‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 99 sur 298 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

déportations. Ces déportations consistaient k mettre i hors de contact avec les armées autrichiennes les membres des anciens gouvernements dont on redoutait les intrigues. Le Siiinamari des déportés suisses était Bâle ou Lausanne. Il me semble qu'on devrait juger avec moins de rigueur une nation qui, seule Jusqu'à ce jour, a supprimé la peine de mort pour les délits politiques. Le sentiment qui avait dicté celte loi était si bien gravé dans le coeur des Suisses, que, le lendemain de chaque mutation, le premier acte du parti vainqueur était une amnistie pour scs adversaires. La seule exception qu’ait soufferte cette règle appartient au court moment où, en 1802, triomphait l’aristocratie, lorsque ce triomphe menaçant fut arrêté par rintcrvcnlion du premier consul.

Les mesures de sévérité prises en 1709, mesures purement défensives, n’eurent alors même qu’une courte durée. otages qui avaient été détenus furent mis en liberté ; les déportés rentrèrent dans leurs familles; les insurgés eux- mêmes n'avaient | pas été longtemps à reconnaître le peu de con- ! fiance que méritaient les promesses de leurs pré- \ tendus libérateurs. Le seul acte favorable à la con-^ tre- révolution qu’avait fait l’archiduc Charles, avait été le rétablissement de rancienne magistrature à Schafhausen. Là se bornèrent toutes ses démonstrations : maître de Zurich , après la première bataille de ce nom, on eût dit qu’il avait été tout à coup enchaîné par une puissance invisible, et condamné à une immobiKlé complète, sous le rapport politique comme sous le rapport militaire. Le secret de cette immobilité n’était pas diilicile à comprendre; l’/Vutriche voulait des succès, surtout dans rilalic, qu’elle espérait conserver. Elle n’cùl pas sacrifié un seul homme pour conquérir la Suisse tout entière, si elle n’eût dû en recueillir que l'infructueux honneur d'avoir rétabli les anciens gouvernements helvétiques; le mérite des restaurations avait alors peu d’attraits pourcllc : c’était une chimère de gloire qu’elle abandonnait, sans partage , à l’imaginaliori chevaleresque de Paul l*". Aussi, malgré les promesses exprimées par la proclamation de l’archiduc Charles, l’émigralion suisse, dont il était obsédé, ne trouva en lui que de l'indifrércnce, et, dans les membres de son étalmajor, que des mépris. Dans ces Suisses qui combattaient contre la Suisse, le quartier général autrichien ne voyait que des stipendiés, mis à sa disposition par l’Angleterre. Aux yeux de ces infortunés, les couleurs de l'HcIvélic, dont on leur avait d’abord permis de se parer, ennoblissaient du moins celte guerre qu’ils faisaient à leurs compatriotes. C'était pour une patrie qu'ils prétendaient combattre. On ne leur laissa pas même celte con-

solante illusion : ils furent forcés de prendre les couleurs allemandes; en sorte qu’ils n'étaient plus que des mercenaires à la solde de l’or étranger. Si les Rovéréa , les Courten , les Bacbroann jouissaient encore de quelque considération , ce n’était plus comme Suisses, mais simplement comme chefs de bandes auxiliaires. Quelle situation pour ceux d’entre eux qui avaient ajouté foi aux paroles autrichiennes! Quel sujet de désespoir pour l’avoyer Sleiger, qui avait appelé rémigralion et formé les corps à la tête desquels il croyait aller reprendre, dans Berne, les insignes de son ancienne dignité! I.e noble vieillard conserva longtemps l’espérance et toujours son courage ; mais lorsque la seconde bataille de Zurich eut rejeté les Autrichiens cl les Russes en Allemagne , le coup fut mortel pour lui. Il savait que si porter les armes contre sa patrie est quelquefois une sorte de fatale nécessité, il n’y a que le succès qui puisse l’absoudre; que le bonheur de cette patrie reconquise, qui puisse faire oublier qu’on y est rentré les armes à la main et sous un autre drapeau que le sien. Sa santé s’altéra bientôt, cl il termina sa carrière à Augsbourg le 3 décembre 1799. Sans contredit, la fermeté de caractère est toujours digne d’éloges; mais celle qualité elle-même ne se juge pas indépendamment des questions auxquelles elle s’applique. Lorsqu’elle n’a pour objet que le triomphe de classes privilégiées sur les libertés d’une nation, si elle est une vertu aux yeux de ces classes, ce n’est pas une vertu qui puisse avoir droit à la reconnaissance du genre humain. Il y a loin de Coriolau à Thrasybule. , ^

Vaincue sur le champ de bataille, l’aristocratie helvétique ne négligeait rien pour se relever dans l’intérieur par des révolutions civiles. L’exemple du 18 bnimairc ranima ses espérances : elle se persuada que le nouveau gouvernement de la France pourrait ne pas mettre un grand intérêt à maintenir l’ouvrage de l’autorité à laquelle il succédait, ou que, suflisaiumcnl occupé de ses propres affaires, il abandonnerait la Suisse à elle-même. Celui des membres du directoire helvétique contre lequel s’élevaient le plus de haines, le directeur Laharpe, était l’homme qui combattait le plus à front découvert les partisans de l'ancien système; mais il avait en même temps un autre genre de courage dont on aurait dû lui savoir gré. Personne n’avait autant que lui mis d'opposition aux exigences des autorités françaises, au point même qu’il s’élail enlevé entièrement l’appui de ces autorités. Ce dévouement, qui, pour ses concitoyens, eût dû être un titre à leur reconnaissance, fut une arme que scs adversaires firent servir à sa perle. Comme d’ailleurs, par une certaine roideur de formes, par

