CHAPITRE VII
HIBTOI&E DES. FRÂNGS' JUSQU'a CI.0VI8.
Origine et progrès des Francs. —Anciens chefs, —Rois jusqu'à Qovis. — MœurSj lois e^culte. — PortraiJ; physique. —Force militaire. -^ Caractère des femn^es. — Culte superstitieux. — Assemblées du peuple.— Bmancipation des enfans. — Q>ccupationS des deux sexes.- Têtçmens. — Lk polygamie est défendue.— Punition de l'adultère ^"—Rjéu nions pour les affaires. — — Nourriture des IS'i^^ncs. ^- Leurs divertissemens. — Leurs funérailles. — Peuples de la Germanie.— Origine du nom de i^raitc— Panégyrique des Francs.
L* 'empire romain n'existait plus , et l'univers ,
trop vengé de sa longue oppression ,■ dey enait la proie de cent peuples barbares qui se partageaient les dépouilles de Rome, on devait craindre qu'au milieu de leurs combats acharnés. ,de leurs luttes sanglanfes^ la civilisation ne disparût totalement de l'Europe.
De toutes les provinces romaines, la Gaule,
conservant la dernière, quelques traces de lumières, quêlqifes restes de lois, quelques étincelles de'lîbeHé, tombait enfin sous les. coups des Visigoths , des Bourguignons et des Francs. Si la fortune eût tenu plus long-temps ses balances égales entre ces peuples conquérans, cette Gaule aurait subi le sort de la Germanie, de \x Scythie-; et TEùrope entière , plongée dans une éternelle obscurité, n'aurait plus été que le triste repaire d'une foule de tribus nomades et presque sauvages.
Origine Mais le génie du jeune roi das Francs , de ClodM^rfncî. vis , le fit triompher ^e ses rivaux. L^s Francs conquirent Ja Gaule; la €j^ule conquise civilisa les Francïl j sa religion , ses lois , son sol fertile, son climat tempéré adoucirent les mœurs des Barbares, et leur firent connaître avec la nécessité de l'ordr'e les jouissances du luxe et les douceurs de la civilisation. D'un autre côté les Francs y portèrent avec eux leur esprit d'indépendance et leur fierté belliqueuse qui retrempèrent le caractère gaulois , corrompu par la mollesse romaine : l'esclavage et la bassesse disparurent ; m'aia jOMilheureusement l'oppression d'une aristocratie militaire remplaça long-temps cette servitude.
De ce mélange des mœurs gauloises , romaines et barbares, sortit enfin la nation française ,
déjà brillante dès son berceau , et qui , la première , dans le partage des débris de Rome , se montra digne, de prendre sa glmre pour héritage.
L'origine de ces Francs , glorieux fondateurs d'une nouvelle civilisation en Europe, se perd dans . la nuit profonde qui couvrit le berceau de tous les* peuples du Nord. Le Goth Jornandés appelait :ÇévNord la fabrique du genre humain; Monte8(|uieu le nompcie plus heureusement la fabrique des instrumens qui ont brisé les fers du Midi.
Quelques auteurs prétendent que le? Francs Anciens descendaient des Gaulois, conduits par Sigovèze dans la Germanie; d'autres les font venir de Scy thie , d'au,tres de la Scandinavie , plusieurs de la Franconie : la plupart des historiens français, Frédégaire, Aimoin , Paul Diacre, l'auteur des Gestes , adoptèrent la fable qui les faisait sortir de Tro^e, et descendre d'un Francus, fils de M arcomir et petit-fils de Priam. Anténor raconte qu'arrivés de Troie en Pannonie , ils y fondèrent une ville nommée Sicambrie dont une colonie s'établit depuis dans le nord de l'Allemagne, et donna son nom aux Sicambres.
