‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 105 sur 298 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Domingo ne pourail pas arrêter longtemps tes for* ces iiunibrcuses dont Toussaint disposait. Bicntêl nie tout entière reconnut sa loi.

démarche était hardie. Brusquer cette opé> ration sans autorisation préalable et même malgré l’opposition de l'agent français Roumc.qui résidait à Santo- Domingo, annonçait assez que Toussaint n'entendait pas se tenir asservi aux directions de la métropole.

Peudis|K>sé en cITct i se contenter d'un pouvoir qui ne fût reste entre ses mains que sous le bon plaisir du gouvernement français, ce fut alors qu'il s'occupa d’assurer son avenir. Soit par lui-raéme, soit d’après des conseils auxquels peut-être l'Angleterre n’est pas étrangère, il convoqua une assemblée centrale eomposcc de ses plus dévoués partisans, et fit adopter par celte assemblée une constitution qui le proclamait gouverneur à vie, avec le I droit de désigner son successeur. A la vérité il ; était dit que cette constitution serait soumise à la sanction du gouvcnienicnl français, mais le géné- | rai en chef était invité, au nom du bien public, à la faire mettre sur-le-champ à exécution. En conséquence il était entré à l'instant même dans l'exercice de la suprême magistrature qui lui était conliée. Celte constilulion fut apportée en France par le colonel Vincent officier fort en crédit auprès de Toussaint cl le mémo qui, après le 18 brumaire, avait été chargé de lui remettre la proclamation du premier consul. Ti'arrivce de ce colonel à Paris fut annoncée par le Moniteur du 99 vendémiaire de l'an X (M oclohre180I), treize jours après la signature des préliminaires entre la France et l'Aiigleterre. Je note les dates, car elles sont d’une grande importance. YuilA et le moment de la délibération et l’état de choses sur lequel le gouvernement français est appelé à délil>érer. C’est de là qu'il faut partir pour juger l’eipédiiion que le premier consul va préparer pour Saint-Domingue.

I.c prisonuier de Sainte-Hélène, écrivant d’après des souvenirs plus ou moins exacts, semble luiinéme croire qu'il a existé une époque où il pouvait choisir entre deux partis, soit, comme il Ta tenté, de reconquérir Saint-Domingue par la force des armes, soit de confier à Toussaint, avec le litre de gouverneur général, toute la plénitude de l'autorité militaire et civile. A la vérité il n'admet la seconde partie de celle alterna live que pour le temps

* Dans loua le* ouvrages éeriti sont l'cnipirp de l't’cbee eBViyé à Saint-Domingue, on a pro<ligiié la louange au colonel Vincent, parce qti’il avait (lécoD*eillé l’expèdîiioD. I.C conseil était simple. CVtail celui de renonrer ft la rolonie. Il valait bien la peine «fétre deballu. Le premier consul , voyant dans le colonel Vincent un partisan déclaré de T<iiissaint. ne jugea paa à propos de l'em-

où M n'avait pas connaissance encore de la nouvelle organisation donnée par Toussaint à la colonie. Même avant ce dernier événement, l'adoption d'un tel parti aurait été l'équivalent d’une renon» ciation absolue. De quelques bons sentiments que l’un suppose les noirs animés pour la France, il eût toqjours fallu, ainsi que le portent avec raison les mémoires de Sainte-Hélène, entretenir autour de nie de nombreuses croisières pour conserver le monopole du commerce à la métropole; mais au premier jour de la disparition de ces croisières, au renouvellement d’une guerre, cette garantie, d'ailleurs si insignifiante, se seraitelle-méme évanouie. Quelle chance de securité, à plus forte raison, eùtil pu subsister encore après ta fondation d'un modo de gouvernement qui oe laissait à la France que l'apparence d'une suzeraineté nominale? Cependant la fortune n’ayant pas secondé le parti adopté par le premier consul, on a représenté le parti contraire comme seul raisonnable, et supposé, à la détermination qui 11 'a pas réussi, de purs motifs de vanité et d’orgueil.

