Marguerite. — Mort des comtes de Flandre et de Boulogne. — Humiliation dn comte de Bretagne. — Son traité avec le roi. — Défense du roi aux seigneurs. — Troubles en Languedoc. — Crimes de l'inquisiteur Robert.

Arcnenent Louis IX, destiné par le sort à réformer les

de Louis IX

•u uône. mœurs de la France, à triompher du système

féodal, à ressusciter le règne des lois, à trouver la gloire même dans l'infortune, à faire chérir sa sévérité et respecter sa bonté, monta sur le trône de son père en 1226.

Mais il était enfant; sa mère était étrangère, et le sceptre , placé dans des mains en apparence si faibles, semblait devoir céder aux orages qu'annonçaient la turbulence d'une noblesse mécontente, les vues ambitieuses de quelques grands vassaux , et les intrigues du roi d'Angleterre pour soulever en sa faveur les provinces que lui avait enlevées Philippe-Auguste , et dont il espérait se ressaisir.

Un mécontentement universel était près d'écla- R^m-e ter, au moment où la mort de Louis VIII investit Blanche du pouvoir souverain. Des indices trop certains l'avaient avertie de l'extrême danger où se trouvait le roi : en effet, sortant de Paris pour aller au-devant de son mari qu'elle croyait revoir triomphant, elle apprit tout à la fois et sa mort et ses dernières volontés, qui remettaient le sceptre dans ses mains.

La reine Blanche ayant convoqué les grands pour sacrcin roi assister au sacre de son fils, les uns refusèrent hau- 4 Reum tement d'y venir ; les autres n'y consentirent que conditionnellement, exigeant, avec une impérieuse fierté, la liberté des prisonniers d'État et la restitution des terres confisquées pour cause de félonie sous les règnes précédons.

Blanche, sans s'étonner ni s'effrayer, poursuivit son dessein , et fit sacrer le jeune Louis à Reims , par Jacques de Basoche, évêque de Soissons. Le siège de Reiras était alors vacant.

Louis, dans ce premier acte de sa vie royale, fit à la fois connaître au clergé ses sentimens religieux et au peuple la crainte salutaire que lui inspirait la vue de la couronne.

Ce jeune prince , plus frappé du poids que de l'éclat d'un tel fardeau, annonçait déjà qu'il serait digne de le porter. En le recevant, il répéta, avec une chaleur touchante, les paroles de David, déclarant « qu'il plaçait en Dieu son unique confiance. » Singulière Jean de Brienne, roi de Jérusalem, le patriarche de deux" de cette ville, le duc de Bourgogne, les comtes de nom,CMM Dreux, de Bar. de Blois, le sire de Coucy, les com-

uu «cre. 77 7 J 7

tesses de Flandre et de Champagne, assistèrent à cette cérémonie. Les deux comtesses y élevèrent la prétention de siéger parmi les douze pairs, de représenter leurs maris et de porter l'épée royale. Leur demande fut rejetée.

Thibaut, comte de Champagne, épris d'un fol amour pour la régente, s'était mis en route pour se rendre à Reims ; mais, apprenant qu'on le soupçonnait d'avoir empoisonné le feu roi, et que de nombreux ennemis menaçaient ses jours, il s'arrêta et rejoignit les grands vassaux rebelles , qui, décidés à venger l'autorité féodale comprimée et abaissée par l'autorité monarchique, depuis Louisle-Gros, voulaient profiter de la minorité du fils de Blanche pour relever leur puissance, et même, disait-on, pour placer sur le trône une nouvelle dynastie.

Dans ces premiers momens (1), non-seulement (1) iaaO.

DE FRANCE. 5l

les factieux s'agitaient, mais les amis de Tordre eux-mêmes s'indignaient de voir la patrie , au milieu de tels périls , gouvernée par une femme étrangère , qui , disait-on , se laissait aveuglément conduire par un Italien, légat du pape, le cardinal de Saint-Ange.

Ce cardinal , doué par la nature d'un esprit vif et gai , d'un caractère insinuant et d'une belle figure , excitait à tous égards l'envie*des courtisans; comme il était admis à l'intimité de Blanche, le rang, la vertu de cette reine , et même son âge , ne purent la mettre à l'abri des traits empoisonnés de la calomnie. Menacée et bientôt attaquée par une foule d'ennemis conjurés pour la perdre , la reine-mère sut tour-à-tour comprimer les factions par sa fermeté , et les dissoudre par son adresse.

