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plusieurs privilèges a ce monarque, le garantit de toute censure générale , et défendit à tout évêque de jeter aucun interdit, sans son ordre, sur les do— inaines du roi. L'évêque de Paris voulut désobéir à ce décret, Louis fit saisir le temporel de ce prélat. . Ce sage prince bornait son indulgence à laisser son frère entreprendre une conquête qu'il désapprouvait; mais il ne voulait point verser le sang et les trésors de la France pour cette guerre injuste : aussi ne permit-il pas qu'on prêchât dans le royaume, ainsi que le voulait le souverain pontife, une croisade contre Mainfroi.
Au mépris delà religion et de la raison, le pape, traitant comme des infidèles les chrétiens qui résistaient à son ambition, excita jt dans toute l'Europe les princes et les peuples à se croiser contre Mainfroi (1), « exécrable rejeton, disait-il, d'une race » maudite , qu'il prétendait briser comme la statue » de Nabuchodonosor. »
La Palestine, le saint sépulcre, les cités de Tyr, d'Antioche et d'Acre, les guerriers qui les défen-. daient, les Musulmans qui les menaçaient, tout fut alors oublié par le chef de l'Église, et sa haine contre la maison de Souabe l'égarait tellement , qu'il releva de leurs vœux les croisés d'Orient, les autorisant ainsi à laisser aux Sarrasins la domination de la cité sainte pour venir en Italie dépouiller de sa couronne un monarque légitiment catholique.
Cependant Mainfroi se préparait à conjurer l'orage près de fondre sur lui. Tous les Gibelins accoururent
sous ses étendards. L'empereur Michel Paléologue lui promit des secours, et les Sarrasins, qui occupaient une partie de la Pouille et de la Sicile, vinrent fortifier son armée.
Le téméraire comte d'Anjou, privé des secours du roi son frère, et réduit aux seuls moyens que pouvaient lui fournir son apanage, ses vassaux et la Provence, sut bientôt qu'il ne trouverait point en Italie d'autre allié que le pape.
Cet isolement ne l'arrêta point : confiant sa for-
l • 1 *1 9 meut de
tune aux vents et aux glaives de ses preux, il s em- chariot et barqua prompteraent avec quatre-vingts voiles, des- d
cendit dans le port d'Ostie et arriva à Rome, où le peuple le reçut plutôt en seigneur suzerain qu'en sénateur. Quatre cardinaux le proclamèrent et le couronnèrent roi de Sicile (î). Sa femme fut également couronnée. Le pape, haï du peuple, n'osa point assister à cette cérémonie.
Charles avait enfin obtenu cette couronne objet de ses vœux; mais , quoique posée sur sa tête , elle était encore à conquérir; l'activité de son ennemi ne lui permit pas long-temps de jouir des hommages du peuple romain.
Mainfroi, à la tête d'une forte armée, était entré Échec de dans le Latiura. Charles marcha rapidement contre loi, attaqua impétueusement son avant-garde et la mit en fui le. Alors Mainfroi tenta, dit-on, de l'empoisonner. Ce crime n'est pas prouvé : mais ce n'était pas la première fois que l'opinion publique accusait ce prince de pareils attentats.
(i) iaCG.
Mainfroi,
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I/armée de Charles d'Anjou recevait continuellement de nouveaux renforts. Jamais la noblesse française ne resta insensible à un cri de guerre; et, malgré la désapprobation de saint Louis , une foule de seigneurs français, n'écoutant que la gloire , répondirent à Tappei du pape, s'enrôlèrent dans sa croisade antiévangélique, et s'empressèrent de venir combattre sous les étendards du nouveau roi de Naples.
Mainfroi , soit par crainte, soit par politique, résolut de négocier, et proposa la paix à son rival. Charles, répondant à ses envoyés avec le mépris que lui semblait mériter un allié des Sarrasins , leur dit : « Apprenez à votre maître, au sultan de Lucérie , *> que dans peu il m'enverra en paradis, ou que je » Tenverrai en enfer. »
PrUe Continuant ensuite sa marche, il arriva en peu Irmano. f * e j ours sous les murs de San-Germano, place forte défendue par dix mille Sarrasins et par trois mille Allemands. Une telle forteresse paraissait devoir exiger un long siège, et dans les guerres d'invasion toute perle de temps est irréparable.