On a dit que le premier consul avait été blessé de l'audace d'un homme qui avait osé placer, dans une de ses lettres, la lière suscription : « Le pre- » micr des noirs au premier des blancs. i> On a dit que, si le premier consul aimait à créer des constitutions, c'était en lui une manie ezdusive dont il se réservait le privilège, et qu'il ne voulait point d'imitateurs. On a prétendu que le gouvernement consulaire avait eu en vue dans cette entreprise de plaire au faubourg .Saint-Germain et de se coneilicr une classe nombreuse de grandes familles ruinées, auxquelles il procurerait ainsi le recouvrement d'une partie de leur furlune. Par ces interprétations cl d'autres semblables, on s'est efforcé de présenter l'expédition de Saint-Domingue comme étant, de la part du premier consul, une affaire d'amour-proprc et d'inlcrèt personnel. Toutes ces assertions lienncnl à une question mal posée. Tâchons d’établir celle-ci sous son vrai jour. *

*. Depuis longtemps Toussaint était suspect à la France, comme voulant se former une existence indépendante à Saint-Domingue. 11 était suspect par ses relations non équivoques avec les Anglais. Depuis que le premier consul l’a confirmé comme général en chef, il est devenu suspect par sa dés-

ploycr davanlagc dans celle colonie. Cet officier fut eoroyc dans i'iie d'Elbe. Dans celle deslinalîon qui lut fui donnée alors, on a voulu voir depuis uu exil, une déportalinn, comme si Tile d'Elbe edt été un autre Sinoamari. C'est faire à bon rnarché de la persécution et des victimes .

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obôLsiuince i l’ordre qai le chargeait de faire inscrire sur les drapeaux de la garde nationale eide l'armée, ta reconnaitaanct de ta tiberli de$ noire par te pevple fran^aie, inscription faite pour rattacher la population noire à la France. Il est de* venu suspect par l'occupation non autorisée de la partie espagnole de l'Ile, par l'arrestation de l'agent français Roume, et divers autres actes annonçant de sa part la volonté de ne reconnaître aucune autorité supérieure. Enfin ces soupçons successifs, il les a justifiés tous à ta fois par la constitution qu'il a fait rédiger, qu'il s’est hilé d'exécuter sans attendre l'assentimcntde la France, constitution qui n'est en réalité que la proclamation de l'indépendance de la colonie. La clause qui porte que cette constitution sera soumise à la sanction du gouvernement français, n'csl-elle pas, en effet, une formule dérisoire, destinée à couvrir la réalité de la révolte par le mensonge apparent d’une continuation d’obéissance? dans celle constitution acceptée et exécutée, on cherche en vain la stipulation des droits de la France, la part qu’elle aura dans les revenus de l'Ile, dans la dispensation de ses finances et de ses forces de terre et de mer, dans son gouvernement, sa législation, son régime intérieur, et on ne trouve la France nulle part. Seulement un article porte que le gouverneur de la colonie eorreepond avec te goutemoment de la mélropote. Ce seul article apprend qu'il existe une métropole et une colonie; mais quelle importance attacher à une déclaration aussi vague? Quels rapports. quels liens unissent maintenant la France et Saint-Domingue? Les seuls qu'il peut plaire à Toussaint de maintenir, et pour le temps qu'il lui conviendra de les maintenir. Celte volonté, qui aujourd'hui se dit française, qui l’empêchera de changer demain? qui l'empêchera demain de signer avec l'Angleterre des traités par lesquels seront transportés aux Anglais des avantages dont la France réclamerait en vain le privilège? Existc-t-ti encore une métropole et une colonie, quand Innt dépend de la volonté mobile d'un seul homnie? Toussaint, en 1801, se montre plus indépendant, en fait, de la France, que Boyer en 1838. Boyer, instruit par l'expérience du temps, reconnaît qu'il doit à la France une indemnité, pour compenser à l'Étal et aux particuliers la perte du territoire; tandis que Toussaint, en 1801 , se fût révolté à l'idée de payer une indemnité aux blancs dont il faisait exploiter les habitations. La difficulté que le gouvernement français avait à résoudre en 1801 n’élail donc point une affaire de rivalité ridicule, mais un

' On a prélendu que, malgré cet déclaraiiooa, il avait clé résolu de rétablir rnelavagc. Rien o'aalonte i croire

point de la plus haute politique, une question de gouvernement et d’État qui se réduisait à ces mots : Faut-il renoncer à la colonie de Saint-Domingue, ou faut-il se mettre en mesure d’en ressaisir la possession, soit par des moyens d'accommodement, si le possesseur actuel veut s'y prêter, soit par la force, s’il s’y refuse?

