CHAPITRE XXVI
RrPTURF DE LA PAIX D’AMIENS.
Embarnii du gouTerncmcnt anglâU pour moiircr It rupture. — État de Texécution du traité {TAniienf. — Caractère de la paix d'Amica». — DUpositiuna favorables du pretnîer consul pour un arrangement commercial. — Demandes du gouvernement français. — Procès de Pvllier, rédacteur de TAmbtgu. — Réponse verbale de i*An(;letcrrc aux demandes du preniier consul. — Conirc-ortlre qui suspend Pcvacuation du cap de Bonne- Espérance. — OlMcrvatioos de l’Angleterre relativement aux affaires de la Suisse. — Discourt du roi d'Angleterre, — Tendance spéciale de la noiiTelle opposition. — Lutte du ministère et de la nouvelle opposition. — Changi^ ment de conduite du ministère. — Chambre des pairs. — Chambre des communes. — Suite de la négociation entre la France et l'Angleterre. — Plaintes de l'AngleierTe à l'occasion d'un rapport du colonel Sébaaiiani. — Conversation du premier consul avec lord Wilhwortb. — Objet déterminé de la oégocUiion.
De toutes les déclarations de guerre des temps modernes, il n’en est aucune qui ait été plus difficile à justifier que la rupture de la paix d’Amiens. Ce n'est pas que l’Angleterre n'ait, pour cette justification, allégué un grand nombre de prétextes ou de griefs plus ou moins réels; mais celle abondance même d’allégations, celte longue série de reproches déguisait mal l’absence de vrais et solides motifs, ou du moins de motifs qui pussent être publiquement avoués. En cfiel, les prétendus chefs d’accusation mis en avant par elle se rapportaient à des circonstances, déjà éloignées du moment présent, qu'elle avait tolérées, admises, acceptées de fait, sans paraître y attacher l'importance que plus lard elle a jugé à propos d’y mettre; en sorte que, le jour où clic a voulu rompre la paix, ayant, suivant l’expression de ses propres écrivains, négligé l'heure d’une vengeance légitime, il lui a fallu recouriri des causes * simulées, et présenter comme formant, |>ar leur agrégation, un juste sujet de guerre, des faits sur chacun desquels séparément elle avait passe condamnation. Que les Anglais expliquent ce tort de ' leur position par l’incapacité de leurs ministres, ; c'est ce qui ne nous regarde pas. Ix^s nations étran- i gères ne peuvent pas aüinetlrc de distinction entre un gouvernement cl les partis qui divisent un pays. C'est le |>ouvoir officiel seul qu'elles doivent voir et qu’elles voient. Ce qui nous regarde, ce qui
' To timul«trdcxii»e«.
frappe tous les esprits, c’est la brusque révélation de la guerre au milieu des illusions de la paix, c’est l’Angleterre disant à la France : Ou Malte ou la guerre; c’est-à-dire, abjurant le traité d'A* miens et demandant la rupture de ce traité, pour j en faire un second qui lui accorde ce que le pre- I mier lui refuse. " '
Les pièces de ce grand procès ont été presque toutes mises au jour. Le jugement de l’histoire ne saurait être faussé. Je ne serai pas suspect en puisant presque tous les faits dans les publications mêmes du gouvernement britannique. Cependant, il faut le dire, ces publications ne sont pas exemptes d’altérations graves. .S'abstenir de produire un document quelconque ne serait qu'une réli- ! cencc; mais produire, comme dans son entier, une pièce incomplète, dont le caractère a été dénaturé par les suppressions qu'on lui a fait subir, est une véritable imposlnre, même un faux matériel. Ce dernier genre d’altération n’est ]>oint étranger au ministère anglais. Nous en verrons bientôt une remarquable preuve.
Toutes les obligations que le traité d’Amiens imposait à la France, la France les a remplies. F.lle devait évacuer Naples et Rome; le royaume de Naples, les Élals romains, ont été évacués avant l’expiration des trois mois convenus. De son côté, l’Angleterre devait retirer ses troupes de tous les pays que te traité ne lui conserve pas. Cependant, au mépris du traité, elle occupe encore Halte, Alexandrie et le cap de Bonne-Espérance. C’est
RUPTURE DE LA PAIX D AMIENS
nie de Malle surtout dont In possession lui tient le plus i cœur. Elle finira par déclarer hautement ta résolution de la garder, fondant celle prétention sur les changements survenus dans l'état des puissances continentales, au proût de la république française, sur la crainte que la France ne lente une nouvelle expédition contre l'Égypte, dont Malte est la clef, enfin sur ses griefs sans nombre envers le gouvernement français, griefs dont elle ne peut l'absoudre qu'au prix de cette concession.
