HISTOIRB
représentaient vivement au monarque anglais la honte de son inaction. Ils le pressaient de secourir les Bretons, de reconquérir ses provinces per dues, et d'empêcher raffermissement de Blanche sur un trône dont la puissance s'élevait si rapidement*.
Henri, aiguillonné par eux , promettait de s'armer; mais, retenu par son penchant pour les voluptés, il ne pouvait s'arracher à leur douce ivresse, dans laquelle son favori Dubourg s'efforçait de le plonger. On disait que la reine Blanche avait gagné ce ministre, en lui faisant un don de trois mille marcs d'argent.
Le comte de Bretagne, ainsi privé des secours de l'Angleterre sur lesquels il avait compté, se soumit au rpi, qui lui pardonna.
Jusqu'à ce moment le Languedoc , malgré la prudence de Philippe-Auguste, les efforts belliqueux de Louis VIII et l'adroite politique de Blanche , restait constamment en proie à toutes les calamités qu'enfantent les discordes civiles, l'esprit de secte, l'esprit de parti et le fanatisme, succètde Le jeune Raymond, comte de Toulouse, défen- R " )momI - dait avec bravoure les débris de sa puissance contre Rome, contre Montfort et contre la croisade fanatique des barons français. Opposant une inébranlable fermeté aux caprices du sort, et le dévouement de ses sujets au nombre redoutable de ses ennemis , il savait tour-à-tour les étonner par de brusques attaques et leur échapper par d'habiles retraites. Instruit de leurs plans et de leur marche, il tomba sur eux à l'improviste à Castel-Sarrasin, les tailla
•en pièces, et fit prisonniers, dans cette action , quinze cents chevaliers et deux mille hommes d'armes.
Raymond, entraîné par les mœurs de son siècle, s» «namé
- . , . . . enrers des
savait combattre et vamere en héros; mais il usait captifs, de la victoire en barbare. Les nobles qu'il avait faits captifs furent jetés en prison; il renvoya les autres au camp ennemi, après leur avoir fait arracher le nez et les oreilles; ces atrocités furent payées par ■des représailles non moins féroces.
Cependant le comte poursuivit ses avantages avec son excom-
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tant de rapidité, que le pape, enraye, implora pour lés croisés le secours du roi : un concile fut convoqué à Narbonne, et cette assemblée lança de nouun décret d'excommunication contre Rayd et ses adhérens (1).
Par ce décret le concile ordonna aux Juifs de porter sur leurs habits la figure d'une roue : toute idée de tolérance, de raison et d'humanité semblait alors étrangère aux princes et aux prélats : c'était au nom de l'Évangile, de cette loi d'amour et de paix, qu'on violait ouvertement tous les principes de justice et de charité.
Enfin, à la honte du temps, de Rome et de la Tribunal France, ce même concile institua l'horrible tribu- îûJL , ." qDI " nal de l'inquisition, établit ses juges - bourreaux dans toutes les paroisses , exclut des emplois publics tout homme suspect d'hérésie , et, surpassant la puissance des lois , exigea la présence d'un curé pour valider la dernière volonté des mourans et s'assurer de la foi des testateurs.
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Croira» Il fallait donner au roi les moyens de subvenir ïiwgiau!** aux frais de la guerre , .dans laquelle on voulait qu'il employât toutes ses forces, afin d'exterminer les Albigeois.
Le légat l'autorisa donc à prendre une partie de la dîme ecclésiastique imposée par le pape sur les biens du clergé de France. Mais ce clergé, si ardent pour prêcher la croisade contre l'hérésie, se montrait froid pour en payer les frais. Les chapitres de Reims, de Tours et de Rouen refusèrent le subside. Alors le pape permit au monarque de saisir les biens de ces chapitres. « Prenez tout, lui disait-il*» » jusqu'aux chapes des chanoines. »
Louis, ne jugeant pas nécessaire de faire contre de si faibles ennemis tant d'efforts et de sacrifices, se contenta d'envoyer dans le Midi le connétable de Beaujeu avec quelques troupes.
Désordres L'armée royale déploya , dans cette campagne, le de i w*. plus déplorable m élange de dévotion et de férocité.
« Elle commençait chaque journée , dit un auteur » du temps, par des actes pieux , entendait la » messe , assistait aux offices , et sortait ensuite des » églises pour inonder les campagnes de sang , dé- » molir les maisons et arracher les vignes. Les » évêques, au lieu de mettre un frein à ces désor- » dreS, les encourageaient. La persécution , disait » l'évêque de Toulouse, donne V entendement. » Traité avec Tout le pays de Foix fut ravagé. Le Languedoc * 3 ymond. f^ m i t . j a terreur se répandit dans toutes ces contrées. Le comte de Toulouse, se voyant abandonné par ses plus intrépides guerriers, négocia , se soumit aux propositions du légat, obtint une trêve et vint
à Paris signer on traité qui consomma sa honte et la ruine de sa famille.
