‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 7 sur 25 · TOME XV · texte numérisé non relu

TOME XV

le sacerdoce et sur l'Empire. Les papes, voulant régner sur la terre au nom du ciel , s'arrogeaient le droit de déposer les princes qui osaient se sous* traire à leur domination usurpée. Plus jaloux de Taltière succession de l'antique Rome que de l'humble héritage de Jésus, ils voulaient chasser tous les étrangers de l'Italie, y commander seuls, et de là envoyer, comme le sénat romain, leurs ordres aux monarques, afin de les rédiûre à l'état de vassaux et de tributaires.

D'un autre coté, les empereurs d'Allemagne, décidés à rompre ce joug humiliant, prétendirent, comme Charlemagne, régner à Rome et en Italie, confirmer, juger, déposer les papes, et resserrer strictement l'Eglise dans les limites de l'autorité spirituelle.

Celte guerre, si peu chrétienne et déclarée cependant au nom de la croix , fit long-temps de l'Allemagne et de l'Italie un théâtre de crimes et de carnage. La tiare et la couronne eurent chacune, et en foule, des partisans fanatiques. Ceux qui soutenaient le pouvoir du Saint-Siège et l'indépendance de l'Italie, prirent le nom de Guelfes; ceux qui défendaient la puissance impériale s'appelèrent Gibelins. Ceux-ci semblaient avoir pour eux les droits antiques, la justice, la raison, la religion même, puisqu'elle laisse aux princes l'empire de la terre , et ne place le royaume de Jésus que dans le ciel.

Les Guelfes ne pouvaient appuyer leur cause que sur la durée déjà longue d'une domination usurpée. Mais ce qui donnait une force redoutable à

l'ambition des papes, citait le zèle ardent du clergé, son union, l'intrigante activité des moines, la crainle dos foudres de l'Église et l'ignorante superstition des peuples.

Frédéric ÎI, issu de l'illustre maison de Souabe, Règne tenait alors les rênes de l'Empire ( 1 ) ; nul ne s'en mon- Frédéric u. traplus digne : ce prince, habile, éclairé, courageux , héritier de vastes domaines dans la Souabe, réunit depuis à sa couronne impériale celles de Sicile et de Jérusalem. Riche, vaillant et victorieux, il avait trop de fierté pour fléchir sous la crosse des évêques de Rome , que Pépin et Charlcmagne , disait-il , avaient toujours traités en sujets.

Les antiques droits et les éminentes qualités de ce monarque le rendaient plus redoutable que tous ses prédécesseurs aux papes, qui voulaient défendre leur usurpation, et aux seigneurs, ainsi qu'aux communes de l'Italie , qui ne pouvaient supporter le joug des Allemands.

Déjà de violentes altercations s'étaient élevées" entre le souverain pontife et l'empereur, au sujet de la donation dé vastes domaines, faite au Saint- Siège par une grande dame italienne, nommée la comtesse Mathilde.

Une nouvelle cause de discorde aigrit bientôt les esprits : Frédéric avait fait élire roi des Romains son fils Henri, sans consulter le pape. Cependant ce premier orage se calma an moment d'éclater. Honoré III confirma l'élection de Henri et le couronna; mais il obtint en revanche de Frédéric la promesse

de porter ses armes en Palestine, et de confirmer la donation de Mathilde.

L'empereur épousa Iolande, fille du fameux Jean de Bricnne, qui lui céda ses droits au trône de Jérusalem.

Ce traité ne fut qu'une trêve , qui laissait à la haine le temps d'aiguiser ses armes.

L'empereur différait son départ pour la Palestine. D'un autre côté , à l'instigation de la cour romaine, il se forma en Lombardie une ligue de plusieurs cités et d'un grand nombre de seigneurs décidés à ne plus reconnaître l'autorité impériale. Le jeune Henri accourut et comprima cette révolte. Les rebelles , effrayés , invoquèrent l'intervention du pape , qui obtint pour eux une trêve.

