‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 107 sur 298 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

lors üDÎ les Français et les hommes de conleor, fa* rent rompus sans retour. Un riche proprietaire, le mulâtre Férou, se mit à la tête d'un muUTemcnl dont les progrès furent tels que le général Lsplume craignit de voir tout le département du Sud lui échapper. Informé du péril. Roebambeau quitta le Cap, emmenant avec lui douze cents de ses meilleurs soldats, et se rendit au Portau Prince. I«e Cap, privé d'une partie de sa garnison et de la présence du général en chef, conçut do vives craintes; mais dafts ses murs étaient restés le général Clausel et rordonnateur Daure, devenu préfet colonial. Rien ne manquera au pays sous le rapport d'une habile défense et des précautions administratives.

A peine arrivé au Port-au-PriPtee, le général Roebambeau voulut reprendre le Pelit-Goare, dont l’ennemi s’était empare, ('.cite tentative malheureuse coûta la vie à un certain nombre de braves, parmi lesquels un eut à regretter le chef de brigade Mclherwuod, jeune Suédois que de beaux faits d’armes avaient naturalisé Français dans la campagne d'Égjplc.

Roebambeau, en quittant le Cap, avait ordonné que si quelques renforts arrivaient d’Europe, ils lui fussent envoyés au Port-au-Prince. Deux mille hommes, dont mille Polonais, parurent en effet devant le Port-au-Prince le h avril 1805. 1/escadre qui les apportait reçut aussitôt l’ordre de faire voile pour Jérimie. Celle troupe, mise par Rochambeau sous les ordres du générai Drniiet, fut divisée en deux colonnes, qui eurent ordre de marcher vers un point convenu dans les plaines de Torbec, point vers lequel s'avancerait, dans le même moment, un délachement de six cents hommes que ferait partir des le général Laplume. Le moment était passé où une telle opération aurait pu réussir : le rnulélrc Férou, qui avait rassemblé sous son drapeau nn grand nombre de noirs affranchis et de noirs cultivateurs, disposa des embuscades pour tomber sur les colonnes polonaises et françaises au moment où elles seraient engagées dans les chemins les plus dilDcilcs. Ses dispositions n'étaient que trop bien combinées; les colonnes ayant été séparément attaquées par des forces supérieures, qui avaient d’ailleurs tout l’avantage des positions, une partie en fut détruite dans le combat, cl le reste forcé à une retraite qui ne s'opéra qu’avec l>e<iucoup de peine et de désordre.

Au lieu des secours que le général Roebambeau avait sollicités de la métropole, par sa correspondance et par l'envoi d'une députation prise dans les diverses classes d'habitants, ce general reçut l’ordre d’évacurr le cl de se retirer

au Cap. La direction fâcheuse qu'avaient prise, dés U Ûn de 1802, les discussions élevées cuire la

France et rAnglclcrrc, avait, depuis six mois, empêché le premier consul de continuer des efforts qui, dans le cas de la rupture de la paix, auraient clé dommageables pour la France, sans pouvoir sauver la colonie. Depuis quelques mois aussi la participation plus visible des Anglais aux troubles de Saint-Domingue, l'apparition de croisières sur les côtes, l'entrée même d'une frégate anglaise à Tiburon, avaient augmenté l'audace des insurgés et le découragement des Français. Roebambeau n'évacua pas enUèrcrocril le Port-iiu-PriHce, sui> vanl l'ordre qu'il en avait reçu. Il y laissa une faible garnison commandée par le général Sarrasin, avec ordre de tenir le plus longtemps qu'il serait possible. Le général Sarrasin , dont il est question ici, aura un jour le genre de célébrité que donne la trahison. Peu scrupuleux observateur des ordres de son chef, il s'embarqua pour Tflc de Cuba, laissant d'ailleurs le commandement du Port-au~ Prince dans tes mains d'un brave oflicier, le général I.avaleUe.

 partir de ce moment, toutes les places de l'ilc vont être successivement abandonnées. La première qui capitula fut celle de Saint-Marc. Bientôt le Por/-aM-Prmce, contre lequel Dcssalincs s'était dirigé avec des forces considérables, fut réduit à la dernière extrémité. Traiter avec les Anglais eût été préférable i la nécessité de traiter avec Dessalines : on n'eût pas même celle triste ressource; les Anglais surveillaient la place, mais ne l'attaquaient pas. C’est avec Dessalincs que le générai Lavaictte fut obligé d'entrer en négociation. Cinq jours furent convenus pour rembarquement; tous les blancs et beaucoup d'hommes de couleur eussent voulu fuir, rcdoulanlavcc raison la fausse clémence dont le général noir prodiguait les promesses; mais les biliments qui élaietil dans le port ne suflisaienl pas i la fuite générale : quelle séparation et que d'horribles pressentiments dans les adieux! Ces pressentiments ne seront point trompés. Eu faisant périr les blancs qui se conGcnl à sa parole, Dessa- Unes joint à la cruauté le plaisir du parjure.

La garnison et les blancs fugitifs n'élaient guère moins à plaindre. Les Anglais, qui s'étaient abstenus d’attaquer le Port-au-Prince, s'atlendaienl que la mer leur en livrât les défenseurs cl les principaux habitants. Ils avaient évité d'agir comme ennemis, afin de pouvoir agir comme pirates. Du moins, libres de toute capitulation, ils n'avaient pas le tort de manquer à leur parole. I*a croisière enveloppa les bâtiments français : on enleva aux niili- Uires leurs armes, aux colons leurs derniers débris de fortune, et on laissa les uns et les autres suivre leur destination. Le bâtiment qui portait le générai Lavalellc, était parvenu à échapper aux

EXPÉDITION DE SAINT-DOMINGUE

Anglais ; mais peu de temps après, ce général périt par un naufrage.