Dans cette circonstance le hasard, qui décide souvent en aveugle des plus grands intérêts, trompa tout à la fois les espérances de Mainfroi et les craintes de Charles. Une querelle survenue, à l'occasion d'un fourrage, entre quelques valets de cette ville et ceux du camp français, fut suivie d'un combat qui devint bientôt général, quoiqu'il fût livré sans ordre. La mêlée fut sanglante , et la victoire des Français complète.
Poursuivant avec ardeur l'ennemi vaincu, ils fran-
dussent le fossé, dressent les échelles contre les murailles. Bouchard , sire de Vendôme, drame l'exemple aux assaillans ; il escalade les remparts et plante son «étend ord sur une tour. Une foule de guerriers le sui veut. La garnison est enfoncée et passée au fil de Wpée. Ainsi Bouchard se rend maître en peu d'heures d'une ville populeuse , approvisionnée et défendue par de nombreux guerriers qui croyaient pouvoir braver, pendant deux ans, les efforts d'une armée,
Mainfroi, campé près de Capoue, apprit avec consternation ce désastre. Il se mit en mardi e pour disputer aux Français le passage du Volturno; mais sa prudence fut trompée par l'adroite rapidité de Charles.
Ce prince, ne laissant que quelques faibles postes contre lui, fit un long détour, passa sans obstacle le Volturno près de sa source , tomba précipitamment sur Capoue, dont il se rendit maître par surprise, et entra en vainqueur dans Naples qui reconnut son autorité.
Mainfroi, déconcerté mais non abattu, s'était re- Bataille de tiré à Bénévent, où il reçut de nombreux renforts. B,nerent - L'heureux Charles ne tarda pas à marcher contre lui, et bientôt les deux armées se livrèrent, dans les plaines de Capoue, une bataille décisive.
Parmi les guerriers français qui étaient venus rejoindre Charles, on remarquait particulièrement le connétable François Lebrun, Robert de Béthnne, fils du comte de Flandre, l'évêque d'Àuxerre, les comtes de Laval , de Mirepoix, de Beaumont, de Montfort et de Barrai!.
Dans ee siècle rien n'était plus commun que le mélange d'une dévotion ardente avec une soif insatiable de combats, de sang et de pillage: pour se préparer au carnage et an renversement d'un trône légitime, les preux de France et leurs solda Ls, s'agenouillant au milieu des champs qu'ils allaient eu- ' sanglanter, se confessèrent et reçurent, au nom du pape par l'éveque d'Auxerre, l'absolution de leurs péchés. Le bon prélat leur imposa pour toute pénitence l'obligation « de frapper l'ennemi à tour de » bras. »
Quelques-uns des chefs prétendaient qu'il fallait différer le combat pour laisser les troupes se reposer après tant de marches et de fatigues. Le connétable soutint au contraire que ce repos refroidirait l'ardeur du soldat et rendrait le triomphe plus douteux. Chacun se rend à cet avis. Le signal est donné.
Charles parcourt les rangs et dit à ses preux : « Amis, séparés de notre patrie par la mer, par les » Alpes , par les Apennins , arri vés au fond de l'ital ie » en présence de l'ennemi que nous brûlions d'at- » teindre, à quoi serviraient de vaines paroles? )> Vous le savez tous, nous n'avons plus d'autre » choix que la mort ou la victoire. »
De son côté Mainfroi, s'eftbrçaiit d'enflammer le courage de ses soldats, leur rappelait les triomphes remportés dans tous les temps par la valeur allemande. « Aujourd'hui, leur disait-il, vous vaincrez » presque sans péril , puisque vous n'avez à com- » battre qu'une faible troupe d'étrangers que la » fatigue d'une longue course vous livre à demi 2> vaincus. »
DE FRANCE. lo?
Les trompettes sonnent 5 les traits volent; les bataillons se mêlent; les escadrons se chargent; et la triste Italie attend de cette lutte terrible le joug qu'elle doit recevoir d'un Gaulois ou d'un Germain; car le sort Fa condamnée, depuis la chute de Rome , • à changer sans cesse de maîtres et à subir toujours les lois de l'étranger.