Sa qoerelle Bientôt, Honoré in ayant terminé sa carrière, le pâ,^Gré- trône pontifical fut occupé par un homme ardent, goire ix yindicaiif^ impérieux. Ce pape, nommé Grégoire IX, somma Frédéric d'exécuter ses promesses, et le menaça de ses foudres, s'il ne hâtait son départ pour la Palestine.

L'empereur s'embarqua; mais, contrarié par les vents et tombé malade , il rentra dans le port et remit son voyage à un autre temps. A cette nouvelle, le pontife furieux excommunie le monarque et délie ses sujets du serment qu'ils lui ont prêté.

Frédéric, non moins irrité, réveille en Italie le zèle de ses partisans; il excite en sa faveur une sédition. Le peuple romain, toujours turbulent et mobile, se soulève contre le pape et le chasse de Rome.

Satisfait de s'être vengé, Frédéric s'embarque

de nouveau. Il arrive à Ptolémaïs: son nom, son courage, la force de son armée, effraient le Soudan d'Égypte dont les États étaient alors troublés par des dissensions intestines. Ce prince musulman négocie, et l'heureux Frédéric obtient par un traité, sans combattre, la restitution de Bethléem, de Nazareth, de Sidon et de Jérusalem.

Toute la chrétienté devait des actions de grâces à ce monarque pour avoir reconquis en si peu de temps le tombeau de Jésus-Christ, et tant de vastes possessions, qu'en versant des torrens de sang on s'était vainement efforcé jusque-là de recouvrer.

Mais la haine, incapable de céder au noble sentiment de la reconnaissance , regarde tout bienfait d'un ennemi comme une injure. Le souverain pontife avait excommunié Frédéric pour avoir retardé son entreprise , et il lui fit un crime d'avoir osé combattre pour la croix avant de s'être fait relever de son excommunication.

Par-tout les foudres de Rome furent lancés de nouveau 5 et, lorsque l'empereur entra triomphant dans la ville sainte', comme aucun prêtre ne voulut ni le recevoir ni le couronner, il se couronna luimême.

Grégoire alors l'accusa de sacrilège pour avoir profané le saint temple, et de parjure, parce qu'il venait, disait-il, de trahir la cause chrétienne en traitant avec les infidèles.

Deux cordeliers, envoyés de Rome, coururent en Palestine, et portèrent au patriarche l'ordre de promulguer l'excommunication pontificale. Ils défendirent en même temps aux grands maîtres des

ordres religieux de reconnaître l'autorité du narque.

* L'ardent Grégoire, sourd à toutes les prières des princes chrétiens, publia en Occident une croisade contre Frédéric, Enfin il s'arma, de concert avec les Lombards, les Toscans et plusieurs villes de l'Italie , pour enlever à ce prince le royaume de Naples et l'Empire.

Le duc de Spolette, général de Frédéric , surpris par cette soudaine insurrection; fut battu et assiégé dans Sulmone. Mais l'empereur, informé de sa détresse , revint rapidement en Italie , fit lever le siège de Sulmone , rappela la victoire sous ses enseignes, et rétablit sa fortune.

Grégoire écrivit avec violence à tous les fidèles pour les armer contre son ennemi; il s'efforçait dans ses bulles d'établir, comme maxime certaine, qu'on ne doit plus garder de fidélité à ceux qui s'opposent à Dieu et aux saints. Triomphe Cette déclaration funeste répandit par-tout la Gibelins, discorde , et inonda de sang le monde chrétien. Il se divisa décidément en deux grandes factions acharnées à £ • détruire. Les Guelfes, pour se distinguer, portaient deux clefs sur leurs épaules, et les Gibelins une croix. La fortune se déclara pour la croix contre les clefs; les armes de l'empereur triomphèrent, et cette sanglante querelle fut terminée ou plutôt suspendue par une paix trop peu sincère pour être durable.

Frédéric fit paraître un feint repentir, auquel le pape accorda une absolution aussi peu franche; et la haine, qui n'était point éteinte, fit succéder,

pendant ce repos forcé, les intrigues sourdes à la guerre ouverte, et les injures aux combats.