BrÉOlATiOK SUISSE.

une conviction de conscience trop peu soigneuse le premier consul fût consulté sur le plan d'ooo de ménagements extérieurs, il s’était fait des enne> constitution nouvelle. Un projet lui avait été sou> mis, même dans l'opinion qu’il professait, on n'eut mis par des Helvétiens dont il estimait les talents pas beaucoup de peine k former contre lui un parti et les intentions. Il remit ce projet à M. Glayrc dans les conseils, et à semer la division parmi les non comme une loi imposée, mais comme un Iradirccteurs. Cette division elle «même devint un vail digne d’examen , témoignant qu'il y trouvait moyen pour arriver à la dissolution du directoire une sorte de cachet helvétique, une couleur de et à son remplacement par une commission exécu* pays qu'il n'avait point vus dans tes dernières or> tive de sept membres. Celle pèle imitation du 18 gatiisalions; que du reste il donnait d'avance son brumaire, opérée le 7 janvier 1800, ne lui resseiii- assentiment, soit à celui-là, soit à toutuutrc qui fut bla en rien dans les résultats. Au lieu de passer, assorti au sol et a l'esprit national. Une diète fut comme en France, du provisoire au üéUnilif, on convoquée |K»ur délibérer sur ce nouveau plan : était en Suisse , d'un état qui pouvait être déliiiU elle ouvrit ses séances le août a Berne, tif, retombé dans l'ablme des gouvernements pro> Quoique le projet olTrU beaucr)up de formes du visoires. Si un coup d'Etat est quelquefois utile, régime détruit, il conservait une diète helvétique nécessaire méme.sa principale excuse est dans l’ha- et un pouvoir central. Une grande majorité se dé« biicte de ceux qui rexéculent. Ce n’est plus qu'un clara pour le principe de l'unité; mais douze dépu> misérable succès d'intrigue, quand, à la suite d'un tés, anciens membres du gouvernement de Berne, moment d'audace, on ne montre que de rineptie : protestèrent contre l'adoption de ce principe,

aussi allons- nous voir raulurilc flottante errer de Cette protestation fut appuyée par trois personnamain en main, elles gouvernements successifs mar- ges d'un- grand poids, qui se prononcèrent dans le cher de chute en chute jusqu’au bord d'un préci- même sens, et quittèrent la diète le 8 octobre; pice où il faudra qu'un bras étranger vienne les c’étaient les représentants des trois petits cantons, retenir. Le gouvernement né le 7 janvier, disparut Aloys Réding, de Schwtti; Huiler, d'Uri ; et de le 7 août. On sc persuada qu'en concentrant la Flue, d’Underwald. Ainsi le système unitaire avait puissance législative dans un plus petit nombre contre lui les deux opinions extrêmes, l'oligarchie de personnes, on parviendrait plus aisément à pré- la plus étroite et la démocratie la plus étendue, parer une constitution nouvelle, propre à calmer Un autre article éprouva aussi une vive opposition, tous les dissentiments. La tiebe était difficile. En celui qui pernietlrail le rachat des dimee et des reeflcl, si les amis de la révolution s'obstinaient à devances feodalee. Précédemment, dans les jours maintenir le principe de l'u^ÿé, déjà payé par tant d’exaltation , les dîmes et cens avaient été abolis, de sacrifices, l'ancienne aristocratie ne voulait rien Quelque temps après, par un louable respect pour moins que la restauration entière de la précédente droit de propriété, même lorsque son origine a organisation. L'oligarchie, comme la royauté de- été abusive, ce décret avait clé révoqué. On aurait puis, avait ses absolutistes. Entre ces opinions dû croire que la faculté du rachat, insérée dans extrêmes s'élevait «o lien-parti, formé d'bumuies le nouveau plan de constitution, était on moyen modérés qui aufhknl voulu composer une sorte terme qui devait convenir aux possesseurs, toujours d'amalgame du régime ancien et du nouveau ré- menacés de suppression sans dcdoiiimagcmcnt. girae. O parti, aina^ue nous l'avdbrToei^Ff^cc, Les partisans des anciennes lois ne l'entendaient

était en horreur aux deux autres. * pas ainsi : ils repoussèrent avec une inflexible

Tandis que le sein de la Sttissel^lj^aiiAl déchiré opiniâtreté le mode de transaction qui leur était

par ses propres enfants,au dehors oi^énie prolec- offert. N'ayant pu empêcher son admission, ils ne

leur veillait sur elle. Le chef du gouvernement virent plus d'autre ressource que de recourir à la

français, par une politique bien entendue, faisait violence, pour se débarrasser d'une assemblée qui

consacrer, dans l'article XI du traité ‘ de Luné- ne cédait pas à leurs vues, et pour anéantir son

ville, l'indépendance de la nation helvétique, cl lui ouvrage. La nuit du 97 octobre fut choisie pour

assurait le droit de se donner elle-niémc le gou- celle opération, qui ne rencontra pas plus d'ol>-

vcrnemenl qui lui conviendrait. Un cri de joie re- stades que celles qui l'avaient précédée. 11 était Icolit aussitôt dans les vallées et les montagnes déjà passé en usage que toute minorité qui avait

des Alpes; la reconnaissance était juste. Chacun de l'audace, pouvait, par la violence, ou par la me-

des autres gouvernements ne s'occupait à stipuler ' nace seule de la violence, faire la loi A la majortlc. que ses intérêts directs et immédiats. La France Celle fuis on voyait paraître, sur cette scène mou-

seule avait songé A rUelvélic : il était iialurci que

* Ancien mcnibrr du dirccloirc bdvctiqiie, alors niioiairr «b* Suisic A Paris.

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' 9 février 1801.

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