Il jura d'exterminer les hérétiques et leurs fauteurs, fussent-ils même ses parens et ses amis, de maintenir les privilèges du clergé, de lui rendre les biens qu'il avait perdus ; enfin il donna à différentes abbayes vingt-quatre mille marcs d'argent. On ne lui laissa que l'Agenois, le Rouergue , une partie de l'Albigeois, du Quercy et les terres du diocèse de Toulouse; mais, après sa mort, tous ses biens devaient passer à sa fille Jeanne, qu'il donnait en mariage au prince Alphonse , frère du roi.
Louis, dès ce moment, entra en jouissance de tous les biens possédés par le comte au-delà du Rhône. Les fortifications de Toulouse furent démolies 5 Rome obtint en partage Avignon etlecomtat Venaissin (1).
Dès que ce traité fut signé, l'infortuné Raymond, son amende qui avait si souvent, dans les combats, trouvé la gloire en cherchant la mort, préférable pour lui â la honte , se vit forcé de passer sous le joug humiliant des prêtres. Conduit à Notre-Dame, en chemise et nu-pieds , il y fit amende honorable.
Précédemment cette humiliation , à laquelle il avait offert de se soumettre, n'avait pu lui faire obtenir l'absolution, parce qu'alors il persistait à conserver ses domaines. Tant qu'il voulut les garder, on le traita en hérétique ; dès qu'il les céda , on le reconnut comme orthodoxe et bon catholique.
Le comte de Montfort , ayant été investi quelques
années auparavant , par le concile de Latran , du comté de Toulouse , déclara solennellement qu'il abandonnait ses prétentions au monarque. L'épée de connétable fut. le prix de ce sacrifice.
Mari«g« Louis célébra avec magnificence les noces de a Alphonse £^ re Alphonse avec Jeanne de Toulouse. Pour don- TouïoLe!" nerplusd'éclatà ces solennités, il conféra à Raymond Tordre de chevalerie , l'admit à son intimité , et le renvoya en Languedoc , comblé de grâces , de présens, mais dépouillé de la plus grande partie de sa fortune , de sa puissance et de sa renommée.
Organisa- Un concile , trop célèbre, se rassembla cetle même 'bune? de" année (1) à Toulouse. Ce fut là qu'on organisa régui'iniioùitionj| eremjen j- l'odieux tribunal de l'inquisition , en menaçant des châtimcns les plus sévères les baillis, les magistrats qui ne feraient point exécuter ses arrêts.
Le repentir, l'absolution même, ne suffisaient point aux yeux du fanatisme pour effacer les péchés d'un excommunié et pour le faire pleinement rentrer dans ses droits.
Tout hérétique converti fut obligé de porter deux croix sur ses habits. On défendit de lui accorder aucun emploi sans la permission expresse du pape.
« Tout hérétique qui paraîtra ne s'être converti » que par crainte sera , dit le concile , tenu en » prison perpétuelle , et nourri aux dépens de la » personne à laquelle on aura donné ses biens con- » fisqués. »
Cette même assemblée, usurpant l'autorité royale, ordonne aux juges de rendre gratuitement la justice;
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elle défend en même temps aux barons et aux communes de former entre eux aucune ligue , si ce n'est contre les hérétiques.
Tout ce que nous trouvons de révoltant dans un si grand abus de pouvoir et dans une conduite si peu évangélique , paraissait alors naturel et juste. Les peuples et les rois , plongés dans des ténèbres inaccessibles aux lumières de la raison, ne marchaient qu'à la lueur des torches du fanatisme.
Nul-caractère n'était assez fort pour résister a ce ordonnance torrent : Blanche suivait avec un zèle docile les er- CO nt re i«» reurs de son temps ; ainsi ce serait montrer une in- hérct,( i ue5 juste sévérité que de blâmer l'apparente faiblesse de Louis , lorsqu'il rendit une ordonnance conforme aux canons du concile de Toulouse (1).
Cette ordonnance barbare n'étonnait alors personne, et cependant elle contenait des dispositions dignes de figurer dans les décrets des tyrans les plus odieux de l'antique Rome. Elle privait les hérétiques de leurs charges et de leurs biens, ordonnait à tous les barons et les baillis , sous peine de perdre < leur corps et leurs propriétés , de rechercher , de dénoncer , d arrêter les prévenus d'hérésie , ét dé les livrer aux juges ecclésiastiques. Ce même édit ordonnait « la saisie des biens de tout homme qui au- » rait croupi un an dans l'excommunication , sans » se faire absoudre. »
L'inquisition , ainsi appuyée par l'autorité royalé qu'elle effrayait et asservissait , signala les premiess momens de sa puissance par d'affreuses cruautés. Cent