L'empereur, que rien ne détournait de ses vastes desseins, fit épouser à son fils naturel Entius l'héritière de Sardaigne; en même temps il érigea cette île en royaume. Comme le véritable crime de ce prince aux yeux du pape était la trop grande étendue de ses domaines et de sa puissance, l'acquisition de la Sardaigne parut au Saint-Siège une aggravation de délits.

Grégoire reprit ses armes foudroyantes : la vio- co\i,* du lence de ses expressions annonçait celle de sa colère; Ç^d^c'' et, dans le style de l'Apocalypse, il comparait l'empereur à une bête pleine de noms de blasphème, qui s'est élevée de la hier* Pour justifier ces invectives, il accusait ce monarque d'avoir dit que « le » monde entier avait été trompé par trois impos- » tours, Moïse, Jésus-Christ et Mahomet; mais que » Jésus, mort sur un gibet, était évidemment in- » férieur aux deux autres, et que d'ailleurs per- » sonne ne pouvait dire sans choquer le bon sens » que Dieu était né d'une vierge. » Il est vrai qu'alors on parlait beaucoup d'un livre intitulé : les trois Imposteurs, et attribué à Pierre des Vignes, chancelier de Frédéric.

L'empereur répondit aux accusations du pape par des démentis , par des injures ; ue respectant pas plus que lui la raison et la décence , il appela le souverain pontife antechrist, prince des ténèbres , second Balaam , et grand dragon qui séduit Vunivers*

Ces implacables ennemis s'efforcèrent vainement

Nfntraiité tous deux d'engager le roi de France dans leurs que- «e Louu. re ^j es# Saint Louis resta sagement neutre : on lui demandait l'appui de ses armes : il n'offrit que sa médiation , mais il ne fut point écouté. Ses ambassadeurs représentèrent vainement le scandale de cette guerre et la nécessité de la paix.

Les légats du Saint-Siège , regardant tous les rois comme sujets de Rome , levèrent des subsides dans leurs États. Ceux que la faiblesse du roi d'Angleterre permit d'arracher aux Anglais furent si énormes , que l'envoyé du pape rapporta , dit-on , plus d'argent d'Angleterre qu'il ne lui en laissait.

Un légat entreprit d'imposer aux Français de semblables taxes : mais Louis , qui , malgré sa dévotion , savait distinguer le zèle pour la religion de l'ambîtion des prêtres, s'opposa fortementà cet abus ; il défendit même toute sortie d'argent du royaume.

Rome alors crut que l'appât d'un nouveau scepi tre éblouirait la raison de ce prince , et Grégoire offrit au roi pour son frère Robert la couronne impériale dont il prétendait dépouiller Frédéric.

Louis , après avoir représenté vivement au saint père qu'il agissait à la fois et contre les principes de la charité et contre les droits des souverains , rassembla les barons pour les consulter sur les propositions que Grégoire leur adressait ainsi qu'à lui.

Ceux-ci s'exprimèrent sur cette usurpation de pouvoir avec plus de véhémence que le roi : la déposition de l'empereur leur parut un véritable attentat. « Nous savons, dirent-ils dans leur réponse , » que Frédéric a combattu pour la cause de Dieu » dans la terre sainte , et que le pape qui devait le

» protéger le persécute. Nous ne concevons pas que » le souverain pontife ait la témérité de déposer » l'empereur. Quand il aurait mérité de l'être , » cette déposition n'aurait pu être prononcée que t> par un concile général. Il est évident que le pape » montre bien moins de zèle pour la religion que » Frédéric ; car , au moment où ce prince bravait , » pour la cause de Jésus-Christ , les orages de la » mer et le fer des Sarrasins , Grégoire , profilant » de son absence , le dépouillait de ses possessions. » Des flots de sang versé ne l'effraient point , lors- » que ce sang est répandu pour satisfaire sa ven- » geance.