Un moment la France avait cru pouvoir ouvrir une autre voie à sa navigation et fonder un nouveau système. Par la perte de l’Égypte, le nouveau système est abaudoooé. Il faut revenir à Saint- Domingue. Maltressede Saint-Domingue, la France n'a rien à envier à aucun autre État. Dans Saint- Domingue seul, elle a tous les élémenU de prospérité commerciale et de puissance maritime. En cette circonstance les anciens tableaux se déroulent. On refait tous les calculs des bénéfices que donnait autrefois cette colonie. On se rappelle que ses exportations allaient au delé de cent soixante raillions de francs, que cette navigation occupait seize cenis bâtiments de commerce et plus de vingt mille matelots. Ces avantages que produisait seule la partie française de l'Ile, que peut doubler la possession maintenant acquise de la partie espagnole , faut-il donc les abandonner sans retour?

Qu'i ces considérations d'intérét général se soient mêlés les cris de l'intérêt privé ; que les anciens planteurs y aient joint leurs illusions sur la facilité du succès, illusions dont ils ne seront pas encore désabusés vingt ans plus tard ; rien de plus naturel. Est-il même possible qu'il en fût autrement?

Nais une objection se présente, objection d'uno nature à part, et qui, dans l'ordre nouveau du monde, ne peut pas être passée sous silence. La résolution relative à Saint-Domingue, si elle admet l'emploi de la force, ne va-t-elle pas emporter avec elle un démenti donne aux principes de la révolution? Si la politique conseille celle entreprise, rhumanilc ne la réprouvc-t-elIc pas? Oui, sans 4Ôute, s'il s'agit de rétablir l’esclavage; mais, si la liberté des noirs est conservée; si dans Saint-Domingue la servitude reste irrévocablement abolie, la métropole ne peut-elle pas, sans injustice, faire valoir ses droits sur une province qui lui appartient? Ce sont deux questions differentes que la liberté des noirs et la royauté de Toussaiot-Louverturc. « Quelles que soient votre origine et votre n couleur, vous êtes tons Français, vous êtes tons ti libres cl égaux devant Dieu et devant la républi- » que L ■ Tels sont les premiers mots de la procia-

reue assériion, lorsque Tassertion eonU'sire se Irotirc «rsilleurs encore exprimée «Uns t'exposé de silualton de

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mation du premier consul aux habitants de Saint- Domingue. C'est dans cet esprit que l’expédition a été décidée. En confondant des choses très-distinctes, on a jeté à faux, dans les affaires de Saint- Domingue, l'idée du rétablissement de l'esclavage.

 la Martinique, l'esclavage fut maintenu, et à cette époque, il devait l’ctrc, parce que, cette colonie sortant en cet état des mains des Anglais, ne pas garantir la soumission des noirs eût été donner le signal du massacre des blancs. On savait, par une trop cruelle expérience, que là où l'esclavage existe encore, son abolition, pour n'ètrc pas meurtrière, ne peut être que lente et insensible. Si le premier consul eût procédé avec moins de prudence, de quels reproches ne l'eùt-on pas justement accable? mais, tout en veillant à la sûreté des blancs à la Martinique, il respectait la liberté des noirs là où elle était établie. « A Sainl-Domin- » gue et à la Guadeloupe, >< porte l'exposé > de la situation de la république, « il n'est plus d'cscla- X ves, tout y est libre, tout y restera libre. A la » Martinique, ce seront des principes différents. » Ce n'était, de la part du premier consul, comme il l'a dit lui-même, que la déclaration d'un fait; et cette déclaration, pouvait-il, dans l'intérêt des blancs de la Martinique, se dispenser de la faire? J'indique le caractère de l’cxpcdition, parce qu'il importe de ne pas le méconnaître. N'oublions pas non plus le moment où le projet en fut débattu. Les préliminaires de la paix maritime venaient d'être signés. La paix définitive était à la discrétion de la France, puisqu'elle dépendait d'une concession de plus ou de moins. La mer allait être libre. Les plus belles armées de l'Europe étaient à la disposition du gouvernement de la république. La France pouvait redevenir une grande puissance coloniale, et déjà le premier consul, par un traité avec la cour de Madrid, lui avait assuré le recouvrement de la Louisiane. Saint-Domingue serait pour la Louisiane un point d'appui, comme la Louisiane pour Saint-Domingue. Plus lard, toujours occupé de ces memes idées, nous le verrons tâcher ' d'obtenir de plus, de l'Espagne, la cession des Florides, en échange du duché de Parme. Quelles chances d'un brillant avenir! et comment un esprit jaloux de la grandeur nationale, eût-il pu y résister? Je ne juge pas quel parti on dut prendre. J'ai posé la question sur laquelle on délibérait. Que le lecteur se suppose appelé au conseil, et qu’il prononce. •

la république, préscuté au corps Icgiilaiif par le premier oonsjii. . . --if;,

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*'3M8jjwAiMa w le principal objet de l'ex-

