‹ Histoire de FranceChapitre 8 sur 19 · CONQUÊTE DE LA GAULE PAR CESAR · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE LA GAULE PAR CESAR

Ambition d'Orgëtorix, Helrëtieii. ^ Aocusation et mort de ce guerrier. — Arrivée de Cësar dans la Gaule. — Sa réponse ëyasive aux Helyétiens. — Sa marche et sa victoire sur eux. — Relation de César sur la Gaule et ses habitans. — Dëputatioo des Helvëtiens A Gësar.— -Rupture de la confërence.-^Ambition et intrigues de Dumnorix. — Victoire décisive de César sur les Helvétiens.— Assemblée des états de la Gaule.— Rapport de Divitiac à César. — Réponse et démarches de César au sujet d'Ariôviste. — Sa marche contre le roi des Germains. — Perfidie d'Arioviste dans une conférence avec C^ar. — Sa défaite et sa fuite.*— Armement des Belges. — Marche de César contre eux. ^ Leur défaite et leur fuite. — Attaque du camp deC^ar par les Belges. —Trait de courage de César .^Intrépidité et mort des Nerviensu ^ Prise de Namur. — Départ de César pour l'Italie .^Nouvel armement dans la Gaule. — Révolte des Vénètes. ^Retour de César dans la Gaule. — Préparatifs des Yénète8.'«-Combat maval "pris de Vannes.— Défaite et soumission des Vénétes. — ^Révolte et défaite de Viridorix. — Intrépidité d'Adcantuan.^ Victoire de Crassus en Aquitaine.— -Caractère des Suèves. —Invasion de Germains erngts.' — ^Marche de César contre eux.— Destruction de cette nation. ^Retraite des Suèves. —Descente de César en Bretagne .^-Soumission des Bretons. — ^Révolte parmi les Trévi-

' rois.— Rivalité d'InduciomareetdeCingétorix.— MortdeDum* norix, — Nouvelle descente de César en Bretagne. ^Défaite et soumission de Cassivélaunus. — ^Retour de César dans la Gaule. Ambition et puissance d'Ambiorix. — Sa dissimulation. — Sa victoire sur les Romains.— Arrivée de César à Liège. — Sa vie-

rOO CONQUÊTES

toire sur Ambiorix. — ^RëvoltedesSennonais.—- Pr^aratife d^Induciomare.— Sa défaite et sa mort.— •Soumission des Sennonais.— Défaite des Trëriroîs. — ^Trères se soumet. — ^Fuite des Éburons et d' Ambiorix, leur chef. ^Irruption des Sicambres. ^Leurs premiers succès .^Mort courageuse de Baculus. — ^Retraite des Sieambres. — Fuite d^ Ambiorix. — Départ de César ■pour la Lombardie. —Origine de Vercingétorix.— Son exil.-« Son retour.-— Son élévation au trône.— Ses préparatifs hostiles. ^Prise d'Orléans. — Siège de Bourges. — Disette dansTarmée romaine. ^Réponse de Vercingétorix aux reproches des Gaulois.— Lutte mémorable des deux armées.*— Prise de Bourges. '—Discours de Vercingétorix à ses soldats. — Élection de CSon* TÎctolanus confirmée par César. ^Rérolte des Éduens excitée par Conyictolanus. — Soumission des Éduens. -r Défaite des Romains pr^ àe GergOTie. — Départ de C^r pour Sens. ^ Réunion des légions romaines.— Habileté de Vercingétorix, nommé généralissime.— 'Faute de ce généraL — ^Bataille décisive. ^Défaite et retraite de Vercingétorix. — Siège d'Alésie par César.— Discours féroce de Critognate, Arvemien.— «Bataille d!Alise.— Dévouement de Vercingétorix. —Derniers exploits de César dans la Gaule. -^ Ind^endance des Atrébates.

L/A justice est si nécessaire aux hommes^ qu'ils 3e çrpient obligés d'emprunter son voile révéré pour couyrir leurs actions les plu^ injustes, et les. gôuvernemejis prennent tous son langage dans leurs manifestes , au moment même où l'ambition seule dirigp le^rs entreprises. Ambition La Gaule, depuis long-temps, loin d'atta- HeiTétieii.'quer les Romains, se voyait dépouillée par eux de ses plus riches provinces. Cependant l'oppresseur, cherchait des torts à l'opprimé potir servir d'extuse à de nouvellea conquêtes } il

DE CÉSAR* lOI

fallait un prétexte pour commencer la guerre; l'ambition d'Orgëtorix , Helvétien , en offrit un à César.

Cet Orgétorix , distingué dans son pays par sa naissance «t par sa richesse , devint aftisi la cause de tous les malheurs de sa patrie : aspirant au pouvoir suprême et secondé par fa. noblessé, il séduisit une partie du peuple, en lui persuadant de le suivre et de quitter un sol âpre , montagneux , étroit , sans cesse exposé aux attaques des Germains , pour chei>cher dans l'ouest de la Gaule , les armes, à la main , un climat plus doux , un territoire plus riche et des possessions plus vastes.

Un tel projet devait plaire à des nobles impatiens de conquêtes et de pillage, à une multitude avide de nouveautés; ils chargèrent Orgétorix de parcourir les cités voisines et d'obtenir ou leur appui ou leur neutralité. Orgétorix s'occupa moins dans cette mission de l'intérêt géfiéral qui masquait ses desseins, que des moyens propres à faciliter le succès de ses vues ambitieuses et personnelles.

U trouva chez les Francs -Comtois (Séquaniéns) un Certain Cas tiens dont le père avait autrefois gouverné cette contrée, et chez les Éduens, le jeune Dumnorix , actif, adroit, audacieux et très populaire. Ces deux hommes

désiraient comme lui monter au trône et asser- Tir leurs concitoyens.

Oi^étorix leur persuada facilement que réunis ils triompheraient de tout obstacle. « Si » vous m'aidez , leur disait-il , à m'emparer du » sceptre, les forces de FHelvétie, jointes aux » vôtres, nous rendront en peu de temps les » maîtres de la Gaule. »

Plus Te nombre des hommes qui entrent dans une conspiration s'accroît, plus il est difficile qu'elle reste long -temps cachée; tout ce qui ajoute à sa force augmente en même temps son danger.

Accusation Lcs Hclvéticns découvrent le complot d'Or-

et mort de , ^ , - -

cegnerrier. gétonx ; turicux dc cet attentat contre ItuT liberté, ils l'accusent et lui ordonnent de se justifier. Mais, fier de l'appui que lui donnaient dix mille hommes dévoués, Orgétorix refuse de comparaître devant les juges.

Les Aiagistrats alors assemblent le peuple; toute la cité en armes se prépare à la vengeance; la guerre civile est près d'éclater, lorsqu'on apprend soudain la mort de l'auteur de ces troubles : on crut généralement qu'il avait lui-même tranché ses jours.

Ses projets d'émigration lui survécurent, et le peuple helvétien persista si ardemment dans le désir d'abandonner son pays, qu'il brûla

douze de ses villes, quatre cents villages, ,et tout le grain qu'il ne pouvait emporter : chaque citoyen se pourvut de vivres pour trois mois. Plusieurs autres nations , celles de Baie ( Rauraques ) , de Duttingen ( Tulingins ) , de Brisgau ( Taubrige) , et les habitans de la Bavière (Norique), se joignirent à eux; mais tous restèrent quelque temps dans l'incertitude sur la route qu'ils devaient suivre.

Deux chemins s'offraient à eux ; l'un , par la Franche-Comté ( Séquanie ) , était un défilé entre 1q mont Jura et le Rhône, passage si étroit et tellement dominé que peu de cohortes ennemies auraient suffi pour arrêter leur marche : l'autre , route plus ouverte , traversait la province romaine et présentait de grandes facilités ; le pont de Genève appartenait aux Helvé tiens; le Rhône malgré sa rapidité était guéable en plusieurs endroits ; enfin , en se dirigeant de ce côté , ils espéraient attirer dans leur parti les Savoyards (Allobroges), encore mal soumis aux Romains.

Déterminés par ces considérations , ils choi-> sirent ce chemin , et convinrent de se rassembler tous sur les bords du Rhône , le 2S mars ^.

César, après son consulat, avait sollicité etAm>ée èe

^ ^ ' César dans

obtenu du sénat le gouvernement de la Gaule laGauie.

* Avant J.-C. 58 ans.

cisalpine et de la province .romaine* «Informé du projet et des dispositions des Helvétiens ^ il part , suivi d'une seule légion , avec cette célérité qui lui valut tsyit de succès y pénètre dans la Gaule ultérieure, arrive à. Genève, en fait rompre le pont , et ordonne de grandes levées dans toute la province.

Lorsque les Helvétiens apprirent qu'ils avalent été ainsi prévenus par César, ils lui députèrent deux hommes considérés parmi eux , Numéius et Véroductius , pour le prier de leur accorder un libre passage sur le territoire de la république; ils promettaient de ne commet^ tre dans leur marche aucun dégât ni aucune hostilité,

Leur unique dessein était de s'établir sur les bords de l'Océan dans la Saintonge , pays des Santons. «Nous n'avons, disaient-ils, d'autres » moyens pour exécuter notre entreprise , que » de passer en amis sur vos terres j tcrute autre » route est impraticable ou trop dangereuse. »

La honte et la défaite du consul Cassius, qui s'était vu contraint récemment par le.s Helvétiens de passer avec «on armée sous. le joug, avait inspiré trop de ressentimens et laissé de trop funestes souvenirs pour que Cé^ar accueillit une telle demande. La plus brave des na-^ tions gauloises qui cherchait et voulait con-

BE césar; io5

qu^vîr une autre patrie^ un peuple debout, trois cent mille voyageur» arniiéd , excitaieat trop d'inquiétude et d'embarp«8 pour leur accorder imprudemment l'hospitalité. '

Cependant César , quoique bien décidé à leur s» réponse refuser 1 entrée de sa province, dissimula ses seiTétieiu. intentions, et, afin de se donner le temps de i^assembler les troupes qui devaient le rejoindre, il annonça aux députés que , ne pouvant répondre sans consulter le sénat, il les informerait le 1 3 d'avril suivant de sa résolution définitive.

Personne ne sut mieux que ce grand- capitaine unir la prudence à l'audace ; il employa ces quinze jours de délai à oonstruh?e avec une incroyable activité, dans une étendue de dix^ neuf mille pas , depuis le lae de Geïlève justpi^au moBt Jura, un mur de«eîze pieds de 'hauteur, bordé d'uir fossé très profqnd et gat^nide tours défendues par dea troupes d'élite.

Au jou^fixé, lorsque les députés séprésen*tèrent de nouveau , César leur déclara. qiîe le peuple romain ne voulait pas qu'auctlne troupe étrangère travepsât'son terwtoîre,'et que, si les Helvétiens îe tentaient , il emploierait la ^orce des armes pour les repousser..

Ceux-(^ , reconnaissant trop tard qu'on les avait trompés ^ et qu'il n'était plus' pp$sible de franchir une barrière si bien gardée , s^adres-

sèrent encore aa gendred'Orgétorix, à l'Édueii Dumnorix^ qui s'était accpiis, par son crédit et par ses promesses /une grande considération parmi les Francs-Comtois ses voisins.

Les députés d'Helvétie obtinrent un libre passage dans la Franche-Comté ; les deux peuples se promirent un appui mutuel , conclurent une alliance, et se donnèrent réciproquement des otages pour en garantir l'exécution.

On ne eonçoit pas bien comment la Gaule , que César disait si fertile, si cultivée, si rempKe de villes, de bourgs, de villages, d'habitans, et qui arma trois millions d'hqmmes contre lui, contenait cependant encore, d'assez grands ter^ l'ains, sans maîtres et sans culture, pour donner à une nation tout entière l'idée et l'espoir de s'établir dans une de ses^ provinces ; si les Romains n'ont point exagéré dlos leurs récits la population gatiloise, on doitèroirô que les guerres civiles, ainsi que les ravages des Cimbres et des Teutons,avaient totalement dépeuplé quelques parties de*"ce vîMte territoire.

Quoi qu'il en soi t^ dès que César fut informé de la- résolution des Helvétifens, il résohit de s'y opposer. C'était dévoiler son^ambitîon; car ce peuple, en se transplantant et en s^éloignant de la province romaine , ne lui donnait aucun droit pour l'attaquer. César prétendit que l'éta-

blissement de ces tribus belliqueuses che^ les Santoûs serait dangereux pour leurs nouveaux voisins les Tolosates^ colonie romaine.

Sur ce seul motif, laissant son lieutenant Larbiénus garder ses retranchemens, il court cbercher cinq légions, revient avec la rapidité de Féclair, combat en chemin les peuples de la Tarentaise (Centrons ) , de Maurienne (Gr^Or celi ) et d'Ambrun ( Caturiges ), traverse; le pays des Lyonnais (Segusiani), et y reçoit une députation des Éduens qui le pressent de les protéger contre les Helvéticns, dont les bandes indisciplinées, après avoir traversé la Franche Comté , ravageaient leurs frontières.

César ne jugea pas alors convenable d'atten- samarehe dre qu'ils fussent arrivés en Saintonge pour lesre sur eux. attaquer ; mais il pressa sa marche et les atteignit sur les bords de la Stône (l'Arar), que les trois quarts de l'armée -helvétienne avaient déjà passée : le quart , qui était resté en deçà du fleuve, surpris, assailli, fut taillé en pièces.

Par un singulier hasard , qu'onTcgarda comme un présage favorable pour les. Romains, ces Helvétiens, détruits dans œ premier combat, étaieïit lesTigurièns (Zuriquois), ceux-là mêmes dont les pères avaient fait passer Cassius sous le joug. César fît* croire habilement à ses légions qu'en cette circonstance les dieux

signifiaient leur fctveur pour lui , et vengeaient son injure pâpsonnelle ; car Pison son* aïeul avait péï*i dans cette déroute avec Gassius dont il était le lieutenant.

Bîori moins téméraire qu'Alexandre q*ii entreprit la <:on(fuéte de l'Asie avec trente mille hommes , César commença celle de la Gaule à la tèig de cinq- légions". Mais le premier ne combattait que des Asîch;iques énervés, tandis que l'aXitre attaquait ua peuple belliqueux dont le nom 'depuis troh siècles était l'effroi» de -Rome.

he génie de Gésar, sans s'aveugler sur la résistance Iju'il éprouverait , mesura froidement lés périls qrfil alkit courir ; il étudia ses ennemis / leurs institutions, leur caractère , leurs mœurs^ fonda son espoir wr leuf désunion, sUr leui^ rivalité , 'e* mérita ainsi sa gloire par son habfleté autant que par sa vaillance.*" -'<)« vjoitavec surprise ce grand capitaine s'élànCer att mili^ des<}aules, s'y établir avec une poiignéedfe Komalns, y l'ester, isofe , entour^' de 4^ribus nq^brei^ses 1^ guerrières, dis^ sémin^r encore . sans èrainte ses légions -dans l'est,. le jïdrd, l'ouest et le midi de ces vastes contFées ; combattre et triompher r partout , n'obtei?i?r que des -trêves après ses victoires, soutenir des -sièges dans tous ses camps, vaittcre tantôt en mksse^ tantôt en détail, enfin,' après

BE CÉSlA' 109

dix ailnées d'entreprises hasardeuses, 'de batailles, continuelle»), soumettre entièrement ce^ peuftles donl-iejnombre aurait dû l'acofthler, et ne payer cette grande conquête que de la perte d'une seule-de tes légions; - - '

La connaissance parfaite que César avait acquise de ce pays pçut seule expliquer le myi

» ties : les'Bolges habitent l'une, les Aquitains » l'autre, 'et les Celtes , que nous appelons Gau- » lois, laHroisièmfr. Tous ce? peuples dHTèrèpt » entre eux de loi^vde-^outQinee et de langage. )i La Garonne sépare l'es Aquilains de» Gau- » lois; oeuitvci «ont séparés des Belges' par ' » la Seine 'ettpar la Marne. Les-plu» bravas de )i toxts sont leS'Belges : plus éloignés de la pt'o- » vince romaine etpluiétrangepsàlaquItUrc, » à l'humanité', à U civilisation, Jç commercé » ne porte point chea eux tous ces objets de » luxe qui effiémraent les" ésgrits.

» Leur humeur, belliqueuse .'est entretenue . » et -endurcie ; par le voisinage des^ Germains- » aveclesquels-ilfi sont engiierre.côhiinuEUej

» c'est ce qui fait anssi que les Helvétiehs sur- » passent en courage «les auXres Gaulois^ car }y ils s'exercent s^ns cesse en se battant presque }} tous les jours contre les Germains pour attan quer leurs frontières ou pour défendi:e leurs » propres foyers:..

» «Dans la Gaule , • on voit nonrseulement les )} villes , les bourgs , les villages , mais les fa- » millesmèmes divisées en factions; chacune a }} son chef qui exerce la plus grande autorité » surjelle; toutes les résolutions son^t soumises » à sdr Yolenté ^ toutes les affaire» k son arbi- )}' trage. Il paraît -que cette coutume^ établie de w tout temps a pour but d'empêch w que le faible » ne* soit opprimié sans secours par lé puissant.