» Nous nous garderons bien de nous armer con- » tre un prince puissant , mieux défendu encore » par la justice de sa cause que par les nombreuses » troupes qu'il commande , et nous n'aurons pas la » folie de verser notre sang pour laisser Grégoire , » après la ruine de Frédéric , libre de fouler aux » pieds les autres rois chrétiens. Cependant , par » respect pour la religion qu'invoque le Saint-Siège , » nous enverrons des députés en Allemagne ; ils » s'informeront de la foi de Frédéric : s'il est or- » thodoxe , rien ne peut nous engager à l'attaquer; » mais, s'il est hérétique , nous lui ferons la guerre » à outrance , comme nous la ferions au pape lui— » même , s'il outrageait la religion. »

On voit par la fin de celte lettre à quel point , dans ce siècle , l'esprit de fanatisme aveuglait tous les esprits , au moment même où la violence et l'ambition du clergé semblaient devoir ouvrir tous les yeux.

Les ambassadeurs français partirent pour l'Allemagne^ l'empereur leur attesta, en versant des larmes, qu'il était bon chrétien et bon catholique ; il les conjura de ne point se laisser tromper par les artifices et par les offres captieuses de son implacable ennemi.

« Dieu nous garde, répondirent les seigneurs fran- » çais > de tous combattre sans causes légitimes. Le » comte Robert est l'un de nos princes , il n'a pas » besoin d'un sceptre ; il lui suffit d'être frère de » Louis , de ce grand monarque , qui , monté an » trône par droit de naissance , est par-là même é vi- » demment supérieur à tout prince électif. »

Ces lettres, ces réponses, citées par Mathieu Pâris, historien du temps , sont révoquées en doute par Vély et par d'autres écrivains. Ils fondent leur incrédulité sur l'invraisemblance et l'inconvenance du discours attribué aux barons.

Cependant tout y paraît naturel et conforme aux mœurs de cette époque. La conduite des seigneurs avait été à peu près pareille dans une affaire relative à Pierre de Bretagne.

Le mélange bizarre de fierté , de crainte religieuse , de raison, de vanité et d'inconséquence , est ce qui frappe constamment dans tous les actes et dans tous les écrits de ce siècle , où la nuit de la barbarie ouvrait à peine un faible passage aux lumières du bon sens et au crépuscule de la civilisation.

La résistance de Louis mécontenta vivement Grégoire , et ce pontife saisit , pour faire éclater son humeur , la première occasion qui se présenta. Pierre Chariot , fils naturel de Philippe -Auguste ,

fut nommé à l'évêché de Noyon: son élection avait été régulière 5 cependant Grégoire l'annula ; mais la fermeté du monarque la maintint.

Rien ne pouvait détourner le pape de son but ; décidé à renverser Frédéric dû trône, il ne fit que multiplier et varier ses moyens d'attaque. Les événemens venaient de lui prouver que l'opinion du siècle , bien que superstitieuse , ne voulait point reconnaître le droit que le Saint-Siège s'attribuait de déposer les rois ; mais , par malheur , elle lui avait appris, en même temps , qu'on n'osait pas refuser ce prétendu droit à un concile.

Grégoire convoqua donc un concile général , se croyant bien certain de dominer cette assemblée : l'empereur fut assigné pour y comparaître ; mais Frédéric ne voulut point reconnaître la compétence de ce tribunal. Le mépris et la colère dictèrent les lettres qu'il écrivit dans ce moment au pape.

Le roi persista dans sa neutralité; il n'envoya personne au concile; mais il ne défendit à aucun prélat do s'y rendre. Plusieurs évèques français, s'étant mis en route pour obéir au pape , furent pris sur mer par les troupes de Frédéric. Tout le clergé s'en émut, et Louis chargea son ambassadeur de porter ses plaintes à Frédéric et de réclamer les prisonniers.

Cette demande fut d'abord mal accueillie. « Le » roi de France , dit Frédéric , ne peut désapprou- » ver que César enchaîne ceux qui veulent enchaî- » ner César. » Louis , irrité , lui répondit avec fierté : « Prenez garde d'offenser la France; elle est trop » puissante pour se laisser fouler et piquer par vos » éperons* » Les évêques recouvrèrent leur liberté.

