CHAPITRE XXVI
lous les journaux do l’aristocralie anglaise' servaient scs passions, en nourrissant entre les deux pays des causes (rirrltalion et de haine.
Malgré son penchant à quelque condescendance pour le premier consul , le ministère britannique ne pouvait pas retirer brusquement sa faveur aux émigres et aux chouans, que depuis longtemps radministration anglaise regardait comme scs plus utiles alliés. Ainsi, en dépit de la paix et même à Pombre de la paix, les émigrés entretenaient des relations actives en France, et faisaient des cxcur* sions sur les côtes de l’Ouest. Des évêques, en état de guerre avec l'Église française, et de désobéissance envers le sainl-siégc, se servaient des armes de la religion pour exciter des troubles dans l’intérieur. Les injures, les calomnies des journaux anglais, répétées et surpassées par des journaux écrits à Londres en langue française, trouvaient dans la France une circulation plus étendue. Le glaive des guerriers était rentré dans le fourreau ; les écrivains étaient restés sous les armes. Quoique cet état de choses, contraire aux habitudes des autres tcmj)s, dût être fort désagréable au gouvernement français, le meilleur parti pour le premier consul eût été l'indifTérencc sur les écarts de la presse en Angleterre, et une rigide surveillance pour les émigrés cl les chouans. Ce ne fut point celui qu’il adopta. A l’égard des violences du la presse, il pensa que, si le gouvernement anglais ne pouvait pas les empêcher entièrement, il pouvait du moins les restreindre. Quant aux chouans et aux émigrés, d’après l’exemple des mesures prises autrefois en France contre les Sluarts ' cl leurs partisans , il se crut fondé à élever des |>rétentions analogues envers le gouvernement anglais. Sous le premier rapport, il demandait u que le gou- » vernementî de S. M. britannique employât les » moyens les plus eflicaccs pour arrêter le cours des X publications indécentcsclséditieuscsdontétaicnt » remplis les journaux et autres écrits publiés en » Angleterre. » Si l'objet de eette demande était exprimé d’une manière trop générale, son vrai sens était facile à saisir. M. de Talleyrand et le premier consul lui-même savaient fort bien que la liberté de la presse, consacrée par les lois anglaises, interdisait au ministère toute censure préalable sur les journaux; mais il réclamait l’influence du gouvernement anglais en ce qui concernait, d’une part, les journaux placés sous sa dépendance : de l’autre, les journaux écrits en langue
' En 1055, sur la demande de Cromwell, Charles II et le duc d'York , peiiis-fils de Henri IV, furent obligés de quitter l.t France.
’ Note de M. Oito, en date du 17 août.
française par des émigrés français, â l’égard desquels le ministère avait des moyens faciles de répression, en vertu de Valien-bill. Au lieu de se prêter â cette interprétation , comme il l’a fait , depuis 1815, envers d’autres émigrés, le gouvernement anglais n’opposa d’abord aux réclamations du premier consul que l'allégation de son impuissance légale; il laissa ensuite les papiers semi-ollicicls rivaliser de violence avec ceux de la nouvelle opposition; et plus tard, il affectera de voir, dans les demandes du premier consul , le projet audacieux de renverser la constitution anglaise. Cet ingénieux reproche flgurera même dans son manifeste.
Pour paraître cependant satisfaire à la demande du premier consul, relativement aux gazettes en langue française imprimées à Londres, le ministère lit poursuivre le rédacteur de Y Ambigu, Pelticr, par l'attorney général. Dans cette marche suivie par le ministère anglais , le premier consul vil plutôt une injure nouvelle qu'une réparation. Ce procès reçut en eflet un grand éclat du brillant plaidoyer que prononça, en faveur de l’accusé, sir James .Mackinlosh. Cependant, Pelticr fut déclaré coupable; mais, dit sir Waller Scott, » le jugement ■I ne reçut point d'exécution, nos démêlés avec la n France ayant amené bientôt après une rupture Il complète, n Cette remarque de l'historien anglais semble tout à fait étrange. Quelle valeur ont donc en Angleterre les arrêts des tribunaux, s'ils peuvent être ainsi cassés par des changenienUdans les affaires de l’État? Ainsi Pelticr, déclaré coupable, eût subi son châtiment si la paix eût subsisté ; il redevient innocent parce que la guerre éclate ! I.a justice n'csl-ellc pas, en une telle occasion, le jouet de la politique? Au reste, en formant la demande à laquelle on avait ré|)ondu d’une manière qui devait si peu lui convenir, le premier consul avait annoncé l’intention d'autoriser les écrivains français à de sévères représailles. Il tint parole; et ce sera un crime nouveau dont se plaindra encore rAnglcterrc qui , foulant aux pieds sans scrupule tous les égards et toutes les convenances, n'entendait pas admettre, ailleurs, un système cependant assez naturel de réciprocité.
Les autres demandes du gouvernement français avaient pour objet de faire chasser, de l'Ile de Jersey, des conspirateurs connus, dont on donnait la liste, et, en général, de faire éloigner de l'Angleterre, 1* des évêques qui, sous prétexte de religion, cherchaient à exciter des troubles en France; 3” Georges et ses adhérents, que lord Hawkesbury avait lui-même promis de déporter au Canada ; 5° les princes de la famille des Bourbons, pour se retirer à Varsovie, auprès du chef de leur familfe;