» Chacun défend avec zèjé .son parti ; s'il y » manquait^ il perdrais tûulicrédit et tout pou- » voir : on retrouva cet usage dans toute la » Gaule. Chaque ville est agitée p0,r deux par- » tis^ qui se disputent la^prééminence.' ;

)) Lorsque 'les Romains entrèrent * daos les }) «Gaules ^ les Éduens.étaient * Id^^chefs d'une » grande fsu^tion; les Séquaniei^«e trouvaient » à la tète de b teconde, : ceux-ci, moins forts » -parôe que l'autojritè deç ÉdueQs était plus anw cienneet soutenue par une plus nombreuse » clientelle, cherchèrent à se fortifie? en s'al- »' liant aux Germains et à Arioviste) ils 1q dé-

DE CÉfi\R. III

I cîdèr«it à- cette union par de grandes pro-

» amis avçc douceur et'piéaagement. Les Sei> quaniejts perdirt;Af ainsi^toute préémiiience; » de^çe moment. les. Ëducns .n'eurent^ d'autres » Vivaux..que les Rémois, leurs anciens ,et iru réconcil^abtes enaeqiis : ceux-ci devenant

112 COMQOÉTES

M au^si les alUë» des Ro«ftîns> ,on-i:e(^erchait M ég;aleinie.nt/le«nappni,^e sorfie qmi tou^ les » peupIe3LgauljW8^-]^ors,Ies Belges^ -se,partàgè- » refHsntr^Ieedeusconfédératjttiiide^dueiw » etdesHéiQOÙjfcspeCtejit lesjJDSCOiuineaD-

DE CÉSAR. Il3

» commis^ s'il s'élève des querelles sur un hé- » ritage ou sur des limites y les druides les J>i- » gent; ils accordent les récompenses, ils in- » fligent les peines, et tout homme public ou » privé, qui résiste à leurs décrets , est interdit » par eux ; il ne peut plus assister aux sacrifi- » ces; ce châtiment est de tous le plus grave à » leurs yeux : l'interdit se volt rangé au nom- » bre des impies ou des scélérats; tout le n^onde » l'abandonne , chacun fuit sa conversation ; à » son approche, de crainte d'être frappé de » contagion, on ne lui rend aucun honneur, M et il ne peut jamais espérer aucune justice.

» Les druides reconnaissent un chef qui M exerce sur eux une autorité suprême ; après » sa mort, le plus éminent en mérite lui suc- » cède j si plusieurs présentent les mêmes ti- » très, les druides choisissent entre eux, et » jamais ils ne violent par la force des arities » la liberté dé cette élection.

» A une certaine époque de l'année, tous » les druides se rassemblent sur les frontières » du pays chartrain , centre de la Gaule ; ils fi se réunissent dans un lieu qu'on regarde )) comme sacré; là, de toutes parts on accourt » pour les consulter et se soumettre à leurs » jugemens. .

» On croit que cette institution a pris nais-^

Il4 CONQUÊTES

» sance en Bretagne; depuis elle s'est répan- » due dans la Gaule : aussi ceux qui veulent » en. approfondir avec plus de soin les mystè- » res, vont en étudier les dogmes dans Vile )} des Bretons.

» Les druïdes sont exempts du service mi- » litaire ; ils ne combattent point , ne paient » point de tribut; on les dispeitse de toutes » charges : tant d'immunités et de privilèges » leur attirent une foule de jeunes gen» que » les principales familles leur recommandent; » ils y apprennent, dit-on, un grand nombre de » vers ; quelques-uns consacrent vingt années. » à cette étude; il ne leur est point permis de » transcrire ces vers , quoique les lettres grec- » ques soient en usage chez les Gaulois pour » toutes Ifâ affaires publiques et privées : cette » défense parait avoir deux motifs : le premier » de rendre leurs dogmes plus respectables, en » ne les divulgant pias ; le second de rendre » plus active la mémoire de leurs disciples; » car ile^ reccmnu que la mémoire se relâche, » lorsqu'elle se fie à l'écriture.

» Ce qu'ils s'efforcent surtout de persuader » à leurs disciples , c'est que les âmes ne pé- >i rissent point , et qu'après la mort elles pas- » sent dans d'autres corps : ils pensent que ce » dogiD^e, en faisant mépriser la mort, est le

DE CESAR. Il5

» plus puissant aiguillon du courage. Ils leur » enseigi^ent ensuite la marche des astres y la M forme du monde, l'étendue de la terre, la » nature des choses , la puissance, la force et » l'immortalité des dieux.

» L'autre classe prééminente dans la Gaule » est celle des chevaliers. Leur usage, toutes les » fois qu'il s'élève une guerre, est d'y prendre » part, et, avant l'arrivée des Romains, il n'y » avait point d'année où chaque cité ne com- » battit soit pour attaquer, soit pour se défen- » dre. Tou» se vouent au métier des armes» Le » nombre des cliens, des Âmbactes, dont cha*- » cun d'eux se voit entouré , est proportionné à » sa naissance et à ses richesses. Cet entourage )) plus ou moins grand est chez eux l'unique » marque de distinction, de crédit et de puis- » sance.

» Toute la nation gauloise est fortement » attachée à ses croyances religieuses. Dans les » maladies , dans les périls , on les voit immow 1er des hommes pour victimes, et se vouer ^) quelquefois même à la mort : ils ont recours » aux druides, pour ces sacrifices; ils pensent » que la vie d'un homme doit seule racheter » la vie d'un autre homme , et ils croient » qu'on ne peut autrement apaiser le cour- » roux des dieux immortels; plusieurs de ces

Il6 CONQUÊTES

» sacrifices soht institués publiquement. On en » voit qui construisait d'immenses statues d'o- » sîer qu'ils remplissent d'hompies vlvans j ils » y mettent le feu, -et font ainsi expirer. ces » misérables dans les flammes. Les voleurs, les » assassins sont, dans leur opinion, les victi- » mes les plus agréables aux dieux^ mais , lors- » qu'ils ne trouvent pas assez de eoupsMes , les » innocens mêmes sont envoyésau supplice.

» Mercure est le plus puissant de leuYs-dieux ; » ils en font un granJ nombre de statues, et » lui attribuent l'invention dès arts. CJest le » guide de leurs voyageurs, le protecteur de » leurs coriimerçans. Après lui, ils adorent » Apollon , M ai^ , Jupiter et Minerve ; leurs » opinions sur ces divinités sont les mêmes » que celles de toutes les^ufres nations. Ils » croient qu'Apollon chasse les maladies, que » Minerve préside aux sciences et aux arts, » Mars à la guerre , et <[iie Jupiter gouverne » l'empire céleste. \ *

» Au moment de livrer bataille , ijs vouent i) à Mars une partie de leur butin, et lui sacri- » fient les animaux dont ils se sont emparés : » ce qu'ils réservent pour d'autres sacrifices » est mis en dépôt dans les lieux destinés à cet » usage. Plusieurs cités en gardent des amas » considérables ; le terrain qui les renferme est

DE GÉSÂE. 117

» sacré; rarement un Gaulois méprise assez, la » religion pour en détourner ou dérober la » mmndre partie; leurs lois^ùnissent ce crime )} du plvs horrible supplice , celui de 1^ croix.

» Ih se vantent d'être descendus de Pluton ; » c'est ce que les druides leur ont persuadé : » d'après cette croyance, ils mesurent le temps » non paV le nombre des jours , mais par celui » des nuits > ils commencent par elles leurs » mt>is, leurs années, de sorte que Je jour » suive constamment la puit ; enfin c'est la » nuit et non le jour de leur naissance qiï'ils » célèbrent. ^ ,

» Pour tous les autres usages.de^la vîe> ils » diflfèrent peu des auires peuples.; seulement » ils n^ permettent a leurs fils de les voir pu- » bliquemeiit^ que lorsqu'ils sont adultes, et » lorsqu'ils peuvent soutenir le poids des jBir- » mes. Faire paraître en public xAi qnfant en » présence de sonT père serait pour eux une » honte. :

p Lorsque '1^ dot d'une femme est estimée , » le mari est obligé de lui en donner une égale ; » on met les biens en coJÎQmun, et ils demeurent » ainsi que lès intérêt^ au survivant. * L'époux » exerce le pouvoir de vie ou de mort sur sa » femme et sur ses enfans. Lorsque quelque » père de famille d'une naissance illustre meurt,

Il8 CONQUÊTES

» et que sa mort inspire des soupçons contre sa » femme ^ les parens se ^réunissent; elie subit » la question cdmme une esclave, et, si elle est )) trouvée coupable , on la livre aux flammes , » après lui avoir fait souffrir les plus cruels » tourment.

» Les funéraillea des Gaulois sont, relati- » vement à leur civilisation, magnifiques et » somptueuses. Tout ce que le défunt parais- » sait avoir a^mé de son vivant est brûlé sur » son bûcher , même les animaux ; et le temps » n'est pas éloigné où l'on brûlait avec lui ceux » de ses esclaves et de ses cliens qu'il chéris- » sait le plus. »

On voit par ce tableau les soijis que César s*était donnés pour étudier ses ennemis. Ce n'est que par la connaissance approfondie d'un peuple qu'on trouve lé secret de le vaincre , de le soumettre et de le gouverner.

Péputaiion Après sa victoire, Ciésar jeta un pont sur la Heivétiens Saôue (l'Arar), et passa, en un jour ce fleuve que '"^" les Heivétiens a'avaient pu traverser qu'en trois semaines. Poursuivis de près et surpris de sa promptitude, ces peuples lui envoyèrent enfin des députés. Leur chef Bivicon, célèbre par la victoire qu'il avait remportée sur Cassius , montra par la fierté de ses paroles que les vaincus n'attribuaient leur défaite qu'au hasard.

DE GÉ3ÀR. 119

i< Si le peuple romain , dit-il , veut conclure M la paix avec les Helvétiens^ ils consentiront » à s'établir et à demeurer dans la partie des » Gaules que César désignera. Mais s'il per- » siste à les combattre, qu'il se souvienne des » malheurs récens de l'armée romaine et de » l'antique courage des Helvétiens. César ne » doit ni les dédaigner, ni attribuer à sa vail- » lance l'avantage d'un combat imprévu dans » lequel leurs troupes, séparées par un fleuve, >) ne pouvaient se soutenir mutuellement. Nous » avons appris de nos aïeux à triompher par le w courage et non par la ruse. Réfléchissez à » votre ..entreprise, et craignez, en nous com- » battant^ de rendre ces lieux à jamais celé- » bres par les calamités du peuple romain et » par la destruction de son armée. »

César leur répondit avec hauteur, leur reprocha les outrages qu'ils avaient faits aux alliés de Rome , et leurs tentatives pour traverser la province romaine. « Vous avez, leur dit- » il ^ surpris et ndn vaincu Cassius ; les dieux » retardent quelquefois le châtiment pour le » rendre plus certain , ou poulp laisser le temps » du repentir : je puis oublier vos anciennes » injures, mais non les nouvelles; elles seront » punies sévèrement, à moins que vous ne » vous hâtiez de les réparer , d'indemniser les

» Allobroge8y les Éduens^ ainsi que nos autres » alliés^ et de me donner des otages pour ga- » rans de votre bonne foi. "»

« Notre antique coutume, répliqua Divicon, » est de recevoir des otages et non d'en don^ }) nerj les Romains eux-mêmes en peuvent }) rendre témoignage, jt- Rupture Ccs parolcs rompirent la co^férenee.. Les conférence. Gaulois Continuèrent leur marche; César les poursuivit, et sa cavalerie trop ardente^fùt re^ poussée avw perte par celle des Helvétiens, que cet avantage enorgueillit. Le général romain ne tarda pas à se coûvaincre qufe , sî la désunion et l'inconstance des Gaulois pouvaient doiiner quelque facilité à vaincre les cités qui se déclaraient contre lui, elles devaient aussi l'empêcher de compter solidement sur l'appui de celles qui embrasseraient sa cause. Après quinze jours de marche, le défaut de vivres l'arrêta; les Éduens lui en avaient promis; et cependant ils n'arrivaient pas. Inquiet de ce retard, il rassemble les principaux Éduens qui se trouvaient dans son camp^ et demande au premier d'entre eux, Liscus, vergobrète ou principal magistrat d'Autun, ce qui pouvait occasioner l'inexécution de ces promesses : « Qest » pour vous, leur dit-il, que j'ai pris les armes; » je combats pour vous venger; vous avez au-

» tant d'intérêt que^ m&i à' tio» succès; j'avais » compté jsur vôtre s^otirs, et "vous me livrez » sans vivres à la merci de nos ennemis. Je vous » regardait dans xjette guerre comme deà alliés » ardens et fidèles ^ mai^ vous -n'en êtes que les » témoins indifflèrèns. » , » *'

Lisons , touché d^ c%. r«proç)te ^ dit alors à César <jue, bravapt le péril certain auquel il s'ex][^osait ^ il se dëbidtit à. lui* tout dévoiler. (( Apprenez, poursuivi t-ilj^ que» dan^nte. ''cité )) les ïnagjistrats ont perdu^touf^buvoir : quel- » qùes Jiommes «atMdacfeux se' "^opt emparée » de la faveur p.bjmlairej ils qnt persuadé à la » multitude, qu'^ j^e devait p^é vou^ envoyer » deTïVPes, et que, sfl^s Êauens p'erdçnl; Kès- » poir de la suprématie dans les' Gaules,* il » vaut mieu^ qu'eHe appaptiënué aux Helvé- » tièn«. Qaidois ;CoYnmé «iïx^, qa*â des Ro- » mains qui renverseraient notre liberté*,: ces » mêmes fkct^eux correspondent avec l'en- » nemi, et ri^fdtaient de tous vos desseins, )) J'avoue que jusqu'ici la ci;fintô qu'ils m'in- » spirent m'aidait imposé silence ^ »

Dans une cciteiférènce plus secrète, Liscus Ambition confirma les soupçons formés depuis long- de temps dans 1 esprit de César contre ILduen Dumnorli^. Il étiit en effet le chef dé la faction liée aux Helvétiens j cet homme riche et ambi-

tieux, grossissant sa fortuite par ks fermes et par les droits de péages, qu'il levait à bas prix, augmentant son crédit par Ses largesses, et soldant un corps nombreux-de cavaliers qui Tentourait, avait acquis une grande autorité dans sa ville côinme dans les cités voisines; il avait marié sa mère à un chef distingué des Bei>ruyens ; il s'était Jui-même uni par les liens du mariage à mie Helvéjtierine, et manifestait une grande haine pour Ites Romains, 'surtout depuis que César soutenait contré lui l'autorité de son frère Divrtiaci Les Hefvétiens lui faisaient espérer le 'trône, et il les servaSt avec ardeur.

Enfin César appf it que c'éfetit ^à la trahison des * cavaliers de Dumnorix que les Romains devaient attribuer leur récent échec : instruit de tous ces complots et contenant son courroux, il eti parla à'Divitiac , dont l'âme généreuse- parvint à le fléchir en faveur de son frère. Cependant il 'fit arrêter Dumnorix, lui dit qu'il avait tout découvert et tout pardonné, à conditioti seulement qu'il réparerait ses torts ; la liberté lui fut ensuite rendue; mais des agens fidèles surveillèrent sa conduite : la moderation de César lui rendit l'amitié des Eduens, et l'abondance reparut dans le camp.

décisive de Bicutôt il atteignit les ennemis ; Labiénus , à

Césarsurles , , ,,. , i • % ^

Heivéïiens. Icurinsu, S ctait porté, derrière une montagne,

sur leur flanc. Dés qu^îl y fut arrive, César feignit de se retirer et- de se rapprother*d'Au.tun ( Bibraçte). Les Helvétieps , attribuant ce mouvement à la crainte, le poursuivent avec plus d'ardeur que d'ordre; alors les; légions s'arrêtent, se raiigent en batq^ille, et le signal du combat est donné.

César sentait que ce jour allait décider de sa destinée : voulant ôter aux Romains tout espoir de fuite, et rendre le «péril commun à tous, il ordonne d'éloigner les chevaux, sans excepter même le sien , harangue ses troupes , et commande l'attaque.

Les ennemis soutiennent d'abord le choc avec intrépidité; leurs boucliers sont criblés par les' dards des Romains; ils les jettent et combattent nus; enfin, couverts de blessures, ils reculent; Tarmée romaine les suit. Mais tout à coup leur corps de réserve, composé de Boîens et de Tulingiens, fond sur les flancs de la ligne romaine et la tourne; les Helvétiens reprennent courage et renouvellent avec fureur le combat; il fut long-^temps douteux; les Romains, faisant front partout, partout repoussent les assaillans ; enfin l'ennemi fatigué se retire, mè^is sans tourner le dos, et continue à se battre jusqu'au lieu où il avait enfermé ses bagages, derrière les chariots dont il s'était fait

uft rempart; là lès Helvétiëns se défendirent encore lông-temp§ à coups àe flècheà , de piques et de lai\ces; enfin on força leur camp. Un fils ^t une fille d'Orgétôrix tombèrent dans les fers; la plu3 grandes -partie des Helvétiëns. périrent; cent trente' mille homn^es se sauvèrent dans les pays des tiilgq^s, habitans de Ltingres. ,

La perte desRQmaiçis avait été considérable ; César, occupé à soigherles M^^sés, a faire enterrer les morts, ne put poursuiyre'les ennemis; mais, dané l'espoh: de retarder ^leur marche, il envoya des courriers auic'Lingçns pour leur défendre' de donner* des subsistances aux vaineus, SOUS" pleine de s'jEittirer -la guerre; ils obéirent, et les/Helv-étien^ découragés envoyèrent des députés ^ui demai^rent à genoUx la paix.

Gésar . exigea d'eux qu'ils rendissent 'les esclaves, déposassent les armes, et donnassent des ^otages» Six -mille JB;ernoi* (Urbigènes), ne voulant pas. souscrire à\ces conditions, tentèrent seuls de gagner lé Rhin ; mais ils furent arrêtés dans leur route et pris : le reste des Helvétiëns se soumit aux lois du vainqueur» César leur ordonna de retourner en Hélvétie, pour la défendre contre les Germains, et de rebâtir leurs villes et leurs bourgades. Les registres trouvés dans leur camp prouvèrent qu'à son départ cette nation était composée de trois cent soixante'*

PE GÉlSAR. 125

huit mille personnes, dont^quatre-vinjgt-douze mille portaient les.armes;. après leur désastre celit dix^ille seuls revirent leur patrie.

. Une si éclatante victoire répandit partout la Asiembiée renommée de César; lès principaux chefs de ladeUGa^c. Gaule celtique açco.iy^ureiat le féliciter,. Ile le remercièrent de les avoîi* délivrés de l'inVasion des Helvétiens., et lui*d«mandèrent là permission d'asseiÇLhJier, suivant leur usage^ des. députés de toutes les xités^ pour délibérer 'Sur les intérêts 'g^iràraux dé la Gaule > et rel^,tivjement à des propositions qulejjcigeaient leur conrmun consente|iient. ^ ,

Après a^^oir obtenu? s»n approbation, ils se réunirent et firent serînènt de ne «en laisser transpirer du résultat de' leurs délibérations.