Mon Dans le même temps la mort délivra l'empereur %oirc\x. de son implacable ennemi : Grégoire termina sa carrière. Célestin, son successeur , ne régna que dix-huit jours.

L'année suivante (1) , Innocent IV monta sur le trône pontifical : comme il s'était de tout temps montré dévoué à Frédéric , les Gibelins triomphèrent de son élection 5 mais l'empereur , plus clairvoyant, dit à ceux qui s'en réjouissaient : « Vous » êtes dans Terreur: Innocent était mon ancien

» ami; mais je vous prédis que , dès qu'il sera pape, » cet ancien ami deviendra le plus ardent de mes » ennemis. »

La neutralité que Louis avait sagement gardée dans la querelle qui divisaiL le sacerdoce et l'Empire, ne suffisait pas pour assurer à la France un stable repos. La turbulence des seigneurs , leurs prétentions, leurs rivalités, leurs querelles faisaient craindre à chaque instant l'explosion d'une guerre civile.

Ces fiers barons ne pouvaient ni vivre pacifiquement entre eux , ni rester soumis au trône, et l'accroissement de l'autorité royale leur paraissait un attentat contre leurs droits. Cependant leur propre intérêt les forçait à ménager le pouvoir royal; car, si les grands vassaux cessaient de reconnaître l'autorité de leur suzerain , par la même raison leurs propres vassaux pouvaient se révolter contre leurs seigneurs.

Les monarques capétiens, adroits dans leur marche , étendaient leur puissance en s'appuyant des

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usurpations mêmes du système féodal ; et c'était comme seigneurs qu'ils rendaient peu à peu à la royauté les droits dont la féodalité avait depuis si long-temps dépouillé les rois.

Louis , dont les vues étaient aussi élevées que celles de Charlcmagne , loin de craindre les parlemens, savait y chercher un appui. Là il apaisait les différends des barons, se rendait l'arbitre de leurs querelles, comprimait , jugeait , commandait les factieux , et fortifiait sa volonté par le secours de la volonté générale.

Aucun prince ne s'entoura plus fréquemment de Co . ur

plénièrc à

ses grands et de ses vassaux : il tint à Saumur une saumm. cour plénièrc (1)5 rerfonçant pour ces solennités passagères à la simplicité de ses moeurs , il y déployait la magnificence d'un roi. « Jamais, dit Join- » ville , on n'avait vu tant de surcots ni autres gar- » nimens de drap d'or à une fête comme il y en » avait à celle-là. » Les évêques et les abbés y étalaient un luxe plus féodal qu'évangélique.

Après avoir terminé par son arbitrage les diffé- Rébellion rends élevés entre quelques barons , le roi vint à Lu$%nan. Poitiers , dans le dessein d'y faire rendre hommage au prince Alphonse , son frère , par tous les seigneurs ses vassaux. Un seul d'entre eux , Hugues de Lusignan , comte de la Marche , possesseur de plusieurs grands fiefs en Poitou , Saintonge et Angoumois , résistait aux ordres du monarque , et refusait de se reconnaître vassal d'Alphonse.

Menacé par le roi, le comte hésitait encore; sa caraetèr*

fruit»*.

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femme Isabelle, veuve de Jean-sans-Terre, l'excitai t à la résistance. Cette femme, hautaine et passionnée, était capable de commettre tous les crimes qui pouvaient servir son orgueil et son ambition* Le peuple prouvait sa haine pour cette méchante femme, en lui donnant le nom de Jézabel au lieu de celui d'Isabelle.

« Si tu reconnais , disait-elle à son époux , le » comte de Poitiers pour ton seigneur, tu passeras » justement pour un lâche. Que crains-tu? Louis n n'est pas encore affermi sur son trône; il est facile » de l'ébranler, de le renverser et de se venger sur » lui de toutes les usurpations de Philippe- Auguste* » Ose donc l'attaquer : dès que tu auras pris les » armes , tu verras les comtes de Toulouse , de » Comminge, d'Armagnac, de Foix, les rois de >> Castille, d'Aragon , d'Angleterre, voler à tonse- » cours et joindre leurs forces aux tiennes pour ar- » racher la couronne au jeune fils de Blanche. » Ligne de Lusignan , cédant à l'ascendant de sa femme , ce comte. f orma une avec les princes mécontens dont il

