‹ Histoire de FranceChapitre 7 sur 19 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

COI^QUÊTES ET ETABLISSEMENS DES GAULOIS EN ITAUE9 EN CLRÈGE y EN PANNONIE , EN THEACE ET EN ASIE.

Colonie de Phocéens dans la Gaule. — Fondation de Marseille par Protist — Ses triomphes. — Sa puissance. — Son industrie.— Ja^ lousie des Gaulob contre elle. -1- Leur traite de paix.— Irruption des Gaulois en Italie. ^Division de la Gaule. ^ G ou vernement d'Ambigat. — Commandement de ses neyeux Sigoyèze ct^elloTeze. — Leurs incursioi^s.— La Gaule cisalpine. — Fondation de plusieurs villes en Italie.— ^Y engeance et trahison du Toscan Arons. — Sie'ge de Qusium par Brennus. — Ambassade romaine â Brennus. — Réponse de Brennus.— Imprudence des ambassadeurs. — Combat entre leè Gaulois et les Clusiens.—- Dëputation gauloise à Rome. —Demande de satisfaction rejetëe. —Indolence des Roipains.;— Marche de Brennus sur Rome.-^ — Attaque de Brennus et de'faite des Romains. — En trëe de Breniius da«s Rome. — Imprudence du sénateur ï^apinus. — Incendie de Rome. ^-Sie'ge et blocus du C£y[>itole. — Magnanimité de Camille. — DeVouement de Pontius. — Dictature de Camille.— Piété de Fabius. — LeCapitole sauyé par les oies.— Courage de Manlitis. — ^Capitulation dû Capitole. —Rupture de la copférence par l'oirrivée de Camille. — ^Bataille d'Allia.— Nouvelle irruption de Gaulois. — Dictature de Camille. — Victoire des Romains sur lesGai^ois. — Paix de cinquante ans entre eux. —Nouvel armement de Gaulois. ^Leurs-revers et leui*s succès. — Séna, première citéfondée par les, Romains dans la Gaulecisalpine. — Repos des Gaulois pendant quarante-cinq ans. — Nouvelle irruption de Gaulois, — Leur premier tucce»,— Victoire décisive de Marcellus.— Puissance des Gaulois aba^ttue en Italie.

DES GÂITLOIS. 33

«— Leurs suocé^drec les CarAaginoîs*— Leur soumission.»^ La Cisalpine dominent par ies^omaÎM. — Cm^uétes des Gaulois en Orient. ^Nouvelle irruption de Gaulois en Grèce.— La Macédoine conquise par un n'onyeau Brennus. — Défaite y'dësespoir et mort de Brennus.— Victoire d' Antigène sur les Gaulois.— Colonie des Scordisques.—- La Galatie ou GaUoGréce.-» Puissance des Galates. -— Leur de'faite par Manliqs. —Union de Mithridate et des Gaulois.— Perfidie et ruine de Mithridate. — La Galatie rëduite en proyince romaine. — Succès et reyers des Scordisques. ^- Lutte entre Rome et la Gaule, -^ Union de Rome et de Marseille coûtre les Gaulois. — Premier établissement des Romains dans la Gaule. — Cîyilîsatîon de la nadon gauloise. — Dissensions parmi les Gaulois. — Dë£site de Bitnitus, roi des Arvemiens. — Conquête de la Gaule narbonnaise par les RomaiiM.-^ Irruption de Barbares du Nord dans la Gaule. -—Leurs déyastations. — Leurs yiotoires sur les Romains. — ^Lèur marche sur Rome.— ^Triomphes de Marins sur ces Barbares.

Le premier point de contact entre la Gaule et les peuples civilisés de l'ancienne Europe fut cette côte méridionale du pays que nous nommons aujourd'hui la Provence.

La différence des lois, des langages et des mœurs séparent les peuples; l'ambition les divise ; le commerce travaille constamment à les rapprocher et à les unir.

Tant que Tyr fut libre , ses navigateurs répandirent partout les lumières et l'industrie ; Carthage , avant de devenir , comme Rome , TeiOFroi du monde , en fut long-temps , par son commerce , l'heureux lien ; les Grecs naturalisèrent en Sicile , en Italie et dans une partie

54 GCmQUÉTES

de l'Asie, la liberté ,^ les lettre» et les arts. Les vaisseaux de tous ces peuples se montraient souvent dans les ports méridionaux de la Gaule, seule contrée des pays barbares dont le climat se rapprochât par sa douceur de ceux de la Grèce et de l'Asie.

Colonie des A l'époquc OÙ Cvrus fouda son empire^ dans

Phocéens ,,^ . ,-r i i • •

dans la 1 Oricnt, tlarpp.iuë, un de ses satrapes, ruinait rionie par ses exactions ^ et faisait gémir sous un joug despotique les peuples dont il détruisait la richesse et opprimait la libert^. Décidés à fuir sa tyrannie, quelques habitans de Phocée s'embarquèrent et vinrent dans la Gaule fonder une colonie , près d'un port où des avantages cojnmerciaux avaient porté, cinquante |ins av9.nt, plusieurs négocians de leur ville à s'établir.

Les Gaulois dç ce canton se nommaient Sa* liens ; Nannus, leur chef et leur roi , reçut les Phocéens en amis , leur céda des terres , et donna la main de sa fille à Protis , commandant l'ex* pédition phocéenne.

FondaHon Protis fut Ic foudatcur de Marseille ; il y éta-

deMarseiUe . . i i

par Proiis. blit uu gouvemeuient républicain , dont la durée ferait seule l'éloge, et dont plusieurs siècles de prospérité, de richesses et de gloire, prouveraient la sagesse , quand même le plus illustre des Romains , Cicéron , ne nous aurait

pas dit que les lois de Marseille lui semblaient préférables à celles de tous les peuples connus.

Les forces croissante^ de la nouvelle répU- ses blique excitèrent bientôt la jalousie d'une tribu *'*®'"^^"* gauloise voisine de Marseille; on appelait ces Gaulois les Ségobrigiens. Comanus , leur chef, avait pratiqué des intelligences dans la ville , que des traîtres devaient lui livrer : une Gauloise découvre le complot aux Marseillais ; ils se tiennent en état de défense; et, lorsque Comanus s'approche de la porte qu'on devait lui ouvrir, ils sortent, se précipitent sur lui, et taillent en pièces les sept mille hommes qu'il commandait; Comanus lui-même périt dans la mêlée.

Cette victoire fit respecter Marseille par ses sa

..... . puissance.

voisins; bientôt sa puissance et sa renommée s'étendirent; car ce n'est pas la grandeur du territoire qui fait la force des nations ; elles ne la doivent qu'à leurs lois , à leur industrie et à leurs vertus.

Marseille, par son commerce, par l'activité son de ses navigateurs, par la bravoure de sea guerriers, devint la rivale de Carthage ^ l'appui de l'Espagne et l'alliée de Rome ; foyer des arts , asile des sciences , elle se montra l'émule d'iiLthènes, et ce fut de son sein que partirent les

premiers rayons de lumière qui se répandirent

dans les Gaules.

jaiooȔ!^ Cependant les Gaulpis, dans les premiers

des Ganloîf * , *• ,

contre elle, temps, cherchèrent moins à profiter de ses bienfaits qu'à ruiner sa puissance naissante : jalouses de ses progrès, presque toutes leurs tribus se réunirent contre elle sous les ordres d'un prince. appelé Catumandus : il vint l'assiéger, elle lui opposa une vigoureuse résistance; mais, après d'opiniâtres efforts, le courage allait céder au nombre ; l^uréusement Catumandus , i*">^ dont l'imagination était sans doute frappée , paijf- comme celle de ses compatriotes , par les récits merveilleux que les Grecs répandaient partout sur la puissance et les miracles de leurs dieux , croit voir en songe une déesse qui lui défend de poursuivre son entreprise; cédant à la crainte , il demande une trêve aux Marseillais , entre dans la ville, «uivi de peu des siens, croit reconnaître dans le temple de Minerve l'image de la déesse qui lui était apparue , lui fait hommage d'un collier d'or , et conclut la paix avee la république.

irrnption Qu doit regarder la fondation de Marseille

des Ganloîf " ^ %

en Italie, commc uuc graudc époque pour la Gaule ; car ce fut à cette même époque'^, dans le temps où 1^ Mèdes brillaient en Asie, où Tarquia régnait

* Avant J.-Cî 600 ans.

DES GAULOIS. Sj

à Rome, lorsque les Juifs étaient en captivité , et peu avant l'année où Soloii donna des lois aux Athéniens, qu'une irruption formidable en Italie fit connaître à l'Europe le nom et les armes des Gaulois.

L'opinion générale regardait alora la Gaule Divîiion comme divisée en trois parties : au nord, la Belgique ; au midi , l'Aquitaine ; au centre , la Celtique. La longueur des blonds cheveux que portaient les Gaulois, ainsi que la manière bizarre et effrayante dont ils les rassemblaient sur le sommet de leur tête , firent donner à tout leur pays le nom de Gauk, comata, ou chevelue^

Ambigat était alors chef, prince, duc où roi ooaYerdes Berruyens, habitans du Berri. Tous ces cfAmWgat. noms se confondaient dans l'histoire ^mcienne, et se donnaient indistinctement aux comman^ dans des bourgades celtiques^ germaines et des hordes scythiis : les mots khan chez les uns , kingy kervès^j, konig chez les autres , répondaient au mot latin de i^ex^ qui régit ,^ou roi. Furst, qui siQni&ait le premier , avait le même sens que prineeps ou prince; Nerzog, venant de héer-ziehen, ou mener une troupe, présentait la même idée que le mot romain dux, tiré de ducere , conduire , et dotit la dénomination de duc est dérivée.

C'est de cette confusion que vient l'erreur

commune qui fait attaxîher l'idée de la grandeur actuelle des princes et des rois au pouvoir temporaire et borné de cette foi^le innombrable de chefs de tribus et de capitaines commandant les hordes errantes et barbares du Nord.

Tous ces peuples belliqueux aimaient trop l'égalité poui^ qu'aucune magistrature y fût puissante; en temps de guerre seulement, la nécessité de la discipline faisait accorder aux chefs une autorité que la victoire seule pouvait leur conserver , et qu'une défaîte leur enlevait : ils ne formaient aucune grande entreprise sans le consentement du peuple assemblé , qui les rendait cependant seuls responsables du succès.

La fortune avait secondé les armes du roi des Berruyens, et, à la suite de plusieurs victoires , Ambigat était devenu le chef de toute la Celtique; mais, loin d'exercer, sur ses peuples un pouvoir paisible, obligé de réprimer sans cesse leur humeur turbulente et querelleuse, las de séditions, voulant occuper au loin leur activité , il les rassemble et leur propose de profiter, des. forces de leur union pou^ porter leurs armes dans l'Orient et dans le Midi.

Présenter aux peuples du Nord des projets de guerre, d'invasion et de pillage, fut toujours un moyen assuré de leur plaire ; méprisant le

travail et la culture, leur nombreuse population avait besoin de se soulager par des expéditions lointaines et par l'émigration de leurs belliqueux essaims ; la guerre était leur élément, le repos seul les fati^ait; et, en leur ordonnant de combattre , Âmbigat les gouvernait selon leurs mœurs.

Ses paroles sont accueillies av^c un enthou- conTiMn-

• • I* 1 1 1 dément dtf

siasme que n^nifestent le heurtement des tes nerenx lances et le choc des boucliers; à sa voix trois BeiioTète. cent mille guerriers èe rangent sous les ordres de ses neveux Sîgovéze et Bellovèze , et îTs se divisent en deux bandes égales , qui tirent au. sort les contrées sûr lesquelles ces deux torrens doivent se précipiter.