Les ordres sont donnés pour les préparatifs do l’expédition. Une activité toute nouvelle anime les ports de l'Océan et de la Méditerranée. A la-marinc de la France se joignent celles de la Ilollande et de l'Espagne. Le commandant en chef de l'expédition est le général I.eclcrc, beau-frère du premier consul. Sa femme, celte Pauline si belle, que le ciseau de Canova consacrera un jour â l'immortalité, doit s'embarquer avec lui pour Saint-Domingue, comme pour témoigner d'avance à la colonie, que la Franco s’attend à y trouver une population amie et soumise à la métropole. La prudence la plus éclairée a présidé à tous les choix pour le civil comme pour le militaire^. L’ordonnateur de l'arméesera M. Daurc, dont l'habileté administrative a déjà été éprouvée en Égypte; le préfet colonial, M. Bénezech,qui, ministre de l’intérieur en France dans des temps difficiles, n’a laissé à la nation que le souvenir de sa modération et de sa sagesse. Les troupes sont réunies, par détachements séparés, dans les divers ports, au Havre, à Brest et à Lorient, à Rocheforl et à Toulon, à Flessingue et à Cadix. Tous ces dél.ichements forment ensemble un total de vingt et un mille hommes, que transporteront en Amérique lesdiverses escadres, partant, quelques-unes simultanément, d'autres à des dates un peu plus reculées. Ces escadres composeront une force de trentetrois vaisseaux de ligne, vingt et une frégates et un certain nombre de bâtiments inférieurs, armement le plus considérable, peut-être , que jamais puissance européenne ait montré dans le nouveau inonde. Des dispositions d'une telle étendue ne peuvent pas échapper à l'inquiète surveillance des États voisins. Le ministère britannique désire en connaître l’objet. On ne le lui dissimule pas, et il n’en prend aucun ombrage. En réalité, le rétablissement de l’ordre dans les colonies ne peut pas être contraire à scs intérêts; mais peut-être aussi, dans les difficultés que doit rencontrer la France, a-t-il ru avec joie une diversion sérieuse, qui appellera loin de l’Europe une partie de l'attention et des ^ forces du premier consul. Peut-être de même, dans <^' tout ce que la France envoie au dehors, l'avidité anglaise a-t-elle aperçu une riche proie poar.âl6,. pour la mer et pour les maladies des Seulement une flotte, rassemblée dans la Banlry, ira surveiller les mouvements des escadres jjfrançaises. Le premier corps d'occupation doit être de onze mille hommes. Il est embarqué sur la flotte ^ de Brest et sur celle de llochefort et de Lorient,

pédilion clait d'élnigner de Fr.ince dm généraux répii-^ blirains ou ,iniis de Moro.iii. Ainsi c'ctail pour déporter les amis de Murv.-iu que le premier consul déportait aussi sa propre sœur et son bc,tii-frère.

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qui mettent à la voile au milieu du mois de décembre 1801 . De rendez-vous est en face de Samana. Elles y sont réunies le 29 janvier 1802.

Là, le capitaine générai fait connaître à scs compagnons la mission que chacun d'eux doit remplir. Le 50 janvier, il dirige sur Sanfo-Domingo quatre frégates portant le général Kcrvcrscau avec un millier d'hommes. Le 2 février, l’escadre de l’amiral la Touchc-Tréville conduit au Port-au-Prince trois mille hommes sous les ordres du général lloudet. Ce même jour 2, le capitaine de vaisseau Magon, avec quelques frégates et plusieurs autres bâtiments, entre dans la baie de Mancenille, où il débarque la division Rochambeau, forte de deux mille cinq cents hommes, destinée pour le fort Dauphin. La flotte de l'amiral Villaret-Joycusc, qui avait à son bord le reste des onze mille hommes, et le capitaine général, était devant le Cap le 5 février.