espérait l'appui; mais, ne voulant point éclater avant 'd'être soutenu par eux , il dissimula , parut céder à la volonté du roi , vint à Poitiers , prêta serment comme les autres vassaux au prince Alphonse, et se retira ensuite à Lusignan avec un grand nombre de chevaliers, son traité Là il s'occupait activement à rassembler des Irouavtc u roi. ^ lorsqu'il vit inopinément Louis arriver dans son château avec une suite peu nombreuse. Cette hardiesse imprévue du souverain étonna, intimida linfidèle vassal , tremblant à l'aspect du monarque

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contre lequel il s'armait ; loin de braver sa volonté , il s'y soumit et signa le traité que le roi lui dicta : mais cet acte ne fut pas plus durable qu'il n'était sincère.

Peu de temps après le retour du roi dans sa capitale , Alphonse , informé des intrigues du comte de la Marche pour soulever la noblesse , lui ordonna de venir aux fêtes de Noël lui prêter serment de nouveau.

Lusignan se rendit à Poitiers ; mais il y parut suivi d'une foule d'hommes armés : abordant Alphonse non en vassal, mais en ennemi: «Vous m'a- )> vez arraché par surprise, lui dit-il , un serment » que je romps. Usurpateur du Poitou, qui appar- » tient de droit à Richard d'Angleterre , vous n'ê- » tes point mon seigneur , et je vous déclare que » je n'ai d'ordres à recevoir ni de vous, ni du roi : » adieu. » A peine a-t-il fini ce discours altier , il sort précipitamment du palais , traverse à cheval la ville , et s'en éloigne , après avoir livré aux flammes la maison où il avait logé.

Informé de cette démarche audacieuse , Louis Arrêt du convoque à l'instant son parlement (i). « Comment v )?™£ » croyez-vous, dit-il aux barons réunis, que l'on conlr * lui » doive punir un vassal coupable de félonie? » « U » doit être déchu de ses fiefs , » répondirent les seigneurs. « Eh bien , reprit le roi , vous venez de » juger le comte de la Marche. » Après avoir pris connaissance des faits, l'assemblée prononça la condamnation du comte; et, conformément à l'avis du parlement, la guerre fut résolue.

(i) ia4«.

Rcfm du Le roi d'Angleterre , saisissant l'occasion et l'espoir anl-r s "à de recouvrer les provinces enlevées à son sceptre Menu 111. p ar Philippe-Auguste , déclara hautement sa volonté de soutenir le comte de la Marche : mais le parlement anglais, mécontent de l'ineptie ruineuse avec laquelle il avait conduit ses dernières expéditions en Bretagne, et justement irrité de la faiblesse d'un prince qui avait permis au légat d'arracher à l'Angleterre des sommes immenses, refusa d'accorder aucun subside , déclarant qu'il serait aussi honteux qu'injuste d'enfreindre , sans motif, une trêve récemment jurée, et de prendre la défense d'un vassal rebelle à son souverain, sondébar- Vainement Henri redoubla ses instances, il ne Franc*" 1 e " P u * r * en obtenir; et , réduit aux seuls moyens qui étaient à sa disposition, il débarqua en France avec trois cents chevaliers et trente tonnes d'argent.

Malgré la faiblesse de ce secours , l'orgueilleuse Isabelle reçut avec transport son fils, qui venait, disait-elle, terminer son humiliation et la secourir contre le fils de Blanche sa mortelle ennemie.

Louis, dont l'activité doublait les forces et déconcertait les plans de ses ennemis , arma quatre-vingts vaisseaux pour la défense des côtes, et réunit autour de lui dans un camp, à Chinon, quatre mille chevaliers, deux mille hommes d'armes, les troupes de la noblesse, celle des communes, et une nombreuse infanterie. A la tête de cette armée , il entra promptement en Poitou, le dévasta, s'empara de plusieurs places et les rasa.