Sigovèze ti^aversa le Rhin et la forêt Hercînie tenrs (aujourd'hui la forêt* Noire ) , répandit la terreur dans toute la Germanie, et fonda des colonies puissantes en Bavière , en Pannonie et dans la Bohême , dont le nom rappelle encore celui des Boïens qui s'y établirent.

Bellovèze , non moins heureux et suivi des Berruyens , des Sennonais , des Séquanais , des Arverniens, des Éduens, des Parisiens, des Carnutes , descend le Rhône , s'assure l'alliance et l'appui de Marseille en la défendant contre quelques tribus voisines , alors en guerre avec ' elle ; il franchit les Alpes, entre en Italie , et

inciirsiooi.

4o CONQUÊTES

combat intrépidement les Toscans ou Étru^ ques;^ ancienne colonie lydienne qui avait civilisé dans ce pays la sauvage nation des Pelages» La Gaule La confédératiou étrusque était puissante : cisapine. ^^ ^ comptait déjà dix-huit cités considérables : mais ce peuple ^ amolli par la douceur du climat , ne put résister à l'impétueux et âpre courage des G9,ulois. Une victoire complète ^ remportée par Bellovèïe sur les bords du Tésin^ lui soumit le nord de l'Italie et toute la contrée située entre les Alpe^, le Rubicon, la mer et les Âpennips j elle reçut le nom de Gaule cisalpine.

fondation Lcs Gaulols y fondèrent Ifs viHes de Côme y villes en de .Vérone, de Brescia, de Padoue^ de Ber^

Itali«. ' f w

game, de Vicence et de Miian. Milan y en langue celtique, signifiait un endroit placé au milieu des terres.

Les tribus gauloises > disséminées dans cesr cantons quelles se partagèrent > y devinrent nombreuses et puissantes , sous les noms différens de Cénomanien», Insubrien», Boïens, Lingons et Sennonais. Leur domination pen-^ dant près de deux siècles sur cette partie de l'Italie , et leurs guerres perpétuelles avec lea habitans des Alpes et des Apennms , restèrent ♦énveloj[)pée8 d'une profonde obscurité > jusqu'au moment où leur entreprise contre Rom^e

les mit en lumière, et associa, leur gloire à celle du peuple-roi. ^

Un Toscan , nommé Arons , irrité contre le vengeince chef de sa cité, Lucumon, qui avait séduit sa daToscm femme , se réfugie chez les Gaulois Sennonais , sacrifie sa patrie à son ressentiment , et inspire aux Ga%iloisle désir de s'y établir, ealeur faisant goûter le vin délicieux que produit soii fertile territoire : il^doit leur servir de guide, et, avec le secours de ses amis , aplanir devant eux les obstacles qu'on pouvait opposer à leur dessein.

Brennus^ prince^ gaulois , prend les armes siég» et entre pans la Toscane a la tète de soix-ante- p» dix mille Sennonais ^. Rien ue l'arrête dans sa marche ; il arrive aux portes de Clusium , et menace cette ville d'une destruction tertale , si elle refuse de lui céder utie partie de ses terres. Les Toscans résistent; mais> effrayés de la force de l'ennemi qui les assiège, ils implorent le secours des. Romains.

Depuis trois siècles Rome était victorieuse des p^mil^squi Fenvironnaient ; elle venait alors de^ 3pumettre , après de longs combats , la cité de Yeies , sa redoutable rivale^; et, par les conseils de Camille, elle, se préparaît à de plus vastes^ conquêtes, en soldant ses troupes et en se créant auxsi des armées régulières.

♦ Avant J.:C. 388 an».

Souvent l'ëpoqua où ks^ nations brillent du plus grand éclat, précède de peu di!in8tans celle de leur chrute.; il ne faut qu'une injustice et une trahison pour renverser l'édifice élevé par les travaux de plusieurs siècles } la perfidie d'un Toscan et l'exil injuste d'un grand homme ruinèrent la ville qui devait uij jour commander au monde ; et son nom aurait disparu de la terre , si son vainqueur avait su profiter de sa victoire.

ADibassade Lc sëuat romaitt^, apprenant des députés de Brtnjius. Glusium que cette, ville , assiégée par les Gaulois, craignait également dfe se donner des voisins si belliqueux, ou. de combattre seule des ennemis si terribles, leur promet de les secourir; mais, avant de commencer cette guerre formidable, il charge tVois jeunes sénateurs, fils de Marcus Fabius Ambustus ^ de se rendre près de Brennus pour l'inviter à ne point attaquer sans motifs les Clusiens leurs alliés.

Le prince gaulois , suivant l'antique usage de son pays , l'assemble sa tribu guerrière , et reçoit en sa présence les ambassadeurs romains : ' ceux'^ci lui représentent l'injustice de son invasion , et le prient de laisser en paix un peuple que Rome serait obligée, comme alliée, de soutçnir^par ses armes, j.

Réponse * . • î • ' , • ' • i» • i

deBrennui. Lc prmcc gaulois , aprcs avoir pn$ 1 avis, de

son peuple^ dit aux ambassadeurs : a Le nom » des Romains nous était jusqu'à présent in- » connu ; nous l'entendons prononcer pour la » première fois : on doit croire cependant que » TOUS êtes une nation vaillante , puisque c'est )) votre protection seule qui fonde l'espoir des >i Clusiens dans un aussi grand péril; mais , )) lorsque vous semblez préférer les négocia- » tions aux armes , nous sommes disposés , par » considération pour vous , à conclure la paix » avec Clusium ; il faut seulement que ce peu- » pie , possédant plus de terres qu'il n'en peut )) cultiver, nous en cède une partie :'si cette » condition est rejetée, nous sommes décidés à )i combattre les Toscans en votre présence, afin » que vous puissiez apprendre à Rome com- » bien le courage gaulois est supérieur à celui » de toutes les autres nations. » n

(c Et de quel droit, répond l'un des Fabius , )i les Gaulois prétendent-ils forcer une cité à M lui céder une part de son territoire ? j)

ce Du même droit, réplique Brennus, qui » vous a fait envahir les terres de tant de peu- » pies vos voisins j si vous souhaitez connaître » nos titres , apprenez qu'ils sont écrits sur la 1) lame de nos sabres,, et que tout appartient de » droit au plus vaillant. » impmdeoco

Les Romains, irrités, d'un langage si fier, sadcMs.

contiennent cependant leur courroux, et se retirent, .en annonçant qu'ils vont conférer avec les Clusiens sur la proposition de Brennus. Mais> rentrés dans la ville, ces jeunes sénateurs, bouillans de colère, oujblient leur mission pacifique, cessent d'agir comme médiateurs; et, après avoir, par leurs discours violens, excité les Toscans à la guerre, ils quittent la toge, se revêtent de leurs armes et courent se placer à la tête des Clusiens , qui sortçnt de leurs portes pour attaquer les Gaulois. Combat Le combat commence; une égale fureur Gaulois et anime les deux armées : au milieu de la mêlée , Quintus Fabius, s'élançant sur sœi coursier à la tête des Toscans, perce de sa lance un chef ennemi et le renverse j à Finstant où il descendait de cheval pour s'emparer ae l'armure du vaincu, quelques Gaulois le reconnaissent ; son nom vole de bouche en bouche j cet oubli du devoir des ambassadeurs, cette insolente agression c^*un Romain enflamment de colère tous» les guerriers de Brennus ; Clusium n'est plus rien pour euxj les Romains deviennent seuls l'objet de leur vengeajice : ils sonnent la retraite, ils s'éloignent et presseijit, en tumulte^ leur chef de nwtrcher avec eux contre Rome^ Dépatation Breunus , secondé par les plus^ expérimentés Rome, de ses omciers, parvint avec peme a canner

rimpétuosîté des Gaulois ; enfin y cédant à ses conseils , ils convinrent qu'on enrerraît d'abord des députés à Rome pour demander qu'en réparation de l'outrage reçu, elle leur livrât les ambassadeurs qui avaient enfreint la neutralité et violé le droit des gens.

La raison condamnait évidemment la con- Demande duite des jeunes Fabius ; mais leur audace plai-tionrejeté«. sait à la multitude. Le sénat ^ n'osant ni violer la justice , ni s'opposer à l'opinion publique , renvoya le jugement de cette affaire au peuple ; la témérité fut applaudie ; la demande de satisfaction rejetée j on joignit l'affront au refus , et les Fabius, élus tribuns militaires, loin d'être punis, se virent élevés au commandement de l'armée.

Rome semblait alors privée de son génie et inaoïence frappée de cet aveuglement qui annonce la Romaint. chute des États. Autrefois on avait vu les Romains, pour combattre quelques faibles cités voisines, s'armer en foule , choisir les chefs les plus habiles, et, toujours en garde contre les surprises, s'enfermer chaque soir dans dès camps retranchés qu'ils entouraient de larges fossés : aujourd'hui , tandis que quatre^vingt mille Gaulois fondent sur eux et répandent la terreur sur leur passage, bien qu'ils s'écrient partout que Rome est le seulbut de leur ven-

geance, le sénat et le peuple semblent mépriser cet ennemi formidable.

On se borne à lever à la hâte et au hasard quelques soldats ; on leur donne de jeunes généraux plus propres à irriter les Gaulois qu'à les vaincre. Au lieu d'dler au-devant d'eux , on les attend avec indolence ; lenteur dans les préparatifs , incertitude dans les plans , négligence pour se garder , tout se réunit pour favoriser les desseins de Brennus.

Marche Aucuu obstaclc n'arrête sa marche; il n'a-

de Brennus «^it» • 91 < i* 1

sur Rome, pcrçoit OC Romaïus qu a quatre lieues de Rome^ au confluent du Tibre et de l'Allia, et les trouve occupant une faible position. Leur gauche est appuyée à l'Allia , leur droite à une montagne facile à tourner; le Tibre coule derrière eux ; leur réserve est placée sur une pe-. tite éminencej aucun camp fortifié ne leur présente d'asile en cas de retraite , et , contre leur coutume, ils étendent sur une longue ligne leur faible Yront , dans la crainte d'être débordés.

Par un bizarre contraste, les dispositions de ]&ennu8 étaient sSstges, presque savantes, et dans cette journée ce furent les Barbares qui marchèrent" dans un ordre régulier.

Attaqnede Brcnuus, ayant Taugé son infanterie au cendéfaîtedes tre ct sa cavalerie aux ailes, attaque habilement la réserve *des Romains , qui n'opposent

DES G&ULOIS. 47

qu'une courte résistance à son impétuosité; il se précuite ensuite sur- leur cmtre et l'enfonce. De ce mom^t, ce ne fut plus un combat , mais un carnage; une partie des Romains oya ians fuit

lieu les ent un ré-

le,

sile

les

5ue

les consulaires, les patriciens et les sénateurs,

appesantis par l'âge; ils ne peuvent combattre-,

ils dédaignent de fuir.