L'assemblée étant séparée, les mêmes députés revinrent trouver César j ils le. conjurèrent de garder un secret inviolable sur ce qu'ils allaient lui confier. ^

Divitiae portait la pïtrole : « Deux factions Rapport » rivales ,^ dit-il , celles des Éduetis et des Ar- à cilàr^^ » verniens, déchiraient la Gaule ; les derniers, » unis aux Séqtianiéns, ont- commis "l'împru- » dence inouïe d'appeler à leur secours les » Germains. Ces'^hommes sauvages et féroces » n'ont, ^our la première fois , passé le Rhin » qu'au nombre de quinze taille hommes j mais

» bientôt ,-, tentés par la richesse et la fertilité » de notre patrie , cent vingt mi|le de leurs » compatriotes les ont suivis^ et sont entrés » dans les Gaule$. Le^ Éduens^^ vaincus par » eux dans de fr^quens combats^ ont vu périr }) leur, sénat ^et presque toute h. noblesse. Ce » peuple^, ^qui , par son courage et^ par son » alliance avec Roma^ Vêtait acquis tant de » crédit dans la Gaule, s'est .vu opntraint de H 'donner en otages ajux Séquajiiens- leurs plus » nobles- citoyens. On leur a fait* jurer de ne » point redemander ces otages,, et de n^ jamais » implorer le secours des Romains. «Mol seul, » continua Divitiac, refusant de me soumettre » et de limier mes enfans, j'ai pu, sans par- » jure, fuir ma^ patrie, et denâander au isénat » la protection de Rome. .

» Au reste, le sort des Séquaniens vainqueurs » est encore plus triste que celui <le8 Ëduens » vaincus; leur allié Arioviste, roi des Ger- » mains, s'est emparé du tiers de. leurs terres: » dernièrement encore ils y ont établi une co- » lonie de vingt-quatre mille Barbares. Bien- » tôt tous les Germains passeront le Rhin pour » vivre de nos dépouilles. C'est surtout depuis M sa dernière victoire , remportée près d'Ama- » gétobrie, qu'Ajrioviste^ devenu plus superbe, » plus violent, nous contraint à lui livrer les

DE GëSÂR. 127

» enfens des familles les plus distinguées; le w moindre retard dans l'exécution de sa \u)lon- » té nous expo^ aux plus crue}s supplices : il » est impossible de supporter plus îong-tçmps » la tyrannie de cet homme aucùci eux, irasci- » ble et baii)are. Si César et ie peuple roqiaîn » ne nous stcoureiU,. il faijdra qiTe tous les Gau- » lois, à l'exemple des Hdvétiens, abandonnent » leurs champs, et chfercheiyt, loin de la G^^ » manie, d'îMitres foyers et xme autre fortvne.

» Si Arioviste, était infoftné de iu>tre démar- » che , tous les ôta^s qui scmt entre se» mains » périraient cruellement. Cessa* peut seul , par » la force de son armée, parile bruit de sa.rén cente victoire, par le respect porté au nom » du peuple romain, empêcher qu'une plus » grande miiltitude de Germaips ,ne passe le ' » Rhin, et me livre toute la Gaule sans défense » aux outrages d'Ariovistè. » •

Les gémissemens des assistans, la.cpptenance abattue > ïa honte et le silence des députés séquaniens confirmèrent les paroles de Divitiac. Le terrible Arioviste semblait être présent à leurs yeux. César les rassura par ses promesses.?

(( J'ai, leur, dit-il,, autrefois rendu service Réponse ei

à-0 A *i ^ y ' 9 o ■* *t démarches

ce pnnce, et j espère quen ma laveur il de césaraa

» arrêtera le cours de ses injustices. » Un mo- ^rioiiste.

tif plus réel et plus'puissant déterminait César

128 C0«Q^iTE9

à secourir les Gaulois } îndépendamrhentxle k honte* qu'il aui^it éprouvée ea laissant opprimer les Édûems^ anciens alliés dç Rome y son aiAbiticAn Toyjit tïans Arioviste un rival redoutable. Le Rhôn« sçul séparait la Séquanie de Ikpicovin^ç, romaine, e tries Germaine, en s'habitiULnt;à pas&r le-Rh\n, pouvaient menacer rifâjîe d^une ipvasi^n non moins formidable que celle des Cim|>re8'et des Teutoite.

César envoya> dé$ ambassadeurs au roi des Ge^rmaifi^^^ur lui tiemânder ube conférence, et le prier d'indiquer à ce| effet un lieu égale^ ment distant de leurs frbiltièrès."

Arioviste répondit qu'une-armée ne pourrait iparcher sajti^ dépense. et sans embarras, qu'il ne voyait point dé sûreté à s'a,pprocher seul des limites romaines, que si César voulait lui parler, c'était à lui à venir le chercher, qu'au reste il ne comprenait pas de quel droit César et les Romains prétendaient s'interposer entre lui et les ennemis qu'il avait vaincus.

César prit alors le parti de lui écrire; il lui rappela sbn*«tUiance avec les Romains, et lui déclara qiie pour la conserver jl devait rendre aux Éduens et Sux Séquaniéns leurs otages et leur Indépendance , qu'autrement, d'après les ordres du sénat, il saurait défendre se^ "alliés par les armes.

Arioviste répondit aveo arrogance, alléguant les droits» des vainqueurs sur les vaincus , et l'exemple des Romains qui n'avaiei\t jamais souffert qu'on les empêchât de gouverner librement les pays cofiquis par eux. a Les Éduens, » disait-il, subissaient le sort de la guerre; dé- » , faits en plusieurs batailles > ils ne pouvaient » cQ^server la paix qu'en payant le tribut » exigé. En cas de rçfus, l'appui de Home ne » leur serait d'aucun secours. Si vous voulez, » César, tenter la fortune des armes contre un » roi qu'/)n n'a jamais attaqué impunément^ » vous connaîtrez bientôt à vos dépens ce que » peut le cquraged'un peuple qui, depuis quin- » ze ans^ n'a dormi que sous la tente. »

Cette réponse et'les npuvelles que César reçut sa marche de Trêves, dont les habitans se voyaient me- uroi des nacés d'une ruine prochaine par les Suèves, le * * ' décidèrent à marcher sans délai contre les Germains. Il vpulut, par cette promptitude, prévenir l'accroissement redoutable que l'arrivée dés (^ent cantons suêves aurait donné aux forces d' Arioviste , s'il leur avait laissé le temps de passer lé Rhin et de se joindre aux Germains. Apprenant d'ailleurs qu' Arioviste s'avançait du côté de Besançon (Vesontium), ville importante par sa situation et par sa richesse , il marcha jour et nuit, s'empara de cette cité, et '• 9

I 5o CONQUÊTES

y trouva une grande quantité de vivres et de munitions.

Au môpaént où ce succès semblait Jiùi en promettre* de plus impor^s/ r^nconstante fortune^ qui se plait à, renverser en un instant les hoïnmes et les ]$tats« qu'elle a élevés le plus haut^ parut abs^pdonner César.' Lès récits des Gaulois effrayés, les ' relations exî(gérées^des voyageurs sur le nonxbre, la farce ^ la taille colossale' et l'àspeét^ terrible dejj Germains , répandent dans le' camp rçmaiix une terreur soudaine; ces légions, qui ont* tant 4^Jfoi8 parcouru le monde en tainqi^eurs ejt dompté' les peuplea lea plus belliqueux, trèniblënt au bruit de; l'approche des, Grermains, méconnaissent la voix de leur chef , craignent dé» combattre , refusent de marcher, et demaQdent le signal de la retraite avec autant d'emportement qu'iU ava^ictet coutume de provoquer celui des bar tailles..

Tout a'utre que César eût été perdu; son jéloquence et )^ fermeté triomphèrent de la peur et de la révolte ; hravant les rebelles et les menaçant de combattre sans eux les Barbares, avec' la dixième légion, qui seule lui restait fî^èk^y au lieu de retarder l'ordre du départ, il le hâte; on l'exécute, et li^ Konte fait renaître le couxage.

IXfi CÉSAR. l3l .

Lorsque les» deux .armées fuirent à six milles PercdiQ l'une^ile l'autre, ArioTiste proposa^^jie confë- danlToV rence à César : c'était nn pîége pour le 8urpren-iTw*céw. dre ^ César le pi^essei^it et se rendit au lieu indique, san» crainte, mais non sans'précautipns.

Dans ce court entretieï^, «Césâç parla probaUement avec pej^ de franchise de KindÉpendafle^s que le ê^nat^ioulait àsSu^er à la Gaule et de la^prc^tection qij^'il devait à ses alliés. Ario*viste se contenta^» lui i^^oçtdre qu'il pénétrait ses véritables' projet^ de* conquête, voilés sous l'apparenée d^utie« fausse modération,^ et qu'en s'y opposant, cofaîi]à[e il y était résolu, il scf concilierait Vamitié dés plu^ grands ^personnages de.l^ome , dont plusieurs l'a'^aifent .secrètement excitée foire "^érir César. S' efforçant ensuit^ de prolonger l'edteetien, il proj^ose au général romain de* partager enli;» eux la Gaule , au lieu de 5e la aj^kter . • * . J

Soudain (Jfear s'aperçoit que quelques cavaliers germains altaguent son escorte, 'lui' lan^ cent tlgs traits , et chercheli^ 51 Benv*elt)pper ; alors ^ rompant brâaquement la conférence, il rejQint ayec^ rapidité so^ campt.

Capendatit , #oit qu^une apparente modération lui parût nécessaij?e^pour s'attireç .encore plus de respect dans le» Gaules, soit qu^au moment d^attaquer de tels éninemis, la rebel-

lion récente des légions lui eût iaissé quelque méfiance . accueillant une nouvelle demande d'A'rîoyiste , il lui envoya^ deux dépatés pour traiter de la paix ; mais ce pAnce farouche , changeant d'avis par caprice ou pour plaire à la multitude, traita les envoy;és roltnains, comme des e^ioiïs , et les jeta dans Jes fers. * •

Peu de jours après les^I^en^ains lui présentèrent le combat: il le refusa et se tînt ^onstamn^ent retranché diins soii camp. .

César, étonné d'uuje timidité gui répondait mal à tant d'arrogance, ne tarda pas à fen savoir la caus*e; il apprit que les 'femmes germaines, dont ces peuples regardaient les paroles comme

des oracies, avaient déclaré que^ les Germains

seraient vaincu^ s'ils combattaient avant la nouvelie lune. Le général romain , .prompt à sentir le parti qu'il peut tirer de cette superstition, marche^sans tarder avec toutçs ses forcés contre l'ennemi, et le contraint par une^brusque- attaque à^ sortir de son camp ppur le défendre : ainsi la bataijle s'engage. Çésaç, à lajtête de son aile droite, enfoiice d'aboril l'aile gauche. des Germains; mais, après une violente résistai\ce, le reste de ses^légions plie devant les Barbstres. Sa dcjaiie Crassus , qui commandait une réserve de ca- °*** Valérie, s'aperçoit de ce désordre, fond sur le flanc des Germains, et rétablit le combat. De

D^ GÉSAH. ]55

ce moment la vietoire né fut plus douteuse ; les Germains, frappés de terreur, fuient de toutes parts : ils sont poursuivis, massacrés; la plupart périssent sous le fer des Romains où dans les flots; Arioviste ne regagne l'autre rive du Rhin qu'avec peu dés siens.

Au bruit de sa défaite, les Suèves s'éloignèrent de ce fleuve,' et la ôaule, ainsi délivrée de ces dévastateurs féroces , n'eut plus à redouter que son libérateur. * *

César, ayant, en une seule campagne, terminé deux guerres et vaincu deux peuples si renommés, établit ses légions en quartier d'hiver dans la Séquanie sous les' ordres de Labiénus , et rentra lui-même dans la Cisalpine, d'où il pouvait à la fois veiller sur les mouvemens de ses ennemis dans les Gaules e\ de ses rivaux dans Rome.'

Il devait et pouvait compter sur l'aflFection Armemem des Éduens et des Séquaniens, délivrés par lui du joi% intolérable des Germains. Les peuples voisins de la province domaine s'étaient peu à peu accoutumés au repos, dont un trop grand amour dispose à la dépendance; mais, dans les autres parties de la Gaule, les triomphes de César et l'établissement de ses légions en Séquatiie répandaient une vive inquiétude. Les citoyens craignaient pour leur liberté; les chefs

redoutaient une protection trop dominante, et qui pouTait miettre un frein et leur ambition. Trop méoontens-^ôur.resttr tranquilles, trop peu hardis poUr oser les premiers attaqùen un vainqueur si redou^ble , ils fondèrent leui^espoir sur l'ardeur^ la force*, .le courage des ]B(plges, qui, au bruit de.Js^ défaite des' H^vétiens et des Germains, àvàîeiit^reçolu de défendre la liberté gaulois^ ^ et d'<Jpposer une digue'formidable au torrent qui menaça.it de la rçuTcrser. De toutes parts on leur envoya^ <Je$ députés pour aigrir leur ressentiment et pour les affermir dans leurs résolutions/ César apprit, par les rapports jde Labiénus, que lës.peiîples de la Belgique, qui j'ormaieiit le tiers de la Gaule, cohtrafetaieiît ensemble âes traités, eouf aient aux aripes, s^ donnaient mutuelltinent des ôtageâ, et devaient se n^ëunir tous sur leurs frontières. . .

Marche LVmoiudre retard ^ûl fait soulever les trois contra eax. quafts dc la* Gaule ; César, qui savait mieux que totut autre général le prix du temps, part rapidement* d'Italie, Ajoint ses troupçs, renforce son armée par de nouvelles logions, y joint un corps nombreux #Éduens,et des escadrons de cavalerie tirés de TrèveV,*et arrive premptement chez lès ^Réïhois.^ Sa présence raffermit dans son alliance ce peuple limitrophe

DE CÉSAR. l55

des Belges^ et virement 8ollicité«par eux de 8e réunir à leur ligue.

La promesse de sa protection^ la menace de ses armes, ne purent preduire le même effet sur les habitans dé Soissons j^Suessiones); leur roi<ralba s'élkhfillié aux Belges*, qui lui avaient déféré» le commandement général des i^rces de Isfe confédéçation ; iMéur. amena cinquante mille ^onlmes; Tes Seqnonais (peuple de Sens) embrassèrent le parti deCésaVf il isut par eux, avec précision, le nombre des ennemis qu'il devait combattre.

Leur armée réunie «['élevait à trois cent quarante mille hommes; les Bellovaci (Beauvais) seuls en fournissaient soixante, mille; le reste était Composé des Nerviens (Hainaut), Atuatici (Naniur), Atrébates (Saint-Omer), Ambiani (Amiens), Morini (Brabant), Menappi (Gueldre), Calètes (Caux), Velocassi (Vexiii), Veroinandici (Vermandois) : quelques autres, comptés parmi les nations germaines, avaient donné quarante mille cômbattans : c'étaient les Condrusi (Condros),- les Éburons (Liège), les Cœresi' (Bouillon) et Pœmg,ni (Luxembourg).

Les Atuatici descendaient -d'un reste de Cim-bres et de Teutons échappés au fer de Marîttsj et qui avaient obtenu un établissement dans les Gaules.

Les Romains rencontrèrent l'ennemi sur les bords de l'Aisne. L'armée belge occupait trois lieues de terrain. César ^ dans le dessein de les eflFrayer par une diversion > envoya Divitiac avec les Eduens sur le territoire de Beauvais pour le ravager, Mais^ avant deiitrer bataille^ voulant aguerrir le courage de ses troupes, et connaître celui des Belges ainsi que leur manière de combattre, il ne hasarda*,* pendant quelques jours , que des affaires de postes et des escarmouches, dans lesquelles sa cavalerie eut l'avantage.

Bientôt les ennemis en grand nombre se portèrent sur Bièvres (Bibrac), dont ils voulaient -s'emparer. César alors les attaqua dans leur marche, et les força dé renoncer à leur dessein. ^exiT Au moment où ce combat plus sanglant que iturfuiie. décisif venait de se terminer, les Belges apprennent que les Eduens dévastent le pays des Bellovaci ; à cette nouvelle, l'union cesse parmi euxj chaque peuple craint pour ses foyers et veut aUer les défendre; le tumulte règne dians le camp, la voix des chefs n'est plus écoutée; tous, sans ordre, sans plans, sans prudence, se séparent et prennent les diverses routes de leui*s pays.

César les poursuit vivement, en tue un grand nombre; ie reste se rallie et combat avec fu^

DE OÉSAR. 167

reur^ mais eu désordre r aussi disputèrent-ils plus la vie que la victoire; enfoncés 'de tous côtés, après un grand carnage^ ils cherchèrent leur salut dans la fuite. * .

César, toujoursjiabile à profiter d'un succès, entra rapidement dans le Soissonnaisf il attaqua brusquement Noyon (Novlodunum). Mais la hautemr des muraiUes et la .profondeur des fossés de cette place l'empêchèrent de 'la prendre d'assaut; il l'assiégea en règle; leshabitans, e£Frayés à l'aspect dea ms^^hines de guerre qui leur étaient ii^connues, demandèrent là pa^x. et l'obtinrent p^r l'entremise des Rémois. César leur laissa leurs terres, et leur rendit la liberté, ainsi cfn'aux: deux fils de Galba qjii les commandaient.

Beauvais (Bratuspantium)> non mioins effraye, se soumit également ^Divitiâc, leur vainqueur / apaisa lé ressentiment de Gésar contre eux. Seulement on en exigea six cents otages,, comme garans de leur soumission.

