CHAPITRE XXV
M femme étaient, depuis quelques années, au collège de la Marche, i Paris. Au moment où se préparait rexpédilion, le premier consul avait fait venir ces enfants ; il avait particulièrement entretenu le CIs de Toussaint, en lui faisant connaître son estime pour son père, et sa disposition à lui accorder tous les avantages désirables en gloire, en richesse et en honneurs, mais sous la condition de son concours pour rallier à la France la colonie de Saint- Domingue. Le chef du collège oà étaient élevés ces enfants, M. Coasnon, fut charge de les accompagner dans la colonie et de les conduire lui-méme à leur famille. Le premier consul pouvait-il choisir pour porteur de ses lettres, un messager qui dut être plus agréable à Toussaint que son propre Hls? On avait d'abord eu l'idée de les faire partir sur un léger bâtiment pour qu'ils arrivassent une quintainc de jours avant la flotte française; mais la déflance que Toussaint inspirait ût craindre qu'il o'employât ce délai à augmenterses moyens de résistance. Tout a du faire croire celte défiance trèsfondée. succès obtenus n'eussent pas
été gratuits, on les devait en partie à la surprise. Toussaint disposait d'environ vingt mille hommes, partagés en trois divisions, division du Nord, division de l’Est, division de l'Ouest cl du Sud. Par défaut de concert suOlsant, la division de l'Est, commandée par le général Clcrvaux, s'était soumise. Celle de l’Ouest cl du*^nd, commandée par Dessalines, availessuyé quelques échecs. Toussaint n'avait ainsi avec sa garde, pour premier point d'appui, que la division du Nord, commandée par Christophe. Au moment de l’évacuation du Cap, Toussaint, qui en était sorti le premier, s’était retiré i trente lieues do là, sur son habitation d’£nntty, pour organiser des forces nouvelles. Ce fut là que le rejoignirent scs enfants, que lui furent remises les lettres du premier consul cl du capitaine général Leclerc. Dans la lettre du premier consul, rien d’impérieux, mais rien qui fut contraire à la dignité du premier magistral de la république. « Si, disaille général Bonaparte, le pa- N viMoii de la France fiotte sur Saiiil-l>uminguc,
N e'csl à vous et aux braves noirs qu’il le doit
• Diles-lcur que si la liberté est pour eux le pre- ■ niicr des biens, ils no peuvent en jouir qu’avec
H le titra do citoyens français <• Toussaint
pouvait craindre que la constitution donnée par lui à Saint-Domingue ne fût auprès de la métropole un crime iutpardonnable. Le premier consul avait rallention de le rassurer sur ce point : « I.es cir- » constances où voua vous êtes trouvé, conlinuait- » il, environné de tons cùlés d'ennemis, sans que » la métropole pùl vous secourir, ont rendu légi- » limes les articles de cette eonsUlution qui pour-
•* raient ne pas l'ètre; mais aujourd'hui vous serez » le premier à rendre hommage à la souveraineté » de la nation qui vous compte au nombre de ses n plus illustres citoyens, par les services que vous » lui avex rendus et par les talents et la force de n caractère dont la nature vous a doué. » Le premier consul faisait entrevoir le danger m d'une n guerre malheureuse dans laquelle s’entr’égor- » géraient des pères et dos enfants, n mais il n'en faisait pas une menace. En général, le commandement se déguisait, dans son langage, sous les formes de l'intérêt et de l'affecUon. Une âme élevée eût pu en être émue. Toussaint resta impassible. Vainement l'instituteur de scs fils lui offrit de rester en otage chex les noirs, s'il voulait se rendre auprès du capitaine général. La seule concession qu’il parût faire, et cette concession de sa part était un calcul, fut son consentement à une suspension provisoire d'hostilités. Il écrivit au capitaine général Leclerc une lettre qui fut portée par ses enfants, lettre remplie de plaintes, et dont la conclusion était de demander un certain temps pour réfiécliir et se décider. Leclerc, qui reconnut sans peine le but de ce désir de temporisation, ne lui accorda qu’un armistice de quatre jours, après lequel délai on le considérerait comme en étal de révolte contre la France. Pour dernière preuve de la confiance qu’on voulait mettre en lui, Leclerc lui renvoyait scs enfants une seconde fois. Celte fois Toussaint les garda. Sa résolution était immuable. Ou périr ou régner : cette devise de tant de blancs fameux fut aussi celle de ce nègre habile, le premier qui ail donné au monde l’exemple d'un gouvernement de noirs indépendant aux Antilles. Il ne restait plus à Leclerc qu’à proclamer la rébellion de Toussaint et surtout à la réprimer.