Enfin Brennus s'approche des remparts ; un e silence eflirayant répond seul aux cris des Gau-d=ui lois : au lieu d'entrer dans une. ville en tumulte, ils ne voienf qu'un vaste désert; et les

vainqueur», effrayés de cette Solitude qui leur parait cacher un piège, loin de marcher en triomphe, s'avancent lentement d'un pas craintif, et comme s'ils eussent été eux-mêmes entourés, poursuivis et vaincus. '

Cependant ils se rassurent et parcoijrent avec admiration cet héroïque désert. Tout à coup , l'aspect des sénateurs véùérables -, revêtus de leurs toges, portant leurs bâtons d'ivoire et assis sur leurs chaises curules, leur inspire tin respect religieux ;*Rome, vide de soldats , leur paraît encore peuplée de génies et Imprudence défendue par des dieux. Mais bientôt cette

da sénateur ^ ^ ■■■

pajpirius. illusion eessej un soldat gaulois porte nue main hardie sur la barbe blanche du sénateur Papiriusj ce vénérable consulaire, irrité de cet affront, frappe le Barbare ave^c sa baguette d'ivoire : à ce signal, le respect des Gaulois fait place à la fureur; ils égorgent tous ces vieux patriciens , parcourent les rues , et li-

irRome y^®^^ ^^ ^^^^^ ^^^ flammes. Sans prévoir que cet incendie, qui souillait leur victoire, leur en enlevait le fruit en les privant de tous moyens de subsistance.

bi^ns dtt Brennus espérait pourtant que le spectacle Capitale, de l'embrasement de Rome abattrait le courage des Romains enfermas dans le Capitole, et que cette forteresse ne lui coûterait qu'un

léger combat; il ordonne Fassaut : les Gaulois «'élancent à ^ suite . et entonnent d'une voix eflrayante leurs chants guerriers j ils gravissent Iç mont^ en ciouyrant leurs tètes de leurs boucliers; mais, arrivés à la moitié de cette joute escarpée y ils rencontrent les Romains qui les attaquent avec fureur, les combattent avec acharDement> les enfoncent, les renversent et leur prouvent ainsi que Rome survit à ses cendres.

Brennus repoussé change le siège en blocus , et se voit forcé, pour chercher des vivres, de disperser dans les campagnes voisines la moitié de son armée < plusieurs de ses colonnes marchaient du côté d'Ardée.

Un illustre btanni, Camille, gémissait alor». Magnadans cette ville, sur l'ingratitude, sur les mal- camiiie. heurs et sur la ruine de Rome. Instruit de l'approche des ennemis, ce grand homme,, éclairé par l'amour de la patrie, parait inopinément au milieu du sénat des !!^rdéates: il leur peint avec éloquence les malheurs et la honte que la* lâcheté prépare à l'Italie, si çUe n'offre aux féroces Gaulois qu'une proie facile et des victimes soumises ; il leur prouve que ces Barbares, plu» redo^tables à l'œil qu'au courage, se sont livrés eux-mêmes à leurs

armes; que, poui^suivis par la famine et dis-

5o CONQUÊTES

perses , ilf donnent le jour au pillage et la nuit à la débauche ; enfin il -leur promet^ s'ils veulent suivre un guerrier qui n'a -jamais trouvé la fortune infidçle, un triomphe facile €t une victoire sans combat.

Les Ardéates , entraînés par son génie , marchent sous ses ordres ; ils attaquent 'de nuit un corps nombreux de Gaulois^ les surprennent, les mettent en fuite, et en font -un affreux carnage.

Au nom de Camille , au bruit de sa victoire, tons les Romains, éparsten Italie ,^e raniment, se rassemblent et punissent l'ingratitude de» Toscans^ , qui s'étaient arinës pour profiter de leurs revers; ils forment de nombreuses légions et pressent Camille dfe combattre à leur tête : mais ce héros, fidèle aux lois, qu'il ne croyait point détruites comme les murs de sa patrie , déclare que , sans l'ordre du sénat , il ne peut reprendre aucune autorité , ni exercer aucun droit*de citoyen.

Dés* que la vertu obscurcie recommence à briller au milieu d'une nation vaincue, elle se relève de ses ruines; son exemple crée des héros , opère des prodiges.

péToue- Uû spldat romain, Pontius , se jette sans Footivs. crainte sur son bouclier d'osier au milieu du Tibre, ^uitlo^nuit, en silence, le cours de ce

DES GAULOIS. 5l

fleuve, traversé ainsi le camp gaulois , gravit le Capitole, apprend ^u sénat la victoire d'Ardée/ la levée d'une armée fomaiûe, reçoit le décret qui nommé -Camille' dictateur , et re- Dictature vient avec le même succès porter à, son heu- * reux gé^|éral le titre qui lave ses ii\jurês et qui sauve son pays.

Dana le même temps, un autre Romain, Ea- piéié bius, açimé par une vertu *diffiérente , descend * '**'^'*** du Capitole en pl§in jour,, revêtu d'habits sacerdotaux ; il porte tranquillement .les vases sacrés , s'avance au milieu des Gaulois dont le silence respectueux rend hommage à son intrépidité ; et , sur les débris d'un temple , il accoDiplit en leur présence le sacrifice 'annuel voué aux dieux par sa famille. # **

{Cependant Bjnennus veut encore tenter un dernier effort pour triompher du courage romain ; ayant découvert le sentier «uivi par Pontius poul" jnonter au Capitole, il prend avec lui ses plus intrépides guerriers ; tous -, couverts des ombres de la nuit, s'accrochant péniblement aux pierres et aux ronces , s'iq>prochent sans bruit des murs de la citadelle.

Les Romains étaient plongés dans le som- Le capitoi« meil; les sentinelles mêmes avaient cédé au lesoies. besoin du rél>os; un Gaulois* ejnbra^it déjà les créneaux; c'en était fait de Rome : tout à

coup quelques oies consacrées à Junon , et que^ malgré la'disette^ la piété romaine avait épargnées ,jcîttent des' cris d'eflroi/A ces cris, le co«wgé sénateur Manlius se réyeiWe, saisit son glaive , s'élance ^r le tour, et renverse les plus audacieux* assaillons; sa y^ix répand i'alarme , ses compagnons accourent, et les soldats de Brennus , se renversant l'un sur l'autre ,' roulent en foule au ba» du rpcher.

Dans le même temps, Camille, grossissant toujours ses forces , s'emparait dq toutes le» avenues de Rome , et privait l'armée gauloise de communications et de subsistances.

CiipîttH \, tes assiégeans se trouvaient à leur tour ascapitoie. sièges; mais la famine .qui, les épuisait ét^it devenue encore plu^ affreuse dans la citadelle; cet ennemi , qu'on ne pouvaii vaincre , triomphe -enfin du courage de^ défenseurs, dû Capitple. Comme Brennus leur cachait avec soin sa propre détresse et les progrès 4^ dictateur, ils capitulent ; et le général gaulois , vendant la paix, promet d'évacuer le territoire romain, pourvu qu'on lui paie mille livres d'or : le tribun. Sulpicius apporte cet argent , et leB Gaulois le pèsent .dans de fausses balances. Sulpicius se plaint avec indignation de cette perfidie ; mais le fiçr'Brennus , méprisant sa plainte, place son glaive sur là balance, en lui tenant

ce farouche langage : Malheur aux vaincus!

Au «milieu de cette contestation , Camille RnptnM parait à l'improviste ,* ^ivi de quelques oflB- wnce^r ciers, rompt la conférence, et appelfe leé Ro- ^^e. mains aux armes. Le^Gaulois réclame Texécution du traité. « Cet acte, répond Camille, est » nul, étant conclu san3 le consentement du ïè dictateur : préparez-i^us à Combàtlr^j fce » n'est point 1W> c'est le fer qui rachètera la » liberté romaine. » -/

A ces mots, les* deux armées se rangent en Batuiie bataille et fondant impétueusement l'une sur l'autre. La* fortune de Rome était renti*ée dans ses -murs aveo Camille : de toutes parts les Gaulois, malgré leur résistance opiniâtre, sont rompus^ enfoncés, détririts; une partie meurt, l'autre fuit, Jje dictateur les poûraùit', les atteint a huit milles de^-Rome, leiiir livre un nouveau combat, et en fait un tel carnage qu'aucun d'eux n'échappe aux vainqueurs ,' et ne peut porter dans son pays la nouvelle de ce désastre.

Les Gaulois avaient disparu ; mais la terreur de leur nom resta et fit* inscrire dans les fastes de Rome, ku nombre des jours lés plus funestes , celui qui avait éclairé la sanglante bataille d'AUia.

Tel est le récit que fait Tite-Live de l'inva-

sion gauloise; d'autres historiens ^ moins suspects ^e partialité poUr la gloire de Roinië , ont raconté différemment le dénouement de cette entreprise; les unS; disent que Camille avait surpris l'armée de Brennus au moment où elle était plongée dans f ivresse.* Strabon prétend que la capitulation fut exécutée. «Les Gaulois, >; dit-il , chargés d'argent et de . buthn', furent >i attaqués en route et dépouillés par les Tos- » cans. » ' , '

Trogue Pompée, historien né dans la Gaule, assure que « Marseille se chargea de payer le » tribut imposé aux Romains par JBrennus, et » q\\e ce service lui valut la constante amitié >) de Rome. » ' '

Pôlybe, ami deScipibn, croit que les Gaulois, apprenait 1^ nouvelle d'une invasion des Vepétes dans leur pays, abandonnèrejit le siège dé Rome, et revinrent défendre leurs foyers. Ce qui rend peut-être cette dernière version plus vraisen^blable, c'est la crainte que les Gaulois continuèrent d'inspirer pendant plus de deux siècles à là' république ; crainte prouvée par la rigueur des lois qui suspendaient foute exception de service lor^u'on était menacé par ce peuplé belliqueux, (f né, disaient les » Romains, pour la ruine des villes et pour la » destruction des hommes. »

DES GiULOIS. 55

L^ paix entre lee Gaulois et. les Romains^ NooTeiie «oit qu'eue eût ét^ achetée-par le sénat ou con-de'oaulori. quise par Camille^ ne (ut pas 4e longue durée. A peine Rome sortait de ses ruines^ qu'elle se voit meiiacée. d'une nouvelle irruption de ces 'fiers ennemis^ qui,, semblables à l'Antée de la faille, se relevaient aussitôt qu'ils étaient renversés, et paraissaient, en touchant la terre, reprendre de nouvelles forces, ,

L'armée gauloise traversa la Toscane comme un torrent, et rencontra yarniée romaine près d'Albe : il ne s'étai^ écoulé, ^ue six an^ depuis le siège du Capitole. Au bruit de l'approche des Gaulois^, tout le peu{ile avait pris les armes; le9 vieillards mêmes endossèrent la cuirasse , et les pontifes , s'éloignant des temples , se /montrèrent armés dans les camps.

Camille, affaibli par l'âge, ^parles travaux, Dîcutare par les blessures, refusa en vain le commaa^ dément ; on lui déclare que , si son bras ne peut combattre, son nom est nécessaire pour présager et pour commander la victoire; il est nommé dictateur.

Jusque-là on avait trc^ éprouvé la faiblesse de l'armure romaine contre la pesanteur des longs sabres gaulois , et contre la force dés bras nerveux de ces terribles ennemis : Camille donna des casques de fer à ses soldats ; il fit

56 CONQUÉTï^

gamir leurs boucliers d'uîci \mr épais et de plaques de métal. La jeunesse romaine s'exerçait par ses ordres à rescrime paur apprendre à lutter avec avantage contré les longs sabres des.Gàuloîs. Toutes ces dispositions > dictées par la prudence , montraient assez \A crainte qu'inspirsgit'iyi funeste souVpnir. .

vîcioîre Enfin la bataille se livîra soûs les tours d'Albe ; mains sur la vlctoircfut louff-temps disputée.; Un nouvel Horace la décida par son intrépidité. Au milieu de ce|:,te mêlée sanglante^ Manlius attaque un chef gaulois dont la taille colossale p^an^ dait autour àe lui la terreur ; i'adrésse triom^ phe de la fbfce j* Mai\11us perce le Gaulois de son glaive, le terrasse, lui arrache son. collier d'or, et se pare de ee trophée^ qui lui mérita le nom de Torquatus.