Il fallait encore combattre les peuples d'Amiens et du Hainaut, forjtifiés par le secours de ceux de Saint-Omer, du Vermandois et de Namur. L'indépendance de la Gaule voyait en eux ses plus fermes soutiens et ses plus ardens défenseur^ : il était presque également difficile d'ébranler leur courage et de pénétrer dans

l38 CONQUÊTES

leur pays, couvert de bois, de marais, et coupé par desr haies de Y^onces.aussi 'ferrées que des lîiurailles : M cavalerie n'était presque d'aucun, usa^e dans uçe telle coptréej leur Jïrincipjtlé force conjçîstait en inTmiteriç* . Césaf j^urmonta tbiïs les obstacles' d'iine route si peu praticable*, et ^'^pprodba des rive» dfe la SâAibre{Sabi8)^san8jprévoîr le périHmminent qui l'y attendait. Quelques Gaulois, qui Servaient jsoiis ses çrdres, le Whivent et informèrei^ secrètement |es Bçlges de ses desseins, des he vires de son départ, de la 4irectioQ'de ses colores , et de Tordre de sa marche, , • Attaqne Lcs Bclgcs, profllaut de ces avis, cachAit César par Icurs troupgs ÛsfiS 3es bois épais; ils •laissent

les Belges. * it>' • •'? ^ j. *^ j.

passer les Romains qui ^s avancent evec tranquilir^,.«ne yoyant point d'en^^emia» Dès que le camp de César est tracé > au moulent ou ses soldats, ayant^quitté léur^ armes, sont dispersés, les uns pour dresser les tentés^ d'autres pour travaillef aux çetcanchemens, le reste pour chercher 4es fourrages , de l'eau et du bois, l'armée gauloise, couverte par les ombres de la nuit,* sort de la forêt ert tombe avec impétaosité dans le camp tout ouvert, stu milieu des légions éparses et désarmées.

La terreur est généraref le danger se trouve partout; l'espoir, nulle part; tout parait perdu.

DE CÉSAR. l5g

Le génie seul de. César çst inébranlable ; seul il clrôrche^ il prévoit *le8 ressource», donne! leS' ordfea, les exécute^ réVeiUe le coui^e^ ft fait espérer encore non-seftlem^nt le salut», mais la victoire; il plante desa main l'élendard^ Agnal de ralliement ; il (ak sonner la charge ; il appelle les soldats attx a^^nes f à sa Vbix , chacun prend son glaive, sans chercher à s^ couvrir de casque nkde bpuclier. En un institut, quoi-* que «nélées*, d^ masse» entières d^ Romains se forment et se rangent en cohortes, en légions : une longue habitude . de discipline avait tant exercé à Fordre, qu'il renaissait comme dé luimême, au milijpu de ce tumulte.

Ce jour devait détiMire l'armée romaine, ou enlever a la Gaule son dernier espoir de liberté. De^tèls Qiotifs portent de^ de\ix cotés l'excès de l'irritation jusqu'à la furie^ On se mêle, on combat corps à corps; chacun est plus occupé à fcapper son emlemi qu'à repousser ses coups. Aprè§ de longs efforts Labiénus, parvenu à entame» le ceptre et l^ile, gauche des Belges, les enfonce et les poursuit jusqu'à leur camp.

Mais, dans le même temps, Boduognat, roi des Nerviens , se précipite avec une foule de guerijiers contre l'aile commiandée par César. La cavalerie auxiliaire de Trêves prc?nd la fuite. Une partie des Nerviens s'empare du camp des

l40 CONQUÊTES

Romains ; l'autre attaque en tête et en flanc deux légions, qui, dans «le combat, s'étaient séparées : ces deux légions ,*eaîTeloppées, pressées par la masse effrcfyable des ennemis, se trouvent tellement resserrées que les soldats ne peuvent ni marcher ni faire usage de leurs armes ; les officiera principaux de la douzième légion tombent per^§ de coups.

Trait * Pans cette position presque. - désespérée , de César. Césap arrachc le bouclier d'un^ simple soldat , appj^Ue par leur nom* tous les centurions, et les exhorte à tenter encore un efifôrt généreux : il charge à leur tête les plus intrépides assaillàns, les écarte, les repousse et les force à ralentir leurs attaques. Les deux légions^ plus Ubres.de leurs mouvemens, se rapprochent, s'adossent et se défendent avec moins d'iùégalité. •. '

-Deux légions, laissées à l'escorte des bagages, arrivent enfin et les secourent. Cependant le nombre des Gaulois était encore près de triompher de la résistance des Romains ,? loi^que tout à coup Labiénus, qui s'était rendu maître du camp des ^ ennemis , instruit du péril de César, lui envoie la dixième légion» A sa vue, tout change de face. La cavalerie auxiliaire se Intrépidité rassure et revient ; les Nerviens redoublent en Nerviens. vaîu IcuTS attaqucs : furieux de voir qu'uûe

DE césar; i4i

victoire presque certaine leiïr échappp , ils è'acharneut au combat j assaillis de toutes parts ^ ils aiment mieux '«uccombei* que fuir. Leurs morts entassés forment de sanglantes 6ollines^ sur lesquelles jpeux qui leur survivent montent, et, comme du hauf d'une tolir, lancent coritre les Romains les traits que ceux-ci leur ont jetés. Chacun d'eux ne pense point à éviter la mort ,^ mais à cendre chèrement sa vie; «enfin stir le champ d^ataîUe tous ces intrépides Nerviens cambattireïït et périrent,

La nation presque tout entière fut détruite ; les vieillards, les femmes et Iqs enfans, qVii s^étaient réfugiés dans leurs marais ^implorèrent la clémence de Cés^r: il leur laissa la vie. la possession de leurs terres, faible consolation de la mort de leur§ familleâ et de la perte de la liberté. -Qn sut par eux que de six cents sénateurs ils étaient réduits à trois , et de soixante mille c^mbattan^ à cinq cents. Leur pays resta sous la prdtectii3n des Romains.

I>'un aufre coté*, les Atuatici (Namur), ces ptîsc fiers enfansdesCimbres, après avoir été repous- * ses par Labiénus, avaient regagné leurs frontières, et s'étaient retirés dans une place forte située sur un rocher élevé, défendue par un double piur, garnie de palissades et environnée de précipices; ils la croyaient imprenable.

César les y poursiiivit et Içs soqima de se rendj^. Du haut*de leuVs murs ils lui Répondirent par des bfavades et par* des outrages; mais y lorsqu'ils virent le menaçant bélier et tout Fapp£(reil formidable des catapultes^ des ballstes^ des mactriers, de*^ mântelets^ enfin lorsqu'ils aperçur^t les tours roulantes* q\ii s'af^prochaient et dpmin^iént leurs remparts , dése^érant^e résister par. la fofc'e à* ces machines inconhues , ils résolurent d^pposer la ' perfidie à l'art, et feignireni; fle,se tendf e.

Ayant jeté dans les fôssé^ leurs armes, par Tordre de César , ils ;en cachent un grand nombre dans leS^ Ueux lei ,plus' ^erets de leurs maisons; les portes s'ouVrent; les va^Yiqueurs entrent et sont yecus avec une apparei|te soumission. Le soir Cêsàr, cEont là prudence veillait sans relâche , sort aveé ^s légions ef* les^ ramène, dans leurs retranchemens. Au milieu 4e la nuit les habitans s'arment y s'avaÀcent sans bruit et s'efforcent d'escalader. les remparts du camp; mais les Jftomain^ étaient sur leurs |;ardes, ib repoussent- left assaillans/ les^ poursuivent, let eutr.ent pêle-mêle avec eux dans la ville. César réduisit en esclavage ce peuple infortimé ; cinquante^trois mille fuirent vendus à Fencah. Cette rigueur, qui aurait dû soulever le reste d© la Gaule , la découragea.

Une seule légion , envoyée dans Jl'Quest et comman'dé^ par Cjj^assus^ saunât les peuples de Vannes (Vénèjes), Cputances (^nelli ), Carlier (Osismi), lUnant (Curiosolitcs)^, Lamballe^ Seez (Se^uvii), Évreux (-^ulei^î) et Rennes (Rl^édonè). .1^ terreur .im^ipée aux Gaulois n% s'arrêta point à leurs limites j de tous, côtés les Barnares envoy^ent à César des députés 9 des otages et dbâ sissurances de paix» • Après, de si grands sy cqjès , certain que la crainte prolongerait la soumission^ il ëtablit ses troupe^ à. Chartres- (Carnotes);' en Anjou (Andes) et en Tourainé(Turones)^ et* partit pï)ur rita^e. •

Sergius GaU>a était resté par ses ordres dans Départ de le pavs situé entre la Savoie, le lao -Léman, rxtaiie. le Iwoile et les Alpes. \jeÉ peuples qui l'habita&ent étâjçnt ceux du ChqLblais «t cfu Valais ' •

César voulait ^en rendre maître , ^t ouvrir une grande route* po^r faciliter les communications cïtt cpmmerce, •

Après querques. combats ^ leurs cantons s'étant soumis^ Galba envoya^ une' partie de sa légion eh quartiers dans. le haut Valsais (Seduni); il resta avec l'autre dans le pays du Chablais (Veragri)i un' bourg jstppplé Martigny fut le lieu qu'il <^Koisit pour y placer son camp. Mais , avant qu'il eût achevé de le fortifier, les Gau-

l44 CONQUÊTES

lois , le .voyant posté dans un vallon étroit dominé de toutes parts, résolvent en secret de le surprendre et de rexternâmêr.

Au p()int du jour-, les Romains aperçoivent une fbyle de.combattans qui , ^u haut des montagpes, le^accaplent de pierres e^ de dards; l'air retentit, de leurs cris. D'autres se précipitent en masse pour fofcer lés ret^anchemens; quelques officiers conseillafent la Retraite, Galba se décide à la défense.

Lp'coiïibat fut long/ douteux j et le péril extrême j un moment on crut qhe le camp allait être pris d'assaut; dans cet instant criti(jae deux officier» intrépides, Baculus et Volucinius, accourent et proposent hardiment de tenter une sortie générale; elle s'elécute, étonne et réu§sit. Le tiers des Gaulois est massacré; le reste fuit : mais Galba, ne croyant pas devoir s'exposer plus lo^g-temps avec un si petit nombï*e de tronpes au milieu d'une population turbulente et belliqueuse, rentife dans la province romaine. . '

NouTei César espérait alors qu'après avoir soumis la dans*"" Celtique, vaincu les Belges, chassé les Germains , et comprimé là rébellion des montagnards, il pourrait tranquillemetit tourner ses armes contre l'IUyrie; mais son attente fut trompée ; la liberté qu'il croyait sd>attue se

armement

dans la Gaule.

DE CÉSAB. 145

releva , et la Gaule subjuguée reprit tout à coup les armes.

Ce qu'on aura peine à croire, d'après ce qui se disait alors de la fertilité de cette contrée , c'est <tue Crassus , qui en .occupait le centre , se trouva dépourvu de vivres : plusieurs députés se rendirent, par ses .ordres, dans les cités maritimes, afin d'en obtenir. Deux d'entre eux, Vélanius et Silius, strrivèrent à Vannes, capitale des Vénète^. C'était le- peuple le plus puissant de la côte, il en possédait presque tous les ports ; le nombre de ses vaisseaux , l'h.ajbileté de ses inarins faisaient redouter ses ariloes : son commerce avec la Bretagne , aujourd'hui l'Angleterre , et les tributs imposés par Lui aux navigateurs de toutes les nations , accroissaient jenrnellement sa richesse.

Enhardis par l'absence de César, les Yénètes, Bévoit* levant l'étendard .de l'indépendance , jettent en * prison les doutés romains, et persuadent aux cités voisines d'imiter leur exemple.

Tous les peuples de la côte entrent dans cette ligue; chacun jure d'être libre comme ses aieux , et de ne plus souffrir la domination des Romains; enfin ils déclarent à'Crassus qu'il ne reverra ses députés qu'çn rendant les otages

gauloise Betotirda

Ces nouvelles sont* promptement transmises uoaX'

l46 CONQUÊTES

h César; frappé de leur importance et du péril qu'elle» annoncent 9 il ordonne en hâte de construire sur la Loire (Lîgérie) des vaisseaux légers, £ait rassembler de toutes parts des pilotes, des matelots , et court précipitamment dans la Ganlç pour y réveiller ïa crainte chez les ■ ennemis, et rendre Fespérance aux Romains.

prépaTatîff Lcs Véuètes n'ignoraient J)as à quelle ven- 'geance ils s'étaient exposas en rompant la paix et eu outrageant les ambassadeurs. La difficulté àts chemins , coupés par ies'flots dans les hautes marées, l'appui d'un océan orageux, la fqrce même de leur position ne leur inspiraient point une fausse sécurité. Ils prirent activement toutes les mesures de défense nécessaires pour .soutenir et pour justifier leur audace.

Ils fortifièrent leurs villes, enlevèrent les grains des eampàgnes, doublèrent le nombre de liaits vaisseaux, excitèrent toute l'Armoric|ue à prendre les armes, et tiemandèrent mémQ deê s^ours aux Bretons, aujourd'hui les Anglais.

D'autres sujets dé crainte occupaient encore la prévoyance de César; tl connaissait la mobilité dès Gaufois, leur promptitude à conclure et à rompre la*paix, leur penchant pour la liberté , leur haine pour la servitiMe. RediHttant avec raison que le mouvement im-

DK CÉSAR. . l47

primée par les Vén^Ces ae devint général , il crut nécessaire de diviser ses forces, et, pendant, qu'il combattrait les peuples rebelles , de surveiller ceux qui n'attendaient que l'occasion de le devenir, .

Labiénus ûit chargé *de contenir Trêves, Reims, la Belgique, et d'en imposer atux Ger^ mains: Il envoya Crassus eh Aqui^ine, avec douze cohortes et un grand corps.de -cavalerie, afin d'^n'pécher que ces peuples i^e secourussent la Celtique. Titurius Sabinus avec trois légiops^oCcupa le centre de l'Armorique. Le Poitou et la Saintonge étaient restés soumis; c'ét^t là qu'on avait construit et armé des vaisseaux. Décius Brutus s'y rendit et prit le commandement de la flotte. César à la tête de son armée de terre marcha contre l'ennemi» Chaque p^ de sa route était semé d'obstacles : dans les hautes marées, les flots entouraient ks villes de la côte , et les rendaient inabordables ; situées sur des langues de terre étroites , leur approche,, même dan$ les temps de la basse mer, était périlleuse; et, lorsqu'on parvenait à forcer .leurs remparts, les habitans se réfugiaient sur leurs vaisseaux, ou dans les îles voisines, de sorte qu'après avoir perdu beaucoup d'hommes et de temps, les vainqueurs n'avaien t pris que des murailles désertes.

l48 CONQUÊTES

La flotte n'éprouvait pas pioins.dë diiHeultés; exposée aux ^mpêtes sur le vaste Océan, au- • cun popt ami ne lui offrait de refuge. Les vaisseaux gaulois,^ construits en bois de chêile, avaient un fond plus plat que ceux dès Romains; ils échouaient avec moins 4^ danger, quand le reflux les n^ettait à^spc; leurs proues et leurs poupes plus élôvées résistaient avec plu« de force aux vagues de la m^ et aux éperons dés aavires ennejtMS. Leurs anjpres suspendues à des chaineS' de fer les faisaient mèuiller partout avec plus de sûreté ; enfin^eurs voiles, au lieu de lin , étaient faites d'une j^i^au molle et flexible que la violence des ventg ne pouvait déchirer. Ils ^avaient la supériorité en force, eu nombre et en splîdité; Jek vfiisseaux de César ne les surpassaient qu'en légèreté. Combat L'armement naval et 4e' siège d^ plusieurs d^vunel. villes consumèrent la plus graq^e partie de l'été. Dès que la flotte fut. prête. César, qui savait que , pour comprimer une rébellion , 41 faut en attaquer le foyer, marcha droit contre Vannes. Son armée navale le suivit. ^Les Vélié les envoyèrent au devant d'elle deux cent vingt vaisseaux : bientôt les^deux flottes se livrèrent bataille.

Les. Gaulois, du haut de leurs remparts, et César, du sommet d'une montagne qu'il occu-

pait /furent téinôUis de ce mémorable combat. Les navires élevfo des Vénètes dominaient ceux des Romaiijs et*îeui; lançaient de haut en bas, avec un grand avantage, une nuée de javelots, de dards et de ^flèches. Auprès de ces imnienses navires^ ceux des Romains ne ressemblaient qu*à de frètes . cltaloupes. Mais, pour remédief à cett^ inégalité. César avait inverité uAe ^rîfie dont l^ nouveauté, eut un plein succès. Ses maft'ins, pbrtïtnt des faulx tranchantes, .emmanchées à de longues perches, accrochaient les voiles de l'ennemi ^t les déchiraient. Après* (fuelques heures d'une mê- Déun^^^

' 1 * ' 1 A 1 • toumission

lée sanglante, lés vaisseaux, gaulois se trouvent desvénète». tdutà coup, par l'effet de ces faulx terribles, dépourvus de leur^ Voiles <et de leurs agrès ; toute manœuvre leur devient impossible. Les Romains -*sauteîit À l'abordage, et Combattent alors xômme sûr terre avec l'avantage de leur adresse exercée et deJleur armure. Déjà ils s'étaient rendus maîtres d'une grande partie des vaisseaux gaulois, le reste cherchait à fuir; mais un calme plat survient et s'oppose à leur retraite : cet accident rendit leur ruine complète ; leurs bâtimens furent détruits , leurs équipages égorgés , et très peu de navires purent, dans ce désastre, s'échapper à la faveur des ombres de la nuit.

l50 CONQUÊTES

La fermeté des V^nétçs ne surrécut point à la destruction de leurs forces maritimes; I perdant le courage avecf l'espoir, ils se rendirent à discrétion, et implorèrent la clémence du Tainqueur* Le général romain croyait nécessaife de frapper les Gaulois de terreur par un grand excmjple dé sévérité ; sourd aux supplications dés Vénètes, il se "montra impitoyable pour eux , et le sàng-troid féroce Uvec lequel il raconte lui-même cet événement n'étonnera pas moins sans doute que Texcès de «a cruauté. Voici ses propres paroles : « César, » dit-il, décidé à uri^ Vengeance éclatante, » afin de faire respecter dans la suite par les » Barbares les droits des ambassadeurs, enjf) voya tout le sénat de Vannes à la mort , et » vendit le reste du peuple à l'encan. » Malgré cette action atroce, frappés de sa générosité pour quelques-uns de ses coneitoyems , les historiens ont vanté César comme clément. Quelles mœurs! quel siècle! quelle clémjence!