Pendant la durée de la négociation étaient arrivées les escadres de Toulon et de Cadix. Les troupes qu’elles avaient amenées portaient à quatorze mille hommes l’effectif des forces disponibles. Ces forces, réparties en trois divisions, sous les ordres des généraux Rochambeau,Dosfuuriieauxel Hardy, se mirent cil mouvement le 17 février. Du côté du sud le général fioudet, du cùté du nord les généraux Debclle et Humbert, devaient opérer dans un système correspondant à celui du capitaine général. Le but était de pousser les principaux corps de l’ennemi vers les Gùnaïcei, et là, de leur livrer bataille. Le but ne fut point atteint. On fut contraint d’engager une foule de combats séparés. Le premier choc eut lieu avec Christophe, que la division Hardy chassa du poste de la Afarmetade. Toussaint, qui avait occupé avec trois mille hommes le plateau de la Ravina à Coulavvrti , apres I avoir opposé au général Rochambeau la plus vive
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résistance, se relira laissant sur le terrain huit cents de ses meilleurs soldats. Le général Leclerc s'étant aussitôt porté contre le général noir Maurepas que pressaient d'aulre part les généraux Debelle et Humbert réunis, Haurcpas, inrormé de la défaite de Toussaint, offrit de se soumettre aux conditions proposées par la proclamation du capitaine général. Sa soumission fut acceptée. On incorpora une partie de ses troupes dans les troupes françaises, et, au bout de très-peu de temps, Leclerc l’envoya lui-méme au Port-de Paix en prendre le commandement.
Un ennemi plus terrible, moins par ses talents que par sa férocité, restait encore à vaincre; c’était Dessalines. Après de vains efforts pour secourir le Port-au-Prince, Dessalines, vivement pressé par des délachementsdu coups du général Boudet, avait cherché un refuge dans le fort la Crête-à-Pierrot , fort que les Anglais, durant leur courte occupation de cette partie de l’ile, avaient élevé au confluent de la Petite Rivière et de V Artibonite. Là se retranchèrent les principaux débris des troupes noires qui avaient été battues sur différents points. La première attaque, dirigée contre ce fort, par les généraux Boudet et Dugua , ne fut pas heureuse. On y perdit cinq à six cents hommes. Trois généraux, Boudet, Dugua cl Dcbclle, y furent blessés. Après l’arrivée des divisions Uoehainbeau et Hardy, on procéda régulièrement à l’investissement du fort, ('.ependant, une attaque trop précipitée de la division Rochambeau coûta encore la perte de plusieurs centaines d’hommes, sans nécessité. Malgré les précautions prises pour fermer toute communication avec le fort, Toussaint-Louverlure était parvenu à y entretenir des intelligences. On fut informé, par des avis secrets, qu’un corps que l’on disait commandé par Toussaint lui -même, mais qui n’était en effet qu’un détachement envoyé par ce général, devait tomber sur la division Boudet, dans le même temps que la garnison du fort ferait une sortie contre elle. Ce mouvement combiné eut lieu, mais il Alt vaillamment repoussé par le général l’amphile -Lacroix , qui avait pris le commandement de cette division. Enfin, tout du eôlc des Français était préparé pour un assaut général , lorsque les noirs entreprirent de s’ouvrir un passage. Ils y réussirent. On ne put que sabrer une partie de leur arrière-garde. Dessalines fut obligé de se jeter dans les grandes savanes, où il no larda pas à manquer de subsistances.
La prise de ce fort était un' succès important, mais ce succès avait coûté trop cher pour une armée si peu nombreuse. Après celte opération, Boudet fut envoyé aux Iles du Vent, cl Rochambeau le remplaça dans le departement de l’Ouest. Leclerc
retourna au Cap, afin d’organiser les autorités de la colonie.