Malgré la furie française, le sort inclina d'abord en faveur du flegmatique courage des Allemands et de l'intrépidité des Sarrasins. Mais Charles , honteux de reculer, rallie ses troupes, rétablit le combat, mêle des pelotons de fantassins à ses escadrons, les anime par son exemple et parvient à enfoncer l'ennemi.
Mainfroi, cependant s'acharne à disputer la vie- Mort toirej en vain il voit ses flancs tournés; il résiste, ^îialnfroî! comme un rocher battu des flots, aux attaques de Robert de Flandre, qui l'enveloppe et le presse. Mais ses efforts sont vains: ses plus nobles guerriers périssent à ses pieds; malgré son courage il cède au nombre , tombe et disparait dans la foule des morts : peu de jours après on découvrit son corps percé de coups.
Sa puissance avait été entourée d'hommages, sa chute fut outragée par la haine : ou lui imputait la mort de Frédéric, l'asservissement de son pupille Conradin. Il fut sans doute ambitieux, peut-être criminel ; mais il gouverna en prince habile et mourut en brave guerrier.
Conradin, soit par crainte, soit par prudence, avait cru devoir laisser sans murmure son tuteur Mainfroi tenir les rênes du gouvernement. Il se tome xv. 17
sentait trop jeune pour gouverner dans un temps dorage. Mais, après la victoire de Charles, l'honneur lui faisait un devoir de combattre pour soutenir ses droits et venger son injure; il ne s'agissait plus d'expérience pour éloigner les périls du trône, mais il fallait reconquérir par l'audace ce trône usurpé.
joie du La défaite de Mainfroi combla les vœux du pape : »ujcu C * sa joie ne fut troublée que par les excès auxquels les Français se livrèrent dans Bénévent. Cette ville fut inondée de sang et livrée au pillage.
Charles , prompt à profiter des faveurs de la fortune, s'empara des trésors et des flottes de Mainfroi. Les Sarrasins capitulèrent et quittèrent les armes. Pise et Florence reconnurent le nouveau roi de Naples. Ainsi ces Français , que , depuis quatre siècles , on avait toujours vus tristement renfermés dans les bornes de leur patrie déchirée par des dissensions civiles , ou qui n'en étaient sortis que pour suivre le torrent européen versé sur l'Orient par le fanatisme , retrouvaient enfin leur antique gloire , et faisaient briller au loin de nouveau les glaives victorieux des paladins de Charlemagne : en moins de trois mois , après avoir traversé l'Italie, ils étaient entrés en triomphe dans Rome ; ils avaient vaincu les Allemands et les Sarrasins réunis; enfin ils ve- H naient de conquérir une couronne et de soumettre à leur loi Naples , la Calabre et la Sicile* Tyr.nnie Malheureusement Charles ne sut pas confier à la e ch.ii«.^ ( . ce et ^ vertu le soin d'affermir sur sa tête
cette couronne que lui donnait son courage; il monta sur le trône avec gloire et en tomba avec honte ,
DE FRANCE. 25o,
parce qu'il l'avait occupe en tyran. Avide de richesses , il accabla le peuple d'impôts ; orgueilleux , sévère , invisible pour ses nouveaux sujets , dominé par des favoris cupides , dont il laissait les vices et les excès impunis , cruel dans ses vengeances , inflexible dans ses rigueurs , il fit promptement regretter Mainfroi et maudire sa victoire.
Le désespoir rendit les révoltes fréquentes : Charles licencia imprudemment une grande partie de ses troupes à l'instant même où elles lui devenaient le plus nécessaires, puisqu'il prétendait régner non par l'amour, mais par la terreur.
Vainement le pape lui conseillait de se concilier l'affection des vaincus ; il continua d'humilier les grands, de ruiner les riches et d'opprimer les pauvres; et ,en même temps, par de folles prodigalités, il jeLait le plus grand désordre dans ses finances.
De toutes parts les mécontens appelèrent ù leur Caractère secours l'héritier légitime du sceptre , le jeune Con- conradiu. radin. C'était un appui brillant, mais bien fragile : ce prince, âgé de seize ans, n'avait que de douces vertus , un bouillant courage , et cette présomption naturelle qui montre tout à la jeunesse sous les couleurs trompeuses de l'espérance.