ïiéroire Tant que le succès de cette campagne avait Viridotix! paru douteux, i'esprît de révolte et le désir de recouvrer l'indépendance s'étaient propagés. Un homme hardi, Viridorix, qui commandait les peuples de Coutances (Unelli), §fe mît à la tête de ce mouvement , et plusieurs peuples se joignirent à lui, après avoir fait périr leurs

DE CÉSAR. l5f

principaux sëna,teur8, dont la timide prudence s'opposait à leur témérité.

De toutes parts on y it accourir d^s le camp des insurgées une foule de guerriers^ entrâmes les uns par l'amour de la liberté , les autres par celui de la guerre et du pillage. Bientôt le lieutenant de César, Titurius Sabinus, fut investi par cette nombreuse armée qui défiait la sienne au combat.

Le général romaiA feint l'eflFroi et ^è renferme dans soîx camp, malgré les clameurs de ses soldats qui l'accusent de timidité : son dessein était, d'inspirer une funeste confiance à l'ennemi et de lui faire quittçr la forte position qu'il occupait. Un Gaulois , corrompu par Sabinus f passe dans le camp de ses compatriotes ; ses récits mensongers leur font croire que César est vaincu par les Vénètes, et que Sabinus épouvanté s'apprête à partir secrètement la nuit prochaine pour le rejoindre.

Vainement Viridorix , qui se méfiait de cet avis, veut arrêter l'ardeur dés Gaulois; ils se soulèvent, l'entourent en tumulte, et le forcent à courir plutôt qu'à marcher jcontre le camp romaiué La crainte de voir échapper une proie certaine semble leur donnçr des ailes , mais 1^^ rapidité de cette course ne leur permet de garder aucun ordre ; ils arrivent au pied des

iSa CONQUÊTES

remparts, épuisés, désunis, sans haleine. Sabinus les attendait; par son ordre, les légions sortent des quatre portes, enfoncent et culbutent du premier choc cette foule désordonnée; la cavalerie les poursuit et les détruit presque entièremeht, '

Dans l'Aquitaine Ik fortuné ne se montra pas moins favorable sLux Romains. Lé jeune Crassus y commandait une troupe peu nombreuse ; il la fortifia par dès levées qu'il fit à Toulouse, Carcassonne et Narbonne ; et, après avoir rassemblé une suffisante quantité de vivres, il marcha contre les Gascons (Sotiates), qui, seuls dans ces contrées , paraissaient décidés à défendre leur indépendance.

Les premiers jours, le sort des armes fut contraire à Crassus. L'infanterie gauloise embusquée fit éprouver quelques pertes aux Romains ; mais , ce succès enflant l'orgueil des Gascons, ils livrèrent bataille et la perdirent. Crassus les poursuivit et assiégea Leytoure leur capitale, intrépidiié Après une longue résistance et des sorties ui*n. fréquentes, les Sotiates capitulèrent. Crassus promit la paix en exigeant que les habitans rendissent leurs armes : tandis qu'ils négociaient, un de leurs chefs les plus puissans, nommé Adcantuan, sort à l'improviste, suivi

DE CésAR. l53

de $ix cenU brki;^^ solduriî; On donnait ce nom à des guerriers ^i^ séloA uit^antiqiie usage ^ se dévouaient à là fortùn,e. d'un chef, partageaient sa prospérité ou, se#^ jr^vers, juraient dfi vaincre on da périr* avec hik, et s'immolaient eux-méipes après sa mort. (( Jamais ^^<iit€ésar, « on ne put citer un seul Cauloisqui eût en- » Craint ce serment sacré pour eux. »

' Adcantuaa se^récipite sur le camp de Crassus; sa brusque attaque y jette le.trc^ie, y répand le carnée. Cependant les Romains se iïallient;«.il$<<(chargent.à leur lour les Gaulois, et les forcent à se . retirer : mais cette troupe intrépide se montra aussi ferme dans sa retr9:ite que téméjraire dans l'attaque; on ne put l'entamer, elle rentra en bon ordre dans la ville, et le brave Adcantpan, quoiqu'il eût violé la foi des traités, imposa tellement, par son audace, qu'il obtint pour ses concitoyens la paix , aux mêmes conditions que celles qui avaient été proposées avant le- combat : ils conservèrent leur territoire, rendirent leurs armea. et donnèrent' des otages.

Kexemple des Sotiates avait excité Jes au- victoire de

1 1 i>A "' • • t Al •! Crassus en

très peuples de 1 Aquitaine a se confédérer ; ils Aqaitaiue. reçurent des secours d'Espagne, et firent venir de cette contrée belliqueuse plusieurs officiers expérimentés , formés autrefois par Sertorius.

Ceux-ci leur apprirent la tactique des Romains ; ils les exerçaienrt à n^^oier les armes , à manœuvrer et à se retrancher comme eux. Crassus sentit le danger de laisser leurç fopces et leur habileté s'accroitre^ ot il se hâta de marcher contre eux. ,

Les Gra.ulois'se tenaient renfermés dans leur camp y espérant que Crassus serait forcé, par le défaut de vivres , de se retirer j mais ce général y ityant appris qu'unç partie de leur camp était faible et mal gardée, la fit attaquer la nuit par un détachement qui parvint à y pénétrer, au moment où les légions menaçaient d'un assaut la partie opposée. Les Gaulois, surpris et chargés de tous côtés, ^ne purent se défendre; cinquante mille périrent; douze mille seuls se sauvèrent ; leur désastre décida la soumission des peuples de Bayonne, du Bigorre, du Béarn, de Bazas, d'Agen, d'Auch, des riverains de la Garonne et des Biscayens.

Dans toute la Gaule, les peuples du Brabant et de Gueldre restaient seuls sous les armes. César marcha contre eux , les battit, les contiaîgnit à se réfugier au fond dé leurs marais impraticables, et fit rentrer ensuite ses légions dans leurs anciens quartiers sur les bords de la Loire.

de» s«èvM. Son repos fut court; bientôt il apprit qu'une

DE CÉSAR. l55

irruptioivdes Germains et l'agitation de« Graulois^ vaincus par lui ^ mkis impatiens du joug, exigeaient son prompt rqtour dans la Gaulé. Une nation germanique ^ la plus belliqueuse et la plus forte, celle des Suèves, répandait depuis long^t^nps l'efiroi dans les vastes contrées situées au-delà du Rhin.

Ce peuple , divisé en cent cantons , si? mon*-* • trait passionné pour la guerre et pour la liberté; il ne souffrait ni npbles ni rois, et ne connaissait ni riches ni pauvres; chez lui les biens étaient communs; il élisait ses chefs, ses magistrats, et ne leur laissait qu'un pouvoir très borné. Tour à tour., chaque année , une moitié de la nation cultivait la terre, tandis que l'autre moitié, les armes à la main, dévas^ tait , dépeuplait les régions voisines. Ce peuple faisait consister sa gloire à s'entourer d'un vaste désert,, regardant cette solitude et ce silence comme des signes^ terribles de la crainte et du respect qu'il inspirait aux autres peuples. La Souabe rappelle aujourd'hui par son nom celui de cette république sauvage et guerrière.

Les Usipètes et les Teuctérès, habitans de inrasîoii de

■*% 1 rx 1 1 • 1 Germains

Bergues et de Gueldre, api'ès avoir été chassés errans. de leurs pays par les Suèves, erraient depuis trois ans dans la Germanie , sans y trouver d'asile ; ils se décidèrent enfin à en chercher un •

l56 CONQUÊTES

dans le» Gaules : s'éfant approchés -du Rhin ^ ils pillèrent le teçritdife que possédaient audel^ Ue ce fleuve ies'Méûapiens; c^ix-ci prirent les armes pouf s'apposer à leur passage.

Ees Germains, préférant Içi ruse à là force, feignent de s'éloigner, et disparaissent pendant trois jours; mais^la qu?,.triéme nuit ils reviennent , attaquent inopinément le petit nombre des Gaulois laissés à la garde des bateaux , s'en emparent „ traversent le Rhin et entrent dans la Gaule. Les Ménapiens épouvantes 'prennent la fuite; les vainqueurs s'établissent (ïkn's leurs terres, et se nourrissent, pendant tout l'hiver, de leurs moissons et de leurs troupeaux.

Il était naturel de penser que le bruit d'une telle invasion ferait sentir aux Gaulois effrayés la nécessité de rester fidèles à Rome et Hé s'assurer de son appui. César en jugea autrement; il connaissait la légèreté des Gaulois et la promptitude avec laquelle ils se* livraient àii3ç: nouveautés.

« Leur habitude , dit -il dans ses Commen- » taires , est d'arrêter les voyageurs , de les » questionner, de les forcer même a dire des » nouvelles; dès qu'un marchand étranger pa- » raît, la multitude l'entoure et le contraint » à lui apprendre tout ce qui se passe, dans les » pays qu'il a parcourus. Émus par ces récits, la

» plupart à^ temp^ fabulerux^ ils ras^mblént » leur conseil, cojirent aux armes, et souvent, » sans autra motif que des faits' inexactement » racontas, ou même inventés malignement, » ils preïinent^des résolujtiôns soudaines , et ?e » jettent clans dès eiîtreprise^ téméraires, dctot » ils i^e^tardent pas à se repj&utir. »

Gésar crut àécessaijre de prévenir par un M*rche prompt retour les e^ets de. cette inconstance. Il contre «nx. trouva en âprivant que l'événement jiistifiait en partiQ sa- prévoyance. Déjà plusieurs peuples de la Gaule> se livrant* à l'espoir de reconquérir leur indépendance par le secours des Germains , leur avaient envoyé secrètement des émissairp^ pour les exciter à passer le Rhin en plus* gr^ùd nombre , en leur promettant des terres, aes vivres et leur amitié.

César; informé de ces mouvemens , feint de tout ignorer; il appellç auprès de lui les chefs, les députés , Igs principaux personnages des diverses ^cités, les 4:raite avec douceur, leur parle avec adresse,.' ménage les' superbes, apaise les tuvbulens , flatte les ambitieux , rassure les^ timides, les décide tous'à le Seconder, et obtient d'eux Une grande levée de cavalerie, arme dont il manquait presque totalement.

Ces dispositions faites , il marche droit aux ennemis, qui, s'ë tendant de plus en plus, ve-

1 53 amqjjÈTEB

liaient d'entrer suri» tcrrw de« alliés de Trèves» Au bruit de son approche ^ les Germains lot envoient des ambassadeurs pour lui déclarer qu'ils n'ont point l'intention dq faire la guerre auK Romains ;. mais que ^ s'ils sont atta*qôéSy ils sauront se défendre. «C'est par néce»- » sité^ disaient-ils ;| que^ chassés de no^foyers, » nous cherchons une autrepatrie. Rome trou- » vei'a'en nous des alliés utiles j5u des ennemis » formidables. Nous n'avons jamais reculé que » devant les Suèves^ guerriers si redoutables ^ que les dieux mêmes ne peuvent leur être n comparés; mais tout autre peuple tenterait ai contre nous d'inutiles efforts. »

César leur répondit qu'il les traiter^t en ennemis tant qu'ils resteraient dans la Gaule; qu'ils prétendaient follement s'emparer des tei^ res d'autrui , n'ayant pas su défendre les leurs ; qu'au reste il leur conseillait de repasser le Rhin. (cLes Ubiens ) ajouta-^t-il ^possèdent des » terres au-delà de ce fleuve dans le voisinage » des Suèves; ils les partageront volontiers n avec vous pour se fortifier de votre appui M contre cet eimemi commun. »

Les députés demandèrent du temps pour informer leur nation de cette réponse, et prièrent César de s'arrêter pendant qu'ils cfëlibéreraient sur sa proposition. Mais il rejeta cette

DE CÉSAR. iSg

demande j croyant qu'ils ne désiraient ce délai que pour avoir le loisir de rappeler une partie de leur cavalerie envoyée par eux au-delà de la Meuse , près d'Anvers > chez les Ambivarites j il contiiiua donc sa xnarche. Mais y lorsqu'il eut posé son camp à douze milles du leur^ les mêmes députés revinrent près de lui, et renouvelèrent leurs instances. Voyant qu'ils n&peu* vent retarder ses pas, ils se bornent à demander qu'on leiir aécorde tr^is jours seulement pour conclure la paix , ef que , pendant ce temps, toute hostilité soit suspetnlue.

César y consent; mais le lendemain, au moment où la cavalerie romaine s'était dispersée sans défîanpe pour fourrager, les Germains l'attaquent à l'improviste, la surprennent et en massacrent une, partie : oti perdit dans cette déroute un brave Gaulois nommé Pison ; c'était un des principaux chefs de l'Aquitaine , très affectionné aux Romains.

César, alarmé de l'impression produite par cet échec sur l'esprit mobile des Gaulois , et ne voulant pas la l9.isser s'accroître , se résolut à châtier promptement c^tte trahison; la vengeance ne fut pas moins perfide que l'offense. Comme il courait avec célérité pour attaquer les ennemis, il voit venir au devant de lui leurs vieillards, leurs chefs, leurs principaux guer-

l6o CONQUÊTES

riers, qui, dans l'espoir de le tromper «ijcore, demandent la paix, et jurent qu'ils ^ae* sont point coupables de l'agres^on- commise à leur insu. César, pensanjt qu'on ne doit aucune foi ni aucun égard aux parjjires , les fait tous envelopper ©t jeter dans les fers : précipitant ensuite sa^ course , et ûe respectant p\us^lac ti^^ve rompue^ il tombe comme Istfoudce suç le éamp . des Barbares.' > v Destrncrion Lcs Gcrmaitis, ^rpvis, épouvantés, privés widon.* de chefs , n'ont poinf le temp^ de.se préparer, à la défense ; quelques bf aves coiirent aux armes , et périssent au milieu des chistriots^ renversés ; le reste fuit : la Meuse et le Rhin engloutissent les uns , les autres sont égorgés par le fer des Romains. Cette natk^n, composée de quatre cent trente mille personnes, périt tout entière. Les captifs seuls; retenus dans le camp, obtinrent leur grâce; mais, Graigi]iant également, s'ils en profitaient, la vengeance des Suèves et celle des Gaulois, ils demandèrent de rester près, de César.

Le général romain , après avpir terminé celte guerre en une seule journée , crut nécessaire d'imprimer dans la Germanie la terreur de son nom. Il envoya des députés aux Sicambres, qui habitaient une contrée voisine du Rhin , pour leur déclarer qu'il dévasterait leur, pays s'ils

n% CÉSAR. 167

refusaient de lui rendre la cavalerie des Teucter es réfugiée chez eux.

Les Sicambres , qui depui» , , sous le nom de Francs , conquirent lâiie si grande renommée , rejetèrent avec hauteur les ordres de César, bravèrent son ressentiment, et lui répondirent qu'ils lui fermeraient l'entréç de la Germanie , comme il interdisait celle de la Gaule aux Germains.

Les Ubiens', loin d'imiter cet exemple, invitaient les Romains à passer le fleuve pour effrayer les Suèves leurs ennemis. César, avec l'habileté, l'audace et l'activité qui l'élevèrent au-dessus des grands capitaines de tous le« siècles , ne se laissant arrêter ni par les menaces des Germains , ni par la largeur du Rhin , ni par sa rapidité , construisit , en dix jours , un pont sur ce fleuve , y fit passer son armée , laissa s

des troupes d^éli tepour le garder, mit lesSieambres en fuite , dévasta leur pays , rassura le» Ubiens par. sa présence, et marcha tontre les Suèves.

Ceux-ci, frappés du bruit de ses triomphes. Retraite ne voulurent ni le coiilbattre ni se soumettre; ^" ^"^''^'' mais , laissant entré eux et lui leurs vastes déserts , ils se retirèrent dans le centre de leurs sombres forêts. César alors , satisfait de leur avoir inspiré une crainte salutaire , repassa it

l62 COTf QUÊTES

Rhin, détruisit le pont qu'il a.vait construit, et rentra dans les Gaules.

Descente Tous Ics eunemis de César avaient toujours Breia^e? cherché et trouvé des secours dans la Grande- Bretagne; le désir d'étendre sa gloire et de porter les armes romaines dans cette île jusque-là inconnue pour eux ," le décida à y faire une descente.

Les Bretons, jugeant son dessein par ses préparatifs , lui envoyèrent des ambassadeurs ; mais vainement ils lui promirent des otages, et lui offrirent de reconnaître la souveraineté de ' Rome , il persista dans son projet : son orgueil dédaignait une soumission que n!avait point achetée la victoire.

Tandis. qu'il réunissait sa flotte dans un port de Ja Manche ^ Volusënus , un de ses (aciers , et Cojnius, Gaulois, roi des Atrébates (pays d'Artois), ses alliés, furent chargés par lui de .reconnaître le pays. Volusénus n'y put aborder. Les Bretons jetèrent Comius dans les fers.

Au moment où César arriva sur la côte , les Morini (peuples .de Terouane en Artois ) , lui envoyèrent des députés i^hargés d'excuser leur dernière rebelfion. César, qui ne voulait point laisser d'ennemis derrière lui , les accueillit favorablement, et se fortifia de leurs secours. Après avoir réuni quatre-vingts vaisseaux, il

T>E CÉSAR. IOd

monta sur sa flotte, et livra sa fortune aux vents.

Les Barbares couvraient toutes les hauteurs qui dominent le rivage. Le débarquement fut périlleux , le combat long et sanglant ; les Romains, ne pouvant aborder la terre sur leurs navires, se jetèrent dans la mer, et furent forcés de vaincre l'ennemi avant de toucher son rivage. Les Bretons, consternés de cette audace , rendirent la liberté à Comius , et demandèrent la paix.