Tandis que le gros des troupes françaises était occupé contre le fort de la Crête-à-Pierrot , Toussaint et Christophe , revenus sur les derrières de l'armée, l’avaient fatiguée par des attaques partielles, renouvelées sans cesse et toujours meurtrières, surtout par la barbarie exercée de part et d’autre contre les prisonniers. Cependant les escadres de Flessingue et du Havre, arrivées au Cap dans les premiers jours d’avril, y avaient apporté cinq mille hommes qui formaient le complément de l’armée d’expédition. Ce renfort mettait le général Leclerc en mesure de reprendre une vigoureuse offensive, lorsque Christophe, lassé de combats sans fruit, fit demander s’il y avait encore pour lui et pour les siens sûreté d’entrer en accommodement. Sa demande fut accueillie avec empressement par le capitaine général. .Même demande de la part de Dessalines, et même transaction. L’un cl l'autre furent conservés dans leur grade. Réduit à lui seul, Toussaint, à son tour, consentit > à se soumettre, mais il ne voulut rester en fonction sous aucun titre, préférant se retirer sur son habitation û'Eunety, pour y vivre en simple citoyen. L’orgueil qui éclatait dans cette apparente abnégation de tout rôle politique n’était pas un gage bien sûr de sa fidélité pour l’avenir.
La pacification était complète. Les noirs cultivateurs retournaient à leurs ateliers. Leurs généraux, Christophe, Dessalines, Maurepas, Clervaux et Paul Lüuvcrture, frère de Toussaint, mettaient le plus grand zèle à presser le désarmement de leurs propres soldats. Ce zèle, s'il eût dû être suspect, ne pouvait l'élre que par son excès même. Il est probable qu’à cette époque ces généraux agissaient de bonne foi cl méritaient la confiance que leur accordait le capitaine général.
On a beaucoup parlé des instructions secrètes que devait avoir reçues le général Leclerc, et on les a diversement interprétées. Suivant les mémoires de Sainte -Hélène, le capitaine général, d’après ces instructions, aurait dû délivrer des lettres de service à tous les généraux , adjudants généraux, colonels cl chefs de bataillon noirs, pour être employés, selon leurs grades, dans les divisions continentales de la France. Par ce moyen, en ôtant à la rébellion tous scs chefs connus et accrédités , on eût assuré pour un temps plus long la tranquillité de la colonie. Peut-être celte mesure parut-elle au capitaine général ou d’une exécution difficile, ou moins avantageuse que le parti qu’il adopta , parti devenu fatal par l’événement ,
■ Dans les premiers jours du mois de mai.
CIlAPJTaE XXV.
mais qui arait aussi scs proliabilitcs de succès.
Le système du capitaine général, très- louable au moins dans rintcnlion, était de concilier toutes les classes et de les faire concourir ensemble à rétablissement d'un ordre de choses dans lequel leurs intérêts respectifs fussent également satisfaits. Il avait pour coopérateur dans ce noble dessein l'homme le plus propre à le faire réussir, le préfet colonial Bénczccli. Ou conçoit qu'il ail été séduit par cette flatteuse espérance. Il convoqua au Cap une assemblée composée de députés pris dans les (rois classes d'habitants, blancs, hommes de couleur cl nègres alTranchis. En attendant celle réunion, il adopta tout ce qu'il y avait de juste dans les institutions de Toussaint. Il conserva particulièrement le règlement relatif aux noirs, qui avait, à proprement parler, changé l'esclavage personnel en servitude de la glèbe. La culture se ranimait, le commerce avait repris de l'activité, les habitations dévastées sortaient de leurs ruines, des jours d'ordre cl de prospérité brillaient de nouveau pour Saint-Domingue; tout, dit le général Pamphilc- » Lacroix pcrnicttail de se confier dans l'ave- » nir; <i mais dans ce moment même l'arbre était attaqué à sa racine. La puissance française était frappée par un ennemi plus redoutable que toute les insurrections des noirs, la fièvre jaune. L'explosion fut soudaine, les progrès rapides, les ravages effrayants. En peu de jours l'armée presque tout entière en sentit les atteintes. Les généraux Dc- Itelle, le Doyen et Hardy, l'adjudant général Dampierre, succombent presque en même temps. Le préfet colonial, M. Bénczcch, meurt au moment où commençaient les séances de cette assemblée conciliatrice, aux actes de laquelle pouvait être attaché le salut de la colonie. Des conjonctures si déplorables pour les Français devaient offrir à la perfidie une puissante séduction. Trop de motifs justifiaient la défiance à l'égard de Toussaint. Des currespoiidanccs interceptées, des rassemblements opérés sur divers points, les déclarations même des généraux noirs, Dessalincs et .Maurepas, constataient que Toussaint se préparait à une nouvelle .levée de boucliers. L'instant était décisif. Le salut d'une armée ne comporte pas d'ajournement. Leclerc fit enlever ^ Toussaint cl l'envoya * en France avec sa famille. Cet enlèvement ne produisit même qu'un mouvement partiel qui fut bientôt réprimé. Les généraux noirs se montrèrent les plus empressés à maintenir l'ordre.