Après 1a prise du Port-au-Prince, nulle résistance n'était possible dans le département du Sud. Le général Brunet, qui commandait aux Cajree, capitula, le 13 octobre, avec le commodore anglais Cumberland. Les ofliciers et soldats furent transportés à la Jamaïque ; mais la capitulation ne fut point inutile à l’humanité. Quelques bâtiments anglais reçurent ceux des habitants qui voulurent quitter la ville, et les conduisirent à l'ile de Cuba.

Le général Fressinet crut pouvoir se soustraire en même temps à la fatalité d'une capitulation et aux croiseurs britanniques. Son but ne fut atteint qu'à moitié. Il évacua Jérémie avec la poignée d'hommes qui lui restait; mais, repris en pleine mer par les Anglais , il fut conduit à la Jamaïque, comme s'il eût capitulé.

Les seules places qui restassent aux Français étaient le môle Saint-Nicotaa et le Câp. I.e 18 novembre , Dessalines parut devant le Cap à la tête de quinze mille hommes. Ses attaques furent vives et vivement repoussées; cependant la lutte ne pouvait pas être longue. Une escadre anglaise bloquant le port, Bochambeau céda aux instances des habitants qui le pressèrent de traiter avec l'amiral anglais ; mais les propositions de cet amiral forent telles qu’il aima mieux négocier avec Dessalioes. Il espérait d'ailleurs qu'à la faveur d’un gros temps, les bâtiments français pourraient, ou en totalité ou en partie , échapper à la croisière anglaise. Dessalines consentit à un délai de dix jours; dès le cinquième jour, tous les embarquements étaient faits; troupes, administrateurs, blancs et mulâtres, amis de la France, tous étaient disposés pour le départ; tous invoquaient un vent propice. Le vent resta invariablement contraire. Le dixiéme jour étant expiré, le pavillon des noirs flottait déjà sur les forts , Dessalines menaçait de faire feu sur les bâtiments qui étaient en rade ; il ne resta au général Bochambeau d'autre parti que de se placer sons la protection de la flotte anglaise, c’est-à-dire, de se rendre aux Anglais à discrétion. Ceux-ci usèrent sans ménagement de leurs avantages : leur barbarie n’eut rien d’égal que leur avidité; ils dévorèrent sans pitié cette proie malheureuse qu’ils n’avaient pas eu la peine de conquérir.

Tandis que toute l’attention de Dessalines et des Anglais s’attachait sur le Cap, le môle Saint-Nicolat n’était point surveillé. Le général de Noaillcs, qui commandaitdans cette dernière place, informé de ce qui se passe, conçoit l’idée d’en tirer parti pour sauver sa garnison. Sept bâtiments étaient dans le port : il y embarque sa troupe, scs mala-

des et ceux des habitants qui veulent le suivre ; il met à la voile, se mêle au convoi sorti du Cap, et, à une hauteur convenue entre eux, les sept bâtiments, s’étant détachés de la flotte anglaise, arrivent à l’Ilc de Cuba. Du point où il a touché la eâte, le général de Noaillcs part sur un brick pour se rendre à la Havane, où il espère trouver le général Lavalette. Déjà il approche de ce port, lorsqu’il aperçoit une corvette anglaise envoyée à sa poursuite. Il se hâte de hisser pavillon anglais, répond en anglais aux questions du commandant de la corvette, déclare être chargé de la inêinc mission que lui, se tient, tant que le jour dure, à une certaine distance, revient plus près de la corvette dès que la nuit couvre sa marche , se dirige rapi-i> dement sur elle, monte le premier à l’abordage, livre un combat corps à corps, fait arborer le pavillon français sur sa prise, et la conduit à la Havane; mais, dans la lutte, le brave de Noaillcs a reçu une blessure dangereuse. Il meurt au sein de sa victoire, honorant, par ce trait d’un héroïsme aventureux, mais brillant, et son nom déjà illustré dans nos anciennes annales, et la retraite du dernier détachement d’une belle armée digne d’un meilleur sort. A cette époque se termine, de fait, la possession de Saint-Domingue par la Franco, possession commencée en 1661 par la soumission volontaire du chef de flibustiers, du Parquet, qui plaça cette tic sous la protection de la France sa patrie.

L’expédition de Saint-Domingue a échoué : donc elle était insensée, extravagante. Ainsi ont raisonné une foule d'écrivains fidèles à l'habitude de régler leur opinion sur l’événement. Si l’on juge les choses en elles -mêmes, tonte personne de bonne foi trouvera que le succès était possible; il était possible, car, obtenu un moment, on prenait des moyens propres à le conserver. Après la soumission des chefs, et le retour des noirs à leurs travaux, lorsqu'une assemblée, composée de blancs, de mulâtres et de noirs, aurait eu, sous la direction d’un administrateur sage, comme H. Bénezcch, assuré les intérêts des habitants de toute couleur, pourquoi nn ordre de choses satisfaisant pour tous n’aurait-il pas pu se maintenir? Qu’a-t-il manqué au succès? Deux mois peut-être de salubrité de plus avant le développement de la fièvre jaune. D’ailleurs, pour Saint-Domingue, la fièvre jaune était un accident; et la chance d’un accident, d’un fléau extraordinaire, n’entre pas dans les délibérations des cabinets comme un obstacle invincible. Quant aux maladies habituelles du climat, la portée en était connue. Ce n’est pas un tribut exclusif imposé à la France; chaque paissance européenne sait d'avance quelle est l'étendue à peu près régu-

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