Les alliés du comte de la Marche étaient éloignés. Le roi d'Angleterre promettait de prompts renforts ;

maïs l'épuisement de son trésor rendait ces levées lentes et difficiles.

Isabelle » ne pouvant encore attaquer à force conduite

7 * . deLusiguan

armée le roi son ennemi , employa contre lui la ruse , «t de l'artifice et même le crime. Lusignan se renferma ** * am9 ' dans ses forteresses, après avoir brûlé les grains dans les campagnes, arraché les vignes et empoisonné les puits. Pendant ce temps, on surprit dans les cuisines de Louis deux inconnus, au moment où ils cherchaient à répandre du poison dans les mets qui lui étaient destinés. Us furent arrêtés, jugés et pendus; mais, avant de mourir, ils confessèrent leur crime, et déclarèrent qu'Isabelle leur avait ordonné de le commettre.

Dès que la comtesse apprit que son odieuse trame était découverte , plus furieuse de n'avoir pas réussi dans ce forfait que repentante de l'avoir tenté , elle déchira ses vêtemens, arracha ses cheveux, et fut saisie d'une fièvre violente qui abattit ses forces sans calmer sa fureur»

Le roi se reposa du soin de sa vengeance sur l'in- siège et dignation de ses barons et sur la vaillance de ses deFoutenay troupes. Il investit la ville de Fontenay : Alphonse y fils de Lusignan , y commandait ; il se distingua par une défense opiniâtre. Louis fut repoussé dans plusieurs assauts; Alphonse y reçut une blessure grave* Ce fut alors que le roi donna audience à un envoyé de Henri, chargé de lui déclarer la guerre pour avoir manqué de foi en attaquant injustement le comte de la Marche.

Louis, contre l'ordinaire des princes qui savent briller dans les combats, leur préféra toujours la tome xv. 7

Guerre en.

Ire Louis cl Uenii.

paix: pour l'obtenir, il était constamment prêt à sacrifier son amour-propre , ses ressenti in en s, sa vengeance, tout enfin, hors l'intérêt public; ainsi, oubliant ses injures personnelles , il proposa au monarque anglais un traité honorable et même quelques concessions.

Henri refusa tout moyen de conciliation. L'im— périeuse Isabelle l'avait enivré d'espérances fondées sur le nombre et la puissance des princes ligués pour sa cause. Toute négociation étant rompue, Louis commença vivement les hostilités , redoubla d'efforts, et prit la ville d'assaut (1).

L'armée, furieuse, demandait à grands cris, pour punir les crimes d'Isabelle, la mort du jeune Lusignan et de ses chevaliers : le roi , opposant une vertueuse fermeté à leur violence, leur dit: « Je ne » punirai point le crime en l'imitant : le comte de » la Marche est seul coupable; son fils et ses guer- » riers n'ont fait que leur devoir en lui obéissant » et en me combattant. »

Les fortifications de Fontenay furent rasées, et, jusqu'à nos jours, il a conservé le nom de Fontenay F abattu. Ce succès répandit au loin la terreur : un grand nombre de villes , et entre autres Taillebourg, ouvrirent leurs portes à l'armée victorieuse. Louis campa sous ses murs, au bord de la Charente, en présence de l'armée anglaise, postée sur l'autre rive dans le dessein de défendre le passage du fleuve.

Les renforts tant désirés par Henri étaient arrivés : son armée et celle du comte de la Marche

s'élevaient à trente mille hommes. Les forces de

Louis, affaiblies par les sièges, par les maladies et par les détachemens , n'égalaient pas en nombre celle des Anglais.

Indépendamment de cette infériorité, les Français se trouvaient arrêtés par une rivière peu large , mais profonde; elle n'offrait de passage qu'un pont étroit où quatre hommes de front pouvaient seuls marcher, et ce pont était défendu par des tours qu'occupaient les archers anglais.

Ces obstacles ne faisaient qu'aiguillonner le courage du roi. Ce prince, si humble dans le sanctuaire, si modeste dans les conseils, si débonnaire dans sa maison, si faible devant sa mère, devenait dans les combats un lion ardent, un aigle rapide; il avait le talent de communiquer aux siens son audace et sa confiance.