Blanche, non moins célèbre par ses qualités per- poitr»it a» sonnelles que par celles de son fils , était belle , spirituelle, active, majestueuse sans orgueil, attrayante sans faiblesse; sa fierté intimidait l'audace; sa douceur attirait l'affection. Habile à pénétrer les desseins de ses ennemis , elle savait également les combattre, les diviser et les gagner. Froide dans le danger, elle était ^fertile en expédiens pour en sortir. Son zèle ardent pour la religion la rendait vénérable au peuple et chère au clergé; souvent on lui entendait dire « qu'elle aimerait mieux voir » son fils mort que souillé d'un péché mortel. »

D'un autre côté , comme la pureté de sa vertu rassurait pleinement sa conscience , elle voyait sans déplaisir l'amour romanesque qu'elle inspirait à quelques preux , et , conformément à l'esprit che-

valeresque du temps , recevant sans courroux les hommages qu'on lui offrait, elle déconcertait la témérité plutôt par une gaieté maligne que par une colère pédante. On croit même que souvent elle sut se servir , dans ses projets politiques , de l'ascendant que ses charmes lui donnaient sur le cœur de quelques grands ambitieux, son .droite Le nombre de ^ses ennemis était grand ; mais le ■veV*eïen- dévouement de ses amis centuplait ses forces $ elle nenus. étgfo douée d'un grand courage, ne manquait point d'argent , s'entourait d'un conseil éclairé , et marchait sans crainte à la tête de troupes aguerries.

L'auréole de la gloire de Bouvines environnait encore sa couronne : le vieux Montmorency conduisait ses guerriers 3 l'expérience de Guérin, célèbre au conseil, dans la chaire et sur le champ de bataille , dirigeait ses plans j l'attachement du légat lui assurait l'appui de Rome. Enfin ,ce qui sur-tout garantissait ses triomphes, c'était un mérite personnel et un tel mélange de force et de douceur , que ceux qui la bravaient de loin étaient séduits dès qu'ils la voyaient ou l'écoutaient.

Le plus redoutable de ses adversaires était Philippe, comte do Boulogne : ce prince, oncle du jeune roi et fils de Philippe-Auguste , ne pouvait voir sans chagrin la tutèle de son neveu et le gouvernement de la France confiés à une femme espagnole. Ses prétentions à la régence , légitimes aux yeux de la raison", étaient soutenues par la plupart des grands et appuyées par le vœu des peuples. Il était difficile de le vaincre et encore plus de le gagner. Cependant l'adroite Blanche parvint à le désax*-

met ; d'importantes concessions , une déférence si-* mutée, une grande confiance promise , lui attirèrent l'affection de Philippe. Content d'obtenir la possession de quelques villes et la suzeraineté du comté de Saint-Pol, il priva la ligue des factieux de leur principal appui.

La reine sut trouver dans les prisons, un allié non moins puissant et non moins utile : l'infor^ tuné Ferrand , comte de Flandre , était toujours captif dans le Louvre ; la comtesse, sa femme , refusant de payer sa rançon , le laissait sans pitié dans les fers. Les chroniques du temps attribuaient leur antipathie réciproque à une querelle ridicule et qui paraîtrait incroyable , si quelque bizarrerie ou quelque extravagance de l'esprit humain pouvait encore étonner : on prétendait que leur haine était née d'une vive dispute élevée entre eux à la suite d'une partie d'échecs. L'avarice et l'orgueil de la comtesse furent des causes plus vraisemblables de la haine des deux époux*

La comtesse , décidée à rompre ses liens , avait formé le dessein d'épouser le comte de Bretagne , Pierre , dit Maucferc , l'un des plus ardens ennemis de la reine. Blanche déconcerta ses projets en rendant la liberté à Ferrand , et le comte paya sa générosité par un dévouement qui jamais ne se démentit.

Tels furent les moyens que l'habile régente sut employer avec autant de prudence que de promptitude , pour prévenir un soulèvement général. Les principaux ligueurs étaient les comtes de

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