La chute du géant remplit le3 Romains d'ardeur , glace lès Gaulois de crainte ; la fortune n'est plus incertaine , et Gami^e sauve une seconde fois sa patrie.

Cependant les Gaulois, qui recevaient toujours dés renforts, continuèrent long-temps à ravager le Latium j 1^, tactique et la discipline romaines triomphaient de leur courage sans l'abattre, et leur rejLqur était aussi prompt que leur fuite. • •. '

Un an après la victoire de Camille , Rome vit

IXES GA^ULOIS. 5y

encore sur 8on territoii:e \xrtt nombreuse armée gauloise» Servilius Afaala, nommé dictateur^ les força de se retirer ': bientôt ils tentent un nouvel effort ; Sulpicius les combat auprès de Pcéneste , et les rapousse encore. Dans ces guerres opiniâtres les vainqueurs ne gagnaient que le champ de bataille : le péril qui menaçait la république se. renouvelant sans cesse , ce danger imminent suspendit toute rivalité^ et décida enfin les différentes tribus latines à oublier leurs querelles et à se réunir au peuple romain.

Les Gaulois n'imitèrent point ce salutaire' exemple; Içs divers peuple^ de la Gaulé et de.la Cisalpine restèrent di viles; cette division les perdit, tandis que l'union aÈcrut progressive^ ment la force des Romains et leur donna enfin l'empire du momte.

Les Gaulois attaquèrent encore l'armée romaine sur les^ confins de l'Étrurie *. Le consul Popilius , qui commandait les troupes de la ré^ publique, tombe blessé au moment où il cherchait à rallier ses soldats qui pliaient; mais au même instant le roi des Gaulois est attaqué par Valérius, qui le renverse et le tue : sa mort ré^ pand le désordre dans les rangs de l'armée gauloise; elle est enfoncée, mise en fuite, poursuis

* Avant J.-C. 84x) ans.

vie, taillée en pièce». Cette victoire complàte fit Paix enfin évacuer le territoire romain , et une paix

cle 5o ans '■■'.■•' '

entre eux. dc cihquante aïi» avec Rome en fut le fruit. Le peuple romain^; délivré alors d'un ennemi si foï'midablcf, cr^t qu'il n'avéit'pu le-^aincre quejpar un secours miraculeux : les soldats pré* tendaient qu'un corbeau , perché sur lenîâsque de.Val^rius^ l'avait secondé dans son combat contre le roi des IGaules , en effrayant ce prince par les coups de son bec et par l'agijation de ses ailes. Cette fable prouve à quel point on rçdoutait"4^ Rome la valeur gauloise , puisqu'il fallait des prodiges pour en triompher. • *

Nouvel L'histoirc né nous montre jajnais les tribus de Gaulois, gauloiscs %n repos j eUts- employèrent le temps , de leur paix av^c Rome, à combattre les Vcnêtes et quelques autres peuples voisins des Alpes ; lorsqu'elles apprirent que les Toôcans et les Samnites s'étaient ligués contre 4a république romaine , elles reprirent d» nouveau les armes avec l'espoipde coBfquéf ir toute l'Italie , et leurs troupes rentrèrent en Toscane.

Leurs re- Uue légion romaluc fut attaquée par elles et

^ersetlears , • . ' .

»nc6ès. taillée en pièces près de Clusium. Les consuls ignoraient ce désastre; un affreux spectacle le leur apprit : ils virent s'avancer une troupe de cavaliers gaulois , qui portaient au bout de leurs lances les tètes des Romains vaincus.

•Une graiide bataille eut lieu ^^peu de temps apFés^ entre l'atmée coii^laire et celle de» Samnites et des Xxaulois. L'une dés ailes ro^ mainee fut enfoncée; le consul Décius^uva l'autre et fixa ^ la fortune par son dévouemeiit héroïque : il périt et s'immortalisa. '

Le sacrifice de sa vie fut payé par une victoire complète ; mais les Gaulois n^ tarjdècent pas à se venger de cette défaite ; ils' attaquèrent, peu d'an^ées après, le consiri Cécilius près tfArezzô, le défirent, • le tùèfent et immolèrent treize mille Romains à leur vengeance.

Au bruit île cesuccès, une foule innombrable de Gaulois descendit des Alpes pour tes joindre * ; leurs, belliqueuses cohortes campèrent une. seconde fois sous les murs'de Rome. '

Les efforts de la républiqut^ furent propor- sen. , tionnés au péril qui la menaçait; elle rassembla cité fondée une nombreuse armée. Dôlàb^Ua. commandait «aîDrdnnt

* -Tk • , • , .1.1a Gaale

les Romains; après avoir soutenu avec peine les chaipino. premières charges des ennemis, il enfonça leur centre, tourna leurs ailes, les battit complètemait, les poursuivit, entraf^dans leur pays avec eux, enleva aux Sennonais toutes leurs terres, et y bâtit sur les bords de la jner Adriatique la ville de Sena; ce fut là première cité fondée par les Romains dans la Gaule cisalpine.

* Avant J.-C. aSS ans.

6o CONQUETES

Les coutumes les plus funestes résistent longtemps à la raison; l'expérience de taïf t de défaites ne pouvait persuader aux Gaulois de rfenojiç^ à leur système de division . : réuni» en corps de nation, ils auraient été invincibles; séparés en tribus, ils devinrent successivement la proie des Romaines.

Repos Le même Dolkbella , vainqueur des Sennopendant uals, défit cucorc Tannée suivante les Boïens, près du làc de Vamidon ^. Le§ Gaulois perdirent dans ce coiabat la fleur de leur jeunesse , et se virent forcés de se retirer au pied des Alpes; abattus par ce revers, ils se tinrent en repos pendant quarantè-ciiiq ans : cette paix devint funeste à la Gaule, qiii ne prit aucune part àla première guerre punique ; ainsi la foi^ tune de Rome* la préserva du malheur d'avoir à la fois à combattre ses plus formidables ennemis.

Les Gaulois recommencèrent tardivement la guerre **, et reconquirent d'abord les posses-^ sions qu'ils avaient perdues ; mais leurs tribus , livrées à des discordes fatales, se battirent entre elles. Le consul Flaminius , profitant de leurs dissensions, ravagea leur territoire, et, dans le dessein de s'y maintenir , distribua les terrea des Sennonais à ses soldats. '

* Avant J.-C. 282 ans.

** Avant J.-C. aSa ans.

DES 6ÂVL0IS. 6l

Témoins et victimes de ce partage ,; les Sen- Nooreiie nonais se livrèrent a une jrurçur qu ils^ comnm- de Ganiou. mquèrent à leurs compatriotes ; elle se répandit dans toute la Gaule : une armée immense en descendit sous le commandement des rois Anérosté et Çongolitanus ^: Il semblait que le Nord se précipitait tout entier sur lé Midi.

Le sénat romain , effrayé par l'approche de cet orage, ordonne au peuple de «e leVer j il arme trois cent mille hommes , consulte les livres sîbyllinsv et sacrifie aux dieux un*Gau\ois et une Gauloise ; car ces farouches enfans de RomuluSy prêtant leur« vices à la Divinité, croyaient qu'elle se plaisait comme eux au spectacle.de l'eCFusîon dii sang humain. ,

Bientôt les Gaulois s'avancèrent en.Étrurje, Lew et rencontrèrent près, de Féaule leurs étemels faccès. rivaux. Anéroste et Gongolitanus, imitant alors les stratagèmes de leurs ennemis , et empruurtant leur tactique , feignent l^effroi , ordonnent la retraite ^ et placent leur infanterie en embuscade dans les bois ; les Romfiins veulent les poursuivre dans leur fuite , et courent avec une ardeur imprudente sur leurs, traces ;^ les Gaulois cachés se lèvent alors , jettent de grands cris , enfoncent les légions^ surprises , les mettent en déroute, les poursuivent, s'emparent

* Avant J.-C. aa6 ans.

de leur camp , et leur tuent six mille hpmmes, , L'arrivée soudaine d'un autre corps d'armée commandé par le consul \^ilrus , qui accoui^it des bords de la mer -Adriatique^ sauva le reste des fuyards; à sa vue, les Gaulois, char^ gés d'4in immense but^n , commencèrent à se mettre en retraite : elle s^opéwiitavec ordrç, lorsque tout ^ à cpup l'autre consul^ Attilius, qui, abandonnant la Sardaigne , venait de débarquer *à Pise, les abaque dans les plaines de T^làmon : Us résistent avec couine à ce nouvél ^ncQii , et portent le désordre dans ses rangs ; 4a victoire se décidait pour. eux; Attilius était déjà.tombé sous leurs coups : mais Émilius , qui les suivait , arrive > rétablit .le combat et change la fortune. Attaqués.de toutes parts , les Gaulois , après des prodiges de vaillance , succonibent. Quarante mille ide leurs plus bra*ves guerriers expirent sur Iç champ de bataille; dix mille sont cris. Le roi Gongolitanus , couvert de blessures, est chargé de fers; l'autre prince , Anérqste , ne veut point survivre à sa gloire, iLse donne la mort , et une foule de ses compagnons d'armes suit son exemple.

Le Capitole , qui s'ébranlajit , s'aifermit ainsi sur ses bases ; et le consul vainqueur l'enrichit d'une immense quantité de collier» d'or enlevés aux descendans de Brennus.

Trois ans après , les Insubriens et les Géj^tes^ faibles débrk de l'armée vaincue ^ s'armèrent de nouveau pour venger leur défaite ; maisJPliir minius les battit encore; ils perdirent • dans cette journée vingt-six mille hommes / et 'demapdèrent la paix. Un nouveau consul , Marcellus , la refusa , dans l'espoir de consommer leur ruine ; au lieu de l'attendre / les Gaulois tentent une diversion , traversent le Pô , repversent ce qui s'joppose à leur marche', et vienneixt assiéger Qastidiimi. Marcellus ne leur victoire

- " ' 1 ? « •! î ' décisive de

donne pas le temps de ^ en emparer ; il s avance Harceihit. rapidement , et leur livre une bataille d'autaiit plus opiniâtre qu'elle devait être décisive ; .on coiùbattait avec fureur, lorsque .la mêlée est tout à coup suspeiidue par un spectacle qui attire tous les regards , et dont l'issue va probablement fixer le soA des deux armées.

Viridomar, roi des. Gaulois, et le consul Marcellus se rencontrent, se défient et se précipitent l'un sur l'autre ; cette lutte sanglante entre les-deux gjénéraux était une vive image de Rome et de la Gaule, combattant Tune contre l'autre depuis près de deux siècles : enfin Viridomar tombe et périt ; Marcellus s'empare de son casque d'or, de sa riche armure, et il voue à Jupiter Férétrien ces dépouilles opimes.

Les Romains poussent des cris de victoire.

et fonjdent sur les Oaulois consternes. . Ils les dispersent, les poursuivent, les. massacrent et s'emparent sans qbstack de Milan et de toute la Cisalpine. ji

rnîsswce Ainsi fut aljattue en Italie la puissance des abattue Gaulois 1 l'heurèûx Marcellus termina, par cette

•n Italie. j,p . ^ ^ . *' . , , ^

' deiaite *,'nine guerre qui avait duré cent trentesix aiis. Polybe ïa juge égale aux plus fameuses par l'ixûportance des événeraens , par la diversité des succès , par l'opiniâtreté des combats et par le nom{)re des.morts .Les Romains y rendirent ^ jamais,célèbres leur habileté , leur constance ; les Gadlois, leur fougue et l^ur impétuosité.

