‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 102 sur 298 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

U gvs d'éliminer les sénateurs qui se rendaient mé- » prisabics... »

Nous avons déjà indiqué les considérations qui le portaient à pencher popr le système fédératif plutôt que pour le système de l'unité. Les unitaires qui, sous d'autres rapports, obtenaient l'accomplissemcnt de leurs intentions les plus pures, n'opposèrent pas sur ce point une très-v^ve résistance.

On a prétendu depuis que, si le premier consul s'était pr^oncc pour le système fédératifcl n’avait admis qu'une ombre de pouvoir central, c'était pour se conserverdans ce pays unedomination plus facile et plus sOre. Lorsque le directoire exécutif, prédécesseur du consulat, avait voulu le triomphe du principe d'unité, on lui avait supposé le même motif. Des deux accusations, l’une au moins portait à faux.

Quant au système de relations qui devaient exister entre la France et la Suisse, le premier consul revenait à l'ancien mode d'une alliance défensive. «C'est l'intérêt de la défense, disait-il, qui » lie la France à la Suisse. C'est l’intérêt de l'atta- » que qui peut rendre la Suisse importante pour >1 les autres puissances. Le premier est un intérêt » permanent. Le sccond‘n'est que passager et de Il caprice. «

Dans ces discussions, le premier consul pouvait, sans contrainte, se livrer à une libre expression de tous ses sentiments, parce qu'en effet le système le plus conforme à l'intérêt de la France devait être nécessairement celui qui serait le mieux approprié aux vrais besoins de la Suisse. Comme s’il ciU voulu Cf) quelque sorte se justifier, aux yeux des députes, du peu de suco^k de la mission d’Alo)S Réding auprès de lui, il leur dit que toute conciliation entre eux avait été impossible. « Quoi- » que je lui eusse déclaré, continuail-jl, quclcso- » Icil retournerait plutôt de l’orient à l'occident que n le pays de Vaud au canton de Berne, toujours le » pays de Vaud était son cheval dc'bataillc. »

Des communications des députés de la Suisse tant avec le premier consul qu'avec les commissaires français, résulta l'acte de médiation du 11 février. Par cet acte mémorable, toutes les opinions obtenaient une satisfaction sagement balancée. La démocratie était rendue aux petits cantons *, et la restitution était sans réserve. Dans les anciens grands cantons le principe aristoeratique était conservé, mais avec des tempéraments qui en détruisaient les principaux vices. Unc'Sorte de milieu

' Le* petits cantons on cantons démocratiques sont, comme nous t'avons déjà dit ailleurs, Appcnzell, Claris, Schwitz, Undrrwald, Uri, Zng.

* Les cantons aristocratiques sont ; IIAIe, Berne,

entre ces deux modes était adopté pour les cantons nouveaux où on n’avait pas à ménager de vieux 4>réjugés et d'anciennes coutumes; mais ce qui fait de l'acte de médiation un monument immortel , c’est qu’en admettant la conservation de tout ce qui, dans le régime précédent, n'était pas incompatible avec la justice et l’humanité, il assurait, d’une manière irrévocable, le triomphe de l'humanité et de la justice, en maintenant comme libre, comme égale à ses anciens maîtres, comme habile à l’exercice des mêmes droits, toute la partie des habitants qui était autrefois sujette ; cl l'on sait que la classe sujette formait plus des trois quarts de la population. C'est là le grand résultat, le résultat immense de.la révolution helvétique, consacré par l'acte de médiation de 1803. Vainement, en 1814, Berne réclamera ses anciens droits sur le pays de Vaud et l'Argovie. Vainement les rois jaloux de Napoléon, même après sa chute, paraîtront vouloir refaire son ouvrage. Le grand principe quHl n'y a plus île sujets en Suisse sera maintenu, les bases essentielles de l'acte de 1803 seront conservées. Le fond en est devenu indestructible. .

La pacification de la Suisse fut prompte et complète. Après le bienfait de la médiation , le choix de BI. d'Affry, pour premier landamman, fut un bienfait de plus. Les échos des Alpes, n-op longtemps accoutumés à maudire les Français, répétèrent vivec attendrissement le nom du médiateur. Déjà les portes du château d'Aarburg s’étaient ouvertes. Aloys Réding vint bientôt siéger dans la première diète qui fut assemblée, acceptant ainsi dans ses heureux effets la médiation dont il avait contesté le principe. J’aime à payer ici, à cet intrépide défenseur de la caiisc des petits cantons, le juste tribut qu’il mérite. Je ne saurais l’approuver d’avoir voulu établir une solidarité bizarre entre la démocratie de Schwitz et l’oligarchie de Berne; mais, celte erreur mise à part, sa conduite offre une foule de traits dignes d’éloges. Dire, comme l’a prétendu un historien , qu’Aloys Réding, placé près du premier èonsul , •> faisait omn bre à sa renommée, faisait obstacle à sa grann deur, n est une de ces hyperboles dont la raison publique fait justice; mais je le louerai précisément pour ceux de ses actes qu’on a passés sous silence. Après avoir, en 1798, opposé aux Français un courage, une fermeté et une prudence qui méritèrent leur admiration, ce qu’il y eut de beau,

Fribourg, Lucerne, Sehafliauzen , Soleurc , Zurirh.

’ Les rantons nouveaux sont : Argovie, Saiiit-O.vll , I.igucs grises, Tésin , Turgovic, Léman ou pays de Vaud.

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