‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 100 sur 298 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

vanle, un acteur nouveau, dont le nom était justement révéré, et qui, en 1798, avait fait preuve de talent militaire. On pouvait croife qu’il montrerait quelque capacité comme personnage politique; cette supposition fut trompée; Aloys Réding, devenu grand landamhian ‘ de la Suisse, ne fut plus qu’un homme ordinaire: il eut cependant une heureuse inspiration, en comprenant que, sans l'approbation du gouvernement français, la nouvelle administration'aurait peu de consistance. Il partit pour INiris le 29 novembre ; mais il eût fallu y porter des idées admissibles; et c’est ce qu’il ne fit pas : il ne jugea bien ni sa position, ni celle de son pays. Le chef d’un canton, fier de sa démocratie, ne SC montre à Paris que l’apôtre du rétablissement de la servitude pour les cantons aristocratiques; il oublie que si de telles maximes eussent prévalu à l’égard de scs ancêtres, ce sol libre du canton de Schwitz, qui porte avec orgueil des hommes libres, serait un sol esclave, que lui-meme et scs enfants arroseraient encore de leurs sueurs sous* le bâton et sous le fouet des baillis autrichiens.

Du moment qu’Aloys Réding partait d’un principe aussi absurde, il n'y avait entre le premier consul et lui aucun moyen de s’entendre. Sa tentative en France n’ayant pas répondu à scs désirs, il chercha , contre la France , un appui auprès des autres cabinets de l’Europe. Aussitôt apres son retour à Berne, il nomma des agents pour se rendre en Autriche et en Prusse. M. de Dicsbach fut reçu à Vienne; mais si on lui donna des encouragements secrets , il n’obtint pour son gouvernement ni approbation publique, ni promesse de secours. La Prusse refusa de recevoir U. Lentulus, qui était destiné pour Berlin. L’Angleterre seule , dans la probabilité d’une rupture avec la France, attentive à ménager tout ce qui pouvait agiter le continent, offrit aux aristocraties suisses, et des ressources pécuniaires, et le concours de sa diplomatie , pour attirer à la défense de leur cause les grandes puissances continentales.

Cependant un nouveau travail avait été rédigé sous le nom A'or^ani$ation générale de la Suiste. Cette organisation , publiée à Berne le 27 février 1802 , fut envoyée à la sanction des assemblées communales. Après son adoption, Aloys Réding, en sa qualité de président de la commission exécutive, ajourna le sénat; et, comme si désormais tout eût dû être rentré dans l’habitude d’une complète obéissance, il s’absenta lui -même du chef-lieu du gouvernement. A peine était-il parti, que le petit conseil suspendit la nouvelle consti-

' Le 21 novembre 1801.

tutioii, et convoqua une assemblée de nolablee pour en rédiger une autre. Cette révolution s’opérait le 17 avril. Réding accourut peu de jours après, et se hâta de protester contre ce changement. Sa protestation fut considérée comme une abdication du titre de grand landaniman. On lui donna un successeur; Ruttiman fut choisi pour le remplacer. Sommes -nous enfin au terme de ces mutations, d’ailleurs si innocentes et si bénignes, puisque nulle rigueur ne poursuit l’autorité déchue? non, pas encore, pour le malheur de la Suisse; mais ici la scène va s’étendre, et l’action s’agrandir.

I/e 19 mai, un nouveau pacte est proposé à la Suisse, comme un traité entre toutes les opinions, une transaction entre tous les intérêts. Au fond, toutes les opinions rejetaient le traité ; tous les intérêts, la transaction. Toutefois la nouvelle constitution était réputée avoir reçu la sanction de la majorité; on procéda, selon le mode prescrit, à la nomination du grand landamman, qui devait avoir deux adjoints ou lieutenants. Le landamman élu fut Dolder; les deux adjoints, Fusiinct Ruttiman. C’est sous ce dernier gouvernement que les troubles vont prendre plus d’intensité; l’insurrection, plus d'ensemble. La retraite* des troupes françaises n’en fut pas précisément l’occasion; mais elle en facilita le développement.

Le choix de ce moment pour le rappel des troupes françaises, rappm que la Suisse, il est vrai, avait demandé plusieurs fois, a été considéré comme un calcul de In politique du premier consul. Pourquoi l’en défendre? ce calcul n’avait rien que de légitime : le gouvernement français était fatigué d'une suite d’agitations, dont le voisinage lui était importun ; il lui était pénible d’avoir à traiter sans cesse avec de nouveaux personnages, dont la présence de scs troupes paraissait être le principal soutien. En vain le premier consul avait donné à CCS gouvernements successifs des conseils utiles et sages; ces conseils n'avaient pas été, et peut-être n'avaient pas pu*ètre suivis. Dans l'intérêt de la France, alors très-incertaine sur l'avenir à l’égard de l’Angleterre, il importait d’arriver en Suisse, comme en Allemagne, â une solution finale, à un dénoûmcnt absolu et complet. Par le rappel des troupes françaises, ou bien les Suisses, livrés à euxmêmes, parviendraient à se concilier entre eux, ou bien la crise deviendrait telle qu’elle réclamerait le déploiement d’une intervention énergique, capable de comprimer tous les partis. Cette dernière hypothèse était la plus favorable : elle se réalisa en effet.

A peine les anciennes aristocraties se voient-elles

’ 13 juillet.

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