Inutilement sa mère Élisabeth voulait l'entourer Sa marche de conseils prudens, pour le diriger dans l'entre- r8l U1(î prise qu'il formait contre un rival heureux , puissant , victorieux et habile : impatient de chercher la gloire ou la mort , il s'avança rapidement et franchit les Alpes. fci V«MUifi!fe# t> / '°
Charles , peu inquiet des efforts d'un tel ennemi , songeait moins à sa défense qu'à de nouvelles con*-
quêtes ; et , donnant la main de sa fille à Baudouin , récemment renversé du trône d'Orient par Michel Paléologue , il espérait follement , à l'aide de cette alliance , conquérir le sceptre de Constantin.
Cependant , lorsque la flatterie écartait de lui tout organe de la yérité , le pape Clément osa la lui dire : il l'avertit des vœux et des alliances que formaient et tramaient contre lui divers peuples de l'Italie. La Toscane était au moment de se soulever. Charles , ouvrant tardivement les yeux, crut celte fois les conseils du souverain pontife : revêtu du titre de paciaire et de vicaire impérial du Saint-Siège, il reprit les armes , marcha , dévasta les terres de Pise , et , par sa présence inattendue , contraignit les Toscans à se soumettre.
sc> Conradin , parti avec dix mille chevaux , avait lu^è»? promptement vu une foule de seigneurs et de guerriers rejoindre ses drapeaux et grossir ses forces. Tous les Gibelins paraissaient résolus à s'armer pour lui. Rome même , qui n'avait conservé de l'idolâtrie qu'un culte aveugle pour la fortune, croyait déjà voir triompher Conradin, et déjà se préparait à le couronner avec le même enthousiasme qu'elle avait , trois mois avant , prodigué à son rival.
Les Sarrasins de Lucérie s'armaient pour lui ; Tunis lui promit des galères. Tout semblait le favoriser 5 mais sa jeunesse se laissa tromper par les ruses de Charles. Au lieu de traverser sans retard celte Italie prête à se ranger sous ses enseignes , il écouta des messages trompeurs, s'arrêta près de, Vérone, et, dans l'espoir de recouvrer ses États sans verser de sang, perdit en négociations un temps
précieux. Celte faute et ces délais refroidirent l'ardeur des seigneurs allemands et italiens qui remplissaient son camp : la plupart le quittèrent.
Conradin , détrompé et affaibli , crut pouvoir réparer par une prompte audace les momens qu'il avait perdus. La justice de sa cause , l'ardeur de ses guerriers soutenaient ses espérances. Il s'avança jusqu'à Pavie , et ne s'y laissa point arrêter par l'excommunication que le pape lança contre lui. Son approche ranima ses partisans. Pise et Florence embrassèrent sa cause. Près de Lucques, il rencontra et battit un corps de huit cents Français. Ce léger succès fut regardé en Italie comme le présage d'un triomphe complet.
Conradin , continuant sa marche, épargna Viterbe, où le pape s'était retiré, croyant devoir ainsi lui prouver ce respect que les princes, tout en combattant les chefs de l'Église , conservaient pour leur auguste caractère. Plusieurs fois même on les avait vus s'agenouiller et baiser les mains pontificales, au moment où ils venaient les charger de fers.
Bientôt Conradin entra dans les murs de Rome (1). Le peuple romain , toujours inconstant et servile, le reçut avec ces transports qu'il prodiguait successivement sans pudeur aux empereurs , aux papes , aux barbares mêmes et aux tyrans, lorsqu'il les voyait favorisés par la victoire*
Ce fut la qu'un corps nombreux d'Espagnols , commandé par Henri , prince de Castille , vint fortifier l'armée de Conradin, et rendre son audace plus
confiante. Sortant alors de Rome , il se dirigea sur les Abruzzes , et, près du lac de Celano, il se vit, au gré de ses vœux, en présence de l'ennemi qui s'était paré de ses dépouilles.