.La vaillance et la fortune suffisent pour faire des conquêtes , mais la sagesse et l^ajustice seules peuvent soumettre les- peuples conquis. Le sénat romain rendait son joug tolérable aux vaincus, en les laissant vivre teloh leurs lois et leurs coutumes; leur empire ressemblait plus à la protection qu'à la domination. Cette tranquillité , suffisante pourries autres nations , n'était qu'un tourment pour les Gaulois ; ils ne pouvaien^t supporter la dépendance.

Ceux qui restaient en Italie $'indigtxaient de voir river leurs chaînes par ïà fondation des colonies romaines de Crémone et de Plaisance ; ils tentèrent plusieurs fois de se révolter ; les

* Avant J.-C. 222 ans.

Boïens assiégèrent ces villes, défirent les légions commandées par Manlius , et furent de nouveau vaincus par un autre consul ; ils obtinrent la paix , et Rome, voulant se servir de leur courage, joignit plusieurs de leurs cohortes aux siennes ; mais bientôt l'apparition d'Annibal vint réveiller leur espoir et leur haine. ^

Cet implacable ennemi des Romains , ce guer- Len»

• • l i»/ "L 11» 1 saccèg avec

rier qm sembla^ né pour changer la face du les canhamonde et pour triompher des obstacles que lui *'"**"* opposaient la nature, Rome et sa propre patrie, subjugue les Espagnes^ traverse la Gaule comme un torrent, et franchît les Alpes; Scipion est forcé de fuir davant hii. Ranimés par cette victoire, les Gaulois quittent l'armée romaine, et viennent unir leur haine et leurs armes à celles des Carthaginois. •

A Trasimène, lorsque les Romains, enfermés dans un étroit vaUon, rendaient encore par leur courage opiniâtre la fortune incertaine, Ducarius , prince gaulois; aperçoit Flaminius, le reconnaît et s'écrie : w Compagnons, voila ce » farouche Romain qui a moissonné nos sol- » dats , ravagé nos campagnes , incendié nos » villes ; je vais immoler cette victime aux ma- » nés des Gaulois. » A ces mots, il s'élance au milieu de la mêlée, tue l'écuyer de Flaminius ^

66 CpNQUÉTES

et traversé de sa lance la cuirasse et la poitrine du consul.

Dans la journée célèbre de Cannes, la fureur des Gaulois contribua puissamment au triomphe des Carthaginois , et , quand les légions furent ébranlées , la cavlalerie gauloise rompit par une charge impétueuse leurs rangs, et compléta leur désastre.

Annibal alors'pouvait renverser Rome; mais il s'arrêta et perdit ainsi le fruit de sa victoire, comme s'il eût été égaré par l'ombre Ue Brennus , dont il semblait alors suivre les- traces.

Tant que ce grand homme resta en Italie , les Gaulois demeurèrent maîtres de la Cisalpine; mais la bataille de Zama décida tout à la fois du sort de Carthage et de celui de la Gaule.

L'heureux Scipion ayant terrassé Annibal , les Gaulois d'Italie cédèrent à la fortune de Rome et rentrèrent sous sa puissance.

Leur Cependant les Cénomaniens seuls s'accoutu- * mèrent au joug ; les autres tribus se révoltèrent fréqyen^ment; leurs armes ravagèrent plusieurs fois les villes de Plaisance et de Crémone : Furius. détruisit une de leurs armées forte de trente-cinq mille hommes.

Les Boïens se montraient les phis turbuleps ; las de les combattre sans pouvoir les soumettre, le sénat enfin rassembla toutes ses forcée contre

ftoauiission

eux, ^t Cornélius Scipion *, après les avoir vaiupcus , les poursuivit sans relâche, et les força de repasser les Alpes : ils se sauvèrent en Illyrie ; là , combattant sans cesse les Daces , après de longues et sSuiglantes guerres , ils furent détruits par eux ; leurs débris se réfugièrent en Bavière , dont le nom actuel rappelle encore aujourd'hui celui desBoïens. Les Insubriens résistèrent les derniers aux Romains : le consul Baebius perdit six mille hommes en combattant «contre eux ; mais^ soçf successeur Valérius Flaccus le vengea ^t les soumit.

On vit encore quelques émigrations gau- i« loisfts descendre des Alpes; mais elles s'êfForcè- dominée rent vainement de s'étaj^lir dans la Ci^lpine*'*'! Bomwn». Cette contrée resta sous Fempire de Rome jusqu'à sa chute. . <

Tandis que , pendant deux siècles , les des- conquêtes

^ * , . des Gauloû

cendans de Bellovèze avaient fait retentir avec «^ orient, tant d'éclat l'Italie du bruit de leurs armes, la terreur du nom des enfaos de Sigovèze s'était également répandue jusqu'aux extrémités de rOrient.*Maîtres d'une partie de la Bavière , de la Bohème , de la Pannonie ,«de la Thrace, on voyait lei^irs colonies éparses dans toute la Ger-

manie et*jusqu'aux limites des contrées habi-

* Ayant J.-C 191 ans. " '

** Avant J.-C 179 ans.

tées par les Scandinaves et pajr les Scythes.

A l'instant même où tout tremblait sous le glaive d'Alexandre-le-Grand, les ambassadeurs gaulois lui firent seuls entendre les accens du courage et de l'indépendance ; ce prince leur montrant sa surprise du peu de crainte qu'il leur inspirait : « La peur, lui dirent-ils , nous » est inconnue ; nous ne'pourriohs l'éprouver » que par la chute du ciel. » *

La mort de ce conquérant fut, comme il l'avait prédit lui-même, le. signal des plus sanglantes discordes. Les Gaulois crurent pouvoir prendre leur pg-rt du démembrement de son empire ; l'un de ses successeurs , Lysimaque ,rv^hait de périr sous le poignard de Ptolomée Céraunus ; les Gaulois se précipitent sur ses États ; l'usurpateur présomptueux , méprisant d'abord ces guerriers barbares, refuse le secours que lui offraient contre eux les Pardaniens; il s'avance arrogaùiment pour les combattre; ses troupes sont mises eti fuite; il tombe percé de coups dans la mêlée , et sa tête , portée en trophée sur une lance' gauloise, répand l'effroi dan3 la Macédoine, r ' : .

Le trône d'Alexandre alkit être renversé sans résistance ; un guerrier digne du héros qui l'avait formé, Sosthènes, réveille le courage des Macédoniens , marche intrépidement à la têtes

de leurs phalanges , répousse les Gaulois , tue leur chef Belgius, et donn^ \iu nouvel éclat à sa. victoire en refusant le sceptre qu'il avait sauvé- ^.

Une nouvelle invasion gauloise replongea NoaT*iie bientôt la Grèce dans de nouveaux périls j cette à^'oRv^ou seconde irrxiption était^ussi formidable pa)rle *** nombre que par l'ardeur fougueuse de ces soldata du Nord dont l'armure, la taille colossale, les cris et la chevelure, hérissée jetaient parmi les GrecjS. la surprise et l'épouvante.

Cent cinquaifte mille fantassins, vingt mille cavaliers composaient, dit>on, la force de cette armée; elle jetait coAiinandée par un prince appelé Brennus': le sort destinait ce nom à eflrayer l'Orient et l'Occident.

Les Gaulois , brûlant du désjr de venger l'af- £. front,. la défaite et la>mort de Bçlgius, fondent ^n^fj^*^' avec impétuosité sur les Macédoniens. Les rangs "J^^V." épais, les piques serrçes, la muraille hérissée de la phalange, et l'intrépidité . de Sosthènes, deviennent pour, les foyers d'Alexandre un rempart inutile : (j^tte phalange est rompue , Sos- Aènes périt ; la Macédoine est conquise.

Brennus espérait régner sur toute la Grèce ; et,. dans le dessein d'affermir le courage de ses guerriers, il plaça, dit -on, à«côté des plus grands d'entre eux , quelques captifs grecs , pe-

yO CONQUÊTES

tits, contrefaits et mal vêtus J qui devinrent l'objet des risées et du mépris de leurs vainqueurs.

m.en ne s'opposa d'abord à la^arche rapide du conquérant; mais le fléau des Gaulois, la discorde,/lésunît leurs forces et ralentit leurs pas.

Plusieurs tribus gauloises, pressées de jouir du fruit de leurs travaux, se séparent de' leur chef X et restent' en Dail'daniev Brennus, affaibli mais non découragé , persiste dans «on entreprise (Jue la désunion des Gréfcs favorisait'; il entre en Thessalie, incendie les villes, dévaste les campagnes et pille les temples, prétendant que (c'ies dieux luf devaient des Contributions » comme les mortels, »

Il franchit les Thermopyles, que l'ombre de Léonidas ys'indignait de voir forcées par des Barbares ipconnus. Les Étoliens seuls résistèrent aux GàuloÎ3 , et par leur courage jetèrent encore quelques rayons de gloire sur la Grèce.

Malgré leurs efiforts, Brennus pénètre dans leur pays , le dévaste "pour se venger des pertes qu'ils lui avaient fait éprouvât» sur le mont OEta ; enfin il entre en Phocide, et forme le siège de Delphes , où il savait que la crédulité, entassant les ofirandes, avait amassé les trésors de tous les peuples de la Grèce et de l'Asie.

Delphes, enrichi par la superstition, fut dans

ce péril sauvé par elle : au pioment où la timidité de $é$ défenseurs e|; la fougue de ses assaillans semblaient rendre sa ruine certaine , une tempête affreuse Relate j le ciel .est obscurci par de sombres nuages, l'air est sillonné d'éclairs; un feu souterrain ébranle Ije Parnasse^ il lance au lom des roches effrayantes ; le» chênes sont renversés par la violence des vents. Ce phéijQmène naturel consterne les Gaulois , et réveille le courage des Gçecs ; ceux-ci se croient secouru$ par les dieux, et, sortent en foule de leurs murailles. ^ •

L'armée des Gaulois est saisie d'une terreur panique ; ils ne savent ni se pré§enter au combat , ni prendre la fuite ; le bruit de la foudre leur paij^it la voix du ciel, et, ils tombent sans défense , comme des victimes , sous le fer des Grecs,,

En vain l'intrépide JÇJrennus . é'efforce de les Défaite, rallier ; couvert de blessures , il est contraint mort de de s'éloigner de ce champ de carnage avec les "°" faibles débris de ses forces naguère si nombreuses; il repasse les Thermopyles , et , après avoir réuni dans un camp , derrière le défilé , les fuyards qui peuvent le rejoindre, il demande lui-même à son peuple de le juger et de le punir du funeste dénouement de l'entreprise téméraire dans laquelle il l'avait entraîné.

Les Gaulois, plftignant son malheur» et respectant son courage / le pressent vainement (^oublier ses revers et de continuer à régner sur eux ; incapable de survivre à sa gloire , il se donne la mort.

Au bruit de sa défaite, les Thessaliens, les Béotieçs, Tes Athéniens avaient repris les armes; ils marchent contre les Gaulois, les entourent, forcent leur camp et les exterminent. ^

Les Grec& , en perdant leur courage , avaient conservé leur vanité : on peut croire qu'elle exagéra ce désastrje des Gaulois , puisqu'on vit un an après les mêmes Gaulois combattre les Gètes , soumettre le pays des Triballiens , première conquête d'Alexandre,* et mei^jacer la Macédoine. Vingt mille de leurs guerriers , séparés de Brennus et restés en Daixlanie , n'auraient pu seuls opérer- dé si formidables invasions ; et il aurait fallu que leur population en Bohême et en fannonie eût été immense, pour réparer en si peu de temps leur perte , si elle avait été aussi complète que les Grecs le prétendaient.