On négociait, lorsqu'une tempête soudaine détruit une partie de la flotte romaine et endommage le reste ; la cavalerie que César attendait est dispersée par les vents, son camp est dépourvu de vivres. Informés de sa détresse, tous lés peu)>les de la Bretagne se concertent , se liguent, s'arment secrètement, marchent couverts des ombres de la nuit, et se cachent le jour dans l'épaisseur des bois.

Tandis que César était occupé à réparer sa flotte , et qu'une partie de sa trqupe dispersée cherchait des vivres , il se voit attaqué à l'imprpviste ; une de ses légions fuit en déroute j l'air retentit de cris féroces.; les Barbares, en grand nombre , montés sur des chariots légers, inondent la plaine et rompent les rangs qui commeijiçaient à se former.

Lesar, que rien n étonne, accourt avec trente desBreiom.

l64 CONQUÊTES

eavaliers gaulois conduits par Comius; il vole partout où le péril se porte, où le danger rappelle ; il rallie ses légions , rétablit le combat , charge à son tour les Bretons , remporte une victoire complète, et force enfin ce peuple épouvanté à se soumettre. Il reçut leurs sermens , leurs otages , s'embarqua , rentra dans la Gaule, marcha contre les'Morini qui s'étaient de nouveau révoltés pendant son absence, pénétra dans leurs marais, brûla leurs bourgs, détruisit leur population, et établit ensuite en quartiers d'hiver, dans la Belgique, son armée victorieuse.

L'année suivante. César, après avoir pacifié riUyrie , rentra dans les Gaules. Insatiable de gloire, le succès de son expédition en Angleterre lui paraissait moins satisfaisant qu'il n'avait voulu le faire croire dans ses relations; c'était une apparition plus qu'une conquête. Décidé à soumettre les Bretons, et instruit par l'expérience, il fit construire six cents vaisseaux plus plats que ceux dont il s'était servi, plus faciles à tirer sur terre , et ordonna de les réunir dans un port nommé Iccius , près de Boulogne , situé à dix lieues des côtes de la

Révolte Grande-Bretagne.

Trévîrou. Taudis qu'on les rassemblait *, ayant appris

* Avant J.-C. 56 ans.

DE CÉSAR. l65

que les peuples de Trêves n'avaient pas voulu envoyer de députés à l'assemblée annuelle des Gaulois y parée qu'ils avaient formé le projet de secouer le joug des Romains^ il marcha contre eux avec quatre légions et huit cents chevaux. Il sut en chemin que les Trévirois sollicitaient l'appui des Germains , et les excitaient à passer le Rhin.

On regardait alors Trêves comme la plus Rîraiiié puissante cité des Gaules : deù^ factions lamJe^'et'de divisaient; leurs chefs étaient Induciomare et "*^ °"*' Cingétorix son gendre. Celui-ci soutenait la cause des Romains , l'autre ^voulait renverser leur autorité, Cingétorix, plus faible que son rival , vint trouver César, et lui dévoila toutes les intrigues de la faction opposée. Induciomare, redoublant alors d'activité pour soulever la nation , arme ses partisans , et cache ses troupes dans la forêt des Ardennes.

Cependant l'approche de l'armée romaine ébranle les esprits , et répand une inquiétude générale. Les grands, et une partie du peuple, effrayés ^ viennent trouver César , et l'assurent de leur Soumission.

Induciomare, se voyant abandonné par la majorité de ses concitoyens , comprime sa haine , dissimule ses projets , renonce à combattre , et pense à se justifier; il vient dans le camp

l66 CONQUÊTES

romain , offre deux cents otages et jure la paix. César, qui craignait que ces dissensions ne Tempêchassent de passer en Bretagne, accueillit le rebelle avec une feinte amitié, parut croire à sa bonne foi ^ rassembla les Trévirois , harangua leur assemblée , entretint chacun d'eux en particulier, et leur persuada de se rallier tous à Cingétorix; par-là il s'assura le repos momentané qu'il désirait ; mais il redoubla la haine d'Induciomare , qui , voyant son crédit perdu , résolut dès lors de périr ou de se venger.

César, avec sa célérité ordinaire, partit et arriva dans le port d'Iccius; il s'y fit accompagner de quatre mille cavaliers gaulois, et des principaux chefs de chaque cité, afin d'avoir en eux , peiidant son expédition , des garans contre l'esprit remuant de la Gaule.

Parmi ces ch^fe se trouvait l'Éduen Dumnorix ; cet homitie ambitieux , certain de la répugnance avec laquelle les Gaulois marchaient à la suite de César dans une expédition périlleuse et contraire à leurs mtéréts, crut l'instant favorable pour les porter à la révolte , et pour recouvrer lui-même l'autorité qu'il avait perdue dans son pays. Poussé par ces motifs, il aigrit l'inquiétude et le ressentiment des autres chefs, leur persuade qu'on les embarque

pour les faire égorger impunément loin des rivages de leur patrie ; enfin il les dispose tous au soulèvement : mais César épiait et surveillait toutes ses démarches; après avoir vaine^ ment tenté de le ramener à lui ^ et apprenant que ces complots allaient éclater^ il donne ordre de rarréter.

Dumnorix y instruit à temps de son dessein , Mon de lui échappe et se sauve , entraînant avec lui ** toute la cavalerie éduenne ; celle des Romains le poursuit , l'atteint et lui commande de rentrer dans le camp. « Je suis né libre , répond » Dumnorix; citoyen d'ui) peuple libre, je res- » terai libre ou je mourrai.» A ces mots, le combat s'engage j Dumnorix périt dans la mêlée, et les Éduens, consternés de sa mort, se soumettent.

César alors , ne voyant plus d'obstacle à ses NooTeiie

• , « ^ 1 . descente de

projets, s embarqua sur sa flotte, et chargea La- cé»» en biénus de maintenir avec trois légions la tranquillité. dans les Gaules. Cette fois les Bretons ne s'opposèrent pas a la descé||kie^ des Romains : ils ne les attaquèrent qu'à douze milles du rivage; repoussés avec perte,. ils se retirèrent dans une forêt défendue par dès retranchemens et des abattis ; mais l'opiniâtre vaillance des Romains les en chassa.

Les vents déchaînés vinrent encore cette an-

l68 COWQUÉTES

née au secours de la Bretagne; une tempête furieuse disperse et brise une partie des vaisseaux romains. César, arrêté par ce désastre, revient sur la côte, répare activement sa flotte, fait trsdner ses bâtimens à terre et les renferme dans l'enceinte de son camp.

Tout ce pays était, comme la Gaule, divisé en factions , et déchiré par les querelles d'un grand nombre de tribus e^ de princes , qui se battaient constamment entre ^ux.

Les Bretons qui ressemblaient le plus aux Gaulois étaient les habitans de la côte méridio^ nale; oii les disait Belges d'origine; le reste de l'immense population de cette Ile passait pour indigène.

Farouches, turbulens, superstitiei^x, leur vie était encore sauvage; ils avaient pour maisons des huttes, pour villes des bois; ils tiraient leurs subsistances et leurs vêtemens de leurs nombreux troupeaux; la chair des lièvres , des poules , des oies leur était interdite par les prêtres. Les cantons les plus civilisés étaient ceux de Cantorbery ou de Cantium ; ils ne se servaient que d'une monnaie grossière de fer ou de cuivre ; leurs principaux chefs montaient sur des chariots légers avec lesquels ils s'efforçaient de rompre les rangs ennemis; de là ils s'élançaient dans la mêlée, et remon-

taient sur leurs chars, se montrant toujours aussi prompts à fuir qu'à attaquer.

Le plus puissant des princes bretons, Cassi- Défaite «t vélaunus, profitant du moment où César était de cassiréretenu près de sa flotte , in^dte les autres princes à suspendre leurs querelles , à sacrifier leurs intérêts privés à l'intérêt commun, et à se réunir contre les Romains; tous l'élisent pour leur chef. A la tête d'une foule immense d'in-' fanterie, de cavalerie et de chars, il se précipite sur l'armée romaine avec plus de furie que d'ordre.

Ces flots tumultueux de guerriers mal armés et demi-nus se brisent contre les rangs serrés et hérissés de fer des légions : César remporte une victoire complète , et poursuit les vaincus au-delà de la Tamise, qu'il passe à gué.

La ligue se sépare; Cassivélaunus seul, avec quatre mille hommes , change ses plans , évite toute bataille, et se borne seulement à harceler l'ennemi de tous côtés. Ce genre de guerre aurait pu devenir funeste à César; mais la discorde, qui dans toutes les contrées du monde seconda la fortune de Rome , ne l'abandonna pas- en Bretagne. Un jeune prince des Trînobantes ( peuples de Middlesex), détrôné par Cassivélaunus, vint avec ses partisans embrasser la cause de César : sa nation se rangea sous ses

170 COUQtJKTES

enseignes. Forts de cet appui , les Romains furent dès lors à l'abri des surprises et de la disette ; ils pénètrent dans la bourgade où Cassivélaunus résidait ordinairement^ et la dévastent. Tandis qu'on ravage son pays, ce chef des Bretons, digne d'un meilleur sort par sa vaillance , &'était mis à la tête d'un grand nombre de guerriers , et , au lieu de défendre ses foyers, avait pris l'audacieux parti de faire attaquer le camp et la flotte des Romain^.

La garde qui les défendait repoussa vaillamment les assaillans, et prit leur chef Lugotoric. Cassivélaunus, découragé , par cet échec et par l'abandon de ses alliés , demanda la paix , et la dut à l'entremise de Comius, roi' des Atrébates (du pays d'Artois); il livra des otages et se soumit à un tribut annuel. Retour de César, satisfait d'avoir vaincu ce prince bella oaaie. Uqucux , rcviut dans la Gaule , tint l'assemblée des états à Amiens (Samarobrive), et, comme la récolte avait été peu abondante, il divisa ses légions et les établit dans divers quartiers sur la frontière. Il plaça Fabius avec une légion chez les Morini, Cicéron chez Iqs Nerviens, Roscius chez les Éduens; Labiénus campa dans le pays des Rémois; Cassius, Plancus et Trébonius furent chargés de maintenir l'ordre dans diverses contrées de la Belgique; enfin Titurius Sabinus

et Cotta conduisirent dans le pays des Éburons (Liège) une légion et cinq cohortes.

Les chefs de ce dernier peuple se nommaient Ambition Ambiorix et Catavulcus. Ce dernier inclinait àd'Amb.ori« la paix; mais Ambiorix ne respirait que la guierre; ambitieux ^ brave, remuant et raisé, il s'était acquis, par son courage, par son adresse, et surtout par sa haine contre Rome, un grand crédit dans les Gaul^.

Peu de jours après que Sabinus et Cotta eurent établi leur camp dans cette contrée, ils y virent rentrer en désordre un corps de leur cavalerie; cette troupe, en allant au fourrage, venait d'être chargée par les Éburons qui la poursuivaient vivement; bientôt une foule de Gaulois accourt et donne l'assaut au camp,' espérant l'emporter par surprise; cette brusque attaque fut repoussée ,' et Sabinus fit sortir contre eux la cavalerie espagnole , qui mit lès Éburons en fuite.

Ambiorix , aussi dissimulé qu'audacieux , sa àissu écrivit* aux généraux romains pour désavouer cette agression ; deux ofiBciers furent chargés de se fendre près de lui et d'écouter sa justification. Lorsqu'il les vit, il affecta une profonde douleur de cette attaque faite sans son . ordre, un grand attadiement pour les Romains, et une vive reconnaissance pour César.

w Je ne puis, dit-il , résister à la volonté de ma » nation, c'est elle qui veut la guerre. Appre- » nez que toutes les cités de la Gaule se sont » liguées et courent aux armes; elles ont ap- » pelé à ïeur secours le& Germains qui vont » passer le Rhin en foule; on a juré de chasser » les Romains ou de les exterminer. Comme » citoyen, je ne puis me séparer de la cause » commune; mais, comme ami de César, j'ai » cru devoir lui prouver ma reconnaissance, » en vou$ prévenant du péril qui vous menace. )) Conseillez donc de ma part à Sabinus de son- » ger à sa sûreté et de sortir promptement d'un w'camp isolé qui va être de toutes parts investi; » le parti le plus prudent pour lui est de se » rapprocher, sans perdre de temps, de La- » biénus. » •

Un tel avis, malgré sa* source , produit une vive impression dans le camp romain : les chefs s'assemblent; on délibère; les avis se partagent. Cotta veut qu'on méprise ces menaces, et qu'on en attende l'effet; Sabinus prétend qu'il serait insensé de s'expo3er seuls aux Gaulois, aux Germains, et de laisser détruire successivement les légions séparées, tandis que leur réunion ferait disparaître tout danger et assurerait la victoire. La contestation s'échaiufiFe ; tout le camp y prend part; enfin la majorité

des opinions se décide pour Sabinùs ; Cotta cède.

A la pointe du jour , la légion se met en marche, traverse une forêt, sans ordre, sans précaution , tombe dans une embuscade , et se voit tout à coup entourée d'une foule immense d'ennemis qui occupeut toutes les issues de l'étroit vallon dans lequel elle est engagée.

Sabinus, consterné de son imprudence, ne retrouve plus, le sang-froid et le courage nécessaires pour la réparer. Cotta, plus ferme, encourage les troupes, les formé en cercle, fait face de tous côtés , et par son exemple redonne de la hardiçsse aux plus timides.

Les Gaulois , de leur côté , pour ne point sa victoire compromettre une victoire certaine, se gar- Romains. dent d'attaquer de vive force cette masse de Romains que le désespoir rend plus redoutables. Ils lui lancent de loin des traits, des javelots, et se retirent dès qu'une cohorte s'avance pour les attaquer. Ainsi de toutes parts la mort vole au milieu des Ropiains , tandis^ qu'ils ne peuvent ni attaquer ni fuir pour l'éviter. La plupart des chefs tombent ; Cotta lui-même est blessé ; la lassitude épuise le courage. jSabinus demande à négocier; Ambiorix l'invite à venir près de lui ; il s'y rend suivi des centurions et des tribuns; mais tous sont arrêtés, enveloppés et égorgés. Les Gaulois fondent à grands cris

sur les Romains et les enfoncent. Cotta périt; un grand nombre de légionnaires subit le même sort ; le reste s'entretue, préférant la mort à la captivité : très peu se dérobèrent à ce désastre par la fuite , et gagnèrent le camp de Labiénus.

Ambiorix, fier de sa victoire, courut soulever lés peuples de Hainaut, de Namur , de Saint-Tron, de Bruges, de Louvain, de Tournay et de Gand. Tous , entraînés par lui, marchent à grandes journées , et tentent d'enlever le camp de Cicéron. Leurs assauts, quoique imprévus , sont repoussés. Âmbiorix: essaie de tromper Cicéron, en lui donnant les mêmes avis qui avaient perdu Sabinus ; mais sa ruse échoua contre la prudente fermeté de ce général.

Alors les Gaulois investissent le camp romain, le privent de toutes comniunications, et lui livrent chaque jour de nouvelles attaques. Cicéron oppose à ce péril un cpurage digne de Rome et de son nom. .11 fallait que le nombre de ses ennemis fût immense , puisqu'on trois heures ils creusèrent, pour , envelopper son camp, «un retranchement et un fossé qui embrassaient cinq lieues dans leur circuit.

L'activité de la défense égalait celle de l'attaque; les Romains, trp.vaillant, combattant sans relâche, repoussaient les assauts, suppor-

talent la disette ^ bravaient la fatigue et domptaient le somn^eil.

Ambiorix leur propose de se retirer, jurant qu'ils ne seraient point attaqués. Gcéron répond ce qu'il n'a point l'habitude d'obéir à un » ennemi; mais que, si les Gaulois veulent met- » trebas les armes, il sollicitera leur grâce près » de César. » Cette fierté redouble la fureur des assiégeans ; ils lancent de toutes parts sur les tentes romaines des javelots enveloppés de paille enflammée ; tout le camp est bientôt incendié.

Les officiers et les soldats , sans abri , sans attW^

• * 1 ^ 1 1 1 ^® César

Vivres, sans espoir de secours, couverts de mes- à uége. sures, épuisés de fatigues, n'étaient plus soutenus que par leur courage. Soudain une lettre attachée à un javelot lancé contre une tour, et qu'on n'avait point aperçue pendant deux jours,, leur. apprend que César arrive à leur secours, çt qu'ils vont être délivrés. Ce salut inespéré était l'ouvrage d'un Gaulois nommé Verticon; l'un de ses esclaves, traversant l'armée gauloise , avait porté un message de Cicéron à César et rapporté la réponse avec le même succès.

César accourait, mais seul : Labiénus, menacé par Induciomare, n'avait pu quitter son poste; les autres légions se trouvaient trop

éloignées; te péril était imminent; et César, qui savait que, dans les dangers extrêmes, la témérité est prudence , quoiqu'il n'eût que deux légions, osa, suivi de sept mille hommes, chercher et combattre l'immense armée des Gaulois.

Cette armée , instruite de son approche , marche à sa rencontre; feUe l'aperçoit resserré dans un camp étroit au la terreur semblait régner; la cavalerie. romaine, par. les ordres de César, prend ia fuite à la vue des Gaulois; les légionnaires paraissent travailler aux retranchemens avec frayeur et en désordre. Ambiorix se croit déjà vainqueur ; Ses coureurs approchent du camp et promettent la vie aux Romains qui rendront les armes.