Le roi, sans hésiter, donne hardiment le signal de l'attaque : une partie de ses troupes s'élance sur le pont, et d'autres sur des barques , qui traversent l'onde en bravant une grêle de traits. Un premier succès couronna cet effort audacieux : le pont fut forcé; mais les Anglais, accourant en foule, le reprirent.

Louis, ranimant ses troupes et marchant à leur courage de tête , l'épée à la main , se précipita dans la mêlée , Lom *' et franchit enfin ce dangereux passage; mais, comme peu de guerriers étaient parvenus à le suivre, il se vit bientôt enveloppé par les chevaliers et par les bataillons de Henri, qui dirigeaient tous leurs coups contre lui. Sa perte semblait certaine; mais jamais les Français n'ont abandonné dans le

péril un chef aimé par eux : à la vue de son danger, tous ses chevaliers, jetant de grands cris, traversent la rivière à la nage; leur nombre, leur rapidité, leurs menaces, leurs cris répandent l'effroi; et les Anglais, vaincus avant d'avoir combattu , prennent la fuite,

Henri seul, entouré de quelques chevaliers, résiste et cherche vainement à rallier ses soldats: enveloppé à son tour, il était au moment d'être pris, lorsque son frère Richard, comptant, non sans raison, sur la générosité de Louis, jette ses armes, prend un simple bâton au lieu de glaive, s'avance et demande qu'on suspende le combat et qu'on le mène près du comte d'Artois.

La renommée de Richard, les services qu'il avait rendus dans l'Orient aux chrétiens , ses exploits contre les Sarrasins et la confiante franchise de sa démarche , arrêtent les combattans.

Louis l'accueille avec honneur , et lui accorde , pour vingt-quatre heures , une suspension d'armes* « Puisse le roi votre frère, lui dit-il, profiter du » temps que je lui laisse pour réfléchir à ses véri- » tables intérêts ! »

Lichetô Ce conseil était peu nécessaire : Henri ni , trop nenru ,îp 0UVanl( $ p Qur attendre une réponse , avait abandonné lâchement son armée ; il était parti à toute course pour Saintes, Toutes ses troupes , n'étant plus retenues par sa présence , prirent la fuite en désordre.

Le comte de la Marche et le roi d'Angleterre , qui naguère rêvaient tant de triomphes et de conquêtes , maintenant réveillés de leurs illusions,

exhalaient leurs courroux en s'adressant des repro-» ches mutuels. « Voyez, disait le roi à son beau-père, » le fruit de vos parjures et de votre ambition ; » vous m'avez entraîné dans votre perte par de 1» fausses promesses. Où sont donc ces rois de Cas- » tille , d'Aragon , de Navarre , ce comte de Tou- » louse et ces nombreuses armées à la tête desquelles » nous devions détrôner le roi de France ? »

Le comte, au lieu de. se justifier, rejeta les malheurs de sa campagne et les désastres de sa défaite sur la rage emportée d'Isabelle et sur la fuite honteuse du monarque anglais.

Dès ce moment (1), les deux alliés se méprisèrent et se haïrent réciproquement. Cependant Louis, qui n'ignorait pas que l'art de vaincre n'est rien pour celui qui ne sait pas profiter de la victoire , s'approcha de Saintes avec célérité ; il était précédé par un détachement considérable , chargé de rassembler des vivres , des fourrages , et de reconnaître l'ennemi. Ce corps , vivement attaqué par le comte de la Marche et par une troupe d'Anglais et de Gascons, se vit bientôt forcé de céder au nombre 5 enfin, vivement poursuivi et obligé de s'arrêter pour combattre , il fut totalement enveloppé.

Le comte de Boulogne , qui commandait cette avant-garde, dépêcha promptement au roi un chevalier, pour lui faire connaître le péril de sa position. Sur cette nouvelle , Louis accourt à la tête de ses guerriers ; Henri sort de Saintes , suivi de tous les siens, et l'escarmouche devient une action générale*

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