Victoire L'un des compagnons d'Alexandre , Antig6- SM ne, devenu roi de Macédoine, redoutant les

le» Gaulois. '

armes de ce peuple turbulent, se trompa étrangement sur la marche qu'il devait sliivre avec

cette nation avide, et s'attira lui-même la guerce qu'il voulait éviter.

Les Gaulois lui avaient envoyé destiéputés; ne «e -bornant pas à les accineillir avec honneur , il espéra se concilier leur amitié , en leur donnant un4 grande idée de sa puissance ; il fit à leurs regards l'étalage de sis richesses, et leur montra tous ses trésors.

Le rapport de ces dépiïtés à l'assemblée de leur nation l'enflamma de l'ardeur du pillage ; elle fondit en masse sur la Macédoine., et la ravagea.

L'exemple de Sosthèn^ épouvantait Antigone ; n'otant attaquer en- bataijle rangée ces impétueux ennemis, il opposa la ruse grecque à la fougue gauloise ;*fatgna'htde« fuir, -il abalidonne son camp. Les Gaulois s'y répandent, se livrent du pillage, et seplongent daûs l'ivresse; le roi de- M acédbine arrive à l'improviste, les surprend , les égqfge ; une partie passe du sommeil à la mort;^ l'autre fuit, demande la paix , l'obtieijjt et entre comme auxiliaire dans l'armée du vainqueur;

Ce prince , par leur secours , balança quelque temps la fortune de son rival Pyrrhus. L'inscription que fit graver le roi d'Épire, après une victoire remportée sur un corps de Gaulois, prouve l'estime que leur vaillance inspirait à ce héros.

Fier A'ixn triomphe long-temps disputé , et voulant «en conserver la mémoire par un monument > il, consacra dans le temple de Minerve un trophée de leurs armes , au pied duquel on lisait ces mdts : ^ Pyrrjxus , ayant défait en ba- » taille rangée les kidomptablé^ Gaulok ^ a dé- » dié à Minerve Le«'i)oucUers qu'il leur a pris : » il n'est point étonnant qu'il les ait vaincus ; » car la vaillance est héréditaire dans la race » des Êacides. »

L'intrépidité de ces gu^erriers^ qui combattaient nus des trqupos couvertes de fer, et qu'on voyait, suii^lit le récit des Grecs, arracher les -irai ts de leur sein déchiré et les lancer -contre l'ennemi, devait ex^citer l'adiniration d'mn desc^idânt d'Achille.

coionîe A la même époque d'autresr Gaulois s'empar-

desScordis- . . ■ - « i x o

ques. rèrent du pays situé au coiitluent de4a Save et du Danube, et y fondèrent iwe nation qui , sous le nom de Scordisque? , défendit pendant plusieurs siècles avee éclat son indépendance , que Rome ne 'lui enleva qu'ap^^ de nombreux revers et de sanglans triomphes. * J

Les vingt mille Gaulois , détachés de l'armée de Brennus pour ise fixer en Dardanie , ne se bornèrent pajs à cette conquête ; leur prince Comontorius parcourut avec eux la Thrace , la Propontide, livra au pillage Byzance, et

DES GAULOIS. jS

forma, non loin de. cette xille , le royaume gaulois de Tyle > qui , malgré son peu d'étendue , acquit une vaste renommée.

La gloire dA nom gaulois Q.vait trayeFsé l'Hèl- l« oaiatîe lespont, et s'était répandue en Asie. Nicomède, Grèc«. prince déBythinie, di^utant le trônç à son frère Zypètea, sollicita le secours des Gaulois; il dut à leurs armes la victoire et le sceptre; ipaiail éprouva bientôt qu'un vài faible , lorsqu'il appelle la force étrangère, se donne plutôt des maîtres que des appuis. Les Gaillois étaient des alliés èxigeans ; ils demandèrent on prirent la moitié de ses États , s'y maintinrent ; et ils se fixèrent daiis le nord de la Phr^gie \ qui reçut d'eux lé nom de Galatie ou de GalldrGrèee *.

Tite-Live ^sure qu'ils étendirent leurs con- puissance quetçs jusqu au mont Ttturus. ticrqui est certain , c'est qu'au milieu de l'Asie , déchirée par des guerres intestines , Tes Galateé j appelés p^ tous les partis , combattant dans toutes les ai^ mées , arbitres dp toutes les querelles , assuje^ tirent les rois à des impôts , et domiÎLèreiit cette partie "du monÔe. *

Attale, roi de Pergamé, fut le premier qui , f. trente ans après leur conquête, cessa' d'être leur tributaire, les combattit avec succès, et parvint à les éloigner de ses côtes.

* Arant J.-C. o/j'j ans.

Trop fWèles à leurs anciennes coutumes , qu'ils conservaient dans tous les climats ^ au lieu de former un seul royaume de la Galatie ^ ils 'se divisèrent en plusieurs peuj^ës gouvernés par des sénats et commandés par des princes ou tétrarques* Ancyre fut la ville des Tectosages, celle de Pessinum des Tolistoboïens , et Tavium des Trocmes. Une partie de ces dénominations leur venait, des cités de la Gaule dpnt leurs aïeux étaient sortis, et d'autres de leurs plus vaillans chefs , dcMit ils prenaient le nom pour perpétuer leur gloire.

Cependant Rome , toujours fuoeste à la Gaule/ étendif bien tôt son formidable empire jusqu'en Asie ; victorieuse dôCarthage, conquérante de la Grèce , elle terrassa le puissant Antiochus. ^uls çl^botit dans l'Orient , les Galates , consultant plus leur ' courage que leur nombre , arrêterait quelques instans la fortune romaine. • - .

Lear * Manlius, successeur de Scipion, crut, avant ]kunn«r d'attaquer ces belliqueux adversaires , qu'il devait préparer ses soldats aux fférils nouveaux dontjes menaçait un tel ennemi. « Je n'ignore M point, compagnons, leur clit-il, que de tous les » peuples qui habitent l'Asie les Gaulois sont » les plus redoutables; cette nation féroce a » parcouru , les armes à la main , presque tout

h l'univers, La taille énorme 'de ses guerriers, >i leur chevelure touffue et d'une couleur ar- » dente , leurs vastes boucliers , leurs longues » épées, leurs chants avant le combat^ leurs » affreux hurlemenjs dans la mêlée , Iqur dé-» » marche terrible, le choc et l'horrible clique^ » tis de leurs apmes^ peuvent sans doute exciter ' » la terreur; mais Rome^st depuis long-tetups » accoutumée à les regarder sans crainte, à » les braver et à les vaincre. »

Le consul alors leur rappelle les exploits de Camille , les. triomphes des Emile, des Fabius, des Marcellus', rassure leurs esprits, enffîpnme leur courage , donne le signal de la bataille , et, après une lutte longue, opiniâtre et san- ,^ glante , remporte une victoire complète j elle ' fut scellée du sang de quarapte mille Galates ; le reste obtint la pai^ et conserva son indépendance, en promettant de respecter le repos et les États d'Eumène , roi de Pergame , allié des Romains.

Ce fut pendant le cours de cette guerre que, suivant le récit de Polybe , Chiomara> femme gauloise , outragée par un centurion romain , trancha la tète de son ravisseur , et la porta en triomphe à son époux.

Lorsque Mithridate médita la liberté du Muhridait monde et la ruine de Rome , il voulut associer des oaaiois.

la haine des Gaulois à la sieniïe y combla leurs chefs d'honneurs et épousa une de leurs filles ; son génie dut à leur vaillance une grande part de ses premiers succès y dont son armée n'osait concevoir l'espérance; ses généraux, ses alliés, effrayés par la ruine de Carthage, par la mort • d'Annibal , par le désastre d'Antiochus ,et par la chute de tant de trônes, hésitaient. ^.u moment de s'exposer à la vengeance redoutable ^es Romains.

Pour les rassurer , fe roi de Pont leur dit : a N'âvez-Tous pas appris que les Gaulois sont n descendus autrefois en Italie? qu'ils s'y » sont emparés d'un grand Bom^re de villes, » et sont parvenus , à forjpe de victoires , à » fonder dans ces contrées un empire plus » étendu que «elui qu'ils possèdent en Asie? » Ignorez -vous que non -seulement ils ont » vaincu les Romains , mais que 4eurs arnpiées » mêmes ont incendié cette ville orgueilleuse, » qui maintenant vous épouvante ? Les Ro^ » mains , chassés par eux , ne trouvèrent d'a- » sile que sur le sommet d'un rocher; le cou- » rage dont ils -se glorifient ne put leur faire » recouvrer la liberté, et ils se virent enfin for- » ces de la racheter par une humiliante capi- » tulation et par un tribut honteux. £h bien ! » je vous âSSve. en ce moment; non-seulement

» le glorieux exemple de la Gaiile y mais son » puissant secours; car je compte ptirmi mes w guerriers un corps nombreux 4^ Gaulois, w dont le nom seul réveille • la terreur dans » Rome. Ces Gaulois , vainquîeurs d'une partie » de rOrient> ne diffèrent en rien des anciens » conquérans de l'Italie; ils ont la même ori- » gine , font briller un pareil courage, et com- » battent avec des armes semblables; leur vail- » lance même est d'autant pliis active qif elle a » été sans cesse exercée par des marches péril- » leuses et par deii combats continuels en lUyw «e , en Grèce et dans la Tthrace. Il était M plus difficile de traverser tant de pays et de » renverser tant d'obstacles , que de conquérir » les États qu'ils possèdent depuis deux siècles « en Asie. »

Ces paroles remplirent d'ardeur et d'espérance l'armée de Mîthridate : elle chassa les Romains de leurs conquêtes, s'empara de leurs villes , jeta dans les fers le consul qui les commandait, séduisit ou vainquit leurs alliés, et délivra pour quelques instans l'Orient de leur domination.

Mais dès que Mithridate se crut lé maître de Perfidie

* ^ ^ et ruine de

l'Asie, ce prince, jaloux, cruel, ingrat, re- Mithridate. doutant la fierté et l'humeur belliqueuse des Gaulois, forma le barbare dessein d'extcr-^

romaine.

miner ces alliés trop fiers et trop indépendans ; il invité à un festin soixante de leurs princes ou t^trarques^ et les fait massacrer par ses soldats*

L'un d'eux, Déjotarus, suivi de quelques amis, se fait jour avec son sabre à travers la foule de ces assassins ; et,, sauvé du carnages , il court exciter ses peuples à la vengeance.

A sa voix tous les Gaulois s'arment j furieux , ils attaquent Mithridate, rompent ses bataillons et les chassent de leurs États.

LaGaiatîe Pompéc, arrivé ejn Asie, consomma la ruine en proyinoe dc cc TOI pcrfidc , ct traita les Galates non en sujets, mais en amis. Enfin, l'heureux Auguste ayant soumis à sa fortune l'Europe, l'Afrique et l'Asie, la Galatie céda, comme le reste du tnonde, et fut réduite en province romaine.

Cependant les empereurs jjugèrent avec prudence qu'il fallait ménager la fierté de ces peuples remuans ; ils les laissèrent vivre selon leurs mœurs, et on voit, dans les écrits de saint Jérôme, que de son temps encore les Galates conservaient leurs coutumes, ainsi que le langage de la Gaule.

L'activité des Gaulois ne s'était point arrêtée en Asie; Ptolomée ,^ roi d'Egypte , rechercha leur alliance; il se servit avec succès de leur K^ourage , et les Carthaginois eurent recoiurs à

DES GAULOIS • ^ 8l

leurs armes pour dtfendre la Sicile contre les Romaias. n

Ils n'étonnaiëgt pas ^ôÎbs la Thrjce par leur intrépidité ; lô royâupae de Tyle (ja'ils y foa4è^^^ ^ ^ respecter , . pendant -soixante ans, des peuples qui l'environnaient. Byzance se yU assujettie par eux à payer un tribut; mais bienJjQt cette Ville,, raasuréet p^r l'appui d'Attale , ^ .r^i de Pergame , déclara* la guerre aux Gaulois. ♦ .