Témérité Charles accourait pour le combattre. Cette témé-
de Charles • # / • • "
' rité, vraiment française, n'était point arrêtée par l'inégalité du nombre ; il n'avait pu rassembler autour de lui que dix mille hommes, et avec ce peu de forces, osant attaquer trente mille Allemands et Espagnols, il dédaignait de les compter.
Prudence Cependant, comme ses adversaires étaient vail— ÎJuêr.***"^ 118 ? vieillis sous le harnais, et depuis long-temps accoutumés à vaincre, la fortune aurait pu tromper sa présomption. Heureusement la prudence d'un vieux guerrier français, nommé Valéry , vint calmer son impétuosité et diriger son ardeur. Ce bon et preux chevalier lui conseilla de dérober aux regards de l'ennemi un corps d'élite, qu'il plaça en réserve derrière une colline; et, dans cette journée, le prince dut son salut à ce conseil.
i.„tte Le signal du carnage est donné : les deux chefs et Mogianu. j eurs so id a ts s'élancent les uns contre les autres avec •une égale furie. Une couronne est le trophée sanglant qu'ils se disputent , et leur position dans cette lutte est telle que la victoire ne doit plus laisser aucun ^obstacle à craindre pour le vainqueur, et que la défaite enlève toute ressource au vaincu. Là, chacun voit avec évidence qu'il faut triompher pu périr. Le premier choc parut funeste aux Français. La masse redoutable des Germains enfonça leurs rangs.
Charles , indigné de se voir pour la première fois contraint à fuir, fait de vains efforts pour résister à
ce torrent : le désordre augmente, on plie de toutes parts; Conradin se croit déjà vainqueur et roi; il poursuit avec impétuosité l'ennemi qui lui cède, et bientôt les vainqueurs quittent à leur tour leurs étendards et leurs rangs pour suivre et atteindre les vaincus dispersés.
Valéry, calme au milieu du péril , avertit alors Charles que le moment est venu de changer et de fixer la fortune. Tout à coup , à son signal, le corps d'élite embusqué tourne la colline, en descend et tombe avec la rapidité de la foudre sur les Allemands épars sans ordre dans la plaine.
Aussitôt le courage de l'armée française se ra- victoire nime : à la voix de Charles, elle se rallie, elle court, elle vole , impatiente de venger l'affront d'un premier échec. Dès-lors le sort de la bataille fut irrévocablement décidé : les Allemands en désordre, attaqués de front et en flanc, n'opposent plus aux colonnes redoutables de leurs ennemis que les efforts d'une bravoure individuelle; nul ne peut plus ni commander ni obéir. Le champ de bataille est jonché de morts.
Conradin , intrépide au milieu du carnage , tente Fuite de Vainement de rétablir le combat ; après avoir prouvé C ° c n i r d c ,n par le courage du désespoir qu'il méritait de vaincre , Fredei ,c - U est entraîné dans la fuite des siens avec son jeune ami, son infortuné compagnon d'armes, le prince Frédéric d'Autriche.
Tandis que la déroute de l'armée allemande était complète, les Espagnols avaient pu reprendre leurs rangs et leur ordre avec cette flegmatique valeur qui les caractérise. Au milieu de la plaine , ce corps,
pressé de toutes parts, se montrait inexpugnable et invincible. Valéry, qui l'attaquait, eut encore recours à la ruse ; il feignit d'être découragé et de fuir ; et, lorsque les Espagnols trompés s'élançaient en désordre pour le poursuivre, Charles, profitant de leur imprudence, tomba sur eux et en fit un horrible carnage.
Coiiradinet Frédéric, pour se dérober aux chaînes du vainqueur , avaient pris des habits de paysan. Mais les riches bijoux qu'ils offrirent à un pêcheur, pour les transporter en Sicile , trahirent leur déguisement ; ils furent reconnus , arrêtés et livrés à Charles, qui les fit jeter en prison.
Foliation Ce prince, pour perpétuer la mémoire de son j 0 triomphe , fonda sur le lieu qui en avait été le uZ\i^ e th ^ atre l'abbaye de Notre-Dame de la Victoire.
Peu de jours après cette bataille décisive, il rentra dans Rome, qui retentit encore des hommages et des acclamations d'un peuple dont la bassesse justifiait la servitude.