Il serait aussi péniblev qu'inutile de se livrer à de vaines recherches sur des temps que n'a jamais éclairés le flambeau de l'histoire : ce qui
est avéré, c'est que des tribus germaines, connues du temps de César sojis le nom de Sâliens, Sicambres, Chamaves, Bpuctères, Frisons, Teuctères, Cattes, Chérusques, Usipètes , Cauques, se liguèrent dans le troisième siècle de l'ère chrétienne pour briser le jotig des Romains , et formèrent sous le nom de Francs une confédération: qui Habitait les contrées situées entre l'Océan, le. Rhin, le Mâ^^t l'Elbe. La force de ces tribus s était accrria par l'émigration des Gantois tjui n'avaient pas voulu céder à la fortune de César , et elle s'augmenta encore des débris de l'armée germaine échappée aux glaives de GèrmanicUs et de Drus^us.
Lorsque Civilis entreprit de soulever te. Gaule , nous avons vu avec quel empressement les Bructères félicitèrent les Gaulois de les voir rentrer dans les rangs des hommes libreis. Ce fut enfin sous le règne de Décius *, qu'une première invasion des Francs dans la Gaule fit connaître leur nouveau nom aux Romains. Aurélien , alors chef de légion , défit un de leurs corps près de Mayence : les soldats romains célébrèrent cet exploit et le courage dès Francs par un chant guerrier. Depuis cette époque la gloire s'unit indissolublement au nom des Francs. Rome les regarda toujours comme ses
* Après J,-C. 241 ans.
plus redoutables ennemis : quelquefois elle sut les vaincre j mais elle ne put jamais les subjuguer.
Gallien les combattit encore prés'du Rhiji*. Une de leurs tribus traversa la Gaule , l'Espagne, et porta ses armes jusqu'en Afriqjie.j)eux ans après ils- 8'armèrent pouf..rendre ^aux Gaulois leur indépendance, et soutinrent Posthumius qui s'était déclaré empereur des Gaules.
Une autre ligue de Germains indépendans, et CQpinus sous le nom d'Allemands , ' secondait les efforts des Francs cpnti*e lu. domination romaine. L'empereur Probus triomphale leur courage ^^ j^uatre .cent mille guerriers furent taillés en pièce» par son arm^è , et il parvînt à repousser les Fraacs au- delà* du Necker. I^e vainqueur, croyant qu'il dompterait leur opiniâtre fiçrté en. les éloignant de leur patrie , transporta prés du Pont-Euxin un |;rahd nomï)Te de Francs captifs^; mais cette tribu de héros , qu'il voulait faire esclave , brisa ses fers , s'empara d'une flotte romaine, pilla les côt^s d'Asie et de la Grèce , l'Archippl , les rivages d'Afrique, saccagea Syracuse, passa le détroit de Gibraltar, brava l'Océan et rentra dans sa patrie par les bouches du Khin. Peu de temps
* Après J.-C. a6o ans.
** Après Jw-C. 277 ans.
43o HISTOIRE
après un Franc, nommé Proculus, établi à Lyon, se fit proclamer empereur, et combattit Probus qui le tua.
Lorsque Dioclétien se fut rendu maître de Fèmpire, les Francs envahirent de nouveau la Gaule : Maximien Hercule les vainquît , et contraignit l'un de leurs rois à lui demander la paix. Ce prince , . dans l'espoir de se concilier l'amitié de ces ennemis si formidables, leur céda, près de Cambrai et Trêves, des terres qu'ils occupèrent sous la condition de pâ^er à Rome un tribut.
Cons|tancè Chlore,^ à la fin du troisième siècle , voyant que la domination des Francs s'étendait progressivement dans la Bataviè et sur les bords du Rhin , leur déclara la guerre, leur livra bataille , les mit en fuke et en prit un grand nombre qu'il établit dans l'intérieur de la Gaule ; ce qui fut une grande faute en politique, puisqu'il peupla aiiisi; l'empire de ces mêmes Francs, destinés par le sort à le renverser.