Leur prince , nommé Gavare , s'avance avec soa peuple armé; fa nom et l'approche des Gaulois frappent de terreur leurs nombreux ennemis. Sans combattre , Taspect des |;uerriers du Nord force B^zance à la soumission , et ses alliés à la fu^e. Mais l'orgueil de Cavare causa la ruine de ^ nation ; il abusa de sa for^ ttme. Tous 'les peuples voisins,- poussés au désespoir par ses extractions et par ses violences, se liguèrent contre lui; il les brava, les combattit, mais succomba. Son peuple, préférant la destru€tio)a à la ^rvitude, périt tout entier.

Les Scordis(|ue« étaient ]ps plus féroces des saceès Gauloîs;^iiirscoJQnies nombreuses s'étradaient des scordepuis lés lipdites de la Thrace et de la Pan- *'^*'" nonie jusqu'aux frontières de l'IUyrie ; toutes les iles du Panube leur étaient soumises ; Horta et Gapedunum étaient leurs principales cités ;

un vaste, dçsçrt entourait leur territoire : fiers de cette solitude^ Us la regardaient comqfieun signe gloriewLde'rèflfroi universelqu'îls inspiraient.

Éternels rivaux de Rome, ils-offfirenC contre elle leufs secours à Persée^ roi.de Mkeëdoîue; ce prince orgueilleux dédaigna leur^appiri, qui peut-être l'aurait préservé de 6a. chute , et Taurait garanti* de la captivité qui déshonora la fin de ses jours. /i

.. Les Romains , indignés de se voir retardés à chaque pas dans tout l'univers par les armes gauloises , firent* contre les Scordisques une guerre dont le succès fut long--temps balancé, iiivius les défit; mais, relevés atissitôt que. vaincus , ils attaquèrent de nouveau les Romains ; le consul Caton qui les commandait périt sous leurs coups avec la plus grande partie de son arinée, dont ils poursuivirent les débris jusqu'au bord de l'Adriatique. La dévastation de l'Istrie et de la Dalmatie fut la suite du malheur de C^^tbn.

Les efforts de Didius et de Mùnicius parvinrent à repousser ces peuples insatiables de guerre et de pillage ; enfind'heùreux Sylla les soumit. Mais , depuis , leun humeur» turbulente força souvent Auguste et se^ successeurs à s'armer pour répripaer leurs brigandages et pour délivrer la Macédoine de leùr^ incursions.

On voit par le récit d'Appien que, dans le

DE5<.Gi:Ul01S. 85

paysdesPéonien&tjOnrencoDtr^itBiïcorequel-

Francs-;*de sorte que lesFranfcs, en'rentrant

'^ ApiÈs3.-C. 1^5 ans.

84 COflijlJÊTËS

dans les Gaulés^ ne firent que reconquérir leur berceau.

L'habileté*, la pnidetlce, réunies au courage, étendaient, fortUiaient et consolidaient partout la puissance des Romains; les Gaulois, au contraire, perdaient, chaque jour, par leur désunion , par leur imprévoyance , par leur ignorance en politique et en législation^ les lient qu'à leur fougue nérité sans frein.

oint assez pour Rome Italie, poursuivis en amis en Asie; conquéhresse de l'Orient et it, le-nom de la Gaule t l'existence de Cette ^out sur les débris de Vitait son orgueil; il aer avec tranquillité : mais un pays si vaste, si peuplé, si belliqueux, n'offrait point une conquête facile ; on y trierait dans chaque homme un soldat, dans chaque bois une forteresse, dans chaque fleuve une barrière , dans chaque cité une armée ; il fallait autant de ruse et de constance que d'intrépidité, non-seulement pour conquérir ce vieux arsenal de l'indépendance , mais même pour y pénétrer. La lutte qui s'établit entre'la

liberté gauloise et l'ambition romaine fut longue et opiniâtre.

Marseille , qui devait fermer Fentrée dç la union de

^nii ■r* •! * ^ t •■« Rome et de

Gaule aux nomams^ leur en ouvrit la première Marseiiio les portes. Cette république , dont la sagesse's'fe- ^GaJîois? tait fait si long-temps respecter par Rome et|)ar Carthage , qui redoutaient ses armw'et retherchaient son amitié ^ commit enfin l'imprudence d'appeler à son secï)urs la puissance qui devait la détruire. Fatiguée des guerres continuelles qu'elle avait à soutenir contre les ûaulois Déeiattes et Ubiçns, ellec^pllicita l'appui de Rome *.

Le consul Opimius combattit ces tribu» gauloises, les vainquit et donna leur territoire aux Marseillais; mais ceux-ci ne tardèrent pas à reconnaître qu'un protecteur trop puissant 'est un guide dont on ne p^it 'arrêter le» pas.

Peu d'années après, le consul Fulvius rentra Premier

1 • 1 . . , t fé. établisse-

dans la route ouverte a ses armes, pénetrj, ment des

dans la Gaule , et défit les Salluviens. Son suc- ^$*i** cesseur Caius Sextius compléta leur défaite, et Marseille reçut encore leurs dépouilles : Sextius excepta^eulement de ce doiî un lieu où se trouvaient des e^^ux minérales fameuses; il y fonda une ville nommée Aqusè Sextiee , aujourd'hui Aix en Provence.

Ce fut là le premier établissement des Ro-

* Avant J.-C. 1 55 ans.

lùsnns dans les Gîiùles. Ils traitèrent les vaincus avecr barbarie et les vendir.ent comme esclaves. La èorruption entra dans ce 'malheureux pays à la suite des légions avec la servitudiè. Un Gatiltoi6 nommé Craton prouva qu'il avait trahi tes-Gaulois et favorisé les armes romaines; le cojisul Sextius brisa ses chajnes et lui accoiHia la liberté dé neuf cents de ses compatriotes:.* cîvîiîsaiîon * Lc tcmps avait opéré d'assez granfls'change-

de la nation .| - i-i- ^» «»i«

gauloise, mens dans les mœurs de la nation gauloise; respectée au dehors et à l'abri dès atta(|ues de Tétranger par la terreur qu^înspirait son ndiri , ce repos extérieur amollit peu à peu l'âpreté de son courage : la civilisation y fit des progrès; déjà on voyait dans la Gaule des cités bâties, (fes remparts élevés, quelques temples érigés; les Gaulois connaissaient l'usage des monnaies , construisaîent des vaisseaux : on vantait l'habileté de leurs charpentiers, de leurs menuisier» : quelques manufactures fabriquaient des

tissus- grossiers ; l'art de travailler les métaux ne leur e'tait pas étranger ; la charrue rendait fertiles une immense quantité de plaines autrefois couvertes de bois : le commerce avait ramené la richesse , et la richesse fit disparaître

régaiité. ; '

La politique des druides accoutumait le peuple à l'obéissance : les riches, les grands, ceux

que Cé^ar appelait nobles ^ troublaient le pays par leur ambitiou^- par leurs querelles. Les plus habUes^ devenant chefs de leur cité^ foirmaient des alliances avec d'autres cantons ; leurs guerres perpétuelles entretenaient la turbulè^^ce du peuple > sans lui conserver cette bravoure sauvage , fruit de leurs antiques .et simples mœurs. On ne retrouvait quelques traces de l'intrépidité presque féroce des anciens Gaulois que chez les Helvétiens vQrs le midi, au nord dans la Belgique^ et surtout chez les Nerviens et les Bataves.

Deux confédérations puissantes se disputé- Dissentiont rent lpng-4emp8 la préémine;nce dauis Is^aule j ^GaTiois? l'une était celle des Arvernieris ( Auvergnats ) , et l'autre celle des Éduens (pçuples d'Autuft). Le sénat romsûn sut habilement profiter de ces dissensions ; et comme les Salluviens , vaincus par Sextius , étaient alliés des Arverniens , le copsul Domitius offrit l'amitié de Rome aux Éduens, conclut un traité avec eux, joignit ses légions à leurs troupes, et livra bataille à leurs ennemis dans la plaine de Yindalium, aujourd'hui Avignon.

La terreur produite sur les Gaulois par la vue des éléphans qui marchaient à la tête de l'armée romaine rendit leur défaite facile : ce fut non un combat, mais une «anglante dé-

roi Ternîens

route dans laquelle le consul leur tua vingt

mille hommes et en prit trois mille *.

Défait» Bituitus, roi des Arverniens, plus indigné

'^•rriqu'efifrayé de ce désastre, appelle aux armes

' ^on peuple et tous ses confédérés; à la tête

d*une foule immense de guerriers , il s'avance

avec Forgueil de l'inexpérience , se flatte d'une

prompte victoire , et publie avec jactance que

les chiens qu'il mène à sa suite suffiront pour

mettre tous les Romains en fuite.

A peine sorti du débouché des Cévennes , il rencontre ces légions redoutables, objet de son mépris : le signal du combat est donné; mais eiÊ vain la furie gauloise s'efforce de soutenir la gloire des enfans de Brennus; elle se brise contre les -masses serrées des Romains ; les sabres gaulois s'émoussent inutilement sur l'armure impénétrable de leurs ennemis.

Après plusieurs attaques sans succès, la lassitude commence à ébranler leurs colonnes fatiguée^; la cavalerie romaine y pénètre par des évolutions rapides, et Bituitus est forcé à la retraite , laissant sur le champ de bataille ou dans les fers cent mille de ses plus braves guerriers.

Fabius Maximus^ son vainqueur, érigea, dans le lieu même où il avait combattu, deux

* Avant J.-C. 122 an».

temples , l'un à Mars et l'autre à Herôite : il souilla ensuite s^ gloire par une atroce perfidie; ayant invité Bituitus à une conférence, il le retint prisonnier et le tr^na dans Rome à sa suite pour orner son triomphe. Fabius y parut couvert de la riche armure tUiroi des Arvemiens, et monté sur le char d'agent tjui portait ce prince dans la bataille où il fut vaincu. Le sénat romain n'osa ni approuver ni punir cette trahison ; il fit élever avec soin indit ses États : ce is, plus senitible au . constamment de-

niens, si redoutés Coixiiitia les autres copfédé-mrbmMiH Is résistèrent, mais xanuDi.

leur pays fut conquis : les contrées qui portent aujourd'hui le nom de Provence, de Dauphiné, de Savoie, se courbèrent sous le joug, et se virent réduites en provinces romaines. La ville de Narbonne. fut ^ndée * par le consul Marcius : on donna à toutes ces conquêtes le nom de Gaule narbonnaise. Cépion les avait agrjindies quelqu,e8 années avant, en s'emparant du pays des Tectosages. Possidonius prétend qu'il trouva daiTS la cité de Toulouse, leur capitale, un

* Aiaot J.-C. 118 ans.

go CONQUÊTES

trésor éValué à la.«omme de^ quarai^te ihîlliirDS.,

Irruption Tout alorS'dcvaît faire présager au:{|uRôinaina

da Nord la prompte souiniS8ion«.du reste de la Gaule,

Gaule, loçsqu'une effroyable et soudaine irruption de

Barbare» descendus du Nord interrompit le

cours des victoires de Rome, suspendit ses

triomphe», ébranla sa fortune, et la menaça

d'une destruction totale.