Sa Les Gaulois, sans inquiétude, s'avancent et

victoire sur * '

Ainbiorix. s'engagent sur un terrain désavantageux. Tout à coup César, avec ses légions, tombe comme la foudre sur cette foule tumultueuse, ne lui laisse point le temps de se ranger en bataille, l'étonné, l'épouvante, la jette en déroute, la poursuit et en fait un affreux carnage. Il arrive ensuite au camp de Cicéron, console sa légion, admire ses travaux , vante la constance des chefs, le courage des soldats : tous, en le revoyant, oublient leurs blessures et leur fatigue. Pendant ce temps Induciomare se préparait

à combattre LablépUs;'!!

victoire de'César^ il'îe :

velle apaisa la i*évQlt& i tes peuples ruinés' mafd; T6ut était comprimé, t mis. Partout tes' Gaulôi cherchaientles moyeAs à Bans' toutes les cités ou semblées ^crêtes. * '

Toiut aptre ^ue Césa cette lutte toiljours pem dance conV^ 1» tyranpi résetvë à son génie la traire l'une'après l'autfe et la liberté de Rome'. Opposant toi;t à*'tour l'audace à la.fofceet la"p^uderice aux ruses, il rassemblé les états gairloiâ./'^fte lés i^is, menace lesaxftres. déc«ncërte les ioftigues en prouvant qti'il les connais, apaise les craintes paft- une cléijience politMjde, et parvient à décider la majorife'd«8 esprits au fejos. .

Les Sennoni^is seuls se réVolt^rent contre Kimta dû leur prince Caj^afinus, qui devait son autorité à César ; apré* l'avclir^^ dépouillé de son pouvoir, ils s'assemblaiertî'ppmr.le'jltger et pour letondamner; Cavarinus évita' |^. mort par là fuitei.Lçs* députés dé Sens, mandé&par lé'général romain , s'eiforcèreut vaiîiemënt de jus>

1 78 COHQDÊTB»-

t qu'on 1«i -livrât

ordre fut mépri--

t reteatît dada la

i&pl«> tautes les

rectiôn. Un aveu

tnentairee prouve

i dangereux pour

ne. (( Je^e's^s,

rait s'étpilrter clu

tfant leurnatlon,

!r(^ 8ur4:oute8 le»

Bt si (^chue de sa

i f qu'elle -se trou-

e'joifg romain. »

ïreut César à pas-

iFe. luducîomarc

eX Aiulîîortk JVqipioyèrejit à grossit leur parti

et -a sollilCiter le secours des Germains; mais

ils ne purent Tobtènlr : la destruction des Teuc-

tèrès et" Ij^défaite d'AiniovisJe avaient frappé la

Germaijie''ïe "terreur. '•'•''

Cet ^>andon ne découragea, point Induciomàre; if j'pp^à sous ses drapeaux les exilés de chaque contrée, les'' bïin^s âef^diverses cillés^ les aventuriers de •ttjut^'la'Gaule : son crédit s'étendait avec son audace. Enfin, f^t de l'appui des SennoDJiis , des Gamùtes ({tays Churtnûn), àë% N^rviens, des Atuatici (peuples

p^tiemqient leurs .iaj.ifre3j,etj^opp08%'qiM- le silei^ee à leurs b'HiTadçs. - . « ,/

Le^6auloK, tcKi^burs cjBQfians^quoique iou- s»* jours b>ompË8 , se pers(^a,de>t q,ue la peiir l'émpéche Je cootbatUe ; les uns s^ j^ispersent dans la campagne) les autres rentrent -dans leurs

l8o COHQDÉTES

tentas,,, se .livrent %nx festips ou se laissent aller au sonmieLl. Toûl à covp lès irois l^ioas

trçrent^ans leur parti; Ambiofix leur, assura le «çcours des jpburons , et lé» Germains iyhimeucèrent â^'agit^r< * ^ ...

- Gesar n'atteïidU , point que cette, ligue prit plus de consistance ; avant la fin de- llliver , il partit avec quatre légions, parnt-Au milieu des

^ ^E itSkJt. l8l

Nervien» qu'ircorâprima* et convoqua l'a»s^mblée ântiifelle iè& Gaulle. Le« fleononau', les Carotil6% et les Tréyîroi* réinsèrent de s'y rendre; ils- se déRlarèrenf aiftaî en révolte ouvePte, "' '

qu'it» (i iMiMi

il ftiari

effrayés

rent ce

prince i

nutea î^

Cégar^ Feveçù âfaris, bbtihtune forte levée de cavalerie. GavariiîuS reçJt lîordre de le suivre »vec celle des Sep'nQTaaiïJ aJMi d'avoii;enea]t une garantie i«'\s. inumuiHitë de leur natiibn. ■ Les "HénJ^ièns n'avfâen,^ jamais " voulu ■de bonne foî«e^ouniettre, ç1/ ne po^vantvaincre leurs tyra/ié, ils.les «fuyaient. LeiA*».. marais, leur» ft^èfô profondes rii'arrètèi'ént^diijtCtisdr; . il péniétravlans leur pays, ijrùlalein'B bourgades, et ne leur accorda lâ'pq^sqiî'aprC's avoir exigé .d'eir» Je Serment'yie ne" donner a\icitai secoiirs à Ambiorîx.. Oânïius, -roi des, ÂXfébates^ fut châi'gé de l'exécution dii traité. "

Dam le même temps Xabî^us se trduva^it en DfTnHi présence dûs Tréfirpis*. Une rïvifTc profonde séparait les deux armées. Le général romain ,

COlfQtÉTÏ!^ -

Trèvw est sçiumisë^ et Cingéteil^'iredefieiit le chef de sa'n9J.ion> qu'il avait lâSlieiKent sacri- Bée àuxlBnmains. - . ... .' ''Qoelti^eflriliiM ger&aïnes s'étaient montrées dans le camp \Ia*iTrtviroi8; pouV^fs punir. César passa* ^'gôuVeau le RKin.'lj«s.Ubiens désafmék-ent sonTesséntianenF paBiéuç sowmisâipn; \es^Suève& seule-ne. lui envoyèrent auQune députjiticih'; ils le bravèrent, Wi8«ser le cpmBat&e, et" se Teiirèrenit aii fond,71e3 forêts^duHartz (È%cuis)^ <{iii*le8 ^^raient des Gbéru^ues (peuples de Lunéboui^J. ■

DE CÉSAR. l8S

La (jaule n'était point a^z tranquîHe pour que César' pût s'w éloigmef sans se eompromettre ; satisfait d'avoir forcé a la retrç-ite le« - Suèves , dont le nom était l'efEçoi des Germains , il repassa le Rhin , détruisit une pa^^tie de son pont , et'plaça sur celle qu'il conservait une totfr à ^quatre étages ^ confiéjp à la garde de douzç cohortes d'élite. , .

Lés Ëburons et Içur chef Ainbiori^^le plus vaite des constant^nne^ni des Romains^ restaient seuls d^Ambiorix alors sous les armes ^ sans espbir de^résiçtçfc ni d'obtenir la paix; toùs*leurs alliés étis^ient épouvaijtés ou vainqis. La cayalêFiede César fut envoyée* eu diligence' pour. surprendre .ce fhef audacieux^ dont l'açtivifé Taisait sans cesse renaître la guèrye. Tgusles Éburons se dispersèrent. Ambiorix^ invçsti dans une maison é[ui, selon l'usage du^pays, était entourée d'un boi^t^pais^ échappa aux Romains par. la fuite : on» né prit (jue ses ^Jievaux, ses armes et 9fiS bagages. Son <rbllegue Côtivultus, cass^ de vieillesse, trouva un autre moyen -de se dérober à la captivité; il slempbisonna çt mourut libre. • . ,

• César, ri^vQulanf point exposer ses troupes, irmptîon çn lès disséminant pour àchèyer^ destruction sicambres. des JÉbùrons dispersés dans les bois, se servit dés Gaulois eux-mêmes pour consommer, la

l84 CONQUÊTES

Fuîne* dé la 'Gaule, Il invita tous les .peuples vois^s 4 piller le psSys des Eburons^ à en mas-^ sacrer les habitàns' et à s'ej^pareî* de leurs terres. L'avidité obéit jromptement à cet ordre tyrannîq\je*:"de toutes parts on accourut pour exterminer et dépouiller les vaincus : mai^ un peuple germain j celui des Sicaiftbres, attiré par là soif du nillage, profita de cette* ^irconsUncS pour ,-e„;ichirK,r ce brigandage, e. passa le jîhin. Cette irruption êoudaiiie exposa bientôt les^ Romsrins à un péril imminent, léget cfhâtiiieient de leur -cruauté.

César 'cro^jjptit son répons attaché à la perte d'Ambiprix : 0 se 'déterminât donc à pouESuivre lui-men\(B ce -fugitif qui s'ëtajt rfetiré dans Isj forêt des Ardennes ; il enferma d'abord ses bagages et le trésor de l'armée dans «ne forteresse élevée ^ située jau centre çlu pays des*Éburops, et appelée Tongr^s (Atuatuca); il eu confia .la gardera un çpfps de troupes peu lïombrepx , cpmmandé par Cicérî)n , défendit expre^ément à ce |;énéral de laisser sortir personne de son camjr, en l'assurant qu'il le rejoindrait sous huit jours, et partit^ emmenant trois Jégioiis avec lui. Làbiénus,* avec 4e6 autres légioris-, fut eii^voyé sur les côtes de l'Océan.

Tandis que, pendant l'absence de César, les Gaulois et les Germains dévastaient le pays des

DG CÉSAR. l85

£burons^ pQUFc|jtas$aieirt^ oùtragéàieiit'et masseraient sa^a pitié ce peuple infortuné , un Éburon/t5apKf, éotiÇoitle dessein de tourner la fureur dfe 6d$ ^njtemis contre eux-mênres. Il parait au milieu dvi conseil dés Sicambres^ ses nouteatix loailres. « Comment, leur dit^îl, )) épuîsezf-vdu^ vosibroe? fxour accabïerdçs )) malheureux^ et pour lëUr enlever le peu >ï qui Imir reste /lorsque vous poùveç , par*un » <*oUp*hardi; acquérir facilement dès richesses » immenses? Lès b^agè^ de Vafmëe romaiii^, » leur caisse-^tlitaîre, le» di^Quillea de Ja » Gaule, l^es trésors "de *Cés«i* sont à Toitgres,, >) gardés par si peù'cle coliortes qu ellcs^ne suf- >} firaiént pas pour gamir les remparts de leur » vasiie eamp^; ils vous appartiennent, *8i* votre » audace saisit la pr^tç que la fortune» vQus » présente. » *^ . •

Lés Sicanxbrps (peuples de Westphalie) ,' ani- Lear» mes à la fois dienfardeui? du pillage et de la haine »nccès. comyeRôme^i jSiîofitëmt, sans tarder, de cet ayis, et marchent contre là forteresse. Cicéron., loin de prêvpir le danger qui le menaçq.ii, *se livrait à ÛBe fausse sécuYité; atfinépris de Tordre de César, il s'aff«i,iblit ejicore en envoyant, liors du camp/ cinq cohôrtçs^ jppuit couper dii \>oh. Soudain les Barbares paraissent et l'investissent. Les Romains, surpris et trop peu nojubreux , ne

Mort COQ ragease

l86 ^ GMQlJÉTJSa

peuveift défendre que'4es,port|8,<lu'ça^mp;. partout ailleurs Tattaquë^dS Téonefoi n'eà arrêtée qae par la* pl^ofoniieijy ie^ t(fksi%, ét^r* la^kauteur des rçm^arti^ * . '/* ' -*- f *•

' Un faux bruit 'dis H défaite et de^k mort de César dans le^ ÂJidexmea se'répaivitr etreclimblje 1^ teirev^ des Rpi(iains;^€laiia leuf trouBle / ils laissent ime dés poi^iefî'Sans défense : le»^icambvh y4)éiiètarfnU - ^? - "^ -

»- Tout sen^tait perdu r .An» guerrier romalJî., îuciûas. BflK^ulu^ ; £EtHiyeitx tiar s^'yttillad^ ^ était 'resté, psè& di^ià, qial^&^dsôis sâ'.tente; il kpwçpit les GeriiÉains^. se^'lèté^, séSsit.8^s àmea, se précipite* vers 'les Barbaves; liôuySau Coclé^, seul il Iës»ahrréie, les* combat 'et tombe olessé : mais ses compagnons y attijEés^par«.ses>erïs% accoureitt^les assaillans^, ç^fgés à leur tour; sont repoussés et jetés au* bas *des remparts. . Cépendtot les Romaïns/ attaqué? de foutes parts, accablés par le nombre ^t couverts de blessures ,■ n'opposaient {^lus^rennfemi q}ie le courageda déseèpôif; daàs ce tnoment les cphorte% envoyées aji fourrage revîprifient :• les Germains albrs tournent leura'èffont» coiitre élises* et laissent quelque, trQve aux ^tôsiégés. Parmi ces cohc^ftes romames,. celles qui yenq^ietit d'être levées nouvellement se retirent sur une hauteur, y sont enveloppées, et, mal-

DÉ CisUkR. 187

grà'l^r ot>miàtre lè^sistonce y périssent tout eiilièifes sotas le,fer^.nuémi ; .169 auU^es cobor-r tec^^ -composées de yétérdns y ébhappei\tati dan^ ger pap léUr aucktoe ^ chargent les*Sicambres | ïes enfonaej&ty t^VQr^ent leurs masses , -et reii^ trentgldrielgseiaent dafis la forteresse*

Ge renfot*t fait p^iaître l'espoir et le courage iuina« des dans te -camp. Les Sican^ires ^ revepapt à' Ta»* saut^ triouvent de tous^xàtés les remparts bor^ dés A^ jguerriers intrépides; ils- reiioncent à l'espoir d'éseal&der des murs ainû défendus, et se reCtrtift.

\jt pél*il^ quoique éloigné^ pestait encore présent aux yeux des ]^mains j de sorte qu'ils eurenf quelqtie peine à 'croire Volusénus qui vint leur annoncer le retour desMégions.

César* jà son-arrivée^ reprocha sévèrement à Cïcëpon d%vdit coinpromis le salut de l'arm'éoT'p^.r sa ^^sobéiss^ncé ; \\ employa epcore quelque'^ temps à c.onsommêlr la destruction des Éburons et à poursuivre leur chef de i*e- . traite, etivatraîtë.' Mais Àmbiorîx, suivi seu-FmtedAmlement d^*! quatre cavaliers ^ trou vs^ le moyen d'échapper;à«3ahaiiie. Désespérant de l'atteindre y César ramena son armée à Reims et y tint

les états *'.

Dans cette assemblée , lés principaux rebel-

* Avant J.-C. 53 ans.

bioris.

l88 CONQUÊTES

les de la cjté^des'Smnofiaîs furent condamnés

à Téxil , el Accoa, leur dbtef , à U mpit. En ces tempç de* désastre et d'oppressionf pour les Gaulois f la* ti:âhis(ùi ct3nduisait laux" honneurs et l'amour de la patrie au lupplioeî^ \ Départ Tout ^taut amsî trandallte ou &u Yudîxis com-

le César • * * . • •

pour la pr^kné , les troupes repriféi^t leurs quartiers '*' 4'hiver ,,€t César partit pour la Lombardie. ' . Cii fa*.à cette époque gue la mort d^ £lodius, tribun xki peuple^ excita; dans Rom^ d'assez grands troubles pour faire^tsraîbidMf la gaer^e civilei Le sénat donna l'ordre à la jélift^se de s'armw; et de son côté César, protecteur de la faction populaire , ftt pou,r la défendre de nombreuses lèvée^ dans la Çisaiphie. • ""

Le bruit de ces dissension^;' s'étetidànt audelà des Alpes, réveillé les • esp*érapc*es de la Gaule opprimée; U honte 'difjoUg' »'aigrîtf,J'impatiqice de îe rom(>re .s'accroît* : de. tp'ufes paitslésgij^erriers, frémissant de courroux , les , druides,' brûlant du désir de rçcouvrer leur puissance, les chefs des cilés,*încfigiïés db leur hiMniliation , se donnent* la nuit dies ren&èïvous- secrets au fond de^ bôîs. La ils déplorent leur éclat passé, leur grandeiir, déchue >et leur malheur présent. ' '

L'espoir de se relever, l'ardeur pour ks combats brillent dans leurs regards; taaîs un reste

de terreur comprimé cette audace. $r, d'un c6té> fa ^toire et la fortune s^uHent au témé- T^iw^ qui olera le pr^mier^ en bravant la mort , lever l'étendard de la révolte^ .venger le mas-» %acre de» Tannes, la destruction dea Éburons (Liégeois) y le stipplice honteux du prince Accon , et briscF les fers de la patrie , de l'autre là vengeance des Româkis l'attend. Le souvenir de deux cent mille Helvétiens immolés , de l'armée germaûie engloutie dans les flots, de. trois ceht miUe T^uctères égorgé;» , do, la nation des Ëburons détruite , de tant de champs ravagés:, de tant de villes ihcendiées, glace le& courages les. plus id trépides.

Tous sont kgités par les mêmes ressentimens , retenuspar les- métmes craintes; tous ne respirent que la'^guei'rej'et aucun n'ose l^déclai^er. 'Ëiffîn, à ^a voix du chef des^jii^îdes, les Cailiutes , plijs prompts dans leur décision que tous les autres Gaulois, se lèvent et annoncent quHk vont courir aux ar/nes, préférant la mort > dai^s les combats ^ à la bonté de vivre sans jrecouv/*ér rhéritpge-de leurs ancêtres ^ la gloire et la liberté. - • .