Les Anglais n'avaient pas manqué d’avertir Toussaint de l’arrivée prochaine d’un grand armement français. Il avait hésité à le croire. Un incident fâcheux lui confirma trop tôt la vérité de leurs avis. Par suite d'un malentendu, l’escadre de l’amiral la Touche , arrivée en vue de Satnana dix jours avant les deux autres, avait été obligée de les y attendre. A la nouvelle de l’apparition de l’escadre, Toussaint voulut se convaincre, par scs propres yeux, de l’exactitude du fait. Cette certitude acquise, son parti fut pris à l’instant. Déj.à ses intentions étaicntconnucs de scs lieutenants Christophe, Dessalincs et Maurepas. Il se hâta de leur renouveler l’ordre de ne permettre aucun débarquement; de repousser la force par la force , et d’incendier tout ce qu’ils ne pourraient défendre.

Le 4 janvier, un aide de camp du capitaine général SC rendit au Cap en parlementaire, avec des dépêches pour Toussaint-Louverlure. Il parait constant que Toussaint, déjà revenu de Samana, était entré secrètement dans la ville, mais qu’étant bien résolu à ne pas se soumettre, ce fut par son ordre que Christophe renvoya cet aide de camp avec le$ dépêches dont il était porteur. Fidèle aux vues de son chefetdans l’intérêtdc la conservation d’un ordre de choses dans lequel il tient lui-même un des premiers rangs, Christophe refuse l’accès du port à la flotte, et dans le cas où elle voudrait en forcer l’entrée, il menace la ville d’une immédiate destruction. Les habitants effrayés conjurent le capitaine général desuspendre, durant quarante-huit heures, le débarquement, afin que dans l’intervalle on puisse recourir à la décision de Toussaint. Dans l’espoir de détourner reffet des menaces de Christophe, et pour trouver un point d’abordage plus facile, la flotte se dirige vers la baie de VAcul, et de là vers une anse où le débarquement s’opère, mal-

gré l’opposition des noirs, qui avaient armé toute cette côte de fortes batteries *. I.eclerc marche à grands pas vers le bourg le haut du Cap, et il y arrive assez tôt pour y joindre l’arrière-garde de Christophe; mais, pour le salut de la ville, il était trop tard. Avant d’en sortir, les nègres l’avaient saccagée, ils avaient mis le feu dans plusieurs quartiers, et, pour augmenter la confusion, avaient fait sauter deux magasins à poudre. De près de huit cents maisons, à peine soixante échappèrent aux flammes; désastre horrible en lui-même par l’énormité de la perle, qui n'allait pas à moins de cent millions, mais plus horrible encore par ses suites, le manque de vivres, le manque de tant d’objets nécessaires à une grande réunion d’hommes, ce qui multipliera les maladies et commencera les malheurs de l’armée. Christophe est le Rostopsin de Saint-Domingue. C’est un premier incendie de Moscou, en 1802.

Le même système d'incendie aurait été suivi partout, si, en plusieurs places, les Français n’en eussent prévenu l’effet. Dès le 2 février, le général Rochambeau, à la suite d’une attaque très-chaude, mais très-courte, avait emporté le fort Dauphin. Le général Humhcrt, chargé de s’emparer du Port-de-Paix, ne put sauver qu’une partie de cette place. En se retirant, Maurepas, l’un des lieutenants de Toussaint, avait eu soin d’y mettre le feu. Sur quelques autres 'points, le succès fut moins chèrement payé. Santa- Domingo n’avait presque point été défendu. Au Port-au-Prince, la résistance avait été vive; mais la force et la négociation, conjointement employées par le général Boudet, l’avaient rendu maître, en peu de jours, des forts Bixoton cl Saint-Joeeph, ainsi que delà ville même, sans lui coûter de pertes sensibles. Le môle Saintyicolae fut occupé sans combat. Il en fut de même des Caxes et de Jérémie; mais Dessalines, qui n’avait pas eu le temps de dévaster le Port-au- Prince, s’en vengea en incendiant Saint-Marc.

Du moment qu’on n’avait pas trouvé les chefs noirs disposés à la soumission, ces opérations, effectuées dans un espace de dix à quinze jours, pouvaient être regardées comme heureuses; mais pour la France, ce genre de triomphe était toujours une calamité. D’ailleurs, toutes les forces françaises qui, jusqu'alors, avaient touché le sol de l’tle, ne montaient qu’à dix mille six cents hommes. En attendant la seconde moitié de l’armée d’expédition, Leclerc s’empressa de chercher à ouvrir directement arec Toussaint la négociation à laquelle Ghristophe s'était refusé.

Un Qls de Toussaint cl un Gis du premier lit de

' Dans la nuit du 5 au 0 février.

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