' Mémoire* sur la rrvolulion de Sainl-Doniiiigiic.
’ Lettre de Leclerc, du 21 prairinl (11 juin 1801).
' ToiiMaiiii rat iiiurt prisonnier au rhitcau de Joiix. Il u’a pa* uianqué d'éerivaius qui ont dit que sa mort
ll«02]
Sans interrompre longtemps le récit de ce qui concerne Saint-Domingue, nous devions indiquer rapidement quelques faits qui ne furent pas sans ittfluence sur sa destinée, les événements incidentels de la Guadeloupe, et la loi du !10 mai relative au maintien de l'esclavage dans les colonies restituées à la France par la paix d'Amiens.
Théâtre de diverses révolutions dans lesquelles l'autorité de la métropole avait été peu respectée, la Guadeloupe avait récemment proclamé son indépendaitce. Cette etttrepriso avait été dirigée par le tnulâtre Pélage, mais bientôt les mulâtres et les blancs furent menacés par les noirs d'une extermination commune. Le général llichepanse, arrivé dans celte Ile au comincncemcnl du mois de mai, eut besoin de toute sa vigueur pour dompter la rébellion. Vainement par ses proclamations il garantit aux noirs la conservation de la liberté. Les noirs voulaient plus que la liberté, ils voulaient la mort ou l'expulsion de tout ce qui n’ap- |»artenait pas â la classe noire, ils voulaient la domination absolue de l'Ile. Pour les soumettre, il fallut écraser leurs bandes armées. L'un de leurs généraux, Dcigressc , se fit sauter avec trois cents hommes plutôt que de se rendre. On ne put rétablir l'ordre que par l'emploi des mesures les plus violentes, par le rétablissement, au moins provisoire, de l'esclavage. Sans doute c'était un démenti donné à la déclaration du gouvernement français, à la proclamation même du général Biebepanse ; mais ce démenti était la conséquence forcée de la guerre à mort, déclarée par les noirs aux blancs et aux mulâtres. Il est des conjonctures où il y aurait une stupide imprudence à ne pas muscler les tigres.
D'un autre côté, en France, après la signature de la paix d'Amiens, une loi Savait prononcé le maintien de l'esclavage dans les colonies rendues en vertu de ce traité. Au lieu de voir dans cette loi, ce qu'elle était effectivement, un acte indispensable de conservation pour les Iles qu'elle concernait, on a pris plaisir à représenter ses dispositions, qui n'étaient relatives qu'à la Martinique, à Tabago et à Sainte-Lucie, comme devant aussi s’appliquer à Saint-Domingue. Dans la diversité des procédés du gouvernement à l'égard de telles et telles Iles, on a voulu voir du moins une politique timide et chancelante. Ce jugement n'est pas fondé. Parce qu'il y avait manque d'uniformité dans le régime suivi à l'égard de diverses lies, il n'y avait pas
n'nv,iit pas été nnturellc. Le temps de p.vreilles accusations est passe; aujourd'hui on les signale encore, mais ou ne les relève plu*.
< Le 20 mai.
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pour cela incrrlilodc ni UipidKé dans la politique du f^ouvernemcnt. Cette dissemblance de régime était une de ces nécessités auxquelles il est impossible de ne pas obéir. Ces nécessités, les gouvcrueiiients ne les font pas. Us les subissent. Que de ces situations impérieuses, du maintien de Tcsclavagc à la Martinique et i Tabago, que de son rétablissement forcé à la Gua<leloape, malgré la déclaration exprimée par l'exposé de la situation do la république, il naisse à Saint-Domingue des inquiétudes que la malveillance se hâtera de fomenter parmi les noirs, ces inconvénients sont désastreux, mais ils étaient inévitables. Nulle puissance humaine n'était en position de les prévenir.
