MÉDIATION SUSSE
de généreux en lui, fut de lâcher d'cmpécher les insurrections des années suivantes, du moins de refuser de se mettre k leur tête, no voulant point faire couler le sang de ses concitoyens dans des combats dont il ne pouvait attendre une heureuse issue; ce fut encore, en 1802, de comprendre que, s'il eût pu trouver quelque gloire dans une nouvelle résistance, le parti d'une soumission sans abaissement était le plus conforme au véritable intérêt de sa patrie. Voilà des traits qui n'appartiennent qu'à un caractère élevé; et c'est par là surtout qu'Aloys Réding a des droits à l'amour de la Suisse et à l'eslinie de tous les peuples.
Si nous nous faisons un devoir de rendre ainsi hommage aux vertus qui brillèrent dans des rangs opposés aux nôtres, pourquoi laisscrions*nousdans l'oubli les noms d'hommes estimables qui , pour arrivera un but vraiment patriotique, n'ont pas craint de braver les faux jugements de l'Europe trompée sur leurs sentiments et sur leur conduite? On ii'a pas remarqué assez que si une division nominale séparait les Suisses en fédéralistes et en unitaires, il existait une autre division plus réelle et qui rendait le rapprochement bien plus diOicilc. Ce n'étall pas le triomphe de rmiité, comme unité, que le parti fédéraliste redoutait le plus , comme ce n'élail pas précisément le triomphe de ce prin* cipc isolé que désiraient le plus les unitaires. Au système d'unité avait été lié ralTraricbisscipent des peuples sujets devenus les égaux des pcupletrois ; celui des habitants des campagnes devenus les égaux du patriciat ou de la bourgeoisie d«s villes. Là était le véritable nœud de la diincullé.,Ce qui paraissait n'étre que racéessoire formait en effet le principal. Par l'aclc de médiation, les unitaires perdaient le prcK-ès en apparetice. Us le gagnaient en réalité. Que l'arUtocratie, là où elle deviendra puissante, honore plus particulièrement les Steiger, les d'Erlach et les Wjiltewilic; les peuples, l'espèce humaine tout enlièrc doivent leur reconnaissance aux hommes qui,. aprt*s avoir consacré leurs efforts à la degb^uciioit de la servitude, ont eu le dc%oueiiK'n( Jtiffronlcr d'odieuses apparences, de subir d’ïiijuslcs accusalhms, de consentir à passer pour les esclaves de la France, uniquement par l'espoir de conserver à leurs concitoyens la liberté et en grande partie t'égatité qu'ils avaient reconquises. C'est à celte classe qu'appartiennent, malgré les calomnies dont ils ont été l'objet, malgré leurs dissidences même entre eux, les Slapfer, Glayre, I>abarpe, Ray, Frisching, Rulliman et une foule d'autres généreux citoyens qui ont servi et leur patrie et l'humanité )>our elles- mêmes, au risque d'être méconnus par clics.
Quoiqu'il n'y ail aucune idenlité entre le principe des interventions exercées, depuis 1818, par la sainte-alliance et celui de l'intervention du premier consul en Suisse, considéroiis-lcs toutes soit comme également justes, soit comme également illégitimes. Pourquoi la médiation du premier consul a-t-elle obtenu rasscnlimenl des peuples, tandis que les interventions de la sainte-alliance ont été frappées de leur réprobation? La différence du jugement des hommes vient de la différence du but et des résultats. Différence dans le but : ici , c'est le rétablissement du despotisme; là, le maintien de la liberté. Différence dans les moyens : ici, des bannissements, des échafauds et des supplices; là, oubli du passé, amnistie générale et conciliation de tous les interets. Justes ou injustes, les inlervonlions de la sainte-alliance eussent pu se faire absoudre si, eomqie l'acte de médiation de la Suisse, amenant de salutaires transactions entre les gouvernants cl les gouvernés, elles eussent veillé en même temps à la liberté des nations et à la dignité du pouvoir. On a imputé à vanité au premier consul d'avoir, parnsi scs qualifications, pris celle de médiateur de la confédétion suisse. Le reproche peut être vrai, mais jamais amour-propre ne fui mieux placé. De tous les litres qu'ii a portes, U n’en est aucun qui honore autant sa mémoire.
Quand même les grandes puissances du continent auraient d'abord condamné la médiation du premier consul , le résultat eût probablement fait absoudre le principe. Les préventions eussent été vaincues et le niécontciilemcnt désarme; mais il n'en avait pas été ainsi. CcUc opération avait eu pour elle l'approbation tacite de la Russie; les encouragements, tes félicitations de la Prusse qui, voulant le maintien de (a paix, désirait de voir étouffer toutes les semences de guerre ;\nfin l'assentiment formel de l'Aulricbc qui , an lieu d'en concevoir une jalousie légitimée par l'intérct du voisinage, avait déclaré reconnaître dans l'heureux dcnoùmciit de ces querelles, un service rendu à toute l'Europe. Ainsi, outre que toutes les grandes puissances tolèrent sanctionnent la médiation de la Suisse, la Russie se tait sur l'étal de l'ilalic; la Prusse a fait plus, elle l'a garanti par un traité du 3 juin; l'Aulricfae, plus encore, car pour clic l'cffurl a été plus grand, elle l'a garanti par un traité du 26 décembre ; et cependant rAiigletcrrc, plus zélée pour le continent que tout le continent, sn meltaiil seule à la place de l'Autriche, de la Russie et de la Prusse , va bientôt alléguer la midialiOH de la Suiue et l'état de l'Italie comme motifs du renouvellement de la guerre.
CHAmRK XXV.