Jamais Rome ne connut d'ennemis plus constans datf scieur haine et plus prompts à se relever après leurs défaites. Au commencement du quatrième siècle, le grand Constantin soutînt avec gloire la guerre contre eux; il les vainquit, mais il déshonora son triomphe en
exposant aux liâtes f4roces , dans les arènes de Trêves, deux de leurs rois, Ascaric et Rags^ise, qui étaient tombés dans ses fers. Cet acte de férocité, loin d'effrayeP les Francs , rendit leur courage plus ardeoat, leur haine plus implacable. Vaincus de nouveau p» les fils de Constantin^ ils reprirent les armes avec là Gaule révoltée. Mfitgnence, Franc d'origine*, revêtit la pourpre romaine, entra en vaiûqueur'dans la capital^ du monde; mais il fut ensuite défait et détrôné, non par Constance, mais par le courage d'un aytre Franfe nommé Sylvain, qui commandait alors l'armée de i'émperéifr d'Orient. Xje même Sylvain, éprouvant depuis l'ingratitude du lâche Constance qui l'avait proscrit, se fit proclamer empereur, et Constance, qui n'osait le combattre , se délivra' de sa rivalité par un assassinat.
Au milieu de ces troubles civils lés Francs s^étaient répandus dans la Gaule : les forteresses du Rhin tombaient successivement dans leurs mains; leurs armes avaient dévasté les champs et démoli cinquante -cinq villes. Mais Julien parut alors pour relever la fortune de Rome ; chacun de ses pas fut murqué par une victoire; il délivra la Gaule, chassa les Allemands et repoussa les Francs.
Le nom des Francs attestait leur résolution
de vivre et de mourir libres : ils étonnaient les vainqueurs d,v monde par leur témérité dans les attaques , par leur opiniâtreté dans les revers, par leur courage inébranlable et par leur stature colossale : Libanius comparait ces Francs à de hautes tours placées au milieu des soldats romains.
Julien ^, «apirès de sanglans combats , d^fit les Francs saliens qui avaient envahi la Belgique; il vainquit ensuite les Quades et les Saxons ^ et contraignit l'intrépide tribu des Francs champ-ves à lui demander unesecopde fois la paix.
Il exigeait que le roi des Francs lui livrât son fils en Qtage ; le chef des Chamaves vint le trouver, et lui dit en versant des larmes : «Plût au » ciel qu'il me fût possible de te livrer l'otage ,» que tu demandes ; mais mon fils a péri , il y » a pe\i d'années , dans un des combats que je » t'ai livrés ; ainsi je perds à la fois en lui la » consolation de mes malheurs et l'espoir de jy fléchir ton ressentiment : si tu refuses de me i) croire, la fortune aura épuisé sur moi tous » ses traits. Si je n'étais qu'un soldat, je bra- » verais les rigueurs de mon sort ; mais je suis » roi, et je ne puis supporter l'excès des maux » qui tombent sur ma nation. »
Julien , touché de ces paroles , fait paraître
. . *- Après J.-C. 358 ans.
à l'instant un jeunie captif : « Voilà, dit-il, ce » fils que tu pleurais ; il a reçu parmes soin^ » utie éducation conforme à son rang. Puisse w ce don, que je te fais, rendre plus durable la » paix que je t'accorde , et me servir désormais w de garantie contre la turbulente inconstance » des Francs I »
Les armes du héros romain n'avaient fait que vaincre les Barbares ; sa générosité les soumit; et, tant que Julien régna, non-seulement les Francs cessèrent leurs incursions dans la Gaule, mais on les vit même servir comme auxiliaires dans les légions romaines.
Valentinien employa avec succès leurs armes pour combattre les Bourguignons et les AllemandSé Une longue amitié succéda, aux san-^ glantes querelles qui avaient armé l'un contre l'autre les deiix peuples les plus belliqueux de la terre ; et l'on vit à la cour des empereurs d'Orient et d'Occident un grand nombre de princes francs revêtus des commandemens les plus importans et des plus hautes dignités de Tempire.
Ammien Marcellin nomme entre autres un roi des Francs, M ellobaude , qui commandait la garde impériale , et exerçait la charge de comte des domestiques. La bravoure des Francs
fit aussi remporter à l'empereur Gratienune