Leur exemple chasse toute idée de. péril, et tous les autres chefs jurent de les imiter. On se donne jH^ciproqu^nent des otages ; on se lie par des sermens redoutables. Toujours fidèle» à leur

I go GQNQtJÉTES

prôine9$^^ Cotuatuè et Ctiuëtodaiius^ chefs <le8 Camutea, anftlemt leurs.peuples et ïFdbt^dlLSsa^ crer tous' les Jlomain3 qxA ^ tFOuVaieiii d^^s Orléans (6fihaJ)um').'Cctéyénefltt^t, selon la coutume des Gaulois, f ut ànnpifcé. à Ivabids cr^s de boHi^de "en J:)0]Lirgàde , €f Circula avec urne telle rapidité 9 qu'on apprit le soir en Auvei^e ce qui s'était pa^séie matiri^ ^^^ns^Orléans: orîgine L'Auve^gu^ vojait alors briller parmi ses

le Vercin- . , i-^' i • mi ^ *^

gétoriz. guerriers un j eune*Gault)is ,. ilui«tr€;>paf sa naissjfoce^^par son crédit^ par sa braypure et ^ar 8pû*^énie : il se gommait Vercing^^rix ;* sou père Celtillus , autrefois pcTétu du commodemeut des troupes dans toute la Gaule celtique^ avait, été assai^in^ par; ses cohcitoyèns qui le soupçounàiëht d'aspirer à l^rofaûté; Un parti noftibfèui^ ^ brûlant de le venger, entourait -encore l'hérijLi^ d^ sa f ortuiie et de ^i^ambitîpfu

Son fixik fiéys qu'on sq)prit en Àùvergi^je le soujétrement des peuples dç Chartres ^ Ver-cin^toryc , résistant aux larmes die âi famille' et bravât l'opposition d'une neblessé ^jui redoutai! le courroux des Romains, appela ses amis aux armes; mais ses prenfiers efforts furent stans siic<!!ès. Les meurtriers de son pèi^^Jes ch^fs de sa cité soulevèrent contre lui la multitude , et le chassèrent 'dè€lermon^(Gergovi«.), . L'espé tance et la "gioiice suivirent lé banni

DE CÉSÂR« fQI

dans s(yn.exiK SontE^pu par des amis fidèles^ il vit AC«ôamr^ii« ses enseigBçs tpus les Qaiiloi$ckez JLes(|uels i'escltTage n;ayait -.^iQ; éteint l'amourMÎel^ gtîerre et 4è Ifii liberté. Soft parti s'aÉCcrUf Bn(^« 6^ tous, les hommes aTeBtoreux qde la pauvreté ai^Hlo^ai t \ et qui se y oyaient . poursuivis par Içurs eréanciers o^u pal* les loîSé {In^fin 3es forces s'aijgp\enlaiept tellemélit que bientô^fl- rentra vaindueulukns <!!lQrmontâ ra-so*» "*«"• nka^t/les courages paj»soa aufla^, rév^iUl^ l'es-* pérance par ses^omtsses^ et rassura les plus timides x^m fermeté . 1)'uq cojis^Âtemen t una- so» nime fil |e vit pro^famè roi par toutsôn peig[)ie« " trône.

D'après ses ordres , des meSsa^^ers rapides par- se* coururent ig Touraine^, i Anjou /le Limous^l, - hostiiet. le Qjiercy, les#cités de 5pns, de Parid, de Poitiers Tous ce^* peuples^ ralliés à Ja voix, Ifi prdclam^r^i^it génëral; i^ar, dai\s les temps.de crv^e, 4a. peur fait taîrç l'entié et 1$ contraint de %ç soumettre^'au talent.*

'^eçcingétorix? se fait livrer des otages * des armes, tl^s.cheva\i:c; il ordonne des levées de troupes', fixe l'éjtoqué de leur réunion^ aigtiilr lonn'^B Fafdeur de^ audacieux par son activité, et détide les ^^les par S)ar vigueur. , La .mort punit les faqti^x, la mutilation châtie les lâchés et pffre'cA euxjun exemple qui forcie la poltronnerie- au cjpurage. , '•■ - •

iga CONQtJÊTES

Une partie de $on s^rmé^entr^ dans le Rouei^ gue; «y^eâutre souipit le Bêrri , demi tés^iiples deman^ér^^t èH vâin^du 9ecour$ amx E^xAn»; enfin porto&t rîhcertîtude cèd^à %cn)«èle. l'indisciplina à son autorité , et J^cJniB^pfeilé^e Cés^ar va trouver dâis^ la Crainle^annvs^c^gtie de lui. * '^ '* :

La Nouvelle d^ c^tte i^^glution plaça le général romain dans une position si diïàcHe et srp^filleuse^ qu'eHe aurah déconeef té ou^per^u tout autre cpiè lui. Ses*l^o&s; en* quartiers d'hiver datrf le nord de la*Gau)€r^fe ^oyaient séparées de. lui skns uuc^n tnoy^ de- eftniniun^cation. Tout ,1e centre, de bette Va^te Ctpitrée étq^it en armés ; les peu|)les des côt^s prennent part à la révolte ; d;iûs^ le midi, même^ les cités de FAgénois et du Gévaudan* sttif^jent l'étendard de Finsurr^iction.^Lutérivis*, lietitenant de Vercîngéterix ^ menaçait déjçi te. prcH vince romaîYie, et la nfeige qui obstruait* les valKes des Çévennes semblait *élevêr un^ barrière impénétrable* entre le Vivaraistet l'Anvei^ne. * *"

Si. César perdait du temps*, son armée fcourait risqae d'être écrasée dans^ïg. Belgique j s'il chercbitit à' la. rejoindre*, il s'ex{Josait à une dé» faite presque certaine, à la mort ou à la câp*tivité.. Son génie , considérant sans» effroi ce^

DE GÉSÂB. 193

dangers et ces obstables y ne les mesilra que pour braver les i^ins et pour franchir les autres.

Il envoie ses nouvelles légions en Vivarais, court à Narbonne, rassure cette province en y plaçant dets garnisons, et, certain que la route la plus périlleuse devient la plus sure parce qu'elle ^ la mpins prévue , il traverse les Ce* ^venues et parait à l'imptoviste en Auvergne.

Son arrivée y répand la terreur : Vercingé- Prise torix accourt pour défendre son pays* César, trop faible pour le combattre ^ confie. ses trou-^ pes à Brutus , lui ordonne de se tenir sur la défensive, %ole à Vienne enDauphiné, y trouve sa cavalerie , traverse avec elle le pays des Éduens, rejoint, sur la Loire, deux de ses' légions , réunit à lui celles de la Belgique , marche sur Sens, s'en empare ainsi que de Château- Landon^ et arrive devant les remparts d'Orléans avec une telle rapidité qu'il devance les secours que cette ville attendait. Il y entre de vive force, la brûle-, la rase, parce que la première-elle s'était armée contre lui; de là il pénètre dans le Berri et assiège une ville nommée Noviodunum.

Vercingétorix, pendant ce temps, s'etforçait de soumettre le Bourbonnais , pays des Boïens , qui seuls étaient restés les alliés des Romains; mais tout à coup , instruit de la marche de César

ig4 CONQUÊTES

et, de la rapidité de 8es progrès^ il court à sa rencontre.

Noviodunum c^itulait; à la vue des étendards de Vercingétorix , elle reprend l'espérance et rompt toute négociation. Sous ses remparts, les deux armées se livrent un combat de cavalerie , qui d'abord tourne à Fi^vantage des Gaulois; mais, après une longue mêlée, six cents cavajiers germains, auxiliaires dans l'armée de César, changent la fortune par leur impétuosité , mettent en fuite la cavs^lerie de Vercingétorix, et le forcent lui»-méme à la retraite. La ville abandonnée se rend et livre au vainqueur les cbefs qui l'ont excitée à la révolte.

Siège César, non moins habile pour profiter de la Victoire que prompt a la remporter , poursuit ses avantages , investit Bourges (Avaricum), et en forme le siège.

Tout avait ainsi changé de face en peu de jouf s : les folrces roinaines séparées s'étaient ré* unies, et César, qu'on croyait surprendre dans la province même, se trouvait déjà victorieux au milieu de la Gaule étonnée.

Vercitigétorix comprit lalors que cette nouvelle situation 'exigeait un nouveau plan ; il rassembla les chefs des cités, leur proposa d'éviter les batailles décisiv^es, et ordonna de

DE CESAR. igS

harceler l'ennemi dé tous cotés. « Les Romi^ins M ont pour eux, âiC-41,* l'i^nioii, la science, la » discipline, la supériorité- de leut* armure; » épuisons leur courage par pne guerre de » dëtail; minons leurs forcer par de fréquens, M de légers combats, et surtout par la^privation >i des^ subsistances. Dî^uisons tous noa four* M rages; enlevons toi^s nos grains; rasons nos » villages; incendions nous-mêmes nos viHes. >} Tout sacrifice est préférable à l'esclavage t ;>

Ce coliseil violent ne rencfontra pas d'oppor sans; Je désespoir obéit à la fureur; le feu dévora les cfaamj)s et les villages ; vingt grandes villçs furent livrées ^aux flammes ^ ej^ César, que les précipices et les neiges n'aVaient pu retarder, se vit toi^t à coup investi die feux fet isolé au milieu d'un vaste incendie.*

Ce dévouement généreux pouvait sauver la Gaule : mais les peuples cTu Betri la pe^^dirênt, en refusant de sacrifier 'Bourges1( Avaricum ) leur capitale. En vain Verciûgétorix ordonne sa 4estructioa ; les ^^itoyens, les guerriers se prosternent à 'ses genoux, et, les lannës aux yeux , ie conjurent d'épargnw l'appui , l'ornement, la plu&bellp ville de» la Gaule; les chefs lui représentent que la position de Bourges rend sa défense, facile, qu'cRe est entourée d'une Vivière profonde et d'un marais impra-

I gÔ CONQUÊTES

ti^ble qui ne laissent à rehnemî pour s'en approcher »qu'un défilé étçoit et ^ét^illeux.

Dans -le' camp de César on -éb^ssait ; dans celui de «Vercingétojii? on jlélîbérait.; cette différei\pe entre deux giii^ds c^i^taines fit la fortuné, de l'un et le malheiTr ^ J'antre. Verciïte^rix, forcé, de céder/ plate dans la ^ille dix fuille^'hommes d'élite j ïivec Je reste dfe «on armée il se Mcha dans un fiois; de là, surveHlant»tous les mouve^iens de César, il tombait sur ses -détacïiémens , et exterminait tqtites les troupes (hii^se ihasardaieiit loin du camp pour chercher des subsistances.

Disette - Bientôt r^rm^e roftiainé se vit eh proie à la ». plus affreuse àisette. De ses deux .alliés, les Bolens (peuples duBouTbonnaç»^ , malgré' l^ur pauvreté, fureii^les ^euls, <jui lui pniToyèrent des vivres : les Éduente j au contraire, riches en grs^s et en troupeaux, ne Jiui donnèrent que dqs pro*messe8.^ • *

César, admirant la ' eon,stanc|f héroïque de ses légions , et touché de Heurs soufiranct^, se déx^ide enfin à cédef au sort et*à? son rival? il propose à ses sdtdats de lever le siège et de se retirer. ?our la pr&iièr^ fois , la*fierté comaine surpasse Iji sienne. Ces guerriers ne demandent plus à vivre, mais à combattre; le courage fait supporter la faim, et ranime ,1a faiblesse; les

romaine.

travaux redoublent d'activité y les machine» se mettent en mouvement , et les toitrs s'approchent des r^parts. ^

Cepend^mt la tr^son d'un Gaulois découvre à César 'une embuscade dans laj|uelle les e]> nemis. voulaient faire tomber sa cavalerie; il y niarehe avec quei}ques léjgibns^ taille en pièces le corps (Jui s'y tro|ivait, et te poursuit jusqu'au pied dp camp de ASercingëtori:^ qui s'ét&it posté sur une hauteur inexpugnable^ entourfie H'uu vaste marais.

Cçsar / par .ses^ manœuvres ^ par Jas défis injurieux de ses. soldats ^ tente* vainement d'attirer le général gaiuFois hoss^ d^une position qu'il ne peut forcer., V^cingétorîi s'y tient-traYiquil* lement re]ifei;mé^ et oblige ainsi pap sa |ktience les Roi£ains^à la retraite. - «

Les Gaulois, turbulens, indiscipjinés, méfiansy loin d'apprécien la prudente habileté de leur chef y accuseifit sa sagesse jle trahison. Us se rass'embleift ea tumult^, lui rçpf ochent son inpction daps^un instant cgit il^pjDuvait ècA^aser les Kon^aÂns ; tpus enfin se montrent prêts à le condamner comme' un lâche qui voulait, en sauVant César, obtenbr le scpp(^é de sa c&aûi.

(c Ma conduite plus que mes paroles , leur Réponse

i« «r' • • 1 . p de Vcrcin-

» dit 'Verciiigétorix , pie lavera et vous feragétorix aux

, « * . - ^ ' reproches

>i rougir de' vos honteux sojupçons. Je ne vougdesGaaiois.

igS CONQUÊTES

» ai fait changer de caitnp que pour assurer » vos fourrages et pour les enlever aux Ro- >) mains, dont je m*'approchais sains péril , en n vous -faisant occuper un "poste inattaquable, >j. Je ne me suis laissé ébranler ni par les braw vades de Fennemi^ ni par leS;ClamexKfs*des n séditieux , qui ne 4Sniand6At à grands t^ris le n combat ipi^pour être délivrés plus tôt «les fa-* » tigUes de la guerre. Quel e^ le fondement de » vos reproches? Le* Romains sont venus vous » menacer; eh bien! ce n'est pas nous; ce sont » eux qui se sont rejtirés. Planant sur eux du » haut dé votre colline, vians avez pu contem- » jJler lélii'' faiblesse et jouir de leur fuite. Je » n^attends poitit d'une lâcho trahison le pou- » voir que je devrtti bientôtâ une ttctoire cer- » tainei* Cependant, si vots ftroyejj que je m'oc- » ^upe ptjis de ma gr^^ndeur que ^e votre sa- » lut, je dépose à l'iiistànt devan^vous mon » autorité. Maig peut-êjre ^royez-vouâr que je » me^ laisse éblouir par des^^spérances trom- » peûses. Eh bien ! écoutez dtjnc les Romains » eux-mêmes; vous cohna,îtrei»part?ùx la*vén rite, w

Alor^ il fait f)apaître linéiques prisonniers dont la peur, dictait le langage ; ceux-ci -déclarent <} ijil'ils sont légionnaires, que la disette » les à chassés du camp, que la faim les avait

DE. GJÉSAR. 199

M déterminés à braver la ci^ptÎYité ^ que l'armée » romaine épuisée ne peut plus r^ister ai9b^ >» soin^ à la fatigue, et que Qidar a promis de » lever le si^e, si la ville ne capitulait. pas » ^avant trois jours. >i ,

« Voilà pourtant, reprit Vercingétorix , ce » que vous me devez ! et c'est moi que vous » accusez de trahison ! moi qui v^us donne la » victoire sans l'acheter de votre sang ! moi » dont l'adroite prudence vous sauve et ne » laisse aucun espoir de salut à vos ennemis ! m

A <^s paroles, l'inconstante multitude répond par de vives acclamations et par un grand cliquetis d'armes ; l'amour succède à la haine , l'enthousiasme à la fureur; tous s'écrient que «r Vercingétorix est le plus grand des capitai- » nés , qu'on serait coupable en doutant de sa )) foi , et qu'il- faut se livrer à son génie. »

Le général gaulois fit entrer un nouveau ren- Lutt«

- ,-- ^ , 0 f 1 • mémorable

fort dans la ville. Ce siège fut également mé^ des denx morable par lé courage des assaillans et par la vaillance , l'opipiâtreté et les ruses des assiégés. Les détails qu'on trouve dans le récit de César prouvent que les Gaulois possédaient alors une industrie inconnue aux peuples barbares*

u Leurs murs j dit-il , étaient ainsi construits : » ils plaçaient deux grosses poutres en long à » . deux pieds de distance l'une de l'autre , et les

200 GONQUÉTES

» liaient par des traverses : leurs vides remplis » dt terre étalent revêtus en dehors de grosses » pierres qui séparaient cette première couche » des autres qu'on élevait sur elles ^ et qu'on » multipliait suivant là hauteur qu'on voulait » donner ^à la muraille ; cette construction en » échiquier était aussi solide contre les ma- » chines de «guerre qu'agréable à la vue. La » richesse de la Gaule en mines de fer donnait » aux Gaulois dans leurs sièges l'avantage de » trouver un grand nombre de mineurs expès » rimentéSy qui détruisaient les terrasses et f) renversaient les tours élevées par les légions, w Leurs remparts étaient garnis de cordes et de D 'crochets qui arrêtaient et faisaient tomber /) les machines romaines; enfin ils couvraient » d'un cuir frais les tours de leurs retranche- » mens y et les mettaient ainsi à l'abri du feu. »

Malgré tous des obstacles y les assiégeans étaient parvenu^ à élevei' près des'remparts une terrasse haute de quatre-vingts pieds et large de trois cent trente. Elle devint l'objet dHm combat que les deux armées se livrèrent pendant deux jours avec, acharnement pour l'attaquer et pour la défendre. » •

Un trait raconté par César suffit pour peindre l'intrépidité gauloise : « Un guerrier de la ^ ville, 4it-il, debout sv^r là muraille, jetait

DE CÉSAR. aOI

n contre la terrasse des Hois enflammas Qt des M fapule^ de "suif .qu'on lui passait de main* en » «aain;- bientôt les traits lancés^ par une, ba- » liste.rbAftine'iepercent^et'le revveiseafc; un » âdtre prei^di'sa plate, égi^qjwe le jfième sort, i poste'.piiriUeux lé e( rempli sans

es GauK^ se re- pn»

1,1a \ert-aMe.qti)

pe e»t certt^ne ; '

if abandqipner la

ijw^'ké epfafu,

irs genoux, arré-

de les défen'dre.

i; l'assaut sftpr^

ar' aperçoit une

ée ; il y' cgriwt et

;nt en foule ; en-

rléans^ elles h'é-

;, l'infajuteFieitaa

les iips deuis laiviUef au dtjhors la cavalerie

éçorgealles autres.; cette journée fit disparaître

une'pupùratioi^ de quarante mille àm^s.

Hjuitcsntî'Cauldis seuls s'éctiappèrent; Ver- Di>«>Dr>

cingétOrix, craigh^nt l'impres^op produite par tttoriiiiei

leur arrivée soudaine dans' stm camp , les y fit

entrer successivement et de nuit : rassemblant

ensuite ^n année, dont le ulence annonçait

la consternation : « I^ourquoi, dit-il,- Tons.dé-

» courager pour- un -échec an non à la yfoi-

M la^ce ,v

» chej'qu

» cipéûa

M te déci

» Compte

» il faut

w .revers;*

Page 1