Il est à remarquer que, dans ce singulier débat, il n'y a qu'un seul contestant. A la vérité, le gouvernement français a élevé aussi contre l’Angleterre diverses plaintes, il a formé diverses demaudes ; mais il n'a fait ni de ses plaintes ni de ses demandes la condition d'une déclaration de guerre. On ne veut pas y avoir égard; il les abandonne. Que le traité s’exécute, et il n’a plus rien à réclamer.
Dés le moment de la signature des préliminaires, le langage tenu par les ministres et par leurs partisans comme par leurs ennemis, renfermait d’avance une explication des déterminations que pourrait prendre ultérieurement le gouvernement français. D'après les areux des uns et des autres, l’Angleterre avait fait la paix, parce que, restée seule sur le champ de bataille, n'ayant plus un seul allié sur le continent, elle s’épuisait sans fruit dans une lutte dont elle ne pouvait plus attendre d’utiles résultats. Four elle, i cette époque, telle avait été la nécessité do la paix, que M. Pitt lui avait sacrifié son ambition, entraînant avec lui, dans sa retraite du ministère, lord Grcnvillc et les autres chefs du parti aristocratique, dont l’ardeur guerrière n’était pas encore aussi fatiguée que la sienne. Aussi, ces derniers continueront-ils i se montrer partisans de la guerre, lorsqu'il deviendra l'avocat de la paix; mais cette paix, faite par un rointslère, pour ainsi dire, plébéien, entre les mains duquel M. Pitt a momentanément déposé le pouvoir, celle paix porle-t-elle en ellc-méme l'intention d'une longue durée? Non; admise comme un besoin, elle a été signée comme un essai >. On peut ajouter que le principal but de l’essai était de constater qui serait le plus profitable au commerce britannique, de l'étal de paix ou de l'état de guerre. Sous le rapport du commerce, la paix était loin d'avoir produit pour l'Angleterre les avantages qu'elle en avait espérés. En France, le maintien des prohibitions établies; en Italie et en llol-
' Sir Walirr Scott dit positivrnicot qtir le mioi»lère anglais signa la paix à regret, et • par forme d’épreuve. •
Il arriva pliu tard k lord Ilâwkesbury, dans un
lande, l'ascendant de la France, avaienlopposé aux importalioiis britanniques des barrières qu’elles n'avaient pu franchir.
Ce n'est pas que le gouvernement français eût repoussé, d'une manière absolue, tout arrangement commercial d'une nature qui convint à l'Angleterre; mais le premier consul avait jugé avee raison qu'il ne pouvait pas, sans un danger grave pour les établissements d’induslrie récemment fondés en France, « lever subitement toutes les pro- H hibilioDS et ouvrir la porte aux produits de l’in- » duslrie anglaise. » Moins exclusif qu'on ne le préleiid, il avait au contraire montré de la disposition U i faire cesser l'espèce d'interdiction gé- » nérale résultat des temps de guerre, et k lui » substituer, sinon un traité de commerce qui ne n pouvait être l’ouvrage que de beaucoup de mé- » dilations et de temps, du moins une série d'en- » gageinents parliculiers et de compensations cal- >• culées d'après les intérêts respectifs des deux » nations. * Si cette disposition du premier consul resta sans effet; si même plus tard il fil recommander à son ambassadeur de garder le silence sur ces sortes de questions, ce fut parce que la conduite peu amicale de l'Anglelcrre sur d'autres objets ne lui permit point de se livrer franchement i la recherche des moyens propres i concilier, sous le point devue ducoinmercc, les intérêts réciproques des deux pays. A cet égard donc l'essai de la paix n’avail pas clé satisfaisant pour l'Angleterre ; et quoique, parmi ses griefs, celui-ci ne soit présenté quecommesecundairc. peut-être, si la guerre n’eOt pas été une affaire de parti autant et plus que de calcul, scrait-on bien près de la vérité, en regardant la question commerciale comme ayant formé l'un des principaux motifs de la rupture. Quoi qu'il en puisse être des molifs non avoués du gouverneineiil anglais, voyons quelles étaient les allégations de part et d'autre.
Les demandes du gouvernement français pouvaient SC réduire à deux titres parliculiers : le premier, reiaiif aux libelles et outrages dirigés contre le premier consul; le second, relatif à la résidence des émigrés français dans les Étals de S. M. britannique.
I«a signature de la paix n’avait suspendu que pendant quelques jours l’hostilité des gaxelles anglaises contre la France et son gouvernement. Comme le parli de la nouvelle opposition, qui avait blâmé la paix, n'aspirait qu’à la rompre,
motnrnt d’inditcréfioD, de la quilifirr lui-même par les mou : an erp^rimerUai ptacf.
* Ifutruriion» «lonoéea â l'ambatsadeur français, le général Andréoasy.