Le roi victorieux, délivré de toute rivalité, pouvait, en se montrant généreux, légitimer en quelque sorte une usurpation consacrée, selon l'esprit du temps, par le jugement de Dieu, par le sort des armes; mais ce prince, qui ne brillait entre les monarques que par son épée , ne savait porter le sceptre qu'en tyran.
.iu S Mnent Arrivé à Naples, il redoutait dans son palais le «hn ^Tdê malheureux prince vaincu, détrôné et enchaîné par riëdéric. ] u i. \\ rt 5 so l u t sa mort; et, comme si le nombre des complices pouvait atténuer le poids du crime, il voulut tromper sa conscience en associant une ua«
cou-
tion à cel attentat : ainsi, profitant de la terreur qu'il inspirait, il se fit demander par les grands et par les magistrats du royaume le supplice de Conradin et de Frédéric d'Autriche.
Telle est la faiblesse humaine : presque toujours les opprimés cachent lâchement, sous les formes de la servilité, une haine qui n'en éclate ensuite qu'avec plus de fureur au jour de la vengeance; et, ce qui trompe la tyrannie, c'est qu'avant de la frapper, on commence toujours par lui obéir.
Les magistrats, les juges napolitains, violant la justice et étouffant le cri de leur conscience, déclarèrent que, la mort des princes captifs étant nécessaire au salut de l'État, l'intérêt du trône et les principes du droit public exigeaient leur condamnation.
Les deux victimes reçurent leur arrêt avec calme et fierté. Un vil prédicateur, au lieu de consoler leur infortune, commença leur supplice en les accablant d'outrages. Conduits dans une chapelle par une hypocrisie religieuse qui prêtait son voile à une haine implacable, on les contraignit d'entendre l'office des morts et d'assister, pour ainsi dire, à leurs propres funérailles. Ils montèrent ensuite sur l'échafaud.
La tête de Frédéric tomba la première sous le fer Leur du bourreau. Alors Conradin, saisissant cette tête M,pp,,c ** sanglante, la baisa, l'inonda de ses larmes, implorant le pardon d'un ami qu'il avait entraîné dans sa chute. Reprenant soudain la dignité convenable à son rang et à son malheur, il reprocha vivement aux Napolitains leur lâcheté, leur injustice et leur ingratitude pour une dynastie dont le règne n'avait
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jamais été que celui de la justice. Jetant ensuite son gant sur la place publique , il légua son sceptre à celui qui s'en montrerait digne en vengeant sa mort. Ce furent ses dernières paroles. La hache fatale termina sa vie. Son infortune et son courage excitèrent autant de regrets et d'admiration pour sa jeunesse moissonnée dans sa fleur que d'horreur et de mépris pour son meurtrier.
Un chevalier allemand, Truchcez de Valbour, releva, dit-on 9 le gant jeté par Gonradin, et le porta au roi d'Aragon. De là naquirent les longues et sanglantes querelles qui, pendant plusieurs siècles, inondèrent l'Italie du sang des Espagnols et des Français.
Le chef des Espagnols, le prince Henri de Castille, paraissait plus digne que Conradin d'exciter les vengeances de Charles d'Anjou ; car , ayant d'abord embrassé sa cause, il l'avait trahi pour se ranger sous l'étendard de son ennemi. La justice pouvait le condamner, la politique le sauva. Charles avait promis sa grâce à l'abbé du Mont-Cassin, dont l'influence lui était utile, et il tint sa parole. Nouveaux On ne fait point impunément le premier pas sur cbariî». ** I e chemin sanglant de la tyrannie : c'est une pente rapide et glissante où il est impossible de s'arrêter. Charles, effrayé de la haine qu'il inspirait, ne calmait sa terreur qu'en cherchant à la répandre. Bientôt autour de son palais on ne vit que des éehafauds, on n'entendit que les cris des victimes.
Un Français osa seul faire éclater publiquement sa juste indignation. Robert de Flandre, vaillant dans les combats et hardi dans les conseils, avait
tenté de vains efforts pour fléchir la cruauté de Charles; dans le transport de sa colère , il immola de sa propre main le juge qui avait prononcé et le bourreau qui avait exécuté la sentence de Conradin.
La mort de cette auguste victime n'avait pas suffi à la haine de Charles d'Anjou ; il fit mourir secrètement la veuve de Mainfroi et son fils.