Au, milieu de c€» contrées septentrionales , prong^ea^une grande partie de Tannée dans les^ ombres de la nuit, et couvertes de glaces pres^ qu€Kéternelles, une population peu nombreuse et sauvage vécut, pendant plusieurs siècles, pauvre, faible et ignorée. 'Mgis l'industrie httmkine triomphe de la natur^^ ces peuples, forçsuytt la terre à produire des moissons, les fleuves et les forêts à lés nourrir ,: les mers à porter leurs bâtimens légers sur toutes les cotes voisines qu'ils dévastaient, parvinrent à se multiplifer tellement, que ce Nord, qui semblait condanm^ à rester désert, devint, suiv«aift Texpr^^ssion du Goibt Jornandès , la grqndèfabnque du genre humain y et ce fut de ce volcan^ouvert au mijieu des glaces que s'étamièrent depuis tant de tourbillons àçvorans, -tant ^'orsu^e^ destructeurs , qui parcoururent la plus gracnde partie de l'Europe ,. désolèrent la Gaule,, dévastèrent l'Espagne , firent trembler, l'Italie , et

des' gaulois. 91

portèrent enfin leurs ravages jusquJ^en Afrique.

C'est à leurs successives invasions^ sous des noms différens , que nous devons la déplorable confusion qui jette tant d'obscurité sur l'ancienne histoire de là Germanie. Semblables à ces nuées terribles d'insectes qui, dans l'Orient, dévorent en un instant les moissons, les torrens du Nord détruisaient partout les cités , dépeuplaient les campagne^, et arrêtaient la civilisation dans sa naissance; toutes les tri|)us, tou9 les bourgs, toutes les contrées changeaient perpétuellement par eux de nom, de maître et d'hafiitans. "-

A leur approche , les nations tout entières , refoulées dans l'Occident ou vers le Midi , répandaient de tous Goités la même terreur qui les avait chassées; et ce qui payait à peme cï*oyable , c'est tjue ces immenses nuées de ravageurs, descendues du Nord, se renouve^ laieut sans cesse et semblaient sortir d'une source intarissable. ' . *

Lies premiers de ces dévastateurs tjui épou- Lear, dévantèrent le monde furent les timbres et îe& Teutons ;' ils parcoururent coinme un torrent une grande partie de l'Allemagrie actuelle. Mais les Gaulois Boïens, soutenus par les Scordisques des* rivés du Danube , leur A&pposèrent dans la Bohême d'invincibles obstacles : repoussés par

g2 CONQUETES

eux, ils marchèrent vers fUelvétie; là, ils trouvèrent d'autres Gaulois, les Ambrons de Soleure, les Tigurins de Zurich et les Tugens de Zug, qui , loin de les combattre, joignirent leurs armes avec les leur^, dans l'espoir de satisfaire leur antique haine, et de renverser par leur secours la puissance de Rome.

Leurs bandes , aussi formidables par le courage que par le nombre, pénètrent dans la province romaine, rencontrent le consul Carbon , attaquent ses légions , les enfoncent , les dispersent et les massacrent ; le pillage , la ruine , la servitude , la mort se promènent avec eux dans toute la Gaule narbonnaise. Les Arverniens, les Séquaniens , les Éduens, punis de leur timide sounrission aux Romains, sont lii^rés aux mêmes ravages ; et , pendant onze années, la Gaule entière est dévastée par ces féroces vainqueurs , dont la furie sauvage , après avoir dépouillé la terre de ses moissons, ée, nourrissait du sang des hommes.

La Belgique seule résista; les mœurs belli- ,qùeuses et l'âpre courage des anciens Gaulois se retrouvaient encore dans cette contrée; ils repoussèrent les Barbares et sauvèrent leur patrie. Leurs Bientôt las d'errer dans le reste de la Gaule

victoires

sur le» épuisée , les Cimbres , les Teutons et les Helvétiens redescendent dans la province romaine,

DES GAULOIS. gS

tournent leurs regards avides vefs Tltaiie^ et envoient à Rome des députés pour lui demander la cession d'une partie de son territoire dans la Cisalpine et dans la Ligurie.

Dédaignant de répondre^ le sénat appelle le peuple aux armes; mais cette fois la fortujne, le courag^ et la tactique des Romains échouent coptre l'ardeur impétueuse et la fougue désordonnée des sauvages enfans du Nord.

En vain le$ consuls Silanus et Scaurus espèrent les chasser de la Gaule narbonnaise^ leurs aigles fuient. Cassius, plus malheureux encore, est surpris, entouré, forcé de déposer les armes, et contraint de passer honteusement sous le joug *.

Deu3t nouvelles armées romaines se présentent, commandées par Cépion et par Mallius; la discorde s'établit entre ces deux généraux ; l'incertitude trouble leurs conseils; la crainte les fait hésiter dans leurs plans ; enfin ^ plutôt réduits par la nécessité que décidés à combattre, ils livpent bataille; quatre mille Romains périssent , quarante mille tombent' dans l'esi^vage, et dix soldats seuls échappés au carnage portent au sénat .la nouvelle du désastre de 'Ses deux armées.

La haine contre Rome seçiblait alors plus

* Avant J.-C. 107 ans.

94 CONQDÉTES

forte dans l'esprit des.vaînqu«tirs quç «l'amour du pillage; fidèles au vœu qu'ils avaient fait à leur divinité avant le comljat, iU jetèrent dans le Khône tout le butin pri^ sur l'eanemi. On eût dit que pour la première fois, guidés par l'amour seul de la gloire, ils voulaient vaincre et npu s'enrichir : étrange gloire que celle de dévaster les contrées les plus fertijss et d,e-,les changer en désertsl

Après la victoire, ils se séparèrent; les Teutons se pi'écjpitèrent sur l'Espagne : mais ils y trouvèrent des peuples qu'on vit dans tous les temps aussi peu désireux de conquêtes que difficiles à conquérir.

L>nr Ijes Celtibères les contraignirent de repasser "hto*!" les Pyrénées ; rentrés dans la jGaule , ils rejoigniiient leurs farouche^ eomp^nons, qui firent . entendre de nbUT«au .ce cri terrible : « C'est à Rome que nous marchons ; e'^st Rome r. » , „

récédait, et cependant. ils )re francl^ les AJpes. Le u (les Cimhi^s et des Teu- ; Ambrons, tespKis biïives [aisait trembler les vainqueurs d'Annibai et d'Antiochus. Le- sénat, cette illustre assemblée de héros, paraissait vide de défenseurs; il appelait partout un Ca-

DES GAULOIS. g5

mille , e^ l'orgueil , cédant à la crainte , le fit chercher dans les rangs des plébéiens.

Marins, qui venait d'eiyi^hainer Jugurtha , Triomphes

.-••, «11 1 «de Marins

Maritis , non moins barbare que les guerriers su ces du Nord, dont il avait la stature et la férocité, se charge du salut de Rome^ et, tandis que les Cimbres descendaient deâ Alpes, il entre d^s la Gaule, et rencontre près d'Aix l'immense apmée des Teutons et de$ Ambrons : peu de légions l'avaient suivi ; et, lorsqu'il vit la plaine et les montagnes couvertes de cette fioule, innombrable d'ennemis qui fkisaient retentir l'air de leurs hurlemens, il hésita pour la première fois et voulut trq<îiier la guerre en longueur; mjais, dans ce pays dévasté , les vivres lui manquaient, la disette le plaçait entre la mort et la victoire ; il se liy ra à sa fortune et risqua une baiCaille qui devait décider le sort du monde civilisé. * .

Il donne le signal; le choc-eat affreux; son armée rangée avec art, serrée avec prudence , couverte d'armés impénétrables, animée par tant de siècles de gloire qui vont recevoir un nouvea"tt lustre ou S'effacer , pàttiit long-tejyips dans ' la plaine commitf un techer immobile battu par là tempête et a^ailli . par le^ flots d'une mer furieuse. Après cent assauts inutiles, les Teutons, las de ne pouvoir jpéilétrer

ces murailles de fer , ralentissent leurs attaques ; plusieurs se retirent en désordre ; Marins les charge à son tour; sa cavalerie les tourne^ entre dans leurs masses^ les sépare et les poursuit ; tous prennent la fuite ; mais tout à coup leurs femmes s'avancent en foule , les accablent de reproches y les ramènent au combat^ arrachent elles-mêmes les boucliers des Romains, et, se laissant hacher plutôt que de fuir, rendent de nouveau, pendant quelques io^stans^ la fortune incertaine.

Enfin le désordse , plutôt accru qu'arrêté par cette furie , rend leur défaite plus complète et plus sanglante; le carnage fut horrible, et, si l'on en croit Tive-Live , trois cent mille périrent dans cette bataille. Ainsi en une seule journée deux nations entières disparurent *.

On voit encore , près des villages de Tretz et de Pourières en Provence , les débris d'une pyramide que Marius^ éleva pour consacrer le souvenir de cette grande victoire.

Le consul libérateur de la Gaule revint sauver l'Italie ; il combattit avec le même courage et le même bonheur les Cimbres près de Veisceil ; il leur tua soixante mille hommes ;, le reste tomba dans les fers ou trouva la mort dans la fuite.

* A"vant J.-C. 102 ans.

DfES GkVtOldi 97

Une tranquillité de quarante ans effaça dans la Gaule la trace des ravages qui l'avaient dé^ peuplée; ce repos ne fujt troublé que par urte rébellion des Salluviens. Cécillius la réprima ; Pompée purgea les Pyrénées d'une troupe de brigands qui en sortaient pour dévaster l'Aquitaine *.

Tout cédait au peuple romain; cependant ce tyran du monde se vit soudain menacé d'une ruine honteuse , non par des ennemis fameux , ni par des nations armées^ mais par ses propres esclaves en révolte; ils brisent leurs fers, for*ment des légions, mettent en fuite celles de plusieurs consuls et préteurs ; c'était Spaf tacus, un Thrace, Énom^ûs et Gripsus , deux Gaulois, qui jetaient ainsi l'épouvante dans Rome : unis , ils avaient triomphé ; jaloux et divisés , ils se perdirent-

Cette guerre, la plus juste de toutes, (ni la moins honor^; car, dans ces siècles antiques tant célébrés , les droits de l'humanité étaient méconnus : partout les lois n'étaient faites que pour la sûreté et les jouissances d'un petit nombre d'hommes ; le reste végétait dans la servitude.

Pompée eut la triste gloire de terminer cette lutte par la destruction totale des rebelles.

* Ayant ^.-C. 90 ans.

q8 coif quêtes des gaulois.

Les Gaulois, ruinés par les invasions du Nord , affaiblis par la perte de leurs provinces méridionales 9 amollis par le repos et divisés en factions qui se disputaient la prééminence , cessèrent de s'armer contre les Romains, dont l'appui même devenait nécessaire à plusieurs de leurs cités pour les défendre contre les Germains.

Les Allobroges seuls, après avoir favorisé d'abord les projets de Gatilina qu'ils trahirent ensuite, tentèrent de secouer le joug de Rome*; mais Pontius, à la tête de quelques légions, les soumit.

La Gaule , renonçant aux conquêtes et même è l'espoir de recouvrer ses provinces perdues , croyait vainement jouir en paix de son indé^ pendance; l'ambition d'un homme décida sa perte. César aspirait à l'empire du monde ; une grande gloire pouvait seule lui faire dominer ses égaux. La Gaule avait perdt^sa force, mais la terreur de son nom vivait encpre. César résolut de la conquérir ; il employa le fer des Romains pour subjuguer les Gaulois, et, couvert de lauriers, il se servit ensuite de l'or de la Gaule pour détruire la liberté de Rome.

* Avant J.-C. 6i ans.

Page 1