C'est h la faveur de la confusion dans les idées cl dans les faits, que l’ambition des chefs noirs va rallumer l’incendie qu'ils afTecleront de vouloir éteindre. Peut-être la mesure de réloigncment de Toussaint, adoptée pour ôter un chef principal à 1a rébellion, a-l-ellc été une des circonstances qui ont rendu à la rébellion Christophe, Dessalincs et les autres généraux noirs, tous heureux de n'avoir plus un maître de leur couleur, maître dont ils étaient jaloux et que chacun d’eux espère remplacer. Pour persuader qu'ils sont étrangers à l'insurrection des noirs, ces généraux montrent d'abord une ardeur incrovable contre les insurgés. Complices secrets de la révolte, ils prononcent sans scrupule la peine de mort contre leurs compagnons. Leur perfide dévouement envenime la haine et sème la vengeance. Le même général Clervaux, président de la commission qui a fait fusiller le chef de noirs Bclair, est le premier qui passe ' dans les rangs des rebelles. Peu de jours après. Christophe , Dessalines et Paul Couverture vont se joindre à lui, ils marchent sur le Cap et en attaquent les avant-postes.
L'armée française, réduite, même avant les ravages de la fièvre jaune, A douxe ou treixe mille combattants, n'en comptait plus guère que huit à neuf mille, force trop peu considérable sans doute, mais qui n'était pas sans importance, parce que ce reste de l'armée en était la partie forte, A l’épreuve des privations et des influences du climat. Les garnisons affaiblies du Port~d«-Paix et du Fort-Dau- , phin n'auraient pu résister longtemps. Leclerc ordonna l'évacuation de ces places, afln de concentrer ses forces pour la sûreté de la capitale; mais tandis qu'il prenait ces sages précautions, il fut luiménic atteint du mal qui lui avait enlevé tant de scs braves frères d'armes, et il mourut dans la nuit du !•' au 2 novembre.
L'officier général qui, par la mort de Leclerc, se
* Le IS octobre.
trouvait appelé au commandematt de U colonie, était le général Ruchambeau. Ce fut uii tnalheor: non que ce général manquât de talent militaire, mais il était imhu des fatales préventions des blancs, même contre les hommes de couleur; et, au lieu de s'attacher une classe d'hommes dont les secours lui eussent été si précieux contre les noirs, il s'en Gt des ennemis déclarés. Au milieu de tant de causes de destruction, celte faute ne fut pas celle qui contribua le moins A la perte de la colonie. Hochambeau s'était rendu au Capf quelques renforts venaient d'arriver. 11 se dirigea contre Dessalincs cl Christophe, qui avaient envahi les hauteurs voisines de 1a ville, et les contraignit A la retraite. Il reprit le Fort-Dauphin et le Port-de~Fais ; mais l'occupation de ces postes divisant ses forces A son préjudice, il ne larda pas A les évacuer de nouveau. Cependant rien n'était désespéré encore : si le département du Nord était en proie à l'insurrection, celui de l'Ouest était peu agité, celui du Sud, intact. Ces sont les Français eux-méroesqoi, pard'impoliliqucs rigueurs, vont troubler la paix dans ces provinces. L’imprudente conduite de Rocharobean à l’égard des hommes de couleur fui trop bien imitée par les officiers sous scs ordres. Dans le département du Sud, l’adjudant général Darbois fit noyer, sur de simples soupçons, le mulâtre Bardet, qui jusqu’alors avait paru (rès-afTeclionné A la France. Cette exécution arbitraire porta au plus haut point l'irritation des hommes de couleur. Presque tous se séparèrent des Français, et de IA une série de calamités, qui n'eussent pas eu lieu sans celte circonstance. Encouragés par ces changements dont ils ne lardent pas à être instruits, Christophe et Dessalines font contre /« Cap une tentative audacieuse, qui est sur le point de réussir. Dans la nuit du 17 au 18 février, A la télé de masses nombreuses do nègres, ils attaquent le fort Belair, l*cm|>orlent, passent 1a garnison au CI de i'épée, et arrivent jusqu'aux portes de la ville, où ils sont prés de pénétrer, lorsque tout à coup iis se trouvent pressés entre deux colonues que le général Rochambeau a fort habilement dirigées cont/e eux; en sorte qu'ils sont forcés de fuir avec une perte assez sensible. 8i les moteurs principaux de la révolte eussent été inconnus, le champ de bataille les aurait trahis. Les armes, laissées sur le terrain, étaient de fabrique anglaise.
Un mulâlrc, Gdèic A la France, et qui même, malgré nos injustices, jamais no se sépara d'elle , le général Laplume, avait beaucoup de peine A maintenir la tranquillité dans le département du Sud , depuis la barbarie commise envers le mulâtre Bardet. Dn pareil acte de cruauté arbitraire ayant eu lieu aux Caxe», tous les liens qui avaient jusqu'à-