Plusieurs historiens racontent et l'abbé Vély rapporte un fait trop odieux pour être imputé, sans preuves évidentes, à un successeur 4«* apôtres. Us disent qu'avant de faire périr les reste» infortunés dè la maison de Souabe, le roi Charles avait consulté le pape. Clément, ajoutent-ils, lui avait envoyé pour toute réponse une médaille sur laquelle on lisait ces mots : La mort de Conradin est le salut de Charles; la vie de Conradin est la perle de Charles*
Quoi qu'il en soit , Clément mourut peu de temps Mon après celte catastrophe (1) , et l'on crut générale- Clément, ment que ses jours avaient été abrégés -par un profond chagrin. Il se repentait sans doute tardivement d'une révolution si sanglante , triste fruit de l'ambition du Saint-Siège et de la haine fatale du sacerdoce contre l'Empire.
Tandis que Charles d'Anjou , après s'être illustré État
a • 1 *ii 1 • beureux de
par une conquête rapide ; soudlait sa gloire par u r r c 0 ce. d'horribles cruautés, saint Louis, régénérant sagement la France , continuait d'en accélérer la civilisation en y rappelant la bonne foi, la justice et la paix trop long-temps exilées. Il ne pouvait anéantir
„ tous les vestiges de la barbarie ; mais il en effaçait peu à peu les traces.
Les vertus ne sont pas , comme on le croît, en minorité sur la terre : mais , comme elles sont toutes modestes , il leur faut un appui pour s'élever ; s'il leur manque , on ne voit au grand jour que les vices et les passions qui se montrent avec autant d'éclat que d'audace. Les amis de l'ordre sont trop disposés au repos et les médians au mouvement*
Un gouvernement fort et juste peut seul exciter les uns à l'activité et contraindre les autres à la soumission. Aussi l'histoire nous montre à des époques éloignées un seul homme changeant les moeurs de l'Empire et l'esprit d'un siècle. Marc-Aurèle ressuscita la liberté dans Rome. Charlemagne rendit à l'Occident le glaive , la couronne et la gloire des Césars. Saint Louis , par son exemple autant que par ses lois , fit renaître en France la paix entre les grands, la sécurité parmi le peuple, l'équité dans les tribunaux , la morale de l'Évangile dans le sanctuaire. La lumière naissante perça les ténèbres, et, devant les regards clairvoyans du prince , partout la vertu , jusqu'alors comprimée , se montra sans crainte, et le vice honteux s'enveloppa de mystère.
Aussi le nom de Louis, redouté dans les châteaux, vénéré dans les cloîtres , était béni dans les campagnes. Le sceptre protégeait la charrue, et le glaive royal, écartant de toutes les roules les brigands qui les avaient si long-temps infestées, ouvrait au commerce et à l'industrie une circulation libre et paisible.
Pour faire respecter ses droits, ce monarque respectait avec scrupule ceux d'autrui. Presque partout les peuples se plaignaient des exactions auxquelles se livraient les commis du péage ; le roi fit droit à leurs plaintes et réprima ces vexations.
Les Cordeliers de Tours s'étaient plaints de l'arrestation d'un voleur dans l'enceinte de leur couvent par un officier du roi (1). Louis , par arrêt du parlement, le leur fit rendre; mais, ne voulant point que le crime trouvât d'asile , il enjoignit aux moines de chasser ce prisonnier pour qu'il tombât dans les mains de la justice.
Il lui fallait beaucoup de fermeté pour réprimer les abus introduits par de superstitieuses coutumes dans les juridictions ecclésiastiques. Pour en juger, il suffit de rappeler qu'alors , quand un magistrat avait porté quelque atteinte au privilège exorbitant du clergé , l'usage voulait qu'il en fût puni par des coups de verge et par l'humiliation de faire amende honorable en chemise et pieds nus.
A chaque pas la raison se voyait arrêtée dans sa Empiètemarche par quelques vieux monumens de barbarie, ^"doce. Saint Louis avait demandé au pape , ainsi que l'exigeait évidemment l'ordre public , une bulle qui mît tous les princes de la famille royale à l'abri des censures ecclésiastiques que les évêques et les abbés se» permeltaient arrogamment de lancer contre eux. Mais Clément , quoique ancien ministre du roi , refusa de lui accorder cet acte de justice (2).
Le chef de l'Église se montrait , par son esprit de
(1) ia6;. r- (a) ju68.
domination et par sa cupidité , peu digne d'imiter celui qu'il représentait sur la terre ; il donna luimême en France l'exemple de l'infraction des règles dont il devait maintenir la sévérité.
Le siège de Reims , devenu vacant , était sollicité par le cardinal de Saint-Marc et par Jean de Courtenay. Le pape accorda la préférence à ce dernier. On accusa le souverain pontife de s'être laissé corrompre à prix d'argent. Il protesta vivement contre ce reproche. Mais Courtenay, plus sincère, avoua qu'il avait donné dix mille francs au saint père pour le décider en sa faveur.
Clément ne trouva de ressource , au milieu de cette scène scandaleuse , qu'une déclaration dénuée de toute vraisemblance; il prétendit qu'ayant en effet reçu cette somme pour son service, elle n'avait point influé sur son jugement
Pour terminer cette déplorable discussion , Courtenay , qui possédait trois prébendes, en céda deux à son rival. Cette indemnité imposa silence au conlendant, mais non à l'histoire qui les juge.
La puissance royale , en châtiant les délits , les crimes mêmes , devait encore en ménager trop souvent les auteurs; car la seule apparition de la justice du trône armait contre elle un clergé redoutable et une noblesse turbulente.
Le sire Bozon de Bourdeillcs avait commis un assassinat; il fut condamné : mais Louis, au lieu de lui infliger la peine de mort, borna son châtiment à un exil en Palestine.
Si le glaive des lois était encore trop faible pour al teindre la tête des grands coupables, ou conçoit
facilement les difficultés plus insurmontables que rencontrait la justice lorsqu'elle voulait réprimer les usurpations de la tiare; car la crédulité du vulgaire soutenait ces abus d'un pouvoir qui prétendait parler au nom du ciel.
Le pape voulut par un décret établir son droit exclusif de nommer aux bénéfices ?acans en cour de Rome. Le roi s'y opposa et, comme personne ne doutait de sa piété, son opposition fut approuvée et respectée*
Toutes les fois que la justice et l'intérêt public parlaient, Louis, au-dessus de son siècle, résistait aux empiétemens du sacerdoce : il ne partageait les superstitions.de son temps que relativement à dos pratiques minutieuses, plus convenables, il est vrai, à un moine qu'à un monarque, mais sans qu'elles lui fissent oublier ce qu'il devait à sa couronne et à son peuple. D'ailleurs c'était beaucoup que d oser mettre des bornes au pouvoir croissant du clergé, et la prudence n'aurait pas permis d'attaquer en même temps sa richesse, dont une grande partie n'était fondée que sur ces usages superstitieux.
Par ces motifs , il devient plus facile de voir sans l* Sainte, surprise la dévotion que saint Louis montrait pour ^ mo ' les reliques. Ce prince se rendit à Vézelay, dans le dessein d'assister à la translation solennelle qu'on y faisait des reliques de sainte Madelaine. On fit hommage au légat u une côte, et au roi de deux petits os de la sainte. Dans la suite, le monastère de Sainte- Baume, en Provence, disputa aux moines de Vézelay la réalité de ces reliques, que le préjugé rendait toujours vénérables, malgré le scandale de ces débats.
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Un soin non moins pieux, mais plus digne d'inté'icr\o«- rêt, occupa Louis; il fit placer avec ordre dans les caveaux de Saint-Denis les restes des princes mérovingiens et carlovingiens, ainsi que ceux de la troisième race, qu'il illustrait lui-même.
On espérait que ce roi vertueux jouirait désormais paisiblement du repos que la France devait à ses veilles; mais la nouvelle inattendue des malheurs de la Palestine, et du péril extrême où l'imprudence des chrétiens d'Orient les avait précipités, décida encore le plus pacifique des rois à ressaisir ses armes, à reprendre la croix, et à chercher une funeste gloire dans de brûlantes et lointaines contrées, où il ne